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01 Mai 2026 à 17:59:17
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Sans lendemain [contenu explicite]

Auteur Sujet: Sans lendemain [contenu explicite]  (Lu 3928 fois)

Hors ligne Antoine Jihel

  • Tabellion
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Sans lendemain [contenu explicite]
« le: 25 Juillet 2013 à 01:38:44 »
On est encore au mois de juin mais Paris agonise sous la chaleur, ses âmes se traînent d'une terrasse à une autre, d'un pastis à un Perrier rondelle, à la recherche d'un peu de fraîcheur.
Les gens, les murs, les trottoirs, tout est moite, collant, ça sent le goudron fondu et les dessous de bras.
Le soleil est seul maître dans le ciel, il règne sans partage depuis des semaines, tout puissant, nous assommant de ses rayons. Pourtant, on le prie, on l'implore l'astre impétueux, de bien vouloir, bordel, faire péter ce putain d'orage qu'on réclame depuis des jours ! Mais toujours aucun nuage à l'horizon. Jamais on avait vu mois de juin si caniculaire.

Je m'appelle Antoine, j'ai trente ans, je n'ai plus de logement, je suis en calbute, vautré sur un canapé en cuir qui n'est pas le mien, j'anime des ateliers d'initiation à l'informatique pour personnes âgées, je sors d'une rupture que l'on peut qualifier de difficile et si je n'ai pas débarrassé cette casserole où sèche un fond de sauce tomate, c'est que par cette chaleur, chaque mouvement me coûte trop de sueur...
Si j'avais été honnête, voilà comment j'aurais pu formuler ma présentation meetic. En attendant, j'étais bien content d'avoir un logement temporaire, ne serait ce que pour le frigo et la douche.

Je me forçais à garder les yeux rivés sur la télé.
Il y avait une bouteille de vin qui trônait là, nonchalamment sur la table basse. Rien de grave.
Je dois simplement garder les yeux sur l'écran lumineux et faire le vide... Pas compliqué ! Faire le vide, ça je m'y connais, hein ? Pendant six ans j'avais entassé. Des bibelots, des amis, des tas de babioles, une histoire d'amour, des broutilles. Trente ans, mon petit confort, installé quoi ! Et j'ai tout envoyé balader en beauté.

Saloperie de bouteille ! Ça fait quoi ? Une bonne heure ? Voir deux ? Qu'elle est là, l'air de rien, à me faire du gringue ? Et vas-y que je laisse le soleil me traverser pour te montrer la profondeur de ma robe, et vas-y que je me trémousse, que je tortille du goulot... Aguicheuse !
Tu veux que je te dise, petite traînée, que je te rappelle, clairement, pourquoi t'es là ?
Faut que je pense à autre chose. Je dois me concentrer sur la télé, rien que la télé, calmer mes pensées et puis bien respirer, oui, voilà, respirer !... la télé, qui est le coupable... Hercule Poirot et ses moustaches en plastique... la télé. Surtout ne plus penser à Pauline. Marie Léa ? Elle c'est bon, je n'y pense plus depuis longtemps !
Quand même, ce rendez-vous me rend vraiment nerveux …Peut-être qu'un petit verre ne me ferait pas de mal. L'alcool pourrait sans doute m'aider à me sentir un peu moins... Je sais pas... Moi même.
L'observation nous montre à quel point le verre de vin est de nature grégaire. Il vit en meute. Prenez un spécimen seul, rapidement il deviendra tout triste, maussade, il dépérira sans la compagnie de ses congénères. Faut qu'il appelle ses potes, il supporte pas la solitude le pauvre... Et moi je suis pas du genre contrariant.

Ce matin, alors que le bitume n'était pas encore trop collant, porté par une douce rêverie romantique, guidé par la vision d'un rendez-vous se déroulant sans accrocs, grisé par mes réparties ravageuses, mes traits d'esprit irrésistibles, je ne doutais plus de ramener Pauline dans mon lit et partais aussitôt acheter de quoi la recevoir. Amuse-gueule, tomates cerises et bonne bouteille !
C'est vrai qu'elle est bonne cette bouteille.
Je sais vraiment pas quoi penser de ce rendez-vous... Faire appel à un ancien amour, non consommé, pour oublier une fraîche rupture ressemble à un calcul pour le moins bancal.
Mais finalement, aussi vaseux que le plan puisse paraître, ça semblait quand même être une aubaine, un genre d'issue de secours, un moyen comme un autre de penser à autre chose, de se projeter vers l'avenir.

La télé devenait insupportable, c'est vrai, mais la télécommande était restée au loin, sur la cheminée... Pas la force de me lever. Alors je prenais sur moi pour trier correctement le flot de mes pensées du flot de connerie venant du poste.

Bon, OK, je déconne à plein en ce moment, mais à y regarder de plus près, largué, sans appart, j'aurais pu me laisser couler encore plus bas. A nouveau célibataire, j'étais pris d'une immense lassitude à l'idée de devoir rejouer le jeu de la séduction. Les rencards, les beaux discours, les petites blagues taquines, les sourires, les œillades, tout ça me fatiguait d'avance, je me sentais pas la force, pas l'envie. Gros coup de barre. Avoir le cœur qui se soulève à chaque sonnerie de téléphone en espérant que ce soit peut-être la future nouvelle femme de ma vie ? Traverser des nuits d'insomnie à me battre avec ma couette, mes espoirs et mes angoisses ? Avoir le bide grouillant de milles insectes à m'en donner des coups de poing avant un simple rendez-vous ? C'est ça les joies du célibat que les potes me vantaient ? Pour me réconforter, ils me disaient combien j'étais vernis, que j'allais pouvoir m'éclater, papillonner, butiner les filles !... j'étais sceptique, j'avais du mal à les croire. Surtout ceux restant empêtrés dans des histoires merdiques, préférant encore s'étriper, s'emmerder ou traîner leur frustration plutôt que de se retrouver seuls, ils étaient carrément pas crédibles ! Pas pour un sou ! Alors oui, ils étaient là pour me soutenir, soit, mais j'avais quand même sacrément envie de leur dire de fermer leur grande gueule !
Certainement que la solitude restait pour eux une idée vague, un concept abstrait, observé en spectateur. Ou alors peut-être qu'ils savaient tout simplement comment on s'y prend avec les filles. Y en a. Moi, j'avais juste peur, traitez-moi de fiote si vous voulez, mais j'avais terriblement peur de retomber dans une de ces longues périodes d'abstinence affective et sexuelle.
Pour ça, je peux me vanter, des traversées du désert, j'en ai connues, des rudes à l'aridité saharienne où la probabilité d'un cul te semble aussi peu plausible que de tomber sur une oasis.
Pendant des mois, je dois dire, tellement j'étais en chien, j'en fermais les yeux, dans la rue, à la moindre femme à poil sur une affiche, pour pas m'échauffer. Faire la bise à une gonzesse, n'importe laquelle, un minimum baisable, faisait tressaillir tout mon épiderme. Pour l'odeur. Pour la douceur de la peau. Pour tous les fantasmes, toutes les façons de les prendre, qu’immanquablement, le soir, j'imaginerai  dans mon pieu... mais sans me palucher, oh non, ça me déprimait, je pouvais plus, ça me confrontait, trop durement, à ma solitude. Deux putains de printemps, j'ai dû endurer, à lutter vaillamment, constamment contre les hormones en fleur, contre les jupettes voltigeantes et autres t-shirts transparents.
Du coup, je restais cloîtré dans mon terrier, à l’abri de la lumière, pour pas bourgeonner.
Mais même là j'y coupais pas ! Y avait ces connards de voisins – fort sympathiques au demeurant – qui s'envoyaient en l'air, chaque soir, méthodiquement, rigoureusement ponctuels, réglés, pour ça, comme du papier à musique, entre 23h30 et minuit ! Et puis, expressifs, fallait voir comment ! Pas pudique du hurlement ! Ça non ! Ça envoyait des décibels ! Lui, en baryton, donnait le tempo de ses soupirs rauques quand, elle, partait dans les aigus, un vrai solo, oh oui, oh oui, au rythme du son mat de la tête de lit qui tape métronomiquement contre le mur.
Ça faisait pas naturel... ils devaient en rajouter ces salauds, juste pour faire chier le petit voisin qu'on voit jamais ramener une fille à la maison, hein ?!
Deux ans ! D'une amourette pas l'ombre ! Pas même un bout de téton, niet ! Au pain sec ! Deux ans sans goûter l'odeur d'une femme, la vrai, celle d'après l'amour.
Et puis, finalement, j'ai rencontré Marie-Léa...

