Je viens de finir ce roman et comme je l'ai trouvé vraiment bien, j'avais envie d'ouvrir une fiche dessus.
Le prince et le moine,
Róbert HázsL'histoire est celle de Stéphanus, moine du Xe siècle que son abbé envoie délivrer chez les païens un message secret proposant une alliance avec le pape contre l'empereur Othon. Mais à peine débarqué, Stéphanus se fait capturer et s'aperçoit qu'il parle hongrois. Surtout, on trouve sur lui l'objet que lui a confié son abbé : l'insigne du künde, le chef spirituel des Magyars assassiné une génération plus tôt par son co-prince en charge des armées. Stéphanus se retrouve embarqué dans une grande péripétie, instrumentalisé par ceux qui veulent récupérer le pouvoir en soudant les Magyars autour du künde, plus ou moins forcé d'endosser l'identité de Csaba-ur, disparu bien longtemps auparavant.
Si vous cherchez des avis sur internet, vous allez tomber sur des critiques un peu snobinardes de Télérama ou le monde-diplomatique ; mais ne faites pas attention : c'est juste parce que l'auteur est hongrois, alors ça fait intello pour ce genre de journaux.
En vrai, le roman est tout à fait digeste, très agréable à lire, entraînant, on tourne les pages sans s'en apercevoir.
L'histoire, pleine de péripéties, est originale ; j'ai encore eu des surprises à la dernière page. Elle est faite de récits enchâssés : la chronique officielle sur le martyre de Stéphanus, le texte personnel de son disciple Albérich qui découvre qu'il est encore en vie, et enfin le récit à la première personne de Stéphanus racontant sa vie passée ; et au sein de ce récit, plusieurs personnages prennent la parole dans des monologues racontant telle ou telle anecdote passée, le tout construisant l'histoire.
L'ambiance est dépaysante : on s'y sent, le Moyen Âge central est recréé de façon vivante et pas du tout caricaturale. D'ailleurs je trouve que le tout début ressemble vraiment à une chronique de l'époque. J'ai lu une interview de l'auteur ; apparemment, à part l'assassinat par les Bavarois d'un prince nommé Kurszán, il a inventé tout le reste sur cette époque très mal documentée. Ben ça se voit pas du tout, on s'y sent vraiment
Les personnages, enfin, sont au autre point fort du roman. Stéphanus est très humain, très attachant je trouve. Moine un peu enrobé et plus tout jeune, il est pourtant loin des clichés qu'on lit d'habitude sur ce type de personnages : il n'est ni lourdaud, ni ancien guerrier, ni puits de sagesse ni vieux dévot... C'est juste un homme simple qui essaye de trouver sa place dans le tourbillon qui s'empare de lui ; il se retrouve déraciné et instrumentalisé par les uns et les autres, mais fait preuve d'ouverture d'esprit et de résignation, il est sympathique, drôle parfois dans son ironie, commet des erreurs mais que le lecteur fait avec lui... Bref, un héros-narrateur très attachant.
Les autres personnages aussi sont bien campés, comme Keve, le prince auto-proclamé qui veut unir son peuple pour qu'il retrouve sa grandeur ; Güjiza-ur, le jeune prince qui cherche une alliance sage avec l'Occident ;Armand, le Franc déraciné et somme toute ami fidèle...
J'ai passé un truc bon moment de lecture ; si je n'avais pas lu le tiers du milieu de façon aussi entrecoupée faute de temps, je pense que j'aurais dévoré l'ensemble du livre comme j'ai dévoré la fin.
D'ailleurs, si certains ont lu ou comptent lire, une petite interprétation pour la fin ?
Comme le récit est pris en charges par Albérich tout n'est pas si clair je trouve :
Stéphanus s'est empoisonné en lui faisant rapporter depuis le début de soi-disant plantes médicinales pour ses petits bobos ? Ou alors il a fait la décoction que lui a enseigné le tatlos ? Et le corbeau, c'est censé représenter quoi ?
BREF, en gros : une chouette lecture que je conseille !