Hello les gens, voici le premier chapitre du projet littéraire pour lequel j'ai déjà reçu trois refus, j'attends le quatrième ;-)...
Ce n'est pas vraiment joyeux, j'ai essayé de rester soft au niveau médical, ce n'est pas un rapport de stage...
Tenez vous prêts à envoyer les tomates!
Exubérante
1. Les marques n’avaient pas tout à fait disparu mais Magalie n’aurait plus besoin désormais d’être accompagnée pour sortir. Les cicatrices s’étendaient encore le long de ses avant bras mais elle allait pouvoir ouvrir en grand toutes les fenêtres qu‘elle rencontrerait. Elle n’avait pas bu d’alcool ni fumé de joint depuis trois mois, « je ne vous raterai pas » l’avait menacé le psychiatre, pourtant de nombreuses fois la jeune femme aurait pu se laisser tenter. Les autres jeunes portaient des casquettes et baissaient la tête pour cacher leurs yeux mais ne se vantaient pas d’être là depuis six ou sept mois. Trois c’était suffisant pour elle.
Avant son passage à l’acte Magalie pensait qu’en cas d’échec de sa tentative on l’enverrait dans le même établissement qu’une de ses copines au lycée, c’est-à-dire à l’hôpital psychiatrique le plus proche où les jeunes mal dans leur peau se trouvent à l’écarts des adultes et leurs effrayantes pathologies. Cependant lors de l’annonce du transfert la jeune femme aurait voulu dire que c’était juste pour faire semblant, qu’elle allait bien, que ce n’était pas la peine de l’envoyer si loin mais c’était trop tard, elle ne maitrisait plus rien.
Qu’importe qui vous étiez la seconde avant d’entrer car une fois le premier traitement passé personne ne se reconnait. Sous l’effet des psychotropes certains hommes deviennent collants, recherchant l’affection qu’une rupture leur avait volée. D’autres s’enferment au mouroir ou plutôt fumoir et tentent de converser tant bien que mal. Les premiers jours vous ne pouvez vous en souvenir puisqu’on vous colle dans la bouche un Tertian qui vous plonge dans les vapes et lorsque vous émergez trois jours après, c’est plus qu’une moitié de cerveau qui semble vous avoir été retirée. La chanson « Prozak Génération » du groupe Mélatonine venait de prendre pour elle un sens étonnamment plus concret, ce qui ne l’empêchait pas de l’écouter pour autant, les oreillettes de son lecteur MP3 vissées sur ses oreilles presque toute la journée, pour peu qu’on puisse vraiment parler de journées…
Pour sortir il fallait juste faire semblant, accepter que la psy vous explique que vous ne serait jamais rien d‘important de toute votre vie, suivre les activités de groupe et faire encore semblant. Comme pour un cancer on ne vous parle pas de guérison mais de rémission. Avant qu’un de vos proches ne remplisse le formulaire à l’accueil vous n’étiez pas dangereux, mais avec une bonne camisole chimique vous vous bavez suffisamment dessus pour qu’une infirmière vous regarde avec condescendance et vous assure que votre place est bien ici. A la visite obligatoire des vingt quatre heures chez le psychiatre de la clinique, vous êtes déjà suffisamment chargé pour qu’il soit alors impossible de deviner votre état d’origine et donc d’infirmer le premier certificat médicale.
Lors de la sortie trois problèmes se posent, se faire embaucher quelque part, se loger sans avoir encore de travail puisque votre ancien propriétaire vous en veux d’avoir taché de sang son petit meublé sordide, et, pour finir se faire prescrire du Lexomil. Car si les infirmiers ne vérifient pas votre bouche lors de la distribution des pilules magiques c’est parce qu’ils savent qu’un jour ou l’autre vous ne pourrez plus vivre sans ces petits comprimés servis dans des boites bleues.
Du dépressif au schizophrène, toutes les pathologies trouvaient leur place dans ce remake de « Vol au dessus d’un nid de coucou ». De jeunes adultes et même adolescents se retrouvaient bouclés là pour avoir avalé leur boite d’antidépresseurs en appel au secours à la suite d’une rupture un peu trop brutale; comme pour tous les autres pensionnaires on les gavait de psychotropes pour leur faire passer l’envie de faire des bêtises. A l’heure où les femmes ne sortaient plus faire du jogging sans bombe lacrymale de peur de se faire coincer dans une forêt par un psychopathe on enfermait les jeunes mal dans leur tête…
Magalie n’aurait jamais trouvé la force de faire semblant, de sourire devant le psychiatre et de refaire face à son avenir sans le travail des deux infirmiers psychiatriques Jocelyne et Pierre qui proposaient nombre d’activité dont la sculpture ou la marche. Preuve de leur force contagieuse et de leur volonté sans limite, ils avaient même accompli l’exploit d’emmener la jeune fille plonger dans l’eau de la piscine municipale. Elle avait nagé jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ne plus penser qu’avec sa volonté, retrouvant dans l’effort une force de vivre. Elle sortait chaque fois du bassin les yeux rouges et de l’eau dans les oreilles et croisait les regards bienveillants de ces personnes qu’elle ne connaissait même pas mais qui lui montraient qu’on peut vivre, non pour subir le monde extérieur, mais pour être comme eux, forts, inébranlables et déterminés.
Aujourd’hui c’était terminé le cocon de la chambre dont on sort le moins possible pour éviter les vieux séniles, la porte de l’ambulance s’est ouverte et c’est le monde qui se déroule devant Magalie, tel qu’il n a pas changé, tel qu’elle voudrait toujours le quitter; mais on remercie l’ambulancier qui referme la porte tandis que son collègue remet le contact et repars.
« Bonjour Magalie. »
« Salut maman. »
« J’ai signé le bail pour un meublé, par contre retourne vite t’inscrire chez Pôle Emploi. J’espère bien que cette fois c’est la bonne, ne te remets plus dans des situations comme celle là. »
« C’est bon maman t’inquiètes. Merci pour le logement. »
C’était plus une chambre qu’un appartement mais tout de même avec des toilettes ainsi qu’une cuisine salle de bain. Tous les accessoires étaient neufs, la poêle portait encore son étiquette en dessous. Le message était clair, on repart à zéro. Sur un des murs un grand miroir en plusieurs parties très décoratif lui renvoyait un visage aux traits généreux, des cheveux châtains coupés sous les oreilles en carré court, des épaules musclées mais surtout ce bassin trop large pour lequel on l’avait tant surnommé gros cul. A quinze ans, comme pour enfoncer le clou l’acné s’était installé sur son visage, la rangeant définitivement du coté des boudins. Au collège il fallait non seulement savoir ce que veux dire emballer, mais le faire aussi, les filles seules n’avaient qu’à s’entrainer rêvant du jour où comme dans les films de beaux garçons, tendrement viendrait placer leurs lèvres sur les leurs. Que faudrait il faire à ce moment? Faire tourner sa langue? Est ce qu’on se mettait d’accord sur le sens avant? En première elle avait rencontré ce garçon qui l’avait qualifiée de fille la plus gentille qu’il connaissait. La veille de la rentrée, ne trouvant pas le sommeil elle avait décidé de prendre son courage à deux mains pour lui proposer de sortir un soir. Le soleil se leva, la sonnerie retentit mais sa place resta vide et tous les élèves de la classe durent faire un test pour vérifier qu’ils n’avaient pas de méningite. Qu’importe comment cette maladie s’attrapait, ce qu’elle faisait, Magalie voulait l’avoir elle aussi pour rejoindre Quentin.
Depuis l’autre côté d’une fenêtre provenait le murmure de la rue, les voitures, un éclat de rire, c’était loin d’être un logement de ministre mais tout valait mieux qu’une chambre où les infirmières rentrent jusque dans les toilettes pour vérifier que vous ne vous taillez pas les veines.