Ensuite, sitôt largué, je me suis inscrit sur un site de rencontre,  pas très inspiré, j'acceptais la proposition de pseudo Antoine198175. Aller sur meetic, c'était une façon de ne pas perdre trop pied, cette fois, de pas me laisser abattre, de garder le cap. Genre, vous allez voir ce que vous allez voir ! Décidé !
Un jour, une nana me pose une question anodine. Elle est loin d'être canon, j'avoue. Je lui répond sur le même ton. Au bout de trois messages sans consistance, elle me dit ne pas être une grande fan des conversations virtuelles et propose un verre. J'accepte illico. J'ai décidé de dire oui à tout !
Quand on se retrouve à Ledru Rollin, je me dis que finalement, sa photo de profil était plutôt flatteuse, c'est dire, mais qu'importe ! On va boire un verre, et la conversation se fait facilement, sans efforts, naturellement. On va bouffer au resto, on picole, on se marre bien. Elle a des seins énormes. Jamais j'en avais touché des comme ça... enfin, gratuitement j'entends.
On poursuit dans un autre bistro, un tout petit boui-boui minuscule, pas même une table, un simple comptoir. Question descente, on est sur le même rythme, soutenu. Quand le barman sort fumer sa clope, on se retrouve seuls dans le bar et on se saute dessus. Là... c'était étrange ! D'un coup, d'un baiser frais, d'une langue agile, j'ai pris conscience que je venais de passer cinq années de ma vie avec une fille que je n'aimais pas embrasser !
Sur le coup, ça m'a fait froid dans le dos. J'ai dû tressaillir car Mathilde me demanda si j'allais bien.
Oh ! Mais oui je vais bien ! Ça oui ! Cinq années de résignation à embrasser des lèvres pincées viennent de prendre fin ! Grâce à la langue magique d'une gentille Mathilde peut-être pas si moche que ça.

La suite fut torride, les mains baladeuses, ouais, mais sans que cela ne se termine à la va comme je te pousse dans les chiottes du bistro.
Nos langues, nos mains, faut avouer, s'en donnaient du mal, pas feignantes, les chiens étaient lâchés. Mais nos sexes, eux, rougeoyaient encore comme des braises attisées, lourds de désir quand, finalement, je la raccompagnais à la station de taxi.
C'est alors qu'elle eut cette phrase étrange.
Demain, je vais en mission en Normandie, je rentrerai vers 18h30... Si tu veux, tu peux venir me prendre au train.
Ahuri par le désir, les mots « me prendre au train » dansaient gaiement autour de moi au milieu d'images lubriques. Pris dans cette farandole concupiscente je dis simplement oui. Et gaiement de surcroît !

Là, sur le canapé, abêti par la télé, je ne savais pas trop pourquoi je repensais à tout ça. Pour me donner du courage ?

Du courage, j'en ai pas eu beaucoup quand au réveil je reçu un texto de Mathilde me demandant si c'était toujours OK pour venir la chercher à la gare... Je me demandais comment elle encaissait notre biture de la veille car moi j'étais au plus mal. Mais je parvenais tout de même à trouver étrange qu'une fille dragouillée la veille me propose d'attendre impatiemment son retour sur le quai d'une gare ! Et puis quoi encore ? Des fleurs ? Une embrassade fougueuse ? Et vas-y que je te prends dans mes bras ? Que je te fais tourner ? Mais tu es bien trop lourde pour ça jeune fille ! Putain, ça sentait le traquenard à plein nez cette histoire ! La veille, j'étais bien trop laminé pour m'en rendre compte, mais je commençais à retrouver doucement mes esprits. Fallait impérativement que je me sorte de ce guêpier.
Non, mais sans blague, je vais pas revoir une fille que je ne trouve ni jolie, ni... ni...  je sais même pas ! Merde !  Moche c'est déjà largement suffisant ! J'ai finalement trouvé une excuse suffisamment bidon pour qu'elle comprenne que je ne voulais pas la revoir.
Non, mais ça va quoi ! Je suis peut être SDF, mais je fais pas encore les poubelles !

Pff... Antoine... Mon petit Antoine... Pourquoi joues-tu les caïds ?  Hein ? Pourquoi raconter des conneries ?... Pourquoi ne pas avouer que tu la revue cette fille, et pas qu'un peu, hein ? C'est vrai, n'est-ce pas ?  Pendant trois semaines  au moins. Même que... au final c'est elle qui m'a congédié. Paraît que je manque d'ambition.


   De fil en aiguille, ou plutôt de verres en verres, d'Hercule Poirot en New York police je sais plus trop quoi, de souvenirs paressant déjà loin en haut Médoc bien tassé, vint le moment de constater que je venais de vider le fond de la bouteille dans ce dernier verre. Finalement, je lui aurais fait la peau ! Fallait pas me chercher moi !
C'était quand même étrange d'être ivre au beau milieu de cet appartement encore bien ordonné.
Pauvre intérieur si bien lustré qui doit, tout à coup, subir le spectacle d'un homme vautré, en caleçon dans le canapé en cuir, remplissant régulièrement son verre posé sur l'accoudoir en un équilibre précaire.
J'avais bien conscience du sacrilège, de souiller un lieu sacré, mais lorsque me vint l'envie de me gratter les couilles, je le fis en pleine conscience, le savourant le sacrilège, me délectant du bruit de mes ongles contre mes poils pubiens.
Je suis devenu un être abjecte, sans foi ni loi, sans la moindre trace de respect.
Puisque la vie, moqueuse, perfide, bien salope, s'en donnait des crampes d'estomac tellement qu'elle en riait des bâtons qu'elle me mettait dans les roues, puisque visiblement le spectacle de mon corps trébuchant puis dévalant le flanc de la dépression n'avait, en terme de divertissement, que peu d'équivalent, il me fallait bien trouver quelques futiles ripostes ! Montrer que je ne baissais pas les bras, que je saurai rester vaillant ! Ainsi, ce n'était pas un vulgaire grattage de couilles, anodin, de ceux que l'on fait nonchalamment devant le foot, NON ! C'était un acte d'insoumission, de rébellion, de combat face au rouleau compresseur du sort qui s'acharne !
Dorénavant je ne me laisserai plus faire. Je ne me laisserai plus brinquebaler par la vie, garanti, fini !
Je bombe le torse ! Ah ! Elle va voir ce qu'elle va voir ce soir, la Pauline ! Maintenant, je joue des coudes et je rends coup pour coup ! Terminé d'être la bonne poire ! Je suis Antoine, l'homme solidement ancré sur ses pieds qui regarde les autres droit dans les yeux.

Décidé à affronter le monde, je me levais d'un bond !
Le bond était de trop, je n'aurais pas dû me redresser si soudainement.

Tour d'abord, il y eut un gros scratch en me levant.
Par cette chaleur, la sueur avait comme mélangé les molécules de ma peau à celles du cuir, je faisais corps avec le canapé, littéralement scotché.
Puis je ressentis une sorte d'étourdissement, un chancellement, causé par un excès d'alcool et de brusquerie en me relevant.
En termes d'homme solidement ancré sur ses pieds, la marge de progression était vaste.
J'ai même dû me rattraper à l'accoudoir pour conserver l'équilibre.
Malheureusement, je renversai le dernier verre de vin sur le tapi velu.
Il y avait une grosse trace rouge qui se propageait sur les poils blancs, qui s'incrustait dans chaque fibre.


