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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » c'est ton tour maintenant

Auteur Sujet: c'est ton tour maintenant  (Lu 5165 fois)

Hors ligne Elhora

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c'est ton tour maintenant
« le: 02 Décembre 2012 à 01:22:05 »
Petite précision sur ce texte : La plupart des lecteurs ont pensé que ce texte parlait d'homosexualité mais non, il parle de la "douance" ou "précocité", pour ceux qui connaissent. Bisous

C'est ton tour maintenant

Je voudrais qu'elle me prenne.

Je voudrais qu'elle m'entoure, m'enveloppe, qu'elle parcoure chaque parcelle de mon corps nu, offert. Je voudrais qu'elle commence par la plante de mes pieds, qu'elle s'attarde sur mes orteils, qu'elle remonte sur mes mollets, qu'elle caresse mes cuisses, qu'elle papillonne autour de mon sexe, qu'elle pétrisse mon ventre puis se délecte de ma poitrine. Je voudrais qu'elle malaxe mes bras puis mes mains usées, qu'elle effleure mon cou, embrasse mes lèvres, pénètre mon regard et s'éternise sur mes cheveux dorés.
Je voudrais qu'elle agisse avec tendresse et volupté. Je voudrais qu'elle me prenne.

Tant de batailles, tant de guerres se sont livrées à l’intérieur de ma tête que mon corps est comme mort, assommé de souffrances.
Quand j'entends, les sons trop forts agissent comme une perceuse sur mes tympans délicats. Quand je respire, les odeurs s'agrippent à mes narines et m'étouffent pendant de longues minutes. Les denrées médiocres que j'avale sont vides de goût et mes papilles frustrées s'énervent de ne point jouir un peu. Quand je regarde dehors, tout est gris. Le gris est une couleur sadique qui pollue mes yeux affamés de lumière. Quand on me touche, les vibrations sont absentes, il ne se passe rien. Quand on me touche, je ne sens pas l'envie puissante d'une rencontre de peau, d'une rencontre d'âme. Le toucher est distant, presque triste.
Mon corps est anesthésié, brûlé, absent, douloureux, perdu.

Viens me prendre, s'il te plait, viens me prendre.

J'ai fait tant d'effort. J'ai essayé d'être comme il faut. J'ai essayé pendant de longues, de très très longues années d'être sensée, raisonnable, comme eux. J'ai essayé de suivre leur chemin, celui des autres. J'ai tout fait pour leur ressembler. J'ai vendu mon âme. Je me suis ordonnée de me taire, ordonnée d'être jolie, correcte, polie. Je me suis forcée à rire de leurs blagues que je ne comprenais pas. J'ai créé un " moi ", deux " moi ", trois " moi ", quatre " moi  " pour mieux leur convenir et plus précisément. J'ai réfléchi et réfléchi encore pour comprendre leur chemin,  leurs goûts, leurs envies. Je me suis mise à leur place. Je me suis concentrée si fort et si longtemps pour avoir des amis, pour ne plus être seule. Parce qu'ils veulent un travail, une maison, une épouse, une voiture, une retraite et des meubles Ikea. Moi ce n'est pas ce que je veux et je ne comprends pas. Je ne comprends pas leurs désirs. Ils me sont étrangers. Totalement étrangers. Les autres sont mes extra-terrestres. Pourtant, nous sommes humains tous, nous devrions nous comprendre, au moins un petit peu. Je l’espérais, je le voulais.

J'ai amputé tout ce qui faisait ma différence, je me suis violée à chaque seconde et ils m'ont félicitée. Je n'étais plus effrayante, je leur paraissais " normale ", je les rassurais. Je n'étais plus trop sensible, trop bavarde, trop lucide, trop pensante, trop moi.

J'étais moi sans moi. J'ai tué mon âme. Une fois, deux fois, trente fois, tellement de fois. Je suis une prostituée de l'esprit. Je couche avec le désir des autres. Je vends mon être et je ne trie pas mes clients. Non, je les prends tous. Mon patron, ma voisine, le concierge, mes collègues, mes professeurs, quelques fois mes amis, d'autres fois mes amantes. Je me change, je m'adapte, je leur montre ce qu'ils veulent, je me transforme.

Parce qu'il y a bien longtemps, il y a très très très longtemps quand mon coeur était encore naïf et mon âge innocent, j'ai été moi-même. J'ai été véritable, sincère, pure. Oui, c'est arrivé. Il y a  si longtemps que je ne me le rappelle presque plus. Je me souviens seulement des rejets, des blessures, d'avoir été montrée du doigt, critiquée, jugée, houspillée, menacée quelques fois. " Change, change, change, change encore! Ce que tu es ne nous convient pas. " Une fois, deux fois, mille fois puis des milliers de milliers de fois.

Je n'ai pas résisté. J'ai cédé. J'ai vendu mon âme.

Je ne m'en veux même plus de l'avoir fait. Je pense, je pense que je n'avais pas d'autres choix.

Maintenant, je suis fatiguée. Maintenant, je préfère rester immobile. Maintenant je veux me cacher.

Alors je suis là, blottie sous ma couette, protégée dans ma grotte et je ne veux plus parler à personne.

Je te le demande, je te le demande juste à toi : S'il te plait, s'il te plait, vient me prendre.

Doucement, amoureusement, vient me prendre. Si tu me promets de venir, si tu me promets que tu seras là et bien là, j'attendrais.

Viens, je suis prête.

C'est ton tour maintenant. Je ne bouge plus, je suis là, viens, je t'attends.
« Modifié: 19 Janvier 2019 à 21:48:33 par Elhora »

Hors ligne Ned Leztneik

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Re : c'est ton tour maