Vous pouvez où si vous avez la flemme, l'écouter iciImaginons un drogué, un pas trop mal embarqué, un soft quand même ce n’est pas un texte trash, un fumeur de cannabis tiens. Bon si vous avez besoin d’un physique, on est assez en rupture de stock ici, prenez donc des classiques : tapez 1 pour le rasta (coloris au choix), 2 pour le palot aux yeux rouges avec un bonnet crasseux. (Ne tapez pas vraiment, vous auriez l’air bête.)
Alors il faut imaginer donc, imaginez le jubilant en inspirant toutes papilles dehors la première bouffée du nouveau plan weed qu’il vient de trouver, se disant ‘Dieux qu’elle est bonne’ et il ne parle même pas de femmes, c'est-à-dire à quel point elle est bonne…
Il faut maintenant imaginer le cône blanc devenir de plus en plus petit et, à mesure qu’il rapetisse, la lumière s’obscurcit et les ténèbres se resserrent sur le visage (choisit par vos soins) du bonhomme et sur le joint qu’il porte inlassablement à ses lèvres encore et encore. Les contours sombres se resserrent jusqu'à ce qu’il ne reste plus que ce petit point rouge pointant hors de l'obscurité totale, qui s’allume pour une dernière fois, avant l’extinction des feux.
Surgit alors de l’écran noir un petit bonhomme bleu avec un long bec. Il porte un uniforme que l’on distingue mal car couleur peau, une unique et grande dreadlocks (ou bonnet hein) et tient dans sa main une enveloppe. Il marche d’un pas nonchalant, pas pressé le moins du monde. Ses pas raisonnent à rythme régulier (lent certes, mais un lent régulier) sur la bande de bitume qu’il semble suivre. Raisonnent parce qu’à part cette route, il n’y avait à proprement parler rien d’autre qu’un néant, et la petite créature elle, se met alors à siffloter.
Il marchait donc et pour dire vrai, on ne savait pas vraiment pourquoi, peut être que lui-même n’en était pas certain. On voit alors apparaître au loin une petite tache bleue, un autre est là ! Bon il est encore loin et, ne semble pas tellement marcher plus vite que notre petite chose à nous… La petite tache se rapproche encore et l’on discerne maintenant qu’elle est tout points semblable au bonhomme sous nos yeux. Aucun des deux pourtant n’accélère le pas, bon. Ca continue donc et ils se rapprochent encore et toujours, bientôt ils se rencontreront, là, seuls, perdus au milieu d’une route sinueuse où la chute promet une descente dans les ténèbres infernaux de l’oubli et du néant et…
« - Yo ! »
L’autre lui répond d’un signe de la main sans s’arrêter.
Hum, d’accord tout semble normal...
Ah enfin après quelques minutes (Ouaip on se fait avoir une fois, pas deux !) notre petit bonhomme arrive à ce qui semble être une intersection ! Plus que cela c’est même une plateforme, une porte qui donne sur une petite cour, avec en tout trois guichets. L’écriteau à l’entrée indique « Poste de contrôle synaptique ».
« - Yo les gars, j’ai un pass pour euh… Il ouvre l’enveloppe. Pour une faim.
- Faites moi voir ça. C’était le guichet du centre qui parlait, après examination il dit : Bien oui, il y a effectivement écrit ‘FAIM’, allez faire tamponner cela au guichet de gauche.
Il se déplace d’un pas traînant.
- Salut, j’viens pour faire tamponner ça !
- Oh oh, alors comme ça on un petit creux ?
Il hausse les épaules.
- Tu m’as l’air bien pâlot dis donc…
Il hausse les épaules.
- Bon tiens, et bon appétit bien sur ! Il caquetait cela d’un air si jovial. Au guichet de droite pour le passage.
Il se traîne jusqu’au guichet de droite, et tend son papier d'un air maussade.
- Et la politesse alors? Son bec fit un ‘clac’ sévère.
Il soupira. Les paperasses administratives et lui ça faisait décidément deux.
- Bonjour, j’ai un accès voie directe pour une faim. »
L’austère le regarda un bon moment de derrière ses lunettes, d’un air suspicieux, sans rien dire, et lui rendit finalement ses papiers pour le laisser passer.
Il poursuit maintenant son chemin à la même allure qu'auparavant, recroise encore deux camarades bleus, sans pour autant leur parler, et…
Deux heures plus tard, passe par son cinquième poste de contrôle. Oui, il ne s’est rien passé pendant deux heures, autant abréger.
On retrouve alors notre petit héro en pleine discussion pour pouvoir passer le sixième poste. On entend un très fort accent Martiniquais.
« - Hmm, écoute, je ne crois pas que je peux te laisser passer…
- Mais puisque je vous dis que j’ai le pass !