   Ce qu'il y avait de particulier chez Pauline, c'était ses grands yeux. Ils étaient beaux, on les voyait bien, mais parfois c'était presque trop, presque effrayant quand elle les écarquillait, comme si ils pouvaient s'extraire de leurs orbites, à craindre qu'ils tombent et roulent sur la table.
Moi c'est tout l'inverse, mes yeux sont complètement encaissés sous leurs arcades, comme un petit animal apeuré ne risquant que le bout de son museau hors de son terrier. C'est dommage, je trouve que j'ai de beaux yeux, mélange de vert et de marron, mais personne ne le remarque.

Je crois que ça se voit presque pas que je suis encore bourré.

On s'était donné rendez-vous rue des abbesses. J'avais opté pour un look un peu rock'n roll, espèce de godillots  râpés, jean troué, chemise grise aux manches retroussées. En me regardant dans la glace avant de partir je m'étais fait un certain effet. Pour tout dire, j'en revenais pas de me trouver carrément beau mec. La rupture avait fait son effet ! Après seulement un mois, j'avais perdu sept kilos, perdu mes joues, perdu mon bide mais mes fesses remplissaient toujours aussi bien mon pantalon.
Ceci explique sans doute pourquoi je l'attendais plutôt sereinement.
Elle arriva avec 25 minutes de retard, ce qui me laissa largement le temps d'étudier savamment quelle serait la meilleure posture à adopter, celle qui lui ferait le plus d'effet quand elle m’apercevra. Adossé contre le mur, les jambes croisées, je me sentais vraiment cool.
Le truc, c'est le bouquin. Pour pas avoir l'air du gars qui attend impatiemment son arrivée en regardant nerveusement à droite à gauche et surtout parce que je déteste voir les gens de loin. Je me trouve toujours ridicule quand on avance, comme ça, l'un vers l'autre. Je commence par sourire et puis je sais plus quoi faire de mon sourire. Je préfère de loin que ce soit elle qui me voit et vienne vers moi ! Alors le bouquin c'est parfait ! Ça peut aussi marcher avec un portable, ça dépend du genre qu'on veut se donner, poète intello ou winner surbooké, c'est selon, chacun son style.
Bien sûr, j'étais tout à fait incapable de me concentrer sur la moindre ligne le moindre mot, mais peu importe, tant que le livre n'est pas à l'envers.
- Salut.
- Salut.
- Excuse, je suis à la bourre...
- Ah oui ? Aucune importance, j'étais plongé dans mon livre !
- Qu'est ce que tu lis ?
- Ah ! C'est mortel, c'est l'histoire d'un émigré italien aux états unis, dans les années trente, le mec vit... et blablabla, je baratine.

Ainsi on a été se poser à la première terrasse venue, déjà embarqués dans une discussion intéressante en esquivant l'horrible « alors qu'est-ce que tu deviens depuis le temps? ».
Non, franchement, tout se passait formidablement bien.
On tournait tout deux à la bière, la conversation était riche, les sujets s'entrechoquaient, les anecdotes fusaient. On se découvrait des tas de goûts communs, et je posais, de ci de là, des petites raisons de se revoir.
Pendant des années, j'avais été incapable d'aligner plus de trois mots sans bredouiller devant cette fille. Ses yeux immenses entraient en moi, foutaient le boxon dans mon cerveau, renversaient tout sur leur passage et mes pensées se retrouvaient complètement empêtrées. Quand je lui parlais, j'avais l'impression de marcher dans la glaise, je faisais un pas, mais ma pompe restait coincée dans la boue, comme ma langue dans ma bouche.
Je me demande finalement si je n'étais pas plus impressionné qu'amoureux à l'époque. Douée pour le dessin, pianiste aguerrie elle avait une voix sublime. Ses reprises des standards jazz m'étourdissaient, je tombais en pâmoison comme une midinette devant le poster du dernier chanteur à la mode. J'avais les yeux rivés sur elle, un sourire béat indéboulonnable et de la bave qui coulait sur le bout de mes chaussures. Je me demande dans quelle mesure ce qui m'attirait chez elle n'était pas l'artiste que j'aurais aimé être. Peut-être qu'en la séduisant j'espérais moi-même acquérir un peu de son talent comme le cannibale pense s'approprier les qualités de l'ennemi vaincu ?... Pff... Ça me chauffe la tête ma thérapie, faut que j'arrête les conneries !
Étrangement, ce soir tout se passait à merveille. Je n'avais plus peur. Je pouvais la regarder en face sans me liquéfier. Je suis l'homme solidement ancré sur ses pieds, je la regarde droit dans les yeux. On se regarde droit dans les yeux.
 - Ça me fait bizarre... tu sais, ça fait plus d'un mois que je suis pas sortie de chez moi, elle me dit     
 - Comment ça ? Tu bossais ?
 - Oui... Non... Enfin, j'avais envie de voir personne.
Là, j'étais scotché ! Elle ne voulait voir personne, elle restait chez elle à déprimer, et pour qui elle se décide enfin à sortir ? Pour moi ! Ahaha ! Je lui laisse un petit mail de rien du tout, l'air de pas y toucher, et elle, direct, elle met sa déprime au placard, elle se pomponne et elle vient me voir ! Moi ! Incroyable ! Se pourrait-il qu'elle aussi, des années auparavant, ait pu éprouver les même sentiments ?

 - Ah ? Dis-moi ... ça ressemble à de la bonne grosse déprime ça !
 - Ouais je sais...
 - Si tu veux en parler...
 - Non mais c'est con.
 - …
 - Pff, je me trouve trop conne... C'est un mec au boulot qui me rend folle. Je comprends pas pourquoi je suis sur ce type, il a rien de particulier. Franchement, parfois c'est trop une tâche, je vois pas ce que je lui trouve.
 - Ah.
 - C'est con mais on a fricoté un peu, puis il me dit qu'il largue sa gonzesse pour moi ! Là, je suis trop contente, tu vois...
 - Je vois...
 - … et le gars, trois jours après, il me dit qu'il est pas prêt, genre il doit rester seul pour se retrouver... ce genre de conneries tu vois.
 - Je vois... En amour, il n'est pas rare de devoir encaisser de sérieuses déconvenues.

Salope, salope, salope, salope, salope, salope... En rentrant chez moi, j'imprimais un salope sur chacun de mes pas.
Salope, salope salope salope... Je m'arrêtais tout de même à l'épicerie pour faire le plein. J'avais déjà bien plus que mon compte, mais je ne serai pas satisfait tant que je ne m'écroulerai pas quelque part, où que ce soit.
Tant bien que mal, je parvins tout de même jusqu'à la porte de mon domicile provisoire.

Je retrouvais la moiteur du canapé en cuir. Il fallait impérativement que je parvienne à mettre un terme à mes pensées morbides. J'ai d'abord songé peaufiner mon profil meetic, trouver une meilleure accroche car visiblement aucune des jolies filles sollicitées n'avaient répondu à mes approches, mais je me rendais rapidement compte que mon état ne me permettait même pas de discerner correctement les lettres s'affichant sur mon écran... Revenant à la raison, je prenais la sage résolution de me rabattre sur le porno.
La fenêtre laissait entrer un courant d'air presque frais.
En arrivant sur la page du site de cul, on se pose toujours la même question : qu'est-ce qui pourrait bien exciter ma libido ce soir ? Anal ? Gros seins ? Asiatique ? Beurettes ? Africaines ?... Ce n'est finalement pas si éloigné de meetic... On erre dans les rayons du super marché avant de faire son choix.
« Connards ! Racistes ! Allez vous faire enculer ! »
Ça venait de la rue... Curieux, je me hisse jusqu'à la fenêtre. Il y a une black qui tend son majeur à deux hommes qui s'éloignent « Putain, une clope c'est pas la mort ! Racistes ! »
Quand elle reprend son chemin, je note à sa démarche chaloupée qu'elle est encore plus avancée que moi.
Bon... finalement ce sera africaine ce soir.

Le temps de me rhabiller, j'avais pris du retard. En descendant dans la rue je ne l'apercevais plus. Je presse le pas. Je regarde à droite, à gauche, rien ! Ça ne sert à rien de réfléchir, je prend à droite. Cinquante mètres plus loin, je regarde à gauche et aperçois furtivement une silhouette sortant de l'ombre des immeubles toute les trois secondes, au gré des zigzags. Voilà ma proie !
Elle est à quoi ? 200 ? 150 mètres ? Elle ne peut plus m'échapper, je peux ralentir le pas et calmer mon souffle, marcher tranquillement.
Quand j'arrive enfin à sa hauteur, je sors sereinement une clope... j'avais tout préparé.

 - Excuse-moi ?  elle me dit.
 - Ouais ?
 - T'aurais pas une clope ?
 - Merde, tu tombes mal ! C'est ma dernière... tu veux qu'on se la fume à deux ?
 - Putain ! Ouais !
 - Pas de soucis... j'allais justement aller en racheter.
 - Tu sais où en trouver à cette heure ?
 - Ouais, t'inquiètes, à Bastille, on y est dans cinq minutes.
 - Je te suis mec !

Elle portait une longue robe noire, très cintrée, et un bandeau dans les cheveux, noir également.
Difficile dans la pénombre, de lui donner un âge... mais peu importe.
J'avais du mal à suivre sa conversation. C'était un peu alambiqué, passant d'un sujet à un autre, je crois qu'elle même avait du mal à se suivre. Elle s'extasiait de choses tout à fait étranges, comme le fait que je connaisse les parole de la chanson « dans les prisons de Nantes ». Elle trouvait ça absolument remarquable, n'en revenait décidément pas et me le rappelait toutes les deux minutes. « C'est fou que tu connais les paroles, mec ! »... Vraiment allumée la gonzesse, mais peu importe, je n'étais pas là pour la conversation. Alors qu'elle faillit trébucher, j'en profitais pour la rattraper en la prenant par la taille. J'y laissais ensuite ma main sans qu'elle ne dise rien. Confiante, ma main entreprit d'aller voir plus bas, vers ce cul prometteur... finalement décevant. Moulé dans la robe noire, il faisait illusion mais passait plus difficilement le teste de la palpation. Flasque. Finalement, elle devait avoir dans les quarante-cinq balais, bien serrés.

C'est dans un bar de nuit que nous nous réapprovisionnons en cigarettes.
Je ne savais franchement pas ce que je foutais là.
Je sentais que si jamais j'y prêtais trop attention, le néant abyssal de mon existence pouvait m'emporter, me happer, là, sur le champ... Alors je regardais de l'autre côté et reprenais une bière.
C'est un luxe Paris et ses bistros ouverts à toute heure. Quant on doit vraiment se mettre minable, on est jamais freiné par des causes extérieures.
Comme beaucoup d'endroits sans âme, comme pour ne froisser personne, la radio était calée sur Nostalgie. Après qu'un rappeur sans imagination en ait eu fini de massacrer Claude François, ce qui n'est pas le plus mince des exploits, c'est un tube usé de Bob Marley qui résonnait... Je crois bien être le seul au monde, peut-être avec un ou deux hard-rockeurs, à trouver ça chiant.
« Oh ! J'adore cette chanson ! » me dit la black à qui j'avais toujours pas demandé le prénom. « Ça me rappelle trop Londres ! Putain mais oui, j'y suis là, c'est Londres ! Il faut absolument que j'y retourne ! »
Depuis maintenant quarante-cinq longues minutes que nous nous connaissions, j'avais fini par comprendre qu'il ne valait mieux pas trop écouter le flot de paroles irréfléchies et désordonnées qui émanaient de son cerveau certainement massacré par les psychotropes. Son esprit semblait comme enfermé dans les soutes d'un navire subissant un gros grain, il valdinguait d'un côté à l'autre au gré de la houle, dispersant des bouts de phrases au hasard.
Ajoutez à ça l'effet narcotique de Bob Marley, ça en devenait trop pour moi. J'avais ma dose. J'ai grommelé que je me barrais, j'ai lâché un bifton et je suis sorti, bien déterminé à rentrer me coucher sans demander mon reste. Mais la black m'a emboîté le pas.

 - Hey ! Mais pourquoi tu pars comme ça ?
 - Je suis crevé je t'ai dit .
 - Mais tu vas où ?
 - Je vais me coucher.
 - Mais attends mec !
 - Quoi ?

J'aurais pas aimé être spectateur de cette scène, me voir ainsi bourré en pleine nuit, rue de Lappe, avec cette fille défoncée à mes basques.  J'avais honte de moi et mon seul désir était de rentrer me cacher. Là, tout à coup, j'aurais aimé ne plus jamais avoir à m'occuper de moi. M'oublier complètement, me dévouer corps et âme à autrui, partir en mission très loin m'occuper d'enfants malades. Ou me faire moine bouddhiste dans un monastère tibétain, enfin ce genre de conneries quoi.

 - Attends... Je sais pas... je me disais que je pourrais venir dormir chez toi...
 - Et ta tante ? Tu vas pas dormir chez elle ?
 - Je préférerais chez toi.
 - Mais pourquoi ? Je veux dire...  On s'est même pas embrassé, à peine peloté ! Merde, tu vois où je veux en venir, non ?

Alors, mollement, presque autant que ses fesses, elle s'est avancée vers moi et m'a tendu ses lèvres, sans conviction. J'ai embrassé ces lèvres passives, sans conviction. On ne devait pas être loin du baiser le plus chiant du monde. Mais on savait, ni l'un ni l'autre, ce qu'on pouvait bien foutre de nos angoisses, de nos corps, fallait occuper tout ça, gesticuler, garder une force d'inertie suffisante pour ne pas se casser la gueule.

« Attends ! Non, je peux pas faire ça ! »
On était sur le lit, elle avait étendu son corps, là, disponible. Un souffle d'air venait tant bien que mal rafraîchir nos corps abrutis par la canicule. Nous n'étions éclairés que par la lumière d'un réverbère qui se glissait à travers les stores vénitiens.
Nous étions dans du coton et l'alcool, la fatigue et la chaleur pouvait grimer notre mollesse en volupté. Je fus, comme toujours, transporté par le miracle d'une poitrine. Subjugué, je pétrissais et couvrais de baisers ces seins qui se gorgeaient de désir. Merveilleux tétons ébène ! Chaque caresse, chaque coup de langue semblait faire frissonner tout son corps. Mes mains furent d'abord un peu timides, comme face à un instrument inconnu dont on essaye de faire sortir un son. Puis, se laissant guider par la mélodie du souffle haletant, elles prirent confiance, elles virevoltaient maintenant, caressant, pressant cuisses, seins, visage.
Alors que scintillait, au creux de sa chatte, l'humidité de son excitation ; alors que délicatement, je laissais mon doigt s'humecter de sa sève pour le faire remonter vers son clitoris chargé d'envie, elle eut un frisson étonnant et un bruit effrayant dans sa gorge qui cherchait à aspirer trop d'air. Elle se raidit. Referma ses cuisses. Se redressa et dit :

 - Attends ! Non, je peux pas faire ça ! C'est pas possible ! Je peux pas faire ça ! C'est pas moi !

Je l'ai prise dans mes bras pour la réconforter, je l'embrassais, lui caressais les cheveux... mais ne perdais pas le nord et tentais une nouvelle approche vers son sexe. Refus net. Cuisses verrouillées.
Alors j'ai susurré des mots rassurants au creux de son oreille.

