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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » [Recueil Ier] Histoire de plage et d'eau

Auteur Sujet: [Recueil Ier] Histoire de plage et d'eau  (Lu 4838 fois)

Hors ligne Zenaïs

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[Recueil Ier] Histoire de plage et d'eau
« le: 06 Juillet 2008 à 07:30:32 »
Chers tous et toutes, je viens a vous dans une attitude de supplication, pour vous presenter une nouvelle qui a besoin de commentaires... C'est ma premiere production depuis bien longtemps, elle sort tout juste du four et est encore maleable... j'envisage peut-etre de la soumettre a un AT, alors j'aimerais la perfectionner. Mais au moment de la poster, je n'ai plus bien idee de ce qu'elle vaut...
Soyez sans pitie. J'ai besoin de savoir.
Il y a sans doute des erreurs de frappe ou d'ortographe malgre la relecture... comme j'ai du l'ecrire sur le bloc note parc que Word ne marche plus, je n'ai meme pas eu droit aux petits soulignments rouges, pour ce qu'ils valent...

Le titre est provisoire, je crois. Habituellement les titrs me tombent dessus tous seuls, mais cette fois je me suis trouvee demunie...


Histoire de plage et d'eau

                     Le plage aime que le vent s'amuse à  la déranger, à faire voler son sable et l'amasser en dunes, la plage aime les reliefs mouvants, elle est faite de lents et incessants changements.
   L'eau aime l'horizontalité, elle aime avoir une suface plane, et quand le vent l'agite en vagues elle lutte pour regagner son équilibre.
   Aussi la plage éprouve t'elle un peu de mépris pour cette lutte incensée de l'eau, ce combat illusoire pour garder le contrôle. D'ailleurs, la plage en veut à l'eau pour une histoire qui s'est passée il y a quelques temps.
  
  Il y avait un jeune homme qui courait,et une jeune fille qui le regardait. L'homme courait sur le sable, la fille était dans l'eau. Il avait des jambes, elle n'en avait pas.
      Si vous pensez avoir déjà entendu cette histoire, vous pouvez vous arrêter là. Ce n'est qu'une histoire de plage, après tout. Vous n'en avez pas besoin.
   Le jeune homme ne courait que les jours de pluie. C'était assez étrange, du point de vue de la plage, car tous les autres coureurs les jours de pluie s'abstenaient. Lorsque les ciel était gris et si bas qu'on aurait dit qu'il touchait par terre, lorsque la lumière était fatiguée de traverser tout ces nuages,lorsque l'eau tombant sur l'eau faisait un bruit de nostalgie, le sable s'accrochant à ses chaussures il courait, comme si être mouillé et froid lui donnait envie d'avancer. Les autres couraient pour éviter la pluie, lui courait pour s'y enfoncer.
        Elle nageait le long de la plage, la tête seule hors de l'eau et recevant les gouttes, mais peu lui importait car elle était toujours mouillée. Elle semblait elle aussi aimer la pluie, tout autour d'elle les gouttes se heurtant à la surface de la mer devaient lui paraître une musique. Elle ne le quittait pas des yeux, mais lui ne la voyait jamais, grise et ondulante comme la mer elle-même.      
  Faisant surface pour écouter la pluie, elle l'avait aperçu un matin, et avait pensé qu'elle l'aimait. Peut-être s'était-il seulement trouvé là lorsqu'elle en eût assez de n'avoir jamais aimé personne. Beaucoup de choses se passent de cette façon. Voyant qu'il revenait chaque matin de pluie, elle ne l'en aimât que mieux. "Peu de gens comprennent la pluie, se disait-elle, mais lui en moi en sommes." et elle se sentit proche de lui. "La même pluie tombe sur nous, vois comme nous sommes unis." Bien sûr la même pluie tombait sur beaucoup d'autres personnes auxquelles elle ne se sentait pas unie. Mais ne demandez pas à une plage d'expliquer le pourquoi des sentiments impromptus. Ne le demandez à personne.
        Un jour il cessa de courir. Soudainement, sans même paraître fatigué, il s'arrêta et resta là, debout, à regarder la mer. Elle se figea, craignant d'avoir été découverte, mais le visage de l'homme ne trahissait rien de cela. Il regardait l'horizon, regardait le plus loin possible à travers la pluie, et ses yeux clignaient. Il y avait du vent ce jour-là, et les vagues la secouaient si bien qu'elle devait lutter pour rester sur place. Sans doute l'homme ne voyait-il pas bien loin, avec le vent qui lui jetait la pluie aux yeux. Elle se rassura, elle s'enhardit même à s'approcher un peu.
   C'est alors qu'il la vît. Ses yeux s'ouvrirent tout grand. Elle plongea et s'enfuit. Au bout d'un moment, il se remit à courir.
  Il fallut attendre une semaine jusqu'au matin de pluie suivant. Il vint et couru, mais il semblait anxieux et lançait souvent des regards vers l'eau. Elle l'observait, plus tapie que jamais, et plus loin du bord qu'à l'accoutmée.
   Il s'arrêta, se posta face à la mer et parla.
        "Vous êtes là ?"
        Elle était pétrifiée.
     "J'ai l'impression que vous êtes là. J'aimerais bien vous voir à nouveau."
       Elle ne pouvait qu'écouter. Il scrutait la mer des yeux, mais ne la trouvait pas. Ses cheveux se fondaient à l'eau comme s'ils en eussent été eux-mêmes, et la lumière glissait sur sa peau comme sur la surface. Elle était presque indiscernable.
        "Peut-être que vous ne comprenez pas ce que je vous dit. Ce serait normal après tout." Ah, mais cette plage n'était pas normale, le monde lui-même n'était pas normal, mais comment l'aurait-il su ?
    "Bon." Et il reprit sa course.
  Quelle homme étrange, pensa la plage, mais elle savait la bizarrerie du monde et ne s'en formalisa pas. Elle était plutôt curieuse de la suite.
      Curieuse, la sirène l'était tellement qu'elle cru mourir en attendant le prochain jour de pluie. Ne sachant pas bien elle-même ce qu'elle voulait, elle se torturait d'impatience en essayant de deviner ce que l'homme, lui, pouvait bien vouloir. Qu'y avait-il dans la tête d'une homme qui ne courait que sous la pluie ?
  Qu'y avait-il dans la tête d'une homme ?

