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Les noces funèbresCette nouvelle est un hommage à Tim Burton, un cinéaste au monde macabre et farfelu, et reprend donc ses différents personnages. Tous les droits lui reviennent donc ainsi qu'à Lewis Carrol et Lara Parker.Dans les fin-fond de notre terre, dans le monde des défunts où tout n’est que fête et joie, tous les macchabées étaient rentrés dans leurs cercueils pour gouter au repos éternel. Tous ? Non. Au fond du bar le plus réputé de l’au-delà, alors que le Paul, le gérant, avait depuis longtemps fermé les yeux sur son comptoir, un couple était toujours assis à une table. Le groupe de musique avait arrêté de jouer, les instruments étaient rangés et le piano-cercueil reposait maintenant dans un silence respectueux. Au milieu de la table des amoureux, une bougie plantée dans un crâne rosâtre dégoulinait. La femme, habillée d’une vieille robe de mariée, sourit de ses lèvres bleuâtres :
« - Oh Victor… Quelle soirée merveilleuse ! »
Alors, le jeune homme aux cheveux noirs serra les dents, et soupira discrètement. Il s’efforça à pouffer :
« - Oui… Tu es radieuse… »
En vérité, Victor trouvait Emily repoussante pour la simple et bonne raison qu’elle n’était plus qu’un cadavre. Sa jambe droite se décrochait, ses cheveux étaient rêches et emmêlés, ses yeux pouvaient tomber à tout moment, sa main était formée de doigts squelettiques et un ver bavard habitait dans sa cervelle. Non, vraiment, cette mariée cadavérique donnait envie à Victor de courir loin d’elle, loin de ce monde où ne régnaient que les morts. Cependant, il lui prit tout de même la main :
« - Bonne Saint Valentin ! »
La morte sourit puis sursauta :
« - Oh, j’ai failli oublier ! »
Elle plongea sa main dénuée de chair sous la table. Quand celle s’y revint, elle tenait une petite boite noire. Emily laissa échapper un rire ridiculement aigu :
« - Que je suis idiote ! »
Une voix provenant de sa tête sans vie résonna.
Comme d’habitude…
Emily fronça les sourcils et plaqua ses mains sur ses oreilles :
« -Vas-tu te taire, sale ver de malheur ? »
Elle rapporta son attention sur son compagnon et lui désigna la boite d’un signe de la tête :
« - Ouvres-la Victor ! »
Les yeux ronds et le front perlé de gouttes de sueurs, Victor s’empara doucement de l’écrin. Dans son esprit, une seule phrase se répétait.
Pas une bague, je vous en prie, pas une bague.
Il poussa le couvercle avec inquiétude puis sourit de toutes ses dents. Evidemment, ce sourire était forcé et il aurait plutôt voulu se sauver, chercher de l’aide. Emily tapa dans ses mains, enthousiaste :
« - Alors ? Tu veux bien devenir mon mari même si la mort nous a déjà séparées ? »
Le regard craintif du garçon passa de la morte à la bague. Puis, il poussa une grimace de dégout, constatant que le bijou avait été enfilé sur un doigt sectionné. Emily lui prit la main gauche entre ses doigts et l’interrogea du regard. Vraiment, Victor s’était mis dans le pétrin.
Pendant ce temps, dans la ville d’Halloween, alors qu’on venait juste de découvrir Noël, le calme régnait dans ses rues étroites et sombres. Les habitants, ici, vivaient la nuit. Ils s’occupaient, jetaient des sorts ou créaient de nouvelles créatures démoniaques. La fête de l’amour n’existait pas dans cette citadelle. Cependant, au loin des grilles d’Halloween, encore plus loin que le vieux cimetière aux tombes usées mais juste avant le champ de citrouille, sur la montagne enroulée, une table avait été installée. Au centre, une citrouille à la figure grimaçante brillait. Une femme au teint pâle et couverte de cicatrice finissait son verre de sang, plongeant ses yeux dans les orbites creux du squelette assis en face d’elle. Elle sourit :
« - Et bien Jack, expliques moi qu’est-ce que c’est que cette Saint Vilentin… »
L’homme d’os fit un signe de la main :
« - Valentin, Sally, on dit Saint Valentin ! Et c’est la fête de ceux qui s’aiment… »
Si la jeune femme avait été en vie, ses joues auraient rougi :
« - Et ça consiste en quoi ?
- Et bien… »
Le squelette brandit une douzaine de rose fanées, un sourire sans dent aux lèvres :
« - Tout d’abord, il faut offrir un bouquet de fleur… »
Il plongea le bouquet dans son verre. Sally voulu toucher une des fleurs mais elle se ravisa quand un serpent apparut parmi les épines. Jack sortit une boite cartonnée en forme de cœur de dessous la table. Il l’ouvrit :
« - Mais on peut aussi offrir une boite de chocolat ! »
La créature couverte de cicatrice examina les petits crânes marrons parfaitement alignés :
« - Chocolat ?