 - Tout va bien beauté, regardes comme on est bien. Regardes comme nos corps se réjouissent de se sentir l'un contre l'autre. Tu sens comme je te désire ?

Elle ne disait rien mais je sentais ses muscles se relâcher légèrement.

 - Et je sais que toi aussi tu en as envie, je sais que ton corps en a très envie. Je le sens vibrer sous mes mains. Je le sens frémir sous ma langue. Je sais que tu as envie de ma bouche sur tes seins. J'entends ton corps appeler.

J'avais l'impression que peu importait ce que je pouvais raconter au fond, le son de ma voix avait un effet tout à fait apaisant. Plus je lui parlais, plus elle se relâchait. Et je joignais les paroles aux actes.

 - Tu vois comme c'est agréable quand ma main caresse ton ventre ? Du bout des doigts je frôle tes poils... Là... tu vois, tu frissonnes de plaisir et tes cuisses s'ouvrent parce que tu as envie que je m'occupe de ton sexe.

Je savais que je devais parler, ne pas perdre le fil, garder le contact, de ma voix, quitte à manquer d'inspiration dans mon baratin.
Un simple effleurement de sa vulve la faisait tressaillir de tout son épiderme. Rarement je n'avais rencontré de femme si réceptive à mes caresses, c'en était presque effrayant pour tout dire. Ça me semblait un peu démesuré, cachant même quelque chose de pas très net, mais ce n'était vraiment pas le moment de penser à ça. Le moment présent ! Je dois savoir être dans l'instant, surtout quand celui-ci est savoureux bordel !  Alors je continuais de mettre des mots sur chacune de mes actions. Je lui disais ce que j'allais faire, ce que je faisais et décrivais le plaisir que ça lui procurait. Peut-être n'avait-elle, maintenant, plus besoin de ce lien pour se laisser aller, mais je m'étais pris au jeu et ne pouvais plus m'arrêter. J'avais l'impression qu'elle se laissait guider par ma voix, hypnotisée, en mon pouvoir... terriblement excitant. Trop peut être... Je dû faire face à une éjaculation intempestive, absolument pas programmée et fort mal venue. Ça m'a pris d'un coup dans le bas ventre, puissamment, incontrôlable, pourtant, sans être en elle, sans qu'elle me branle, non, rien, une éjaculation uniquement commandée par l'esprit, par la situation innovante, étourdissante. Honteux, j'ai dû jouir l'air de rien, dans la discrétion d'un drap. Putain ! Mais merde, c'était foutrement pas le moment ! Saloperie de bite de merde ! Qu'est ce que je peux bien faire pour te dompter, hein ? Voilà plus d'un mois que je me masturbe quotidiennement, méthodiquement, au minuteur ! Vingt minutes ! Jamais avant ! Mais putain de bite ! Tu veux vraiment me gâcher la vie ?

Ah ! Mais quelle joie ! Quel bonheur ! Quel soulagement en constatant que ma chère queue, sûrement vexée par mes injures, ne baissait pas la garde, oui ! Fidèle au poste ! Encore au garde à vous ! Ahaha, la brave n'était pas rassasiée par une éjaculation de bas étages, ça non ! On en voulait encore du cul, de l'éblouissement ! Allons ! Gaiement ! Faisons-nous trembler la chaire !

Raide, je pouvais continuer ma logorrhée, mon flot de paroles salaces et, bientôt, j'étais en elle. Je la sentais palpiter à l'intérieur, délicieuses convulsions autour de mon sexe. Maintenant, j'étais rassuré, je savais que j'avais tout mon temps pour en profiter, ma queue était sereine, il n'y aurait plus d'incident.

Au bout de la nuit, au bout d'un orgasme commun, éreintés, nos corps nappés de sueurs, nous tombons l'un et l'autre sur le dos, le cœur brassant d'énormes flux.
Absorbé dans la contemplation de l'ombre des stores sur le plafond, je me faisais la réflexion qu'il y avait longtemps que je ne m'étais senti aussi apaisé, quand elle eut, par cette nuit pourtant suffocante, cette phrase qui me glaça :

 - Putain ! Mais comment j'ai fais pour vivre sans ça avant ?!

Je ne savais pas vraiment de quoi elle voulait parler et ne voulais pas le savoir. J'ai fais semblant de dormir.

Le réveil fut difficile. Deux inconnus dans un même lit. Deux maux de crâne carabinés. Quels gestes on adopte dans ces cas là ? On conserve un peu de tendresse ? C'est quoi le bon tempo pour mettre de la distance ? Ça fait drôle de se retrouver face à quelqu'un dont on ne sait rien, pas même le prénom, alors qu'on s'est mélangé les sécrétions toute la nuit. J'ai aimé me réveiller contre ce corps chaud, sentir l'odeur de la peau, mais dès que nous nous sommes décollés, il n'y avait plus rien. Juste deux inconnus dans une situation embarrassante.
J'ai pensé au cours que je devais aller donner, à mes petits vieux qui m'attendent, eux qui me trouvent si gentil. S'il savaient la vie que je mène en ce moment... Moi même, j'avais du mal à accepter cette débauche. J'aurais aimé me sentir frais, sortir faire un footing, être un charmant jeune homme. Je voulais effacer les traces de cette nuit tumultueuse, je voulais faire un grand ménage dans cet appartement qu'on me prête gracieusement, mais je voulais par dessus tout que cette cinglée dégage d'ici rapidement.

 - Dis-mois chéri, t'as du café ?
 - Non, y a que du thé.
 - Bon, va pour du thé, ça me rappellera Londres. Faut que je retourne à Londres putain !

Bonne idée, vas-y sur le champ que je me disais en préparant du thé dans la cuisine.

 - Chéri, où sont les clopes ?

Elle commence à me courir avec ses chéris ! Elle veut fumer, hein ? C'est ça ? Bah la voilà la solution pour qu'elle se casse !

 - Je suis désolé, mais on ne peut pas fumer ici, c'est strictement non fumeur. On me prête cet appart et la proprio est très à cheval la dessus.
 - Putain... A la fenêtre alors ?
 - Non, non, pas moyen, c'est rigoureusement interdit ici... Je suis désolé.
 - Tant pis...

Merde, ça ne marche pas, elle fait une croix sur sa clope. Mauvais calcul. Elle se lève et va aux chiottes et j’entreprends de faire un peu de rangement dans le salon. Maintenant, j'avais doublement envie qu'elle se barre, pour plus voir sa gueule et pour pouvoir m'en griller une tranquille avec un bon café... Ah, j'ai bien besoin d'une bonne cigarette ! D'ailleurs ça commence à sentir la clope et ça exacerbe mon envie. Comment ça, ça sent la clope ? Mais... Mais merde, ça vient des chiottes ! Elle est en train de s'en griller une quand même la salope !

 - Hey ! Qu'est ce que tu fous la dedans ?
 - Quoi ? Qu'est ce que tu crois qu'on fait généralement là dedans ?
 - Te fous pas de ma gueule ! Ça pue la clope d'ici ! Putain ! J'y crois pas !

J'ai profité de l'occasion pour la foutre à la porte manu militari. Héhé, finalement, mon piège avait marché. Bien sûr, j'avais conscience de me comporter comme un goujat mais j'avais déjà une mauvaise conscience bien chargée, alors un peu plus, un peu moins, ça ne changeait plus grand chose à mon dossier.
Elle remettait son manteau dans l'entrée quand elle vit une de mes cartes qui traînait sur le buffet dans l'entrée.
C'est ton phone chéri ?
Pris de court, je savais pas quoi inventer.
 - Euh... ouais.
Je me suis traité de con ! Cette folle va me harceler, je vais pas savoir comment m'en débarrasser ! Ça va être l'enfer !
Mais en fait, jamais elle ne m'a rappelé. Salope.


