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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Une vie de c.

Auteur Sujet: Une vie de c.  (Lu 1208 fois)

Hors ligne university

  • Tabellion
  • Messages: 27
Une vie de c.
« le: 21 Mai 2013 à 08:42:47 »
Avant de livrer à vos commentaires le début de mon roman, voici une petite histoire que j'ai écrit il y a 7 ans. J'espère qu'elle vous plaira. Merci.


                                                                          UNE VIE DE C.



Je n’ai rien mangé depuis deux jours et personne n’a l’air de s’en apercevoir. Bon sang ! Je ne comprends pas. C’est vrai, quand je cours, j’ai l’air frais, alerte, en pleine forme. Mais enfin, je n’ai rien mangé depuis deux jours et...je crois que je me répète. C’est la faim, sans doute.
Bien ! soyons justes, lucides et récapitulons : Je vis dans un superbe duplex de cent vingt mètres carrés. Il y fait bon. J’ai un grand lit moelleux, chaud. Je regarde la télé la plupart du temps. Je ne lis pas. J’ai du mal à lire. Mais je suis bien ainsi. Et puis à quoi bon lire, quand on possède la plus puissante arme d’information au monde ?
Mon colocataire est dans le même cas que moi. Je veux dire physiquement. Peut-être  légèrement plus indisposé. Lui non plus, n’a pas mangé. Ca le rend nerveux. Pourtant, il est gras, bedonnant. Il devrait tenir le coup. Nous sortons malgré tout deux ou trois fois dans la journée pour le plaisir  de humer les odeurs de la rue, qui sont légions et tentatrices; pour nous soulager un peu, voir les gens, bref, histoire de marcher pour oublier que nous avons faim. Quand nous sommes dehors, j’entends quelques fois des remarques désobligeantes nous concernant, des insinuations malveillantes qui feraient croire à une éventuelle homosexualité. Cela me fait mal. Je n’ai rien contre ni pour les homosexuels, mais mon colocataire et moi sommes amis, presque frères. Je l’ai connu lorsque j’étais encore bébé et nous ne nous sommes pas quittés depuis. Je ne peux pas expliquer aux gens que l’apparence est trompeuse, ils ne prennent jamais la peine de m’écouter. Entendent-ils, au moins ? Ils passent leur chemin avec un hochement de tête suspicieux et absolument incrédules.
D’autres fois, ce sont des compliments. Oh ! Ils sont rares mais cela me flatte que l’on nous trouve beaux et bien assortis. Certains disent «Ils sont mignons » mais je trouve ce terme peu adapté. C’est réducteur, mignon. Presque vexant. Je ne m’en offusque pas, mais j’opterai plutôt pour le mot « beaux » plus précis. Tant pis. Après tout, les gens disent ce qu’ils veulent.
Mon responsable m’a à peine dit bonjour, ce matin. Ce n’est pas dans ses habitudes. Dès que je m’éveille, je viens le voir et ce sont des cascades de calins, de petits mots doux, de compliments qui se déversent sur moi. Je trouve même qu’il en fait trop. Mais je fais semblant d’être content, pour lui faire plaisir. D’après ce que j’ai entendu hier, il y aurait « de l’eau dans le gaz » avec sa femme.C’était une petite dispute, comme souvent, mais les mots «dépenses» et «shopping» revenaient très souvent. Je n’ai pas eu l’impression que c’était sérieux, pourtant il avait l’air préoccupé.
J’ai pris mon courage à deux...mains et, persuadé de faire ce qu’il fallait, je l’ai fixé droit dans les yeux, ce matin. Droit dans les yeux ! Pour qu’il me dise enfin qu’elles étaient ses intentions à mon égard. A notre égard. (La faim me fait oublier que nous sommes deux dans la même situation.) Nous avons tout de même un contrat qui nous lie et il faut qu’il le respecte. Il pourrait être passible de prison si je le dénonçais. Mais il a fait comme s’il ne voyait rien et a détourné la tête !
Lorsque je l’ai raconté à mon colocataire, appelons-le M., il a été scandalisé. Il y a de quoi, avouons-le.
M. est très sensible au sujet de la nourriture, c’est pour lui comme qui dirait un besoin viscéral. Ce n’est pas de la boulimie, cela ressemble plus à de la voracité cultivée à l’extrême. Il aime manger.
Moi aussi, bien sûr, mais je me maîtrise, j’arrive davantage à faire semblant, car je suis fier.
Je suis fier, mais j’ai faim et dans cinquante-quatre minutes, nous entrerons dans notre troisième jour de jeûne forcé. Mon estomac gronde; Celui de M. rugit. J’espère que nous allons tenir le coup. Je m’aperçois que M. donne de plus en plus des signes de faiblesse. J’ai essayé de l’encourager, mais il pleurniche qu’il va mourir, qu’il n’en peut plus, que ses forces l‘abandonnent, que sa raison défaille. Pour dire tout cela, il faut quand même avoir l’esprit vif. Je trouve qu’il exagère car ses yeux brillent lorsque je lui parle de viandes séchées, de pains croustillants et de petits morceaux de sucre métallisés. J’ai l’impression qu’il me regarde d’un air gourmand. Serait-il capable de... ? Je ne pense pas qu’il irait jusque là, mais je me méfie. Je m’éloigne un peu, me tiens sur mes gardes. On a beaucoup entendu raconter des histoires vraies de cannibalisme, surtout en Islande. Je crois que M. a des origines islandaises. Là, au moment où je vous raconte cette histoire, il se « lèche les babines », si je puis dire, quoique je n’aime pas trop la vulgarité.
J’esquisse encore un pas en retrait. Mais voilà que, dans la serrure, une clef tourne. Clic ! la porte s’ouvre. Clac ! elle se referme. Mon, notre responsable vient d’entrer dans la pièce et son visage semble plus apaisé. Il tient un grand sac à la main.
Je ne lis pas, mais j’essaie tout de même de déchiffrer ce qu’il y a écrit dessus…Il me semble que…
OUI !! C’est cela ! Je reconnais le dessin des mots !
Je saute de joie ! le bruit réveille M. Il se lève instantanément, comme s’il était à Lourdes ! Pour quelqu’un qui sentait ses forces le quitter peu à peu !
Ses yeux éclatent, il salive.
Ah ! tout de même ! La vie vaut la peine, bien sûr qu’elle vaut la peine. Et puis, ces insinuations des gens dans la rue, qu’importe ! J’ai enfin le sentiment d’exister.
Je suis heureux ! Nous sommes heureux !
Sur le sac, il y a écrit :
« PEDIGREE PALT »

