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20 Juillet 2026 à 00:00:40
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Auteur Sujet: Citations  (Lu 149308 fois)

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Re : Citations
« Réponse #165 le: 23 Mars 2019 à 01:29:27 »
ps :  merci pour le lien vers la source

Yep, c'est une traduction en français moderne, j'ai eu le sentiment qu'elle retranscrivait bien la pensée de Montaigne.

En fait, le passage que je cite est relatif au rapport individuel à l'argent, il parle de cupidité, d'obsession et de manque ; il invite à la modération et à la mesure (donc à l'équilibre...). On est effectivement proche d'un questionnement spirituel ou psychologique avec la question de l'ego, du « moi », même si cela reste une position sceptique de l'ordre de l'opinion et du doute plutôt que de l'ordre de la connaissance réelle. Il n'y a aucune dimension politique dans ce chapitre en particulier si ce n'est celle du mécénat : tu l'auras compris, le mécénat est le fruit d'une générosité réelle (elle s'adresse aux possesseurs de richesses). L'invitation au mécénat est indéniablement une invitation au partage des richesses (ce n'est pas un regard guerrier, mais une pensée philosophique).

Ce n'est pas non plus une façon de dire que tu serais hors-sujet, je le précise, mais c'est effectivement une façon d'opposer à la médiocrité supposée de la misère une médiocrité de l'avarice et de l'endettement.

Tu peux éventuellement faire l'analogie avec l'écologie si tu cherches des pistes de compréhension : ne pas dépenser plus que ce que notre planète peut nous offrir est bien plus vertueux que de délaisser les générations futures.

Hors ligne Loup-Taciturne

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Re : Citations
« Réponse #166 le: 23 Mars 2019 à 13:43:24 »
Bon je pense qu'on ne s'entendra pas sur la présence de la dimension politique, comme tu dis. Dès lors que tu parles de richesse et d'indigence, pour moi tu es dans le politique. Et si ton discours se prétend apolitique,"gentil", "tuto bien-être" ou que sais-je, c'est encore un parti pris politique conscient ou inconscient, machiavélique ou naïf.

Citer
"le mécénat est le fruit d'une générosité réelle (elle s'adresse aux possesseurs de richesses)"

Déjà croire à la générosité réelle, c'est audacieux. Ça peut se défendre mais c'est audacieux. Mais croire à la générosité des riches..!? Ha ha ha. S'il étaient réellement généreux (et donc humbles), ils ne seraient pas riches.

Quant au mécénat, il n'est pas du tout le fruit d'une générosité. C'est un jeu social entre la bourgeoisie qui ne sait plus quoi faire de ses richesses, toujours soucieuse de se démarquer et d'étendre son prestige social, et les artistes qui se complaisent dans un jeu de cour, de mendicité/séduction/dépendance/soumission à cette bourgeoisie.

Citer
"Tu peux éventuellement faire l'analogie avec l'écologie si tu cherches des pistes de compréhension : ne pas dépenser plus que ce que notre planète peut nous offrir est bien plus vertueux que de délaisser les générations futures."

Là encore, s'il fallait tout ça pour dire ça ...

Évacuer le politique conduit à ce niveau d'inconsistance. Réintroduire du politique permet de penser les contradictions et les paradoxes. Tout discours recèle une dimension politique avouée ou inavouée, consciente ou inconsciente.  Pourquoi (presque) tout le monde est d'accord avec l'idée qu'on ne peut pas exploiter à ce rythme indéfiniment la planète, et pourtant la situation ne cesse d'empirer ?
On trouve dans l'analyse des rapports de pouvoir, des intérêts, des dominations et des exploitations des clefs bien plus nombreuses et pertinentes pour penser le réel, le changement social, la conflictualité, le paradoxal et faire le lien entre le sujet (non réduit à l'état d'individu) et la société.

Savoir pourquoi/comment ne pas être trop dépensier ou apprendre à paraître généreux en se délestant d'un peu de son terrible trésors quand on est un petit bourgeois... :-¬?
« Modifié: 23 Mars 2019 à 13:45:10 par Loup-Taciturne »
« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Citations
« Réponse #167 le: 23 Mars 2019 à 15:08:51 »
Alors, je dois admettre que je t'ai connu beaucoup plus rigoureux dans tes références, Loup-Taciturne, ici j'ai l'impression que tu établis des principes juste parce que tu y crois sans référence ni base idéologique ou intellectuelle.

 :moderation:

J'admets que je respecte tout à fait ton opinion sur la chose, mais je me demande si tu ne proposes pas une vision absolutiste qui établirait un « pour ou contre » sans discernement (aussi possible que cela puisse être).

Face à cette impression, j'aimerais réfléchir à la distinction entre un comportement individuel et un comportement politique (qui a trait à la société).

En parlant de rigueur dans les mots employés, tu sembles démontrer ton attachement à la justice et à l'égalité, ce qui sont des valeurs fortes et parlantes dans les thématiques politiques, j'en conviens. Pour faire le pont entre une certaine idée du mécénat (effectivement tournée vers l'individu) et la philosophie de la justice, je suis allé te chercher une citation qui peut-être corresponde mieux à tes attentes (relatives à la politique).

Je dois dire que c'est une forme d'ouverture qui s'oriente plus volontairement vers le thème que tu abordes, cela amène donc le sujet sur ton terrain à toi, celui que tu as introduit toi-même (c'est un geste vers tes centres de préoccupation).

J'aurais pu revenir vers Montaigne, qui aborde ces thématiques également, mais j'ai préféré aller chercher un philosophe qui se rapproche de tes préoccupations avec un facteur majeur en plus : la rigueur.

Aristote reste indéniablement le philosophe de l'exactitude, il donne à voir ce que l'on a pu retenir de son époque en aspirant le plus possible à la relation entre les choses et les distinction entre des valeurs logiques et propres à la raison.

Vois ce chapitre sur la justice dans l'Éthique de Nicomaque (traduction Pascale-Dominique Nau) d'Aristote :

« [1129a] Au sujet de la justice et de l’injustice, nous devons examiner sur quelles sortes d’actions elles portent en fait, quelle sorte de juste milieu est la justice, et de quels extrêmes le juste est un moyen. Notre examen suivra la même marche que nos précédentes recherches.

Nous observons que tout le monde entend signifier par justice cette sorte de disposition qui rend les hommes aptes à accomplir les actions justes, et qui les fait agir justement et vouloir les choses justes de la même manière, l’injustice est cette disposition qui fait les hommes agir injustement et vouloir les choses injustes. Posons donc, nous aussi, cette définition comme point de départ, à titre de simple esquisse. Il n’en est pas, en effet, pour les dispositions du caractère comme il en est pour les sciences et les potentialités : car il n’y a, semble-t-il, qu’une seule et même puissance, une seule et même science, pour les contraires, tandis qu’une disposition qui produit un certain effet ne peut pas produire aussi les effets contraires : par exemple, en partant de la santé on ne produit pas les choses contraires à la santé, mais seulement les choses saines, car nous disons qu’un homme marche sainement quand il marche comme le ferait l’homme en bonne santé.

Souvent la disposition contraire est connue par son contraire et souvent les dispositions sont connues au moyen des sujets qui les possèdent : si, en effet, le bon état du corps nous apparaît clairement, le mauvais état nous devient également clair ; et nous connaissons le bon état aussi, au moyen des choses qui sont en bon état et les choses qui sont en bon état, par le bon état. Supposons par exemple que le bon état en question soit une fermeté de chair : il faut nécessairement, d’une part, que le mauvais état soit une flaccidité de chair, et, d’autre part, que le facteur productif du bon état soit ce qui produit la fermeté dans la chair. Et il s’ensuit la plupart du temps que si une paire de termes est prise en plusieurs sens, l’autre paire aussi sera prise en plusieurs sens : par exemple, si le terme juste est pris en plusieurs sens, injuste et injustice le seront aussi.

Or, semble-t-il bien, la justice est prise en plusieurs sens, et l’injustice aussi, mais du fait que ces différentes significations sont voisines, leur homonymie échappe, et il n’en est pas comme pour les notions éloignées l’une de l’autre où l’homonymie est plus visible par exemple (car la différence est considérable quand elle porte sur la forme extérieure), on appelle (χλεϊς) en un sens homonyme, à la fois la clavicule des animaux et l’instrument qui sert à fermer les portes. − Comprenons donc en combien de sens se dit l’homme injuste. On considère généralement comme étant injuste à la fois celui qui viole la loi, celui qui prend plus que son dû, et enfin celui qui manque à l’égalité de sorte que de toute évidence l’homme juste sera à la fois celui qui observe la loi et celui qui respecte l’égalité. Le juste donc, est ce qui est conforme à la loi et ce qui respecte l’égalité, et l’injuste [1129b] ce qui est contraire à la loi et ce qui manque à l’égalité.

Et puisque l’homme injuste est celui qui prend au-delà de son dû, il sera injuste en ce qui a rapport aux biens, non pas tous les biens mais seulement ceux qui intéressent prospérité ou adversité et qui, tout en étant toujours des biens au sens absolu, ne le sont pas toujours pour une personne déterminée. Ce sont cependant ces biens-là que les hommes demandent dans leurs prières et poursuivent, quoi qu’ils ne dussent pas le faire, mais au contraire prier que les biens au sens absolu soient aussi des biens pour eux, et choisir les biens qui sont des biens pour eux. Mais l’homme injuste ne choisit pas toujours plus, il choisit aussi moins dans le cas des choses qui sont mauvaises au sens absolu ; néanmoins, du fait que le mal moins mauvais semble être en un certain sens un bien, et que l’avidité a le bien pour objet, pour cette raison l’homme injuste semble être un homme qui prend plus que son dû. Il manque aussi à l’égalité, car l’inégalité est une notion qui enveloppe les deux choses à la fois et leur est commune.

Puisque, disions-nous celui qui viole la loi est un homme injuste, et celui qui l’observe un homme juste, il est évident que toutes les actions prescrites par la loi sont, en un sens justes : en effet, les actions définies par la loi positive sont légales, et chacune d’elles est juste disons-nous. Or, les lois prononcent sur toutes sortes de choses, et elles ont en vue l’utilité commune, soit de tous les citoyens, [soit des meilleurs], soit seulement des chefs désignés en raison de leur valeur ou de quelque autre critère analogue ; par conséquent, d’une certaine manière nous appelons actions justes toutes celles qui tendent à produire ou à conserver le bonheur avec les éléments qui le composent, pour la communauté politique. − Mais la loi nous commande aussi d’accomplir les actes de l’homme courageux (par exemple, ne pas abandonner son poste, ne pas prendre la fuite, ne pas jeter ses armes), ceux de l’homme tempérant (par exemple, ne pas commettre d’adultère, ne pas être insolent), et ceux de l’homme de caractère agréable (comme de ne pas porter des coups et de ne pas médire des autres), et ainsi de suite pour les autres formes de vertus ou de vices, prescrivant les unes et interdisant les autres, tout cela correctement si la loi a été elle-même correctement établie, ou d’une façon critiquable, si elle a été faite à la hâte.

Cette forme de justice, alors, est une vertu complète, non pas cependant au sens absolu, mais dans nos rapports avec autrui. Voilà pourquoi souvent on considère la justice comme la plus parfaite des vertus, et ni l’étoile du soir, ni l’étoile du matin ne sont ainsi admirables. Nous avons encore l’expression proverbiale :

Dans la justice est en somme toute vertu

Et elle est une vertu complète au plus haut point, parce qu’elle est usage de la vertu complète, et elle est complète parce que l’homme en possession de cette vertu est capable d’en user aussi à l’égard des autres et non seulement pour lui-même : si, en effet, beaucoup de gens sont capables de pratiquer la vertu dans leurs affaires personnelles, dans celles qui, au contraire, intéressent les autres ils en demeurent incapables. [1130a] Aussi doit-on approuver la parole de BIAS que le commandement révélera l’homme, car celui qui commande est en rapport avec d’autres hommes, et dès lors est membre d’une communauté. C’est encore pour cette même raison que la justice, seule de toutes les vertus, est considérée comme étant un bien étranger parce qu’elle a rapport à autrui : elle accomplit ce qui est avantageux à un autre, soit à un chef, soit à un membre de la communauté. Et ainsi l’homme le pire de tous est l’homme qui fait usage de sa méchanceté à la fois envers lui-même et envers ses amis ; et l’homme le plus parfait n’est pas l’homme qui exerce sa vertu seulement envers lui-même, mais celui qui la pratique aussi à l’égard d’autrui, car c’est là une œuvre difficile.

Cette forme de justice, alors, n’est pas une partie de la vertu, mais la vertu tout entière, et son contraire, l’injustice, n’est pas non plus une partie du vice, mais le vice tout entier. (Quant à la différence existant entre la vertu et la justice ainsi comprise, elle résulte clairement de ce que nous avons dit : la justice est identique à la vertu, mais sa quiddité n’est pas la même : en tant que concernant nos rapports avec autrui, elle est justice, et en tant que telle sorte de disposition pure et simple, elle est vertu). »

À partir de la base de réflexion ci-dessus, j'estime que la justice est politique en cela quelle se régule en fonction d'autrui. Cependant, pour que cette justice puisse être appliquée, elle repose nécessairement sur des comportements individuels : il faut bien être juste pour appliquer la justice.