Mes petits vieux ne sont pas aussi nuls en informatique qu'on pourrait l'imaginer. Ils apprennent même assez rapidement. Le souci c'est qu'ils oublient encore plus rapidement. Par manque d'exercice sans doute.
Pour rentrer dans mon éphémère chez moi, je descends à Gare de Lyon en rentrant du boulot. Voilà quelques jours que j'ai pris l'habitude de prendre un café, de me poser sur un banc en face du tableau des départs et de me laisser bercer par le brouhaha et les messages SNCF. J'aime la petite musique avant les annonces, quatre petites notes qui ont un goût de vacances. Les noms de ville qui jouent à saute mouton sur le tableau éveillent en moi des fantasmes de vies différentes. Je teste la tentation de l'ailleurs. Mais si je n'avais pas voulu quitter Paris quand Marie Léa rêvait de campagne, pourquoi partir maintenant ?  Le soleil ? La plage ? La Montagne ? Mouais... Ce qui pourrait m'attirer maintenant ce serait l'inconnu, l'absence de plan, explorer un vide encore plus grand.
Je rêvasse sur mon banc de la Gare de Lyon, attiré par le départ, comme au bord d'un précipice, les jambes fourmillant de cette envie de sauter, les mains se cramponnant solidement à un arbre. Je pourrais analyser cet élan de façon psychanalytique, me pencher sur sa traduction, analyser le pourquoi, mais je préfère éluder la question en me disant qu'il serait tout à fait idiot de quitter la plus belle ville du monde pour aller s'enterrer chez les bouseux.

Le thermomètre ne veut décidément pas baisser. J'aurais besoin d'un bon coup de frais, quelque chose qui m'aiderait à repartir sur de nouvelles bases. La chaleur, ça ramolli, ça me pousse à m'avachir. Hum... des fois je m'épate ! Qu'est-ce que je peux sortir comme conneries ! Non mais qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre ! Franchement ! Comme si c'était à cause du temps que j'en étais là à regarder partir les trains sans plus savoir quoi faire de ma vie.  La vérité, c'est qu'à trente balais, voyant se profiler le pavillon en banlieue, le labrador et la petite famille, j'ai tout fait pour que ça parte en vrille avec Marie Léa. Après cinq ans de vie commune, on avait passé les étapes classiques, sans se presser. La séduction, les premières vacances ensemble puis l'emménagement. Sur la feuille de route du parfait petit couple, ça faisait déjà deux bonnes années minimum qu'on aurait du franchir l'étape suivante, faire un gosse ou se marier, voir les deux. En terme équestre, on pourrait dire qu'on faisait un refus d'obstacle.

 - Écoute, je te l'ai déjà dit, je suis pas prêt à être père, j'ai  besoin de me sentir vraiment adulte, tu vois ?
 - Putain, Antoine, arrête le baratin, tu te rends compte que t'as trente piges ? Je veux pas m'énerver, mais tu peux pas me laisser comme une conne dans l'incertitude... Tu en parles avec ton psy ?
 - Je fais que ça...

Je devais effectivement aller voir un psy depuis qu'elle avait découvert que j'allais sur des sites de cul.
Marie Léa était très prude, ça faisait quelques mois que nous étions ensemble, peut-être six, nous  passions une bonne soirée dans mon petit studio de la place Pigalle, quand, faisant une recherche sur le net, elle a trouvé des adresses de sites pornos … Je n'avais jamais cherché à les masquer. Elle en tremblait de sa découverte, elle serrait les poings, elle serrait les dents. Pour elle, si j'avais besoin de regarder ces horreurs, c'est que j'étais un innommable pervers et que je devais de me faire soigner. J'ai été très surpris par l'ampleur que prenait pour elle une chose qui, pour moi, était sans importance.  J'ai tenté de prendre ça à la rigolade... Mauvaise pioche ! « Tu crois que ça me faire rire, franchement ? » A côté de mon bureau, furieuse, l'air inquisiteur, elle s'était relevée et me sommait du regard de m'expliquer.
J'ai voulu m'approcher d'elle pour la réconforter, elle a eu un recul brutal, a frissonné, m'a regardé dans les yeux en me demandant de retirer mes sales pattes.
J'étais blessé, sonné, je ne comprenais pas.
Souvent je riais de sa pudibonderie, mais là, plus du tout. J'ai compris à la raideur de son corps les efforts qu'elle faisait pour contenir son dégoût. Elle était prête à me quitter. Et j'étais très amoureux.
Je me suis écroulé sur le canapé et lui ai parlé de ces moments où plus rien n'a d'importance, où j'ai besoin de me démonter la tête, me mettre plus bas que terre. Je lui ai parlé de ce grand vide en moi que je ressens souvent, comment je cherche à m'en extraire, à, vainement, le remplir par n'importe quel moyen. Alcool, fumée, bouffe, sexe, tout y passe pour combler ce gouffre béant, ce manque dont j'ignore la cause. Oui dans ces moments de perdition je vais voir des sites de cul !
Dehors, on entendait le brouhaha des noceurs. J'étais assis sur mon canapé lit, désemparé, elle était à l'autre bout de la pièce, soit à un bon mètre cinquante vu la taille du studio, et il y eu un moment de suspend, j'avais déballé mon sac, je ne pouvais plus faire grand chose de plus. Je n'osais pas lever les yeux. J'ai entendu le parquet grincer, j'ai su qu'il allait se passer quelque chose mais elle pouvait me rejoindre comme prendre la porte.
J'ai senti son corps se poser près du canapé, et elle a pris ma tête sur ses genoux.
J'étais passé à deux doigts de la catastrophe. Et presque sans mentir en plus. Si tout ce que je lui avait dit était vrai, il m'arrivais évidemment de regarder, tranquille peinard, une petite vidéo porno à l'occasion sans qu'il faille en faire toute une histoire.
Comme quoi, une petite branlette peu vous valoir cinq ans de thérapie.

 - Et ça te mène nulle part ? Tu sais toujours pas où t'en es de ton désir de paternité ?

A vrai dire, je me disais surtout que faire un gosse serait enfin l'occasion de tirer un coup. Ça faisait six semaines qu'on n'avait pas baisé. Et on entend dire à tout bout champ qu'il est difficile pour un couple, après une naissance, de retrouver son rythme sexuel initial ! Voilà qui n'était pas très engageant.
J'avais l'impression que le moment était trop agréable pour aborder encore le sujet. Par ce début de soirée printanier, confortablement installés dans nos transats, nous profitions enfin d'un peu de douceur et du jardin individuel de notre appartement de banlieue bourgeoise.
Est-ce que je me voyais vivre jusqu'à la fin de mes jours avec une femme qui me repoussait presque systématiquement ? Qui ne daignait m'accorder ses faveurs qu'à dose homéopathiques ? J'avais l'impression qu'à chaque fois que je la désirais, j'aggravais mon cas, j'ajoutais une preuve supplémentaire à mon dossier déjà accablant de pervers lubrique.
A un moment, j'en étais venu à me dire que si elle n'avait plus de désir, c'était certainement à cause des ces quelques kilos amassés depuis notre rencontre. Je devais bien reconnaître que je n'étais plus aussi svelte qu'à notre premier baiser. Je me lançais donc dans un régime draconien. En quelques semaines, je retrouvais la ligne, j'étais fier de moi et  Marie Léa me disais que j'étais beau comme un Dieu... Mais corps d'athlète ou pas, rien n'y faisait, je ne l'excitais pas. Quand parfois elle consentait à une partie de jambe en l'air, il y avait un goût amer, j'avais l'impression qu'elle me faisait l’aumône. « Tenez mon brave, prenez donc cette petite branlette, vous qui êtes dans la misère. »
Lassé je n'essayais même plus de la stimuler, j'en avais pris mon parti, j'en avais soupé de me prendre des casquettes à tout bout de champ. On jouait à un genre de roi du silence. Le premier qu'a envie à perdu ! Et je n'ai jamais gagné une partie. Je finissais toujours par craquer. Merde ! Y avait tous les soirs un corps de femme à mes côté, y 'avait l'odeur sensuelle de sa peau, ses petits seins, son beau cul que je rêvais secrètement de profaner, comment pouvais-je résister ? Je finissais par me coller à elle comme une brute, le sexe en feu, les mains voraces comme des chiens errant... J'avais aucune chance. Je jure devant Dieu qu'au début, pourtant, j'ai été un monstre de patience. Je tassais ma frustration au plus profond de moi, ne lui en laissant rien paraître. Garantie ! Mais avec le temps je devenais dingue, je m'en rendais compte. Cinq ans de râteaux m'avaient laminés. J'avais tenté de m’asseoir sur ma libido, mais elle finissait par faire son retour, irrémédiablement, furieuse, rugissante.
La frustration m'avait complètement déréglé. A force d'attendre le moment où je pourrai enfin la prendre, à trop le sacraliser, parce que je me disais « voilà enfin ma chance » mes érections était peu fiables, mes éjaculations incontrôlées. J'étais devenu un putain de mauvais coup. Je finissais par comprendre qu'elle ne veuille pas de moi.
J'étais peut-être prêt à attendre encore un peu un hypothétique miracle, un déclic venu de je ne sais où, mais de là à faire un môme et signer un contrat de vingt ans de bagnard du cul, non merci ! Et mon psy était bien d'accord avec moi !