  La fois suivante, il marcha jusqu'au bord des plus petites vaguelettes, et se dressa là.
     "Vous êtes là. Montrez-vous s'il vous plaît."
      Il semblait tellement y tenir. Son regard travaillait avec une intensité douloureuse, il se tenait droit et semblait ne jamais devoir faire un pas pour s'éloigner. Elle se montra. Lentement, elle nagea vers lui, jusqu'à se trouver à quelques mètres juste en face de lui, au delà des vagues incomfortables qui agitent toujours le bord de l'eau.
    "Bonjour" fit-il, mais elle ne pouvait pas répondre car sa voix était celle d'une créature de l'océan, et lui aurait parut un terrifiant cri animal. Elle ne savait pas bien pourquoi elle comprenait le langage de l'homme, qui n'avait rien de commun avec le sien, mais elle était heureuse qu'il en fut ainsi. Comme la plage, elle n'était pas du genre à s'interroger trop longtemps sur le pourquoi du bizarre. Il apparut que le jeune homme n'en était pas non plus. Peut-être parce qu'il avait un drôle de nom.
 "Je m'appelle Oyat. Et vous ?"
     Elle ne pouvait pas dire son nom car il n'était pas composé d'une façon articulée, et l'homme n'aurait jamais compris qu'il s'agissait d'un nom. Elle avait été nommée d'après le son de la vague qui s'épuise sur la mer et celui du dernier soupir de l'orage. Ca n'était pas un nom très joyeux.
        "Alors vous ne parlez pas. Mais vous me comprenez ?"
    Elle hocha la tête, et il se trouva que ce signal leur était commun.
     Ensuite il ne sut plus quoi lui dire. Embarrassé, il préféra courir. Cette fois il était nettement conscient de la présence de la sirène, et il courait un peu raidement.

