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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Un Sacrifice Nocturne

Auteur Sujet: Un Sacrifice Nocturne  (Lu 2577 fois)

Hors ligne S0unk

  • Tabellion
  • Messages: 29
Un Sacrifice Nocturne
« le: 08 Mai 2013 à 11:02:57 »
Édito

Bonjour, bonjour, voici mon premier texte court. C'est un court extrait d'un projet avorté que je désirerais, avec vous, partager. J'ai écrit cela en tant que scène d'introduction à un roman fantastique que j'ai laissé tomber. Je peux cependant, si cela vous plaît, poster d'autres extraits du même texte. Voilà, bonne lecture, les commentaires, bons ou mauvais, sont plus que bienvenus.

Un Sacrifice Nocturne

    Effilé comme un javelot, le sommet décharné d’une montagne grise déchire impitoyablement la toile froide et sombre d’une nuit sans étoiles. La pierre saupoudrée de neige jette un reflet blafard au paysage. A ses racines, le pic s’abreuve dans un torrent fougueux, dévalant avec impétuosité les reliefs fracassés, pour se perdre sous de hautes prairies d’herbe rase. Là, un sentier cavale entre  les rochers et les ravins puis s’enfonce dans une ancienne forêt, où la nuit règne en maîtresse. Tordus et pliés par les années, de vieux pins recouverts de lichens côtoient des hêtres vigoureux au feuillage épais. Les sous bois sont emmitouflés dans un impénétrable manteau de buis. Tous ces vieux arbres s’accrochent à la pente raide, comme si la peur de tomber les avait pétrifiés.

    Sur les flancs de cette montagne apparaît une multitude de flammes vacillantes, tantôt portées par des torches, tantôt enfermées dans des lanternes, comme autant de cœurs scintillants. La cohorte progresse lentement. Personne ne saurait identifier avec assurance la nature des êtres qui la composent : ils semblent humains, mais chacun d’entre eux adopte une posture différente. Comme pliés par une souffrance tacite. La plupart sont défigurés. Aucun, à vrai dire, ne ressemble vraiment à un homme ou à une femme. La vieillesse marque leurs corps trapus, leur teint est aussi mat que la pierre qu’ils gravissent, leurs cheveux sont noués, emmêlés autour de leur crâne. Ils portent tous une longue tunique, d’un tissu crémeux. Cet ample vêtement ne parvient toutefois pas à masquer leur maigreur.

    Ils fredonnent des chants, des prières, apportant au silence déjà troublé par le roulement du torrent un bruissement de fourmilière. Combien sont-ils ? Cinquante, cent ? Cela ne semble pas importer. Certains traînent du pied sur le sentier pierreux qui parcoure une grande prairie jonchée de blocs arrachés aux falaises. Le rythme funèbre de leur marche le mène peu à peu vers les premiers escarpements rocheux annonçant les sommet vertigineux.

    Le meneur s’arrête alors face à un rocher solitaire. Il se tient droit, semble plus jeune et plus vigoureux que ses congénères. Il tient dans sa main droite un long bâton surmonté d’une lanterne. Un à un, les êtres rachitiques se regroupent autour de la pierre et s’agenouillent. Une douce clameur s’élève : ils chantent en coeur une ode à la dernière heure, dans une langue que l’on ne connaît plus. La mélopée semble puiser dans les profondeurs terrestres une vibration originelle, attirant vers la pierre centrale les esprits endormis des montagnes environnantes.

    Les êtres ne font plus qu’un cercle ondulant au rythme rapide de cette mélodie venue du fond des âges. Le vent souffle, la terre vibre, la pierre craque et les flammes des lanternes vacillent. Le rocher unique - devant lequel le meneur est planté, agitant ses bras dans une danse enivrée - se met à briller. Une démence soudaine foudroie le grand homme, alors que la stèle  illuminée semble lui aspirer l’âme et lui fragmenter le corps. Il se décompose, devient poussière, jusqu’à ce qu’il ne reste plus de son être que le bâton, tenu droit par une magie irrationnelle. La poudre scintillante émanant de son corps s’envole et se rassemble  au dessus de la pierre, formant une créature immatérielle, agitée dans une démente chorégraphie. Le chant continue, toujours plus rapide.