 - Je suis pas sûr que notre couple soit prêt.
 - Hein ?
 - Je ne suis pas certain, qu'en l'état actuel, notre relation nous permette d'envisager de procréer.
 - Putain mais j'avais compris ! Me prends pas pour une conne !...  Je sais pas, là, franchement, je suis juste sur le cul.

J'en avais marre. Marre de faire semblant pour ne pas la blesser. Marre d'endurer dans mon coin sans dire les choses. Marre de ne pas dire ce que je pensais véritablement parce qu'elle était dépressive et qu'un rien semblait pouvoir l'anéantir. J'en avait marre, surtout, d'être une chiffe molle, marre d'avoir peur d'être seul, marre de me faire chier !

 - Je pense simplement que si nous faisions un gosse, ce ne serait pas pour de bonnes raisons.
 - Explique.
 - Mais regarde-nous. On a aucun projet commun. On arrive pas à s'imaginer ensemble dans l'avenir. Tu veux vivre à la campagne et moi à Paris, alors qu'est-ce qu'on a choisi ? De vivre en banlieue ! Comme ça, personne n'est content, mais y en a pas un qu'à l'impression de se faire entuber. Merveilleux ! J'aime les bonnes bouffes, picoler, quand tu bouffes que des noisettes et bois du lait de soja. J'aime m'asseoir à une terrasse ensoleillée pour bouquiner mais tu trépignes au bout de cinq minutes, je le sens, ça m'agace, alors quand je t'accompagne observer les oiseaux, je le fait à contre-cœur. Concrètement, qu'est ce qu'on fait tous les deux de bon cœur ? On regarde la télé. Je vois rien d'autre. Mais là aussi ce n'est que compromis. En gros, tu veux voir des films français qui font que parler et moi des thrillers américains. Putain, je vois pas un truc qu'on aime partager !
Et ne parlons pas du sexe !
 - Nous y voilà...
 - Évidemment que j'y viens !
 - T'es bien un mec, tu penses qu'à ça.
 - Mais bordel, si j'étais pas devenu une boule de frustration, je pourrais peut-être penser à autre chose, j'aurais pas tout ces problèmes ! Si on avait une sexualité épanouie... Ne serait-ce que si on avait une sexualité d'ailleurs, je serais pas en train de me dire que ça fait un mois et demi qu'on a pas baisé, je pourrais penser à autre chose. Putain, je voudrais penser à autre chose !
 - Pour toi y a que la bouffe, l'alcool, le cul et ton ordinateur de merde. T'as pas l'impression de passer à côté de tout un tas de trucs ? Tu te dis pas que y a des choses plus épanouissantes dans la vie ? Tu dis que tu bosses, que tu prépares tes cours, mais la plupart du temps, tu joues à tes jeux débiles. Plus ça va, plus tu joues. Tu crois que c'est sexy ? T'es derrières ton écran, tu me calcule plus... Tu t'es même pas rendu compte que... que j'avais quelqu'un d'autre.
 - Pardon ?
 - Voilà, c'est dit.
 - Mais... Mais je comprends pas, tu me tannes pour faire un gosse et en fait... ?
 - Je sais... je crois que je voulais voir si tu tenais encore à moi.
 - …
 - …
 - T'as couché avec ce connard ?
 - Pauvre con.

Dans mon verre en carton, mon café est froid depuis longtemps. La Gare de Lyon se fait moins dense. Je remue machinalement mon gobelet et regarde le café tournoyer, quand une paire de talons s'arrête devant moi.

 - Excusez-moi...

J'ai relève la tête. Une belle asiatique, toute menue, un plan à la main.

 - Oh, pardon... je suis désolé, dit-elle en baissant la tête.

J'ai pris conscience des larmes qui coulaient sur mon visage. L'inconnue a repris son chemin illico, un peu confuse, un peu effrayée. J'aurais bien aimé pourtant, qu'elle tente de me réconforter, qu'elle me parle au moins, mais moi aussi je n'ose jamais parler à des inconnus en pleurs.
Alors quoi ?! Je regrette Marie Léa ? Je regrette ma pénitence ? A moins que ce soit mon ego meurtri qui chiale comme un chaton abandonné ?
C'est surtout parce que je n'aime pas ce que je suis devenu. Un type déjà aigri qui attend son heure, désenchanté, peu sûr de lui, assez inapte à se socialiser.
Je suis à un tournant, à un moment où je me dois de réinventer mon avenir... mais je manque terriblement d'inspiration. Et dire que j'avais la sensation d'être un peu emprisonné dans mon couple, coupé dans mes élans, bridé... Foutaises ! J'avais cette impression confuse qu'à nouveau seul, je pourrais réaliser mille projets ! Mais lesquels au juste ? Parce que nous y voilà, hein, là c'est le moment ! Alors on fait quoi ? Hein ?... Aucune idée.
Est-ce qu'il faut que je me creuse un peu plus la cervelle pour faire quelque chose d'intéressant du reste de mes jours, ou, moins casse-couille, que je me fasse tout simplement à l'idée d'être un raté, tranquillement, en laissant la vie me couler dessus et voir ce que ça donne ?
Le problème, c'est cette idée à la con, incurable, dont on ne se décrotte pas, on a beau rouler des mécaniques, bomber le torse, ça s'agrippe cette pensée qu'il y a quelque part, un amour qui vous attend... C'est couillon, mais si c'est vrai, dans le doute, faut être un minimum présentable.

Je me suis levé, et j'ai mesuré au grincement de mes articulations le nombre d'heures passées sur mon banc.
En ramassant mon gobelet pour le mettre à la poubelle, j'y trouvais quelques pièces données par de bonnes âmes. Pas de doute, j'étais de plus en plus SDF.
J'ai essuyé les pièces, tout de même 2 euros 50, jeté le gobelet, et suis monté en première classe du plus beau TGV que j'ai trouvé.
J'ai finalement décidé de laisser la vie me couler dessus, on verra bien, à l'annonce du conducteur, ce que l'avenir me réserve.




Un grand merci à Timiddo pour la correction. J'ai peut_être glissé de nouvelles fautes au gré de mes dernières modifications
« Modifié: 09 Août 2013 à 14:00:53 par Antoine Jihel »

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Re : A mes amours [contenu explicite]
« Réponse #1 le: 25 Juillet 2013 à 02:40:31 »
C'est un très bon texte, j'aime bien ton style, le déroulement lascif, les expressions imagées :)

2 perles  :coeur:
Citer
Pour ça, je peux me vanter, des traversées du désert, j'en ai connu, des rudes à l'aridité saharienne où la probabilité d'un cul te semble aussi peu plausible que de tomber sur une oasis.