   Il plut sans arrêt jusqu'au lendemain. Il revînt en courant, et salua d'un signe de main la sirène qui l'attendait. Il ne s'arrêta pour lui parler qu'au moment de faire demi-tour. Il avait couru un peu plus vite qu'a l'accoutumée et etait essouflé.
       "Dites-moi, ça vous embêterait que je vous donne un prénom ?"
   Elle trouva cette proposition plutôt agréable. Un prénom dans sa langue à lui, et que personne ne connaîtrait... dans l'idée de la plage, cela n'était pas bien utile, mais la sirène était charmée et lança un sourire, en prenant soin de ne pas montrer ses dents carnassières.
     "Alors je vais vous appeler Arielle." On pourra penser que ce jeune homme n'avait pas beaucoup d'imagination. Arielle ne comprit pas d'où lui venait son nouveau prénom, et n'importe quel autre lui aurait tout autant convenu. La plage, qui était au courant de toutes les histoires de plage, même celles qui n'étaient qu'invention, désapprouva un peu.
     Arielle avait dejà donné à ce jeune homme un prénom qu'elle pouvait prononcer. A vrai dire, il s'agissait de la traduction la plus fidèle qu'elle put donner de son prénom dans sa langue, c'était l'imitation du bruit du vent dans les oyats qui poussent sur les dunes de sable. Un faible chuchotis, mais il lui convenait car elle seule avait besoin de l'entendre.
  Et qu'allaient-ils faire à présent, avec chacun le prénom de l'autre ? Ils ne pouvaient toujours pas se parler, et aucun d'eux n'avait envie de raconter l'autre aux habitants de son propre monde. Et la sirène était de plus en plus amoureuse, sans réellement savoir ce qu'était l'amour. Elle voulait être avec lui.
      A la fin de sa course, il lui donna un rendez-vous. Il lui dit d'être là ce soir, qu'il viendrait avec quelque chose. Quand il fut parti, elle réalisa qu'elle ne connaissait pas sa définition du soir. Viendrait-il dès que la lumière déclinerait, serait-il là au coucher du soleil, ou lorsque la nuit serait bel et bien noire ? Elle n'en savait rien, et pour plus de sûreté elle décida de rester là. Quand la pluie se calma et que des promeneurs vinrent s'aventurer sur la plage, elle se cacha. Juste sous la surface. C'était un mois de février et personne n'aurait eu l'idée d'entrer dans l'eau.
     Il vint alors que le soleil achevait de disparaitre, et il apportait une guitare. La plage connaissait bien les guitares, et elle fut peu surprise  car les jeunes gens venaient souvent en jouer au bord de l'eau, quoique rarement en hiver. Arielle fut en revanche frappée de curiosité.
    "C'est une guitare, fit Oyat. C'est un instrument de musique." Arielle en fut ravie. La musique était une chose qu'elle connaissait bien. C'était marée haute, et le sable au bord de l'eau était sec. Oyat s'y assit. Il sortit la guitare de sa housse avec des gestes disant à la fois son habitude et le soin qu'il prenait. Il tritura un peu les cordes, et quand il fut satisfait poussa un soupir et s'installa à son aise. Il lança un regard à Arielle, dans lequel elle lut un peu de timidité et l'esquisse d'une excuse, au cas où ça ne lui plairait pas. Elle l'encouragea d'un signe de tête.
      Il commença, et ce fut comme si la pluie tombait à nouveau. La musique était triste sans s'apitoyer, triste comme une situation sans espoir que l'on est en train d'accepter, d'une tristesse aussi inexorable que la pluie elle-même.
       "C'est du blues, dit-il. Comme vous aviez l'air d'aimer la pluie, je me suis dit que ça vous plairait" Arielle se sentit démunie, elle aurait voulu lui parler de ce qu'elle avait ressenti, mais elle ne pouvait que le regarder, lui sourire et hocher la tête.
   Il entama un nouveau morceau, et cette fois-ci il chanta. Sa voix n'était pas très assurée, elle se plaçait parfois en travers de la chanson. C'était une voix qui semblait vouloir exprimer la fragilité de celui qui chantait. Les paroles étaient dans une langue que ni Arielle ni la plage ne connaissaient, mais qui avait elle aussi des comme des relents de pluie. Arielle voulu pleurer. Tous deux, ils voulurent pleurer, et la plage était prête à recevoir leur larmes, mais il n'y en eut pas. Il était toujours là quand la nuit vira au bleu puis au noir. Arielle était venue se poser sur le sable, car lutter contre le courant pour rester sur place la fatiguait. Sa chevelure était régulièrement soulevée par les vagues, qui remuaient le sable autour d'elle. Dans l'obscurité, Oyat n'aurait pas vu son détail s'il l'avait regardée. Mais Oyat ne regardait rien, il avait les yeux sur le sable et semblait avoir coupé son regard.
