Son ego d'une circonférence proche de celle du soleil éblouissait la pièce d'une foultitude de phrases commençant par : " Moi je..."
Un verre de champagne à la main, il accompagnait ses mots à priori savants de grands gestes pendulaires sensés hypnotiser les tympans et les rallier à sa cause, forcément noble et indiscutable.
Des petits points de suspension invisibles mais parfaitement audibles ponctuaient la fin de ses phrases en laissant derrière eux ce désagréable sentiment d'auto-suffisance. Une façon comme une autre de combler ses lacunes et son manque de charisme avec des subterfuges imbéciles.
Il s'appelait James, petit et moche comme un pou donc bruyant et mythomane en société. Gesticuler pour prouver qu'on existe quand aucun autre aura qu'une vague de mensonges ne peut captiver les attentions. Agiter sa médiocrité en y glissant des faux airs de Don Juan totalement grotesques. Un homme qui courtise une femme avec un physique de pingouin c'est toujours un peu burlesque, ça n'aboutit quasiment jamais à moins que la courtisée recherche de nouvelles expériences dans un climat de banquise, une nuit froide en émotions et un réveil glacial.
Après plusieurs vents, râteaux et autres manifestations de dégoût, James s'approcha d'Amy-Lee pour tenter une approche séductrice.
Les obsèques eurent lieu en toute intimité le samedi suivant. Une plaque annonce un dernier mensonge :
" ici repose un bel homme ou un parfait connard, à vous de choisir. "