Raison pour laquelle je n'entends pas exclure la question de l'individualité y compris dans un sujet relatif à la justice (que j'admets bien évidemment politique).

Le mécénat étant relatif à un comportement individuel.

Hors ligne Amor Fati

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Re : Citations
« Réponse #168 le: 07 Avril 2019 à 14:53:43 »
Tout le monde en a entendu parler... en effet ! merci pour cette lecture !!!


Valéry Larbaud, "L'innommable",

Quand je serai mort, quand je serai de nos chère morts (Au moins, me donnerez-vous votre souvenir, passants
Qui m'avez coudoyé si souvent dans vos rues?)
Restera-t-il dans ces poèmes quelques images
De tant de pays, de tant de regards, et de tous ces visages
Entrevus brusquement dans la foule mouvante?
J'ai marché parmi vous, me garant des voitures
Comme vous, et m'arrêtant comme vous aux devantures.
J'ai fait avec mes yeux des compliments aux
Dames;
J'ai marché, joyeux, vers les plaisirs et vers la gloire,
Croyant dans mon cher cœur que c'était arrivé;
J'ai marché dans le troupeau avec délices,
Car nous sommes du troupeau, moi et mes aspirations.
Et si je suis un peu différent, hélas, de vous tous,
C'est parce que je vois,

Ici, au milieu de vous, comme une apparition divine,
Au-devant de laquelle je m'élance pour en être frôlé,
Honnie, méconnue, exilée,
Dix fois mystérieuse,
La
Beauté
Invisible.
« Écrire, ce n'est pas vivre. C'est peut-être survivre. » Blaise Cendrars

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Re : Citations
« Réponse #169 le: 16 Avril 2019 à 01:27:09 »
Je vous propose aujourd'hui un passage très intéressant de la vie de Camille racontée par Plutarque. Camille fut un général romain confronté au pillage de Rome par les Gaulois. Il y a certaines imprécisions au cours du récit, or Plutarque ne manque de nous alerter sur les dangers de la guerre et d'évoquer l'influence des croyances sur la perception des événements, de parler de la volonté de reconstruire une ville en ruine, ce qui mérite une attention particulière.

La force de Plutarque serait plutôt celle de la narration, il a une capacité à diriger l'attention sur des thèmes d'histoire ; la vie de Camille est une lecture que je vous conseille si vous souhaitez vous questionner sur des sujets d'histoire, mais aussi sur la mémoire antique (à prendre avec une certaine distance ou une lecture mesurée, il s'agit aussi de la pensée d'une époque lointaine).

Et voici pour une présentation de ce long passage en citation :


« [30] C'est ainsi que Rome, après avoir été prise d'une manière si surprenante, fut sauvée d'une manière plus surprenante encore. Elle était restée sept mois entiers au pouvoir des Barbares; ils y étaient entrés peu de jours après les ides de juillet, et ils en furent chassés vers les ides de février. XXXIX. Camille rentra triomphant dans Rome; triomphe bien dû à un général qui avait arraché sa patrie des mains des ennemis, et qui ramenait Rome dans Rome même. En effet, les citoyens qui en étaient sortis avec leurs femmes et leurs enfants y rentraient à la suite du triomphateur; et ceux qui, assiégés dans le Capitole, s'étaient vus sur le point de mourir de faim, allaient au-devant d'eux. Ils s'embrassaient les uns les autres; ils versaient des larmes de joie, et osaient à peine croire à un bonheur si inespéré. Les prêtres des dieux et les ministres des temples, portant les choses sacrées qu'ils avaient ou enterrées avant de prendre la fuite, ou emportées avec eux, offraient aux Romains le spectacle le plus touchant, et qu'ils avaient le plus désiré; ils éprouvaient autant de plaisir que si les dieux eux-mêmes fussent rentrés dans Rome pour la seconde fois. Camille, après avoir offert des sacrifices et purifié la ville, avec les cérémonies dont des hommes versés dans la connaissance des rites religieux lui dictaient les formules, rétablit les anciens temples, et en bâtit un nouveau au dieu Aiüs Locutius, au lieu même où Marcus Céditius avait entendu la nuit cette voix divine qui lui annonçait l'arrivée des Barbares.

[31] Ce ne fut pas sans peine et sans fatigue que l'on retrouva les emplacements des anciens temples; il ne fallut pas moins, pour y parvenir, que la constance de Camille et les recherches laborieuses des prêtres. XL. Mais quand il fut question de rebâtir la ville, qui était entièrement détruite, le découragement s'empara de tous les esprits. Comme les citoyens manquaient de toutes les choses nécessaires pour cette entreprise, ils différaient de jour en jour à commencer l'ouvrage. Après tous les maux qu'ils venaient d'éprouver, sans force et sans moyens, ils avaient bien plus besoin de prendre du repos que de se fatiguer et s'épuiser encore par ce nouveau travail. Ils recommencèrent donc à tourner insensiblement leurs pensées vers la ville de Véies, qui subsistait tout entière et était pourvue de tout en abondance; par là ils fournirent à leurs démagogues, accoutumés à les flatter, une nouvelle occasion de les haranguer, et de tenir contre Camille les propos les plus séditieux. C'était, à les entendre, pour son ambition et pour sa gloire personnelle qu'il leur enviait le séjour d'une ville toute prête à les recevoir, et qu'il les forçait d'habiter les ruines, de relever de vastes monceaux de cendres, afin d'être appelé, non seulement le chef et le général des Romains, mais encore le fondateur de Rome, et d'enlever ce titre à Romulus. Le sénat, qui craignait une sédition, dérogeant à l'usage où avaient été jusqu'alors tous les dictateurs de ne pas rester en charge plus de six mois, s'opposa au désir qu'avait Camille de se démettre de la dictature, et ne voulut pas qu'il la quittât avant la fin de l'année. Cependant les sénateurs travaillaient à adoucir et à consoler les citoyens, à les ramener par la persuasion et par les caresses. Ils leur montraient les monuments et les tombeaux de leurs ancêtres ; ils leur rappelaient ces temples et ces lieux saints que Romulus, que Numa, que tous les autres rois avaient consacrés, et dont ils leur avaient transmis le dépôt. Mais, entre les divers objets de leur culte religieux, ils leur représentaient surtout cette tête humaine qu'on avait trouvée encore toute fraîche en creusant les fondements du Capitole, et qui promettait de la part des destins, à la ville qui serait bâtie dans ce lieu-là, d'être un jour la capitale de toute l'Italie. Ils leur parlaient aussi de ce feu sacré qui, après la guerre, avait été rallumé par les vestales, et qu'ils allaient laisser éteindre une seconde fois, s'ils abandonnaient une ville qu'ils auraient la honte ou de voir habitée par un peuple étranger, ou demeurer déserte et servir de pâturage aux troupeaux. Telles étaient les représentations touchantes qu'ils adressaient au peuple en public et en particulier; mais, de leur côté, ils étaient vivement émus par les gémissements de ce peuple, qui déplorait son indigence, qui les conjurait de ne pas exiger que, dans l'état de dénuement et de pauvreté où l'avait réduit le naufrage dont il venait d'échapper, il relevât les ruines d'une ville détruite, tandis qu'il en avait une autre toute prête à habiter.

[32] XLI. Camille fut d'avis d'assembler de nouveau le sénat : il y parla lui-même longtemps pour l'intérêt de la patrie; et tous les sénateurs qui voulurent parler furent aussi écoutés. Enfin, quand il fallut prendre les avis, il commença par Lucius Lucrétius, qui, en qualité de prince du sénat, le donnait toujours le premier, et il dit aux autres d'opiner après lui chacun à son rang. Il se fit un grand silence; et Lucrétius prenait la parole, lorsque le centurion qui relevait la garde du jour, passant par hasard avec sa troupe devant le lieu du conseil, cria d'une voix forte à son premier enseigne de s'arrêter et de planter là son étendard; que c'était la meilleure place qu'ils pussent choisir. Cette parole, si analogue à la circonstance, à la matière qui était en délibération, et à l'incertitude où étaient tous les esprits, n'eut pas été plutôt prononcée, que Lucrétius, après avoir adoré les dieux, dit qu'il conformait son opinion à l'oracle qu'il venait d'entendre. Tous les autres sénateurs suivirent son avis; et aussitôt il se fit dans le peuple un changement si merveilleux, que, s'exhortant et s'animant les uns les autres à commencer l'ouvrage, sans attendre qu'on marquât les divisions des rues, ni qu'on donnât un ordre d'alignements, chacun se mit à bâtir dans l'endroit qu'il trouva le plus tôt prêt, ou qui lui parut le plus agréable. XLII. On y mit tant d'ardeur et de précipitation, qu'il ne fut gardé aucun ordre dans la distribution des rues et l'assiette des édifices. Aussi dit-on que la ville fut reconstruite dans l'espace d'un an, depuis les murailles jusqu'aux dernières maisons des particuliers. Ceux que Camille avait chargés de chercher, au milieu de ce chaos, les emplacements qu'occupaient les lieux sacrés, et d'en déterminer les bornes, après avoir fait le tour du Palatium et être arrivés à la chapelle de Mars, la trouvèrent, comme toutes les autres, brûlée et détruite par les Barbares. En fouillant et nettoyant la place, ils découvrirent, sous un monceau de cendres, le bâton augural de Romulus. Ce bâton est recourbé par un des bouts, et s'appelle « lituus ». Quand les augures se sont assis pour observer le vol des oiseaux, il leur sert à marquer les régions du ciel. Romulus, fort instruit dans la divination, l'employait à cet usage. Lorsque ce prince eut disparu, les prêtres prirent le « lituus », et le gardèrent religieusement, comme une des choses sacrées qu'il n'était pas permis de toucher. L'ayant retrouvé alors sans qu'il eût été endommagé par le feu qui avait consumé tout le reste, ils en eurent une grande joie, et en conçurent d'heureuses espérances : ils le regardèrent comme un signe qui présageait à Rome une durée éternelle. »

Plutarque, Vie des Hommes illustres, traduction Dominique Ricard (1802)

Hors ligne Amor Fati

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Re : Citations
« Réponse #170 le: 02 Juin 2019 à 17:28:18 »
Ce poème est si bon à lire, et si beau.

« Que la vie en vaut la peine », Louis Aragon

C’est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midi d’incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes

Rien n’est si précieux peut-être qu’on le croit
D’autres viennent
Ils ont le cœur que j’ai moi-même
Ils savent toucher l’herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s’éteignent des voix

D’autres qui referont comme moi le voyage
D’autres qui souriront d’un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D’autres qui lèveront les yeux vers les nuages

Il y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l’aube première
Il y aura toujours l’eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n’est le passant

C’est une chose au fond que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont en eux
Comme si ce n’était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre

Oui je sais cela peut sembler court un moment
Nous sommes ainsi faits que la joie et la peine
Fuient comme un vin menteur de la coupe trop pleine
Et la mer à nos soifs n’est qu’un commencement

Mais pourtant malgré tout malgré les temps farouches
Le sac lourd à l’échiné et le cœur dévasté
Cet impossible choix d’être et d’avoir été
Et la douleur qui laisse une ride à la bouche

Malgré la guerre et l’injustice et l’insomnie
Où l’on porte rongeant votre cœur ce renard
L’amertume et
Dieu sait si je l’ai pour ma part
Porté comme un enfant volé toute ma vie

Malgré la méchanceté des gens et les rires
Quand on trébuche et les monstrueuses raisons
Qu’on vous oppose pour vous faire une prison
De ce qu’on aime et de ce qu’on croit un martyre

Malgré les jours maudits qui sont des puits sans fond
Malgré ces nuits sans fin à regarder la haine
Malgré les ennemis les compagnons de chaînes
Mon Dieu mon
Dieu qui ne savent pas ce qu’ils font

Malgré l’âge et lorsque soudain le cœur vous flanche
L’entourage prêt à tout croire à donner tort
Indifférent à cette chose qui vous mord
Simple histoire de prendre sur vous sa revanche

La cruauté générale et les saloperies
Qu’on vous jette on ne sait trop qui faisant école
Malgré ce qu’on a pensé souffert les idées folles
Sans pouvoir soulager d’une injure ou d’un cri

Cet enfer
Malgré tout cauchemars et blessures
Les séparations les deuils les camouflets
Et tout ce qu’on voulait pourtant ce qu’on voulait
De toute sa croyance imbécile à l’azur

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu’à qui voudra m’entendre à qui je parle ici
N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle

« Écrire, ce n'est pas vivre. C'est peut-être survivre. » Blaise Cendrars

Hors ligne Marcel Dorcel

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Re : Citations
« Réponse #171 le: 12 Juin 2019 à 22:01:02 »
DYLAN THOMAS, 1951


N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit
 

N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit,

La vieillesse devrait s’embraser, se déchaîner face au jour qui s’achève ;

Rage, enrage contre la lumière qui se meurt.
 

Même si sur sa fin l’homme sage sait que l’obscurité est méritée,

Parce que ses mots n’ont fendu nul éclair il

N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.
 

L’homme bon, près de la vague ultime, pleurant

Sur ses frêles exploits dont l’éclat aurait dansé sur une verte baie,

Rage, enrage contre la lumière qui se meurt.
 

L’homme insoumis qui s’empare du soleil en plein vol et le chante,

Apprenant, trop tard, qu’il l’a peiné dans sa course,

N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.
 

L’homme grave, qui, agonisant, voit, vision aveuglante

Que l’œil aveugle pourrait flamboyer tel un météore et se réjouir,

Rage, enrage contre la lumière qui se meurt.
 

Et toi, mon père, là-bas sur ce triste promontoire,

Maudis-moi, bénis-moi maintenant de tes larmes de colère, je t’en supplie.

N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.

Rage, enrage contre la lumière qui se meurt.

 

Ou, une bien meilleure traduction, d’Alain Suied Dylan Thomas Vision et prière Gallimard COLL. POÉSIE


N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit,

Le vieil âge devrait brûler et s’emporter à la chute du jour ;

Rager, s’enrager contre la mort de la lumière.

Bien que les hommes sages à leur fin sachent que l’obscur est mérité,

Parce que leurs paroles n’ont fourché nul éclair ils

N’entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.

Les hommes bons, passée la dernière vague, criant combien clairs

Leurs actes frêles auraient pu danser en un verre baie

Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.

Les hommes violents qui prient et chantèrent le soleil en plein vol,

Et apprenant, trop tard, qu’ils l’ont affligé dans sa course,

N’entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.

Les hommes graves, près de mourir, qui voient de vue aveuglante

Que leurs yeux aveugles pourraient briller comme météores et s’égayer,

Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.

Et toi, mon père, ici sur la triste élévation

Maudis, bénis-moi à présent avec tes larmes violentes, je t’en prie.

N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit.

Rage, enrage contre la mort de la lumière.


Do not go gentle into that good night


Do not go gentle into that good night,

Old age should burn and rave at close of day ;

Rage, rage against the dying of the light.
 

Though wise men at their end know dark is right,

Because their words had forked no lightning they

Do not go gentle into that good night.
 

Good men, the last wave by, crying how bright

Their frail deeds might have danced in a green bay,

Rage, rage against the dying of the light.

Wild men who caught and sang the sun in flight,

And learn, too late, they grieve it on its way,

Do not go gentle into that good night.
 

Grave men, near death, who see with blinding sight

Blind eyes could blaze like meteors and be gay

Rage, rage against the dying of the light.


And you, my father, there on the sad height,

Curse, bless, me now with your fierce tears, I pray.

Do not go gentle into that good night.

Rage, rage against the dying of the light.

 


https://www.youtube.com/watch?v=maISWZ8Tpsc par John Cale

https://www.youtube.com/watch?v=4eRTkP7LQKc, INTERSTELLAR

« Modifié: 12 Juin 2019 à 22:13:20 par Marcel Dorcel »
Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d'eux,  alors ils en diraient bien davantage
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Eveil

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Re : Citations
« Réponse #172 le: 14 Juin 2019 à 00:15:27 »
"On prétend qu'on est moins malheureux quand on ne l'est pas seul ; mais, selon Zoroastre, ce n'est pas par malignité, c'est par besoin. On se sent alors entraîné vers un infortuné comme vers son semblable. La joie d'un homme heureux serait une insulte ; mais deux malheureux sont comme deux arbrisseaux faibles qui, s'appuyant l'un sur l'autre, se fortifient contre l'orage."
Zadig, Voltaire

"mais il n'y a point de hasard : tout est épreuve, ou punition, ou récompense, ou prévoyance."
« Modifié: 16 Juin 2019 à 19:53:42 par Eveil »

Hors ligne extasy

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Re : Citations
« Réponse #173 le: 12 Juillet 2019 à 11:00:43 »
Je pensais presque à un contemporain et je vois Aristote !

Hors ligne Marcel Dorcel

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Re : Re : Citations
« Réponse #174 le: 13 Juillet 2019 à 16:29:52 »
En voici deux autres, du même genre. A apprendre par coeur :

L’art n’est pas d’aligner des mots, mais d’en enlever. 