- Oui, chocolat… Les gouts peuvent être différents : cyanure, mort au rat… Vas-y, fais ton choix ! »
Sally enfourna une des friandises dans sa bouche sèche. Elle ferma les yeux. Un reflet vert dû au poison brilla dans ses yeux sans vie. Finalement, elle posa ses mains cousues sur celles squelettiques de Jack :
« - Alors, je te souhaite une bonne Saint Vilentin…
- Valentin, Sally, Valentin… »
La lune brillait au-dessus de la banlieue chic de New-Holland. Presque tous les couples étaient sortis au restaurant, laissant leurs enfants sous la garde d’une nounou. Personne sous la lumière blafarde des lampadaires, personne dans les jardins des pavillons. Personne d’humain en tout cas. Effectivement, dans le petit jardinet parfaitement entretenu des Frankestine, une grande idylle se déroulait. Deux chiens, un batard et une caniche noire, se fixaient d’un regard innocent et curieux. Devant eux, point de spaghettis. Seule une prise électrique reliée au circuit de la maison trainait à leurs pattes. Sparky, le mâle, se pencha et approcha sa langue d’un des trous de la prise. Aussitôt, un petit éclair la parcourra et les grands yeux du chien scintillèrent. Les vis figées dans sa tête rougirent. Peu à peu, l’énergie de Sparky augmenta et le chien aboya de satisfaction. Il approcha sa truffe de sa compagne. Celle-ci glapit et commença à renifler. Puis, les deux museaux se frôlèrent. Soudain, un éclair vif jaillit de Sparky pour aller se réfugier chez Perséphone. La chienne lâcha un aboiement de douleur alors qu’elle reculait précipitamment de son compagnon. Elle le fixa de son regard éclatant d’énergie. Cette nuit, dans ce petit jardin de la banlieue chic de New-Holland, arriva un véritable coup de foudre.
« - Comment trouves-tu le poisson ? »
Angelique Bouchard releva la tête et porta son verre d’eau à ses lèvres. Barnabas Collins, attaché à sa chaise, les mains liées derrière son dos, grimaça, exhibant ses canines pointues :
« - Si seulement tu me laissait l’intime plaisir d’y gouter… »
La belle sorcière sourit :
« - Il est délicieux, crois-moi Barnabas chéri… »
Le vampire la gratifia d’un regard tranchant :
« - Tu es la pire démone que j’ai connu ! »
La femme pencha la tête, faisant glisser ses longs cheveux d’or :
« - Je prends ça pour un compliment… »
Alors que Barnabas soupirait, un silence s’installa entre les deux ennemis. Le bureau d’Angélique était décoré pour l’occasion. Cœurs rouges en papiers et guirlandes de cupidon avaient été collés sur les murs et les meubles design étaient envahis par les bougies. L’homme emprisonné remua :
« - J’ai soif… »
La belle blonde lui lança un regard affectueux et se leva, exhibant ainsi sa magnifique robe pailletée rouge. Elle s’approcha de Barnabas, faisant claquer ses talons, et porta son verre de sang aux lèvres sombres du vampire :
« - Aller, bois… »
Elle attendit. L’homme au teint pâle ne trempa même pas ses lèvres :
« - Tout cela est ridicule ! Ce n’est pas en agissant d’une telle manière que tu gagneras mon amour… »
Aussitôt, le regard de la jeune femme s’assombrit. Les lèvres pincées, elle prononça d’une voix ferme :
« - Comme oses-tu me dire cela ? Tu es à moi Barnabas… »
Le cœur battant à toute allure, le vampire ne se tut pas pour autant :
« - Plus maintenant… »
Brusquement, le verre que tenait Angélique éclata. Elle fit un signe de la main. Les cordes retenant Barnabas se resserrèrent, étouffant presque l’homme. La belle blonde fit un geste sec de la tête. La chaise du vampire vibra puis ses pieds se détachèrent du sol. Doucement, le meuble commença à léviter, sous le regard en panique de Barnabas. La sorcière prit son menton entre ses longs ongles :
« - On va passer une superbe soirée ensemble, toi et moi… Et rien ni personne ne pourra la gâcher ! Suis-je bien claire ? »
L’homme acquiesça de la tête, tremblant. Angélique sourit :
« - Bien… Maintenant qu’est-ce qu’on dit ?
- Bonne… »
Le sourire de la blonde disparut un instant :
« - Bonne ?
- Bonne Saint Valentin… »
Barnabas semblait avoir jeté ces mots à la figure de sa diabolique ennemie. Mais Angélique était satisfaite. Elle alla se rassoir alors que la chaise du vampire se reposait sur le parquet.