- Le problème c’est que c’est l’heure de la pose…
- C’est vous-même qui venez de me dire que vous ne l’aviez même pas, l’heure !
- Je sais ! Mais dans le doute de louper l’heure de la pose…eh…
C’était visiblement une impasse.
- Emparez vous de lui !!!
Deux énergumènes, lunettes noires, plumes noires (mais pas d’ailes) venaient de s’engager à pleine balle dans la cour, en pointant leurs doigts vers la file d’attente du guichet, c'est-à-dire, vers notre petit personnage aux yeux écarquillés. Prit de panique, il saute par-dessus la barrière du guichet et se met à courir comme un dératé. Enfin à trottiner quoi, parce que faut pas non plus déconner.
Les deux individus la rattrapent donc assez vite, pas fatigués par la poursuite, pour le plaquer violemment au sol à quelques mètres du guichet.
- Me faites pas de mal j’ai rien fais je vous le jure !
- … Pas de réponse.
- Mais qu’est-ce-que vous me voulez à la fin ?!
- Ah ! Nous ? Rien du tout… Il dit cela en lui tenant les bras un peu plus fort qu'avant, mais avec un air pas méchant du tout.
- Je me sens quand même vachement oppressé, pour rien du tout… Z’etes qui ?
- Qui ça, nous? On est dans le circuit comme toi, je suis une prise de conscience, et lui une idée.
Ils le lâchent et marchent maintenant avec lui.
- Ce que vous pouvez vous donner des airs supérieurs…
- Arrête, nous?! Faut dire que comparés à toi, on a quand même la classe, regarde-moi ça comme il est tout pale !
- Ah...bon ? Et c’est quoi votre mission au juste, sauter sur toutes les personnes que vous croisez ?
- Affirmatif.
- Enfin non, on doit se rendre au QG le plus vite possible, mais on préfère intercepter tout les messages nerveux sur notre chemin pour être sure d’arriver avant tout le monde.
-Et oui tu es drôlement pâle, et tout lent, sans aucune volonté je dirai même !
- Bah euh…En même temps qu’est ce que je pourrais vouloir ?...
- Pauvre garçon… t’es bourré de THC mon gars. Normalement là tu serais en train de courir dans tout les sens en gambadant joyeusement pour aller donner ton message !
- J’aime bien marcher moi…
- (Soupir) On va justement au QG les prévenir qu’une bande de gars comme toi arrive sans se presser, et puis apporter quelques observations sur la situation quoi. On espère que ce n’est pas comme ça là-haut non plus parce que sinon on va être dans une sacré merde…
- Heureusement qu’on est là quoi !
- Et…pourquoi vous perdez votre temps à pourchasser tout le monde plutôt que de filer au plus vite au QG pour régler ça ?
- Ah, ralenti mais pas bête, tout simplement : parce que c’est cool !
- Ahahaha!
- Bon on voit bien que c'est pas une faim en soit qui va faire foirer notre mission, bonne route à toi petit!»
Et les voilà repartis en courant comme des malades et en s’amusant à se pousser. Le petit bonhomme lui hausse les épaules et reprend son chemin. Drôles de prises de consciences. Il semble que tout soit devenu plus lent pour mieux regarder les choses, alors le petit bonhomme fronce les sourcils et tente de réfléchir à ce que font ces deux piafs en noir. Ils font un état des lieux, profitent eux aussi du ralentissement général pour approfondir et faire le tour des choses de façon plus efficace. Il rehausse les épaules, bof, ce n’est pas sa mission. Lui, il marche juste encore et encore sur cette bande de bitume interminable, petite tache bleu qui fait résonner ses pas dans un vide pas si creux, pendant des heures encore il marchera en sifflotant de son bec bleuté jusqu’à son arrivée au QG.
En vérité quinze minutes après avoir finit son joint, l’homme se jetait sur un casse-dalle triple étages supplément cornichons et s’en bâfrait à cœur joie en se répétant 'dieu que cette weed tape sur le crane' ! Ce drogué que l’on qualifie facilement de ‘deux de tens’’, vivait en fait la notion de temps de façon différente, et ce jusque dans les plus profondes parcelles de son cerveau, ou était-ce justement à cause d’elles, qui sait… Il aurait bien aimé vivre pour toujours dans cette temporalité ou il pouvait s’attarder sur les choses, ou des musiques de quatre minutes en paraissaient huit, il se dit que c’était peut être comme ça que les immortels voyaient la vie. C’était en tout cas l’idée discutable qu’il venait d’avoir après avoir prit conscience qu’il avait faim.
PS: Je tiens à preciser qu'aucune drogue n'a été maltraitée ou prise durant l'écriture de ce texte