Paul Morand


La règle, c’est qu’il faut laisser refroidir son premier jet, jusqu’à ce que le texte vous en redevienne étranger. On reprend ensuite ses phrases ; on rature, on biffe, on allège, on résume, on essaye de concentrer sa pensée dans le moins de mots possibles. La page est-elle noire, recopiez-là, c’est l’essentiel. Une fois recopiée, elle vous paraîtra tout autre. [...]   Recommencez le même travail.
Antoine Albalat

Le propos de Morand est tout à fait pertinent, et malgré Hécate,ce sublime chef-d'oeuvre, l'homme m'est insupportable.
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Re : Citations
« Réponse #175 le: 13 Juillet 2019 à 16:36:27 »
« Et écrire, ce désir à chaque fois de réparer l’imperceptible accroc ? De recueillir dans un léger tissage des paroles ces figures éparses du devenir et les rendre un instant solidaires. De telle sorte que recouvert, effacé par l’afflux de mots, le monde finirait par venir y renaître, surgissant de ce mouvement même qui d’abord l’a annulé et qui, maintenant, lui offre cette vivacité dont jusque-là il paraissait privé. Oui, écrire ce serait d’abord cela : s’asseoir pour voir se lever le monde dans le jour du langage. Et, d’une voix presque muette — d’un souffle engendré par les mots et qui les porte —, ne cesser de célébrer cette beauté, répétant comme une prière muette cette phrase si simple de Beckett : « Je regarde passer le temps et c’est si beau » ( Un homme assis et qui regarde).

Jacques Ancet, l'un de nos derniers grands poètes français,traducteur de poésie espagnole, notamment de celle de Luis Cernuda.
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Eveil

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Re : Citations
« Réponse #176 le: 20 Juillet 2019 à 17:51:24 »
"Rembrandt n'aimait pas qu'on regardât sa peinture de près. Il repoussait les gens du coude et disait : Un tableau n'est pas fait pour être flairé."
Journal de ce que j'apprends chaque jour, Hugo

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Re : Citations
« Réponse #177 le: 23 Juillet 2019 à 15:05:48 »
Je crois qu'il est temps pour moi de citer ce magnifique poème d'Apollinaire ; moi qui le gardai si longtemps en mes « citations préférées », lui qui m'accompagne encore aujourd'hui dans mes rêveries, je ne pouvais pas louper une opportunité pareille !

Nuit rhénane

« Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme
Écoutez la chanson lente d’un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu’à leurs pieds

Debout chantez plus haut en dansant une ronde
Que je n’entende plus le chant du batelier
Et mettez près de moi toutes les filles blondes
Au regard immobile aux nattes repliées

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été

Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire »

Guillaume Apollinaire, Rhénanes, Alcools, 1913

Hors ligne Marcel Dorcel

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Re : Re : Citations
« Réponse #178 le: 24 Juillet 2019 à 14:41:04 »
Voici les premières lignes de la préface de Bret Easton Ellis pour son dernier livre, "WHITE". J'aurais pu les écrire.

Quelque part au cours de ces dernières années — et je ne peux pas définir quand exactement — une irritation vague, mais presque insurmontable, irrationnelle, a commencé à me démanger, peut-être une douzaine de fois par jour. Cette irritation concernait des choses apparemment mineures, vraiment, bien en dehors de mon domaine de référence, au point que j'étais surpris par le fait d'avoir à respirer à fond pour anéantir cette frustration et ce dégout entièrement provoqués par la stupidité des gens : adultes, connaissances et inconnus sur les réseaux sociaux qui toujours présentaient leurs opinions et leur jugements inconsidérés, leurs préoccupations insensées, avec la certitude inébranlable d'avoir raison. Une attitude toxique semblait émaner de chaque post ou commentaire, ou tweet, qu'elle ait été réellement présente ou pas. (...)

WHITE- Bret Easton Ellis – 2019 – Robert Laffont – 290 pages – 21,50€


C'est étrange mais je ne l'ai jamais lu. Plus encore, étrange le fait d'avoir lu bon nombre d'auteurs y faisant référence ( à Ellis), le considérant comme essentiel. Je m'en suis tenu à Hubert Selby Junior jusqu'à présent.
Merci Champdefaye de ton conseil éclairé.
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Re : Citations
« Réponse #179 le: 20 Août 2019 à 21:37:21 »
Cela fait écho en moi à ce passage de Baudelaire :

« Je désire être ramené vers les dioramas dont la magie brutale et énorme sait m’imposer une utile illusion. Je préfère contempler quelques décors de théâtre, où je trouve artistement exprimés et tragiquement concentrés mes rêves les plus chers : Ces choses, parce qu’elles sont fausses, sont infiniment plus près du vrai ; tandis que la plupart de nos paysagistes sont des menteurs, justement parce qu’ils ont négligé de mentir. » Curiosités esthétiques
« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

 


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