Du coup, je restais cloîtré dans mon terrier, à l’abri de la lumière, pour pas bourgeonner.


Et une tripotée de fautes que je te liste sans corriger, car c'est très facile ^^
Citer
que je te rappel

rendez vous (faut 1 tiret)

a un calcule

issue de secoure

tout ça me fatiguais

je me sentais pas la force,

soit ma peut être future (ma -> la serait mieux car il y a "de ma vie plus loin")

 ça me déprimais, je pouvais plus, ça me ramenais

 j'ai du

que je venait de

 cela ne se terminer

s'en donnait du mal

de surcroîts

abêtie par la télé

 tu la revu

 plutôt de de verres en verres


j'attends la suite des (més)aventures d'Antoine.
Je suis capable du pire comme du meilleur, mais c'est dans le pire que je suis le meilleur (^.^)v

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Re : A mes amours [contenu explicite]
« Réponse #2 le: 25 Juillet 2013 à 11:13:06 »
Merci pour le retour.  :)

J'ai essayé de corriger les fautes... correctement. Je pensais pas qu'il en restait de si grosses. C'est difficile de corriger un texte que l'oeil connait par coeur, mais comme ils disent à la radio, la majorité des accidents surviennent lors des trajets quotidiens, par manque d'attention.

D'ailleurs, si une bonne âme est prête à se dévouer pour m'aider à corriger la suite avant que je ne la poste, je serais ravi.  :noange:

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Re : A mes amours [contenu explicite]
« Réponse #3 le: 25 Juillet 2013 à 18:42:19 »
      Quand j'ai lu ton texte j'étais plongée dedans, il me fallait continuer, lire la suite, savoir (bon je suis naturellement curieuse aussi). J'aime bien ton style d'écriture aussi :).
Ahh corriger les fautes d'orthographe ça me plaît ça, je suis la bonne âme prête à se dévouer pour corriger tes fautes si tu le souhaites (je ne dis pas que je vais forcément toutes les éradiquer, mais je ferai de mon mieux).
()()
( '.' )
(")_(")   ...    Faîtes attention à la bête féroce qui se cache en vous !

En essayant continuellement on finit par réussir. Donc : plus ça rate, plus on a de chances que ça marche.
Devise Shadok

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Re : A mes amours [contenu explicite]
« Réponse #4 le: 25 Juillet 2013 à 20:01:11 »
Merci pour ton retour.
Je t'envoies la suite de ce pas par MP et te suis très reconnaissant !  :coeur:

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Re : A mes amours [contenu explicite]
« Réponse #5 le: 26 Juillet 2013 à 22:21:02 »
Partie II
« Modifié: 31 Juillet 2013 à 14:35:23 par Antoine Jihel »

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Re : A mes amours [contenu explicite]
« Réponse #6 le: 28 Juillet 2013 à 00:04:34 »
J'aime +++!

L'émigré italien des années 30, tu pensais à quel ouvrage? La Route De Los Angeles?

Ton texte m'a fait penser aux auteurs que je lis: Ann Scott, Virginie Despentes et même Buckowski!

Hors ligne Vivi

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Re : A mes amours [contenu explicite]
« Réponse #7 le: 28 Juillet 2013 à 01:49:54 »
je capte pas un truc : Antoine ne devait pas rencontrer Mathilde à la gare ? Cette rencontre avec Pauline (son ex ?) n'avait pas été annoncée, sur le coup je suis un peu perdu... :-\ (j'aime bien le coup "lire un roman / tripoter son portable" pour l'attente et l'argument :))
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Re : A mes amours [contenu explicite]
« Réponse #8 le: 28 Juillet 2013 à 11:05:35 »
En plein dans le mille Til, je pnsais effectivement à Fante.

Viviane, le rendez vous avec Pauline est annoncé avant.
Citer
Ce matin, alors que le bitume n'était pas encore trop collant, porté par une douce rêverie romantique, guidé par la vision d'un rendez vous se déroulant sans accrocs, grisé par mes réparties ravageuses, mes traits d'esprits irrésistibles, je ne doutais plus de ramener Pauline dans mon lit et partait aussitôt acheter de quoi la recevoir. Amuse gueule, tomates cerises et bonne bouteille !
C'est vrai qu'elle est bonne cette bouteille.
Je savais vraiment pas quoi penser de ce rendez vous... Faire appel a un ancien amour, non consommé, pour oublier une fraîche rupture ressemblait a un calcul pour le moins bancal.

Je sais pas si il y a quelque chose de pas très clair où si c'est dû à la lecture en deux temps.

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Re : Re : A mes amours [contenu explicite]
« Réponse #9 le: 28 Juillet 2013 à 11:29:06 »
Je sais pas si il y a quelque chose de pas très clair où si c'est dû à la lecture en deux temps.
lecture en deux temps, désolé ><
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Re : A mes amours [contenu explicite]
« Réponse #10 le: 29 Juillet 2013 à 13:57:28 »
La suite : Partie III


« Modifié: 31 Juillet 2013 à 14:43:32 par Antoine Jihel »

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Re : A mes amours [contenu explicite]
« Réponse #11 le: 29 Juillet 2013 à 14:08:49 »
rhôôô un dépucelage :D
A part le coup du hasard "je clique sur le net et on me livre une première main sous ma fenêtre illico presto", le reste coule de source. Toujours la même...verve (ouf !). Ca promet pour la rencontre dans le train avec l'autre nana :P .

Merci pour ce...texte (re-ouf)  :mrgreen:
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Re : A mes amours [contenu explicite]
« Réponse #12 le: 31 Juillet 2013 à 14:31:47 »
Suite et fin

« Modifié: 04 Août 2013 à 12:55:47 par Antoine Jihel »

Hors ligne Vivi

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Re : A mes amours [contenu explicite]
« Réponse #13 le: 31 Juillet 2013 à 15:07:01 »
C'est poignant :s

Au global, je trouve que c'est un bon texte, avec un étalage de sentiments juste comme il faut et très bien décrits. Le passage avec son ex-copine est très touchant, l'éloignement, la révélation.

Je viendrais le relire plus tard d'une seule traite pour le plaisir :coeur:


Citer
Je me suis traité de con ! Cette folle va me harceler, je vais pas savoir comment m'en débarrasser ! Ça va être l'enfer !
Mais en fait, jamais elle ne m'a rappelé. Salope.
XPTDRRR :D :D

Citer
A vrai dire, je me disais surtout que faire un gosse serait enfin l'occasion de tirer un coup.
Mais re-lol quoi ;D

côté correction, juste le "...depuis qu'elle avait grillé que j'allais sur des site de cul." que j'ai pas compris le sens ???

Encore merci tout plein d'avoir posté ton journal intime pour  ton texte :)
Je suis capable du pire comme du meilleur, mais c'est dans le pire que je suis le meilleur (^.^)v

Hors ligne Antoine Jihel

  • Tabellion
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Re : A mes amours [contenu explicite]
« Réponse #14 le: 31 Juillet 2013 à 15:31:26 »
Merci d'avoir suivi du début à la fin !  :)

Je me réjouis que ça fasse journal intime, c'était l'effet désiré, dans la ligné d'auteurs que j'affectionne particulièrement.

Je songe sérieusement à changer le nom de cette nouvelle qui est venu comme ça pendant l'écriture, sans trop y réfléchir. Maintenant, je trouve que ça fait un peu gnangnan.

Je songe à "En regardant de l'autre côté" qui me botte bien en ce moment.

Pour la phrase que tu n'as pas comprise, grillé est un synonyme argotique de capter, prendre sur le fait. Peut être que ce n'est pas assez compréhensible pour tous, j'avais ce doute justement et ta remarque me pousse à faire une modification.
« Modifié: 31 Juillet 2013 à 15:41:46 par Antoine Jihel »

 


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