Ouhla, Mil et Baptiste et Krap et Chico, je suis désolée, j'avais totalement oublié de répondre

Merci beaucoup beaucoup pour vos commentaires, ils m'ont bien aidée !
En fait, j'update ce sujet avec une deuxième version. J'ai relu Mirzam il y a quelques jours, je me suis dit que "noooooooon c'est pas possible, il n'est PAS de moi" et du coup j'ai essayé de l'arranger un peu. Voici donc la version 2.0
Bonne lecture !
Mirzam Blanc Déclic. C'est comme un léger grésillement qui me parcourt le corps. Je me sens éveillé, enfin. La nuit apparaît et mes lueurs avec. Je sens mes bras lumineux s'étirer en envahissant les petits restes du crépuscule. J'aime l'été. Je me réveille toujours un peu avant que le jour ne se couche, et alors je peux mêler mes rayons à ceux du soleil. Je peux admirer les vives couleurs d'un paysage acrylique, le ciel qui se teinte d'orange passionné, et entendre les chants d'oiseaux autour de moi. Percevoir les brises de l'air diurne.
Je suis le seul alentour. Je crois. Je n'ai jamais vu d'autres lumières que la mienne, en tout cas. J'ai atterri il y a des années en haut de cette colline, dans cette enveloppe de fonte et de fer, juste sous la Lune et mes sœurs les étoiles. Ma famille qui brille tout là-haut, et que j'aimerais tant retrouver. Le soleil se couche et elles apparaissent, avec leurs sourires cruels qui me narguent et leurs rires cristallins. C'est un peu comme si je les entendais m'appeler. Parfois, j'essaie de leur répondre. Je crie : pardon.
Les lents battements d'ailes d'un oiseau nocturne me parviennent, et il me semble que mes lueurs se teintent de gris mélancolie. Une brise légère souffle autour de mon pied et tente de tirer des bruissements de mes branches. J'entends le rire moqueur des arbres près de moi, et les frémissements fiers de leurs feuilles agitées par le vent. Je m'en veux de ne pouvoir détourner la tête.
« Ne fais pas attention à eux. »
Petite voix étrange d'un petit être à mon pied. Drôle amas de fourrure à l'aspect doux ébouriffé. Visage pointu, surmonté de deux oreilles en triangle, et queue mouvante qui s'agite en bout de dos. Au milieu, deux grands yeux, pupilles verticales et couleur vert-tout-court. Il ouvre sa minuscule gueule sur deux crocs miniatures, les yeux fixés sur ma tête.
« Comment cela ? Ils m'entourent, j'y suis forcé.
- Tu n'as rien à leur envier.
- Rien ?
- Rien.
- Ils sont vivants et je suis mort.
- Une vie différente coule dans tes veines, voilà tout.
- Ils savent chanter avec le vent.
- Tu l'accompagnes de ton seul silence. Tu apprécies les caresses sans gémir obscènement.
- Les enfants montent dans leur branches et rient pendant que moi je dors."
Les lourds silences. Que répondre en effet ? J'ai perdu ma gloire : je ne suis plus qu'un arbre mal-aimé, aux branches nues de rires, et vides de fleurs.
« Tu illumines la nuit, reprend le Chat.
- Les étoiles et la Lune le font bien mieux que moi.
- C'est vrai. Mais pour un chat les lumières de la nuit sont toutes les mêmes.
- Ton existence doit être bien triste, si tu ne sais distinguer les jolies lueurs et mes rayons artificiels. »
Ses oreilles se courbent lentement vers l'arrière et il fait demi-tour en agitant la queue. Ses petits pas dans l'herbe humide de la nuit sont rapides et fiers, de ceux que j'aimerais faire si mon unique pied n'était cloué au sol.
Un lourd oiseau de nuit au chant lugubre se pose sur l'une de mes branches et je me demande si elle va se plier. Si j'étais un arbre... Si j'étais un arbre oui. Mais mes bras rigides n'offrent aux serres de la chouette qu'une froideur de métal et elle s'envole vite, criant à travers la nuit. Je crois que je pleure, un peu. De la pluie coule le long de mon visage à l'air de Lune. Et mon modèle continue sa route sans moi, là-haut dans le ciel. Attends-moi. Attends que les chaînes à mon pied se défassent, éclatent en un grand bruit. Attends que mes lumières ternes se parent des blancheurs chatoyantes de la nuit. Alors je rejoindrai mes frères, Acamar le cavalier et Orion le chasseur. Moi Mirzam, je les précéderai dans mon chariot blanc. Laisse-moi vous rejoindre. Rends-moi Maïa, Garnet Silux et Bellatrix ma guerrière. Rends-moi mon foyer, ma gloire et mes lumières. Pardonne-moi. Pardonne-moi, par le ciel, par pitié, et attends-moi je t'en prie...
Des courants d'air s'enroulent une nouvelle fois autour de moi.
" Tu es bien mélancolique, Candélabre, chuchote la voix du vent. Ne m'aimes-tu donc pas ? Pourquoi ne ronronnes-tu pas comme eux ?
- Je n'ai pas les bonnes branches pour apprécier ta musique, Vent. Pas même le bon tronc ni les bonnes veines.
- Fais donc un petit effort... J'aimerais t'entendre jouer avec moi... "
Il a la voix à la fois grave et susurrante, promesse de caresses et de joies. J'essaie, j'essaie, je me concentre sur son contact. Je crois que mes lueurs ont gagné en intensité, un peu. Je sens les douceurs enjôleuses de la brise contre mon pied, ses voltiges entre mes maigres branches. Aucun bruit sinon un léger sifflement. Le vent s'écarte, contrarié. Sa voix chaude a pris l'intonation vexée des portes qui se ferment en grinçant.
" Eh bien amuse-toi tout seul, puisque c'est ainsi. "
Et il s'éloigne en me laissant là, au milieu de tout ce vide, et il retourne caresser les autres, plus beaux, plus grands, plus doux et plus vivants que moi. Je les entends rire ensemble dans mon dos et je sens revenir la grisaille.
La nuit se passe, identique aux précédentes. Vide de sens. Vide de tout sauf de mes lumières. Les oiseaux se posent sur mes branches puis s'éloignent, dégoûtés de ma froideur. Le vent continue de jouer entre les arbres en riant. Les couples d'amoureux se blottissent sous d'autres pieds que le mien, sous des ramures plus protectrices que mes deux pauvres branches de métal. Mère Lune continue sa course dans ce ciel que mes sœurs étoilent sans moi. L'armée d'un millier de lucioles virevolte, dessinant des arabesques éphémères qui attirent le regard que je voudrais avoir. Elles s'approchent et s'éloignent et s'approchent de ma tête, de mes mains, tournent en douceur autour de mon pied, dans ce halo de mélancolie qui les fait paraître terne. J'aimerais secouer les branches pour les éloigner. Ne me regardez pas. Ne me regardez pas, douces étincelles, n'approchez pas de ce halo triste qui efface vos lumières. Restez loin, là où vous brillez si bien, et laissez-moi dans ma nostalgie dépitée. Je voudrais des ailes pour retrouver le ciel, et une belle lumière, pour faire à nouveau de tous les soleils mes rivaux.
" Tu fais un très beau lampadaire. "
A mes pieds, le Chat est revenu. Il lève la tête vers ce qui pourrait être mon visage et ses deux grands yeux reflètent mes lumières. Ronronnant, il tourne lentement autour de mon pied, s'y frotte avec cette langueur qui lui est propre. Au loin, un rayon rouge redessine l'horizon de sang, commence à colorer le ciel. J'aime l'été. Je m'endors toujours un peu après que le jour se lève, et alors je peux mêler mes rayons à ceux du soleil.
" Saurais-tu grimper dans mes branches ?
- Non. "
La peur commence à m'envahir, cette sensation de savoir venir une fin de nuit. Les paroles du chat l'accompagnent d'un malaise au goût de refus. Une douleur aiguë quelque part dans le cœur. Et s'ils m'enlevaient pendant le jour ?
" Pourquoi ?
- Tu ne saurais pas me porter. Tu n'y crois pas encore assez. "
Silence doux des débuts d'amitié, de ceux où l'on commence à se comprendre, à s'apprivoiser. Il efface un peu la sourde angoisse que je sens peser, du haut de ma tête jusqu'au bas de mon pied. Je ne veux pas dormir.
" Seras-tu là ce soir ? murmuré-je.
- Bien sûr.
- Sauras-tu grimper dans mes branches ?
- Tout dépendra de toi.
- Et si tu ne peux pas ?
- Nous attendrons la nuit suivante..."
Déclic. C'est comme un léger grésillement qui me parcourt le corps. La nuit s'efface et mes lueurs avec. Je m'endors, en attendant le crépuscule.