Mrs.Lovet posa les tourtes sur la table rongée par les mites. Le barbier la gratifia d’un regard craintif. La rousse s’installa en souriant :
« - Ne soit pas bête ! Je l’ai fait avec la meilleure viande qu’il soit ! »
Le restaurant était désert. La cuisinière l’avait fermé spécialement pour la fête. Dehors, les habitants de Londres s’activaient, criaient, couraient… Mais dans le bâtiment, le calme planait. Sweeney Todd prit une des tourtes jaunâtres et, après l’avoir profondément examiné, croqua dedans. La femme aux cheveux en chignon joignît ses deux mains :
« - Alors ? C’est comment ? »
L’homme pâle lui lança un regard nonchalant. Sa mâchoire roula encore un peu alors que de craquements émanaient de sa bouche. Il se concentrait, fixant son attention sur ses papilles. Sa langue sa balançait dans sa bouche, voulant capturer toutes les saveurs du plat. Finalement, il demanda :
« - C’est du juge ? »
Mrs.Lovet hocha la tête. Sweeney haussa les sourcils et donna un dernier coup de dent dans la tourte :
« - Ma foie, c’est plutôt bon… »
Le visage de la femme fut illuminé d’un sourire alors qu’elle posait ses mains sur celle du barbier aux cheveux d’ébènes :
« - Merci beaucoup… Et bonne Saint Valentin… »
Kim poussa la lourde porte du château. Alors qu’elle pénétrait dans la grande salle, une odeur désagréable arriva jusqu’à ses narines. Elle n’aimait pas cet endroit. Elle l’avait toujours détestait. Elle s’avança dans la pièce sombre. Les machines étaient toujours à leur place, couvertes de poussières, et une colonie d’araignée avait pris refuge au plafond. L’adolescente se dirigea vers le grand escalier. Elle hésita un instant et commença son ascension. Marche après marche, son cœur battait de plus en plus. Le revoir, lui, une seule fois par an… La sensation étrange qu’elle ressentait à chaque fois qu’elle venait lui rendre visite, la gagna. Elle regarda si sa robe d’une blancheur éclatante n’était pas tachée puis rapporta son attention à cette petite porte, tout en haut des marches. Elle s’approchait doucement d’elle. Bientôt, elle ne fut plus qu’à quelques mètres. Elle s’avança craintivement. Puis, doucement, elle prit la poignée dans sa main et fit pivoter le battant. Elle s’engouffra dans cette autre pièce, illuminée par la lumière de lune. C’était un grenier, un petit grenier étroit à la toiture dépouillée. Kim s’avança timidement. Elle tourna sur elle-même, lançant des regards paniqués dans tous les coins de la pièce. Enfin, elle le trouva. Il était accroupi près de la grande cheminée. Doucement, l’être ainsi éloigné de la lumière trembla. Puis, il se leva, comme s’il grandissait. Une fois debout, ses griffes se détachèrent du reste de la silhouette. Elles remuèrent dans un bruit de ferraille alors que la créature s’avançait vers la jeune femme. Puis, elle fut baignée de lumière. Le teint pâle et les cheveux noir ébouriffés, son visage innocent était couvert de cicatrice. Ses mains-ciseaux remuèrent encore quand l’homme étrange demanda :
« - Tu es revenue ? »
Kim le regarda un instant puis sourit. Elle s’approcha doucement du brun et se blottit contre lui :
« - Oui Edward, je suis là… Comme chaque 14 février… »
Edward posa une de ses mains de fer, avec précaution, sur le dos de la blonde qui le serrait, les joues perlées de larmes.
« - Ne serait-ce pas le jour de l’amour ? »
Le chapelier fou releva brusquement la tête. Il la tourna en la direction du lièvre de mars qui se servait du thé d’une main tremblante :
« - Qu’est-ce que tu as dit ? »
L’animal le fixa de ses yeux rouges :
« - Je viens de dire que c’est la fête de l’amour ! »
Le regard du grand homme à la chevelure orange passa du lièvre au loir. Le rongeur confirma :
« - Il a raison, c’est aujourd’hui ! »
Le chapelier lança, fixant l’horizon :
« - Oh… D’accord… »
Un silence plana autour de la table. Celle-ci, envahie de tasses et théière, était entourée d’une vingtaine de chaises toutes différentes. Evidemment, seulement trois de ces meubles étaient occupées. Le plus grand, un énorme fauteuil, accueillait le chapelier, en bout de table. Celui-ci éclata de rire, rompant ainsi le silence. C’était un rire sonore et discret à la fois, montant dans les aigues puis tombant aussitôt dans les graves… Un rire tout simplement signe d’une folie pure. Le lièvre demanda, nerveux :
« - Mais qu’est-ce que tu as ? »
L’homme aux pupilles de grandeurs différentes sourit :
« - Je viens de me rendre compte que je n’ai personne à aimer… »