Soudain la créature éthérée plonge, absorbée par la roche. Le scintillement qui animait celle-ci s’éteint lentement, tandis que le cercle se tait. Tout redevient calme, seule une vibration monte peu à peu comme à l’approche d’un puissant séisme. L’onde grave assaillit la montagne. le pic craquelé se met à exhaler de noires humeurs. Surgie des entrailles, une fumée sombre jaillit des moindres fissures percées dans les falaises. Le nuage emplit le ciel nocturne  et fait peser une chape mortelle sur les têtes des pauvres créatures.

Alors la mort envahit les cieux : une multitude d’êtres démoniaques, âmes fulminantes d’un noir insondable, tombe du nuage comme une pluie apocalyptique. la panique prend alors le groupe : tous se lèvent et tentent en vain de fuir leur sort. Le maléfiques créatures finissent par les gagner, consumant leurs corps et leurs esprits. Aucun être ne parvient à échapper à leur étreinte fatale...

Il ne reste bientôt plus une âme qui vive en ce haut lieu. Le nuage noir se dissout alors instantanément, comme s’il n’était qu’une projection de l’esprit. Tout est calme à présent, on entend de nouveau le torrent qui caracole et le vent sifflant entre les branches. Seules les lanternes parsemant la prairie témoignent de la scène fantastique qui s’est jouée en ce lieu.

Les premières lueurs de l’aube se pressent entre les cols.
« Modifié: 09 Mai 2013 à 11:03:25 par S0unk »
Maintenant une question de protocole. Pour passer je vous présente mon cul ou bien ma queue ?
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World End Girlfriend

  • Invité
Re : Un Sacrifice Nocturne
« Réponse #1 le: 08 Mai 2013 à 17:41:16 »
Hi !
    Effilé comme un javelot, le sommet décharné d’une montagne grise déchire impitoyablement la toile froide et sombre d’une nuit sans étoiles. La pierre saupoudrée de neige jette un reflet blafard au paysage. A ses racines, le pic s’abreuve dans un torrent fougueux, dévalant avec impétuosité les reliefs fracassés, pour se perdre sous de hautes prairies d’herbe rase.
C'est un peu lourd tout ça, on sent trop que tu veux balancer des images compliqués pour en mettre pleins les yeux, reste simple, ça passe tout autant et au moins ça plante le décor avec précision.

comme les âmes exhibées d’une solennelle procession.
Inutile à mon avis

La vieillesse marque leurs corps trapus, leur teint est aussi mat que la pierre qu’ils gravissent, leurs cheveux sont noués, emmêlés autour de leur crâne. Ils portent tous une longue tunique, d’un tissu crémeux. Cet ample vêtement ne parvient toutefois pas à masquer leur maigreur.
Trapu c'est gros et court, ça va pas trop avec maigre.

Combien sont-ils ? Cinquante, cent ? Cela ne semble pas importer.
Et pourquoi ça n'importerait pas ? Aussi, évite de narrer des trucs dont tu n'es pas sûr, le lecteur n'accrochera pas si toi même tu ne sais pas ce qui se passe.

agitant ses bras dans une danse enivrée -
Ca n'apporte que de la lourdeur je trouve.

âmes fulminantes d’un noir insondable,
Petite répétition avec "fulminer" plus haut.

Bon à part le début un peu laborieux je trouve qu'il y'a de belles images dans ton texte, j'arrive bien à m'imaginer ce qui se passe ce qui est assez rare pour être souligné. Sinon le style est impec', reste à voir ce que vaut l'histoire.
Au plaisir  :D

Hors ligne S0unk

  • Tabellion
  • Messages: 29
Re : Un Sacrifice Nocturne
« Réponse #2 le: 08 Mai 2013 à 18:16:01 »
Salut à toi, et merci pour tes commentaires.

Concernant les premières phrases, j'ai vraiment du mal à simplifier, je trouve que ça en jette vraiment moins après correction.

Si quelqu'un a un bon terme pour remplacer "trapus", je suis preneur. J'avais mis noueux au départ, mais ça se répète juste après.

Pour le reste, j'essaye de corriger.
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Hors ligne Fahrenheit

  • Calligraphe
  • Messages: 105
Re : Un Sacrifice Nocturne
« Réponse #3 le: 08 Mai 2013 à 18:28:40 »
Salut !
Mmm, chétif ?
Dieu n'a pas fait de paupières pour les oreilles.

Hors ligne S0unk

  • Tabellion
  • Messages: 29
Re : Un Sacrifice Nocturne
« Réponse #4 le: 08 Mai 2013 à 20:12:22 »
Je note, mais ça suffit pas pour suggérer vraiment bien ce que je veux.