  La nuit s'éclaircit, devint grise, et Oyat partit peu avant que le soleil  fut visible. Arielle s'était déjà retranchée derrière les vagues, et le regarda partir comme s'il avait oublié qu'elle était là.
     Trois jours après, lorsqu'il plut mais qu'Oyat ne vint pas, Arielle repensa à la façon dont il avait rangé sa guitare sans rien dire, et sans rien dire s'était éloigné. Elle eut peur mais ne comprit pas. Il vint le matin de pluie suivant, une semaine après qu'il eût joué sur la plage.
        "Je suis désolé, dit-il. Je n'aurais pas dû jouer devant vous. C'était trop tôt.Après cela j'ai cru devoir vous quitter. Mais vous voyez, je suis revenu."
       Arielle ne comprit pas plus. Mais elle accepta son retour et ses excuses. Elle commençait à accepter des choses étranges. La plage eût un pressentiment qu'elle aurait bien voulu chasser.
  Le temps passait, et Oyat ne jouait plus de guitare sur la plage. Il courait, adressait quelques paroles à Arielle, s'arrêtait parfois pour regarder la mer. A vrai dire, il semblait toujours regarder plus loin que la mer. Ce qu'il cherchait à voir là-bas demeurait un mystère, pour Arielle aussi bien que pour la plage. Elles furent presque effrayées le jour où il dit : "C'est comme la vie, vous savez ? On sait plus ou moins ce qu'il y a au bout, mais on ne peut pas le voir, seulement l'imaginer. En face de moi, de l'autre côté il y a une autre plage, mais de quoi a t'elle l'air ? Je pourrais aller voir, si je le voulais. Mais j'ai trop peur de partir d'ici, de quitter des gens et des lieux, et j'ai peur du voyage."
      Arielle se demanda longtemps si ces paroles avaient un sens. La plage considéra Oyat sous un angle nouveau. Encore une anormalité. Il y en avait tellement, et elle les connaissait bien . Les plages sont des lieux qu'aiment à fouler les romantiques et les marginaux. Les drogués et les alcooliques viennent souvent s'y échouer. La plage en savait long sur toutes sortes de choses.
    Le temps passa donc, et se réchauffa. Il plut encore beaucoup au printemps, et quand ce fut l'été il pleuvait toujours. "Les gens disent que le temps devient fou. Je crois qu'il a le blues. Je crois qu'il a enfin compris le monde. Il faut bien qu'il s'adapte, lui aussi." La plage remarqua qu'Oyat n'était pas d'une nature particulièrement optimiste.
  Et puis il y eut ce jour où il voulut nager avec Arielle. "Ce matin, j'ai mis mon maillot" fit-il, et il avait l'air très content de lui. "Je n'ai pas pris de serviette, mais il pleut alors elle aurait été mouillée de toute façon." Il semblait se retenir de faire "hu hu hu".
  Arielle paniqua. Elle imaginait son dégoût s'il devait la voir de près. La plage commença également à se faire du souci, qui savait comme les humains aiment qu'on leur ressemble. La peau d'Arielle etait presque ecailles, et elle n'avait pas de nez a proprement parler.
  "Ne bougez pas, j'arrive !" lança t'il jovialement. Arielle ne lui avait encore jamais connu un air aussi enjoué. La plage vit en lui un enfant. Arielle pensa s'enfuit, elle pensa disparaître, mais elle resta là à l'attendre. Il ne dit rien. Il vit sa peau, il vit son visage plus plat que le sien et la texture de ses cheveux, et ils nagèrent ensemble. D'abord vers le large, puis en longeant la plage comme lorsqu'il courait.
       "Je ne nage pas tellement bien, s'excusa t'il. Généralement, tu vois, je reste sur la plage." Arielle nota qu'il avait dit "tu', et savait que cela avait un sens.
     "Je peux te tutoyer, n'est-ce pas ? Ca m'est venu comme ça... ça fait un moment qu'on se connait maintenant." Elle fit signe que oui, et le sourire qu'elle reçut en échange...
     "Merci, fit-il. Merci pour tout." Ils étaient revenus à leur point de départ. Il regagna le rivage, enfila ses vêtements, et repartit trempé.
   Arielle aurait voulu le suivre. C'était un désir soudain et douloureux, qu'elle ne put rejeter et auquel elle ne put répondre. Elle plongea. La plage sentit que les choses prenaient une tournure terrible. Mais que peut faire une plage ?

      Six jours plus tard, quand il plut à nouveau, ce fut lui qui l'attendit en vain. C'était l'un de ces jours où le ciel semble vouloir en finir et se déverser une bonne fois pour toute sur la terre, comme s'il ignorait que l'eau allait de toute façon lui revenir. Oyat reçu tout ce ciel sans broncher. Il y avait bien longtemps que la plage s'était dit qu'il ne sentait pas la pluie. Il courut comme à son habitude, peut-être un peu plus vite, car il repartit essouflé.
    Il y eut un soir et un nouveau matin de pluie. Arielle s'échoua sur la plage avec l'air d'une humaine. La peau, les cheveux, le visage et tout le reste.
   Seigneur, pensa la plage.
 "Dieu tout puissant !" s'exclama Oyat. En cela ils étaient unis. Quand il trouva Arielle, elle semblait ne jamais plus devoir bouger. Il sut sans même y réfléchir que c'était elle. Avec le nom qu'il lui avait donné, comment aurait-il pu en être autrement ? Il le savait peut-être depuis le début. Alors il fit ce qui lui semblait évident : il l'emmena.
  
  Il y eut de nombreux jours de pluie durant lesquels la plage demeura seule. Puis ils furent à nouveau là. "Pars devant, dit-elle. Je vais marcher." la plage sentait que son pas était hésitant, ses pieds cherchaient bien vite le sol, de peur de ne pas le trouver au bon endroit, et un peu trop tôt ou un peu trop tard. Arielle ne marcha pas longtemps. Elle s'assit - un peu rapidement, un peu comme si elle tombait- et regarda la plage, et regarda la mer.
     "Mon Dieu" fit-elle, un peu tardivement. Comme si elle l'avait invoquée, une figure apparut à la surface de l'eau, là d'où Arielle avait jadis l'habitude d'observer Oyat. Mais ce n'était pas Dieu, bien sûr. C'était l'une des soeurs d'Arielle. Elles se parlèrent dans un langage que la plage connaissait, bien qu'elle ne l'entendît que rarement.
 "Tu m'attendais ? demanda Arielle.
      - Depuis longtemps. On t'as attendue à tour de rôle.
 - Je suis là.
     - Tu dois rentrer maintenant.
    - Non. Désolée.
Arielle avait vraiment l'air désolé. L'air ferme et désolé de ceux qui ont pris une décision irrévocable.
  - Tu as vu ce que tu voulais voir, non ? Reviens.
 - Ce n'est que le début. Il y a un monde ici, dont je n'ai vu qu'une infime partie.
        - Il y a un monde dans l'eau aussi. Avec des gens qui t'aiment.
Arielle eut un regard rapide et involontaire vers la silhouette d'Oyat, au loin.
     - Il m'aime.
La sirène, celle qui en était toujours une, soupira.
      - C'est un humain. Vous n'êtes pas pareils. Comment peux-tu savoir qu'il t'aime ?
La plage sentit qu'Arielle chavirait un peu.
    -Va t'en.
Ce fut dit avec tant de calme. La sirène s'éloigna. Parvenue au bout de la portée de sa voix, elle se retourna et cria :
        -Est-ce que la mer ne te manque pas ? Je crois que tu manque à l'eau. Méfie-toi.
Quand Oyat revînt, il vit qu'Arielle n'avait pas bougé, et qu'elle avait pleuré. Il regarda au loin, très loin, et lui dit : "La vie, Arielle." Arielle hocha la tête. Il y avait quelque chose qu'ils comprenaient. Il l'aida à se relever et ils partirent.
      
  La fois suivante, c'était une autre de ses soeurs qui attendait Arielle.
     "Il faut que tu reviennes..
  - Ca suffit.
Arielle marchait le long du bord, et la sirène la suivait. Oyat était déjà parti, courant.
    - Tu vas le regretter.
    - J'y ai pensé. Mais j'ai fait mon choix.
       - Ca n'est pas ce que je veux dire.
La sirène et sa voix tremblaient. Arielle arrêta de marcher. Immobile, elle faisait face à sa soeur, et vit que son regard fuyait.
  - Comment ?
       - Père... j'ai peur qu'il ne fasse quelque chose.
       - Quelque chose ? S'il te plait..
    - A cet homme.
La plage sentit les innombrables particules qui la composaient commencer à frémir. Du sang. Du sang versé dans l'eau et que les vagues apportaient jusqu'à elle.
    Arielle courut. De toute la maladresse de ses jambes, elle se précipita. La plage ne sentait d'Oyat que son sang qui arrivait dilué et par vaguelettes. Oyat était sorti de son domaine, il était entré dans l'eau. Il n'y avait pas de cris.
      Arielle courut, tomba et courut encore, jusqu'au l'endroit sur la sable où elle voyait qu'Oyat s'était débattu. Il avait dû s'approcher près du bord, pour que son père pût le saisir... Arielle imaginait son père, furtif comme le chasseur qu'il était. Et elle imaginait Oyat... En quelques seconde elle fut dans l'eau, et elle se débattait pour avancer, puis pour nager, avec ces jambes et ces vêtements qui l'encombraient. C'est à ce moment qu'elle prit réellement conscience qu'en abandonnant l'eau elle avait perdu son élément. Elle qui avait toujours vécu avec les vagues et le courant, elle devait à prédent lutter contre eux pour avancer, et déployer une monstreuse énergie pour garder la tête au-dessus de la surface. L'eau lui faisait front, l'eau ne voulait plus d'elle. Elle tentait de la repousser vers la plage, qui sentait qu'Arielle en effet était à présent de son monde.
      Mais Oyat avait disparu. La plage ne pensait pas qu'il fût mort, non, la plage pensait à pire.
       Au bout d'un temps que la plage ne sut pas compter, Arielle fut échouée sur le sable, respirant à peine.
    
  Si vous demandiez à la plage comment se termine cette histoire, elle vous dirait qu'il n'y a pas encore eu de fin. Hier encore il pleuvait, et une jeune fille est venue courir au bord de la plage, et dans l'eau un jeune homme le regardait. Si du point de vue de la plage l'histoire n'est pas terminée, l'eau a quant à elle le sentiment d'y avoir posé une fin. L'équilibre est rétabli.
« Modifié: 13 Mai 2011 à 18:38:11 par Loredan »

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Re : Histoire de plage et d'eau
« Réponse #1 le: 06 Juillet 2008 à 09:25:41 »
J'aime bien! Ca a un p'tit air de contes et légendes qui me plaît bien  ^^

Pour les fautes, j'en ai effectivement relevées quelques-unes, plus d'inattention et de frappe, je pense... Si tu veux retrouver les petits soulignements rouges, tu peux utiliser Google Documents! Il suffit de te créer un compte google (tout est gratuit). Ca ne te proposera pas de correction comme avec Word (mais bon je pense pas que ça te manquera), mais ça te soulignera ce qui lui paraît erroné.

Bref, voici ce que j'ai relevé:

Citer
incensée
"insensée"

Citer
Lorsque les ciel était gris et si bas qu'on aurait dit qu'il touchait par terre,
"le ciel", et puis "toucher par terre" ça fait bizarre... "toucher terre", plutôt, non?

Citer
mais lui en moi en sommes."
lui et moi

Citer
Qu'y avait-il dans la tête d'une homme qui ne courait que sous la pluie ?
   Qu'y avait-il dans la tête d'une homme ?
un homme et pas une

Citer
incomfortables
inconfortables

Citer
mais qui avait elle aussi des comme des relents de pluie. Arielle voulu pleurer.
un "des" de trop

Citer
et semblait avoir coupé son regard.

Je trouve que la tournure est un peu insolite. J'aurais plutôt mis "fermé son regard".

Citer
La peau d'Arielle etait presque ecailles, et elle n'avait pas de nez a proprement parler.
les accents à était et écailles

Citer
Arielle pensa s'enfuit,
s'enfuir

Citer
Oyat reçu tout ce ciel
reçut

Citer
jusqu'au l'endroit sur la sable
à l'endroit et sur le

Citer
et une jeune fille est venue courir au bord de la plage, et dans l'eau un jeune homme le regardait.
la regardait


Citer
Il semblait se retenir de faire "hu hu hu".
Ca j'ai adoré  :mrgreen:

Citer
C'était l'un de ces jours où le ciel semble vouloir en finir et se déverser une bonne fois pour toute sur la terre, comme s'il ignorait que l'eau allait de toute façon lui revenir.
Particulièrement beau, ça...

Voilà!
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Hors ligne Zenaïs

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Re : Histoire de plage et d'eau
« Réponse #2 le: 06 Juillet 2008 à 11:32:46 »
Mon Dieu ! Desolee d'avoir laisse echapper autant de choses ! Merci pour tes corrections !

Hors ligne ernya

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Re : Histoire de plage et d'eau
« Réponse #3 le: 06 Juillet 2008 à 12:27:01 »
Aussi la plage éprouve t'elle un peu de mépris pour cette lutte incensée de l'eau, ce combat illusoire pour garder le contrôle.
il y a un truc qui me turlupine avec cette phrase, elle est un peu trop "didactique", un peu "explication" et ça fait bizarre

C'était assez étrange, du point de vue de la plage, car tous les autres coureurs les jours de pluie s'abstenaient.
je pense qu'il faut que tu rajoutes des virgules pour isoler "les jours de pluie" ou alors renverser la phrase ( après tout, c'est de la prose) et faire "car les autres coureurs s'abstenaient les jours de pluie"


"Ne bougez pas, j'arrive !" lança t'il jovialement.
ça fait bizarre "jovialement", pourquoi pas "joyeusement" ?


