Rabelais, à propos de Gargantua.
Concernant les préjugés sur l'humour et la légèreté de ton de l'auteur.
« À quel propos, à votre avis, tend ce prélude et coup d'essai ? Parce que vous, mes bons disciples, et quelques autres fous qui n'ont rien à faire, en lisant les joyeux titres de notre invention, comme Gargantua, Pantagruel, Fessepinte, La Dignité des braguettes, Des pois au lard avec un commentaire, etc., vous jugez trop facilement qu'ils ne traitent à l'intérieur que moqueries, folâtreries, et mensonges joyeux, puisque l'enseigne extérieure (c'est le titre), si on ne cherche pas plus loin, est communément reçue à dérision et rigolade. Mais il ne faut pas juger si légèrement les œuvres des humains. Car vous-mêmes vous dites que l'habit ne fait pas le moine, tel est vêtu d'habit monacaux qui au-dedans n'est rien moins que moine ; et est vêtu d'une cape à l'espagnole, qui dans son cœur n'appartient nullement à l'Espagne. C'est pourquoi il faut ouvrir le livre, et soigneusement peser ce qui y est raconté. Alors vous connaîtrez que la drogue qu'il contient est de bien autre valeur que ne le promettait la boîte. C'est-à-dire que les matières traitées ici ne sont pas si folâtres que le titre dessus le prétendait. »
Ne nous laissons pas penser que celles & ceux qui pratiquent l'humour seraient dénués de sagesse.