Nous allons enfin manger.

Jon Ho

  • Invité
Re : Une vie de c.
« Réponse #1 le: 21 Mai 2013 à 08:54:35 »
Hello

Je savais pas qu'on pouvait être gras, bedonnant et... Beau ??
Je ne dis pas qu'une légère enveloppe voire de généreuses rondeurs ne sont pas esthétiques, juste que les termes que tu emplois vont pour moi à l'encontre de la beauté.
Sinon ton texte est amusant et se lit plutôt bien. Le style est fluide ( peut être un peu trop à mon goût dans le sens ou les formulations sont trop simplistes )

Ça manque cependant d'un peu de folie. Je pense que ce genre d'histoires pour ne pas plonger le le tueur dans l'ennui a besoin d'un peu plus de magie.

Ça n'est que mon point de vue bien évidemment
Au plaisir

Hors ligne ô_ _ô

  • Tabellion
  • Messages: 52
Re : Une vie de c.
« Réponse #2 le: 22 Mai 2013 à 11:18:02 »
J'ai beaucoup aprécié ton texte :). La fin est bien tournée !

Hors ligne Baptiste

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 616
  • Pingouin de Patagonie
    • Rêves de comptoir
Re : Une vie de c.
« Réponse #3 le: 22 Mai 2013 à 13:04:23 »
Salut
Le texte m'a un peu intrigué au début, puis quand j'ai compris, j'ai trouvé ça pas mal foutu
Une agréable lecture donc.

@Jon
Citer
le tueur dans l'ennui a besoin d'un peu plus de magie.
Lapsus révélateur de ton esprit psychopathe? :D

Merci pour ce texte
Au plaisir

Hors ligne Papillote

  • Aède
  • Messages: 158
Re : Une vie de c.
« Réponse #4 le: 23 Mai 2013 à 13:35:28 »
trop super!! J'ai bien ri, je ne m'y attendais pas!!
Par contre le cannibalisme en Islande, je n'étais pas au courant.. tu me diras que les Allemands n'en n'ont pas le monopole, c'est sur!!

Hors ligne university

  • Tabellion
  • Messages: 27
Re : Une vie de c.
« Réponse #5 le: 28 Mai 2013 à 13:26:27 »
Merci à tous pour vos commentaires. J'espere ne pas vous décevoir pour le prochain texte!

Hors ligne ameliemelo

  • Tabellion
  • Messages: 51
  • "Always do what you are afraid to do"
Re : Une vie de c.
« Réponse #6 le: 28 Mai 2013 à 15:53:49 »
Bonjour

Ce texte est très sympa ! Le seul problème est qu'on comprend trop vite "qui" est le personnage à cause du titre (on a une hésitation entre vie de con ou vie de chien/chat au final) et après avoir lu les deux ou trois premières lignes. C'est dommage car un peu plus de suspens rendrait la suite plus intrigante.

Enfin, je ne comprends pas le passage sur les mots désobligeants des passants qui prétendent que le personnage et son colocataire son homosexuels ? Vous pourriez expliquer la situation plus précisément, je ne saisi pas ce que vous voulez dire ?

Au plaisir de vous lire à nouveau !
   

 


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