On t'as attendue
t'a

Je crois que tu manque à l'eau.
tu manqueS

voilà pour le détail ;)


J'ai bien aimé, surtout la fin qui change un peu l'histoire et qui amène un renouveau
mais il y a toujours un petit truc qui me chifonne, c'est le personnnage de la plage, parfois elle n'est presque pas dissociée d'Arielel et c'est embêtant...
mais sinon c'est bien ^^
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

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Re : Histoire de plage et d'eau
« Réponse #4 le: 07 Juillet 2008 à 20:11:05 »
D'abord pour les fautes que j'ai relevée (j'ai pas toujours fait très attention, c'est juste ce que j'ai trouvé comme ça) :

Le plage aime
-> la

Aussi la plage éprouve t'elle
-> éprouve-t-elle

qui courait,et une jeune fille
courait, et

Lorsque les ciel était
-> le

tout ces nuages,lorsque l'eau

en sommes." et elle se

"La même pluie tombe sur nous, vois comme nous sommes unis

de l'autre côté il y a une autre plage, mais de quoi a t'elle l'air ?

"Ne bougez pas, j'arrive !" lança t'il jovialement.

Arielle pensa s'enfuit,

 "Je ne nage pas tellement bien, s'excusa t'il

Arielle nota qu'il avait dit "tu', et savait que cela avait un sens.
-> le « savait que cela avait un sens » est moyen je trouve

Arielle s'échoua sur la plage avec l'air d'une humaine. La peau, les cheveux, le visage et tout le reste.
-> ça peut passer vu qu'on connait le conte « normal », mais je trouve ça un peu facile ...

Je vais marcher." la plage

Pour le dialogue entre Arielle et sa soeur : il manque plusieurs guillemets.

Sinon, c'est sympa, au début c'est pas très original mais tout de même intéressant grâce au point de vue de la plage. Si c'est pour un AT par contre (lequel ?  :noange:) je pense qu'il reste des trucs à modifier, mais là présentement tout de suite j'ai un peu la flemme de tout noter, surtout que lors de la première lecture, j'avais envie de lire pour le texte et sans forcément chercher la petite bête  ><

Sinon, comme apparemment tu voulais une critique dure  ^^
La fin m'a un peu déçue, non parce que tout redevenait "comme avant", à quelque changement pret, mais parce que c'était du à l'intervention du "père". Du coup, tu ne t'éloignes vraiment pas des contes traditionnels de sirènes. J'aurais personnellement préféré que tu ne parles pas du père mais de la mer elle-même - après tout, tu personnalises la plage. Comme les sirènes "appartiennent à la mer", ça aurait pu le faire. Je sais pas si tu vois ce que je veux dire - pis c'est à toi d'écrire ce que tu souhaites, c'est juste une idée en l'air, de mon humble point de vue  :mrgreen:

Ah oui aussi, j'ai bien aimé tes références à la musique ! Et le retour d'Arielle dans l'eau alors qu'elle était humaine.

Voila. J'ai bien aimé, j'aime bien la fin avec l'interversion, il y a de belles images. Ca manque un poil d'originalité, tout de même, ça dépend du sujet de l'AT.
Si la réalité dépasse la fiction, c'est parce que la réalité n'est en rien tenue à la vraisemblance.
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Re : Histoire de plage et d'eau
« Réponse #5 le: 07 Juillet 2008 à 20:54:04 »
Oups, j'avais oublié de commenter ^^

Il y a dans ce textes de très beaux moments : la pluie qui fait de la musique en tombant sur la mer, Oyat (^^) qui joue de la guitare, les cheveux d'Arielle... ça m'a ramené sur les plages de mon enfance sauf que j'y restais rarement sous la pluie uh uh.

D'ailleurs, à propos de "uh uh" j'ai pas trop aimé cette incursion dans le texte, ça l'alourdit.

Comme je te l'ai dit, on retrouve le mythe du coureur, un air de déjà vu (avec Où courez ? - mais tout le monde ici ne connaît pas ce texte et donc ne peut pas saisir cette similitude). C'est pour ça je pense que j'ai été un peu déçue, de retrouver pratiquement la même chose, une sorte d'adaptation. Bien sûr le cadre est tout à fait différent, mais ça m'a un peu gênée.

L'intervention du père également, ce n'est pas le manque d'originalité qui m'a marqué mais plutôt le fait que ce perso n'arrive qu'à la fin, hop, pour tout faire basculer alors qu'on en avait pas parlé une goutte avant alors que t'as quand même pas mal écrit ^^ Et la fin est un peu décevante aussi, trop classique. Ou alors trop explicite. Il faudrait peut-être laisser le lecteur choisir ?

Sinon, toujours très bien écrit, bien entendu, mais je pense que tu peux encore l'améliorer, si tu es toujours dans ta phase d'écriture !!

Hors ligne Zenaïs

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Re : Histoire de plage et d'eau
« Réponse #6 le: 08 Juillet 2008 à 15:12:20 »
Merci de m'avoir lue !

Vous avez raison, en fait la fin n'est pas terrible ! je crois que j'ai été un peu trop pressée de mettre un point final et je n'ai pas bien pesé les choses... c'est vrai que le père fait un peu deus ex machina en quelque sorte...

Je vais remettre ça sur le métier ^^ Il y a vraisemblablement plusieurs choses qui pêchent... A vrai dire je vais peut-être complètement tout changer en gardant les mêmes personnages... hm je ne sais pas j'ai beaucoup de choix.

Hors ligne Milora

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Re : Histoire de plage et d'eau
« Réponse #7 le: 15 Juillet 2008 à 13:06:24 »
Je n'ai malheureusement le temps de lire que 3 paragraphes, ce qui est dommage parce que j'aime beaucoup ! Je lirai la suite plus tard. Voici ce que j'ai pu relever jusque là :

Citer
Aussi la plage éprouve t'elle
éprouve-t-elle

Citer
lorsque l'eau tombant sur l'eau faisait un bruit de nostalgie
Ooooh, c'est zouliiiii...

Citer
Il vint et couru
courut

Citer
Quelle homme étrange
Quel

Citer
au delà des vagues incomfortables

au-delà, et inconfortables

Citer
lui aurait parut un terrifiant cri animal
paru

Citer
elle était heureuse qu'il en fut ainsi
fût

Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Gros Lo

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Re : Histoire de plage et d'eau
« Réponse #8 le: 21 Août 2008 à 18:25:05 »
Waouh, j'adore ton style... cet aspect conte, avec la plage personnifiée et impuissante, cette histoire qui n'est en soi pas originale mais ce que tu en fait... bravo, et j'admire le tout premier paragraphe :coeur:

C'est vraiment un texte super... y a des fautes récurrentes, pas graves mais gênantes à la lecture : "en sommes", "vit" et pas "vît", "revint" et pas "revînt", plein de verbes où tu mets "demanda t'il" alors que c'est "demanda-t-il"...

mais j'adore la légèreté et le "blues", justement, qui se dégage de ton texte. J'aime bien les sautes d'humeur de ta plume avec le passage "il semblait vouloir dire 'hu hu hu' " xD

et tout le reste, nan franchement bravo ! =) j'suis juste un peu moins fan des incursions du narrateur, genre "vous pourriez penser que..." mais c'est une affaire de goûts.
dont be fooled by the gros that I got ~ Im still Im still lolo from the block (j Lo)

Hors ligne Milora

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Re : Histoire de plage et d'eau
« Réponse #9 le: 21 Août 2008 à 18:32:37 »
J'ai eu le temps de finir !

Citer
mais qui avait elle aussi des comme des relents de pluie.
Un des en trop

Citer
La plage eût un pressentiment
eut

Citer
de quoi a t'elle l'air ?
a-t-elle

Citer
lança t'il jovialement
lança-t-il (idem plus loin)

Citer
C'était l'un de ces jours où le ciel semble vouloir en finir et se déverser une bonne fois pour toute sur la terre, comme s'il ignorait que l'eau allait de toute façon lui revenir.
Très joli !

Citer
En quelques seconde elle fut dans l'eau
secondes

Citer
elle devait à prédent lutter contre eux pour avancer
à présent

--> Moi je l'aime bien, cette fin (ou cette non fin). J'aime aussi le côté contes et légendes. Par contre, le fait qu'une bonne partie de l'histoire soit assez classique nuit un peu au texte... Mais j'aime bien quand même !
Comme toujours, remarquablement bien écrit ^ ^
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

 


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