[Illumination] rachitiques ? Merde, je l'utilise plus tard...
"aux corps sclérosés par les années" ?
« Modifié: 08 Mai 2013 à 20:17:21 par S0unk »
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World End Girlfriend

  • Invité
Re : Un Sacrifice Nocturne
« Réponse #5 le: 08 Mai 2013 à 20:52:45 »
"Leurs corps sont marqués par la vieillesse", pourquoi chercher plus loin ?  :D
Sinon tu sais t'as pas besoin d'en mettre plein les yeux pour le début, tu peux être poétique tout en restant simple, il suffit juste de planter le décor efficacement comme tu le fais après, fais confiance au lecteur pour le reste.

Hors ligne western

  • Aède
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Re : Un Sacrifice Nocturne
« Réponse #6 le: 09 Mai 2013 à 08:58:08 »
Citer
   Effilé comme un javelot, le sommet décharné d’une montagne grise déchire impitoyablement la toile froide et sombre d’une nuit sans étoiles. La pierre saupoudrée de neige jette un reflet blafard au paysage. A ses racines, le pic s’abreuve dans un torrent fougueux, dévalant avec impétuosité les reliefs fracassés, pour se perdre sous de hautes prairies d’herbe rase. Là, un sentier cavale entre  les rochers et les ravins puis s’enfonce dans une ancienne forêt, où la nuit règne en maîtresse. Tordus et pliés par les années, de vieux pins recouverts de lichens côtoient des hêtres vigoureux au feuillage épais. Les sous bois sont emmitouflés dans un impénétrable manteau de buis. Tous ces vieux arbres s’accrochent à la pente raide, comme si la peur de tomber les avait pétrifiés.
ce paragraphe paysage-état d'âme est étonnant, il me semble qu'il contient déjà la projection de l'esprit annoncée, la menace de l'effondrement y est palpable.

Hors ligne S0unk

  • Tabellion
  • Messages: 29
Re : Un Sacrifice Nocturne
« Réponse #7 le: 09 Mai 2013 à 09:22:40 »
Alors je peux le garder comme ça ? C'est bon, pas besoin que je le lisse.
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Hors ligne Ned Leztneik

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Re : Un Sacrifice Nocturne
« Réponse #8 le: 09 Mai 2013 à 09:48:29 »
Plus une âme qui vive ->plus âme qui vive
la volatile créature -> la créature éthérée

Si ton texte est l'intro d'une histoire plus longue, il manque, selon mon sentiment, une piste pour donner une idée de l'intrigue. En l'état, il se lit comme une histoire en soi.
« Modifié: 09 Mai 2013 à 10:46:31 par Ned Leztneik »
Il est dit parfois que toutes les guerres ne sont que des guerres de religion. Alors dites-moi le nom de ce Dieu qui les autorise à tuer l'amour. (apologue d'Alegranza)
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Hors ligne S0unk

  • Tabellion
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Re : Un Sacrifice Nocturne
« Réponse #9 le: 09 Mai 2013 à 11:02:52 »
Mmm... Je ne suis pas sûr pour le "plus âme qui vive", c'est une formule trop usitée, et l'objectif de l'écrivain c'est aussi de ne pas employer le langage courant.

En revanche, la créature éthérée est une bonne trouvaille.
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Hors ligne Ned Leztneik

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Re : Un Sacrifice Nocturne
« Réponse #10 le: 09 Mai 2013 à 11:24:09 »
Les âmes, succubes et incubes présents en ces lieux, se dissolvent peu à peu (dans leur cloaque/bas-fond/bourbier originel). Le nuage, tel une projection de l'esprit, se désagrège en noirceurs subtiles et diaphanes   ?

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Je ne saurais te répondre ...

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« Modifié: 09 Mai 2013 à 13:06:05 par Ned Leztneik »
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Hors ligne Papillote

  • Aède
  • Messages: 158
Re : Un Sacrifice Nocturne
« Réponse #11 le: 09 Mai 2013 à 12:14:07 »
Moi je trouve que l'ambiance est assez bien décrite, pesante, mystérieuse. C est pour cela que tes phrases doivent être moins lourdes.
Démence , puis démentes, c est trop. Tout est trop. Pas besoin de faire du style pour décrire cette scène. Par contre, je te conseillerai de ne pas l'abandonner. Ça a l'air de bien commencer....
Ps. Pauvres créatures, c est vraiment pas terribles.

 


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