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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » C'est la rentrée!

Auteur Sujet: C'est la rentrée!  (Lu 7966 fois)

Hors ligne Piga

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    • C'est la rentrée!
C'est la rentrée!
« le: 30 Décembre 2012 à 10:21:22 »
Dans la série déjà commencée sur les profs et les voisins...


Mon voisin a embrassé la carrière professorale. Il enseigne dans le collège d'à côté. Ce n'est pas un coïncidence car il a fait construire sa maison après avoir rejoint son poste.
Il n'a pourtant rien dit de son métier, mais les fins limiers du quartier ont tout de suite compris.
Un mec qui est très souvent en vacances, qui porte des lunettes et une barbe, avec un début de calvitie, ne pouvait être qu'un enseignant.
Un prof, ça se reconnaît rapidement. Il suffit de se pointer à la sortie de la maison de la culture, un soir d'hiver, après un spectacle de musique contemporaine et de danse postmoderniste pour en apercevoir les plus beaux spécimens disserter avec passion sur la recherche d'un mouvement involontaire dans la danse moderne américaine.
Les jours de vacances, il se ballade avec télérama sous le bras, journal où trouver le programme télé est une gageure.
Seul point faible de mon voisin prof.
La rentrée.
Il a horreur de la rentrée et la prépare avec le soin de celui qui repasse son linge la veille de son exécution capitale.
Il révise ses cours au troquet de la vielle ville.
Il en est à son deuxième verre de blanc et il commence à en ressentir les premiers effets sur son estomac.  Mon voisin est peu accessible à l’ivresse mais par contre, son estomac est d’une remarquable sensibilité à son environnement et en particulier à l’acidité néfaste des petits blancs avalés à la hâte. Les petits blancs en question ne brillent pas par leurs arômes de fruits rouge, leur longueur en bouche ni leur cuisse légère, ils ne brillent pas du tout sur un zinc de bistrot de quartier, mais auraient leur place dans la trousse du plombier du même quartier pour déboucher les canalisations encombrées.
Je ne dis pas non plus que ces petits blancs n’auraient pas leur place dans une trousse de secours bio, à la place des antiseptiques classiques industriels. En tous les cas, ils sont à proscrire en lisière de forêt  car l’inflammabilité du produit serait un danger pour les pins maritimes.
Bref, il commence à avoir mal au bide. Son dernier repas date de la veille et il essaye de se rappeler le principal acteur de la démolition de sa flore intestinale.
La tomate farcie !
Une injure à des siècles de gastronomie, un non sens culinaire, une provocation à l’encontre de la dignité humaine. Regardez bien cette peau rouge plissée, cette viande grasse et bon marché, cette flotte inondant le fond du plat, cette vapeur corrosive. La tomate farcie est un attentat contre les estomacs.
Il se dit qu’il faut éponger.
Des croissants au sourire triste attendent, au coin du bar l’offrande d’une bouche. En fait, il est nul ce bar vestige de la présence humaine avant l'essor des nouvelles constructions. Il affiche  la mine déconfite du commerce dépassé qui cumule les handicaps liés à la vieillesse : la décrépitude et la nostalgie.
Mais l’heure n’est pas à l’étude sociologique de l’estaminet, il est temps de colmater les dégâts occasionnés par le passage désastreux  du liquide, car peut-on encore appeler « vin »le flot d’acide ingurgité. Le prof prend un croissant voyant dans cette décision le premier pas vers un soulagement attendu avec une certaine impatience. N’oublions pas l’apport non négligeable de la tomate farcie dans notre réflexion. Cependant le repas date de la veille et il est inutile de ressasser les vieilles histoires surtout celles qui vous restent sur l’estomac.
Il pense  tremper le croissant dans son vin blanc.
Le trempage du croissant est une institution, voire un art. Par contre ce croissant est imperméable à l’institution et au soulagement rapide des aigreurs d’estomac. Il ne rentre pas dans le verre de blanc. C’est vrai que ce n’est pas entièrement de sa faute car l’ouverture du verre qui se veut tulipe est étroite.  Souvenez- vous du renard et de la cigogne. Heureusement le monsieur dont il est question est l’homme de la situation.
Il a prévu un plan B.
Il commande un grand crème. Derrière son comptoir, le barman a, depuis longtemps, perdu sa capacité d’émerveillement. Il sert la demande sans un mot, rejetant par-dessus l’épaule une sorte de serpillière grisâtre qui a déjà beaucoup donnée de sa personne. Les normes d’hygiène augmentent dans les établissements de bouche, pas dans celui là. Pour une fois, soyons honnête, le troquet en question a tué moins de monde que la guerre en Irak ou la grippe mexicano porcine. Donc, foutons la paix à la serpillière.
Nanti de son grand crème, il en jette le contenu par terre et remplit la grande tasse du blanc qui lui reste. Maintenant le croissant rentre dans la tasse et s’imbibe du blanc. Le soulagement est proche.
Malheureusement un couple entre, l’homme est joyeux et parle fort, la femme est forte aussi et parle bas. Ils s’assoient, il commande. Toute cette agitation a fait diversion et le croissant trop imbibé est tombé au fond de la tasse sous l’œil accablé du client. Tout est à recommencer ! Depuis le début !
Non, pas depuis le début car mon voisin a considérablement avancé dans sa réflexion. Il sait qu’il a mal au ventre, il sait qu’il n’a plus de croissant et il sait qu’il n’a plus de blanc. Il prend alors la seule décision intelligente, il commande un autre verre de blanc, rapidement servi et rapidement bu afin d’éclaircir les idées.  Considérant qu’il a étanché sa soif mais qu’il n’a pas calmé ses douleurs abdominales, il commande coup sur coup, un verre de rouge avec un sandwich jambon beurre.
Pour le rouge, pas de problème, le ballon se pose rapidement. Pour le sandwich, le pain manque, le jambon sue et le beurre baratte. Pas de quoi nourrir un fier humain avec ce quignon rassis, cette graisse rancie et ce porc cuit. C’est très embêtant  car dans l’histoire, ce n’est pas le liquide qui fait défaut.
Mais le destin veille sur la providence et la situation va bientôt se débloquer grâce aux olives. En effet, lorsque le barman sert un apéro, il offre généreusement quelques olives qui se battent en duel dans une coupelle blanche. Bien sûr, l’olive est indissociable du vin cuit, et mon héros, conscient de l’urgence à avaler du solide, commande un double martini pensant avoir une double ration d’olive. Il n’en est rien. Le double martini est accompagné de la ration réglementaire des quelques olives qui se battent en duel.
L’homme a du caractère. Il ne se laisse pas démonter. Il veut montrer au monde entier que la ténacité est une vertu essentielle sans laquelle nul ne peut réussir. Il s’enquille son double martini, serein dans sa tête et droit dans ses bottes. Magnanime, il ne touche pas aux olives.
Trois verres de blanc, un verre de rouge et un double martini, le tout ingurgité en moins d’une demi-heure, l’homme reste imperturbable. Son mal au ventre a disparu et il envisage l’avenir avec le calme intérieur des grands hommes, je veux parler des hommes aux grandes responsabilités qui affrontent l’adversité avec la sûreté apparente de ceux qui vont prendre la fuite.
Il commande une double vodka.
Le problème de la vodka est double en effet. En général, la boisson est servie dans des petits verres et si le verre est vidé vite, les papilles gustatives n’ont pas le temps d’exercer leur censure ou leur approbation d’autant plus que, et nous en arrivons au second problème, le goût est souvent caché si bien qu’il est indécelable. D’où l’intérêt évident de la double vodka.
De toute façon, la décision est prise et le verre est déjà vide.
Peut être n’a-t- il pas été rempli ?
Pour effacer le doute, seconde double vodka, cette fois ci, pour apprécier.

Dehors il pleut.
Normal, demain c'est la rentrée !
"Le rire a été donné aux hommes par Dieu pour les consoler d'être intelligents."

Hors ligne Ned Leztneik

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Re : C'est la rentrée!
« Réponse #1 le: 30 Décembre 2012 à 10:32:48 »
 :D :D :D

Je ne sais que dire de plus !
Il est dit parfois que toutes les guerres ne sont que des guerres de religion. Alors dites-moi le nom de ce Dieu qui les autorise à tuer l'amour. (apologue d'Alegranza)
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Jon Ho

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Re : C'est la rentrée!
« Réponse #2 le: 30 Décembre 2012 à 12:04:15 »
T'as vraiment un style propre.
On peut dire, ça c'est du Piga...

Merci pour cette agréable lecture.

Hors ligne Baptiste

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Re : C'est la rentrée!
« Réponse #3 le: 30 Décembre 2012 à 13:49:09 »
Comme les autres, je n'est pas grand choses à dire
Si ce n'est qu'il m'a fait beaucoup, beaucoup rire...
Merci pour ce texte

Hors ligne LeBossu

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Re : C'est la rentrée!
« Réponse #4 le: 30 Décembre 2012 à 23:43:11 »
@les 3 gugus qui ont pseudo commenté juste avant : zêtes chier quand même vous autres, zauriez pu faire des vrais commentaires et me laisser celui du touriste, nondidjiou  ><

Allez, on y va, pour un com' sérieux et constructif :
***

mais lol ! :D
Et alors ?

Hors ligne Piga

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Re : C'est la rentrée!
« Réponse #5 le: 31 Décembre 2012 à 00:10:09 »
Bien sûr, je vais tenir compte de vos avis.
Merci de vos passages.
"Le rire a été donné aux hommes par Dieu pour les consoler d'être intelligents."

Hors ligne Aléa

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Re : C'est la rentrée!
« Réponse #6 le: 31 Décembre 2012 à 06:02:58 »
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Allez, on y va, pour un com' sérieux et constructif :
***

mais lol !
Bien sûr, je vais tenir compte de vos avis.
Ahahah  :P

Bon je me moque mais je vais pas faire beaucoup mieux... Bravo!
a un moment j'étais a deux doigts de critiquer un passage que je commencais a trouver long, et la j'ai lu:
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premier pas vers un soulagement attendu avec une certaine impatience.
je me suis dis que tu nous menait en bateau, et qu'au final, le voyage était bien agréable

Au plaisir de te lire!!
Le style c'est comme le dribble. Quand je regarde Léo Messi, j'apprends à écrire.
- Alain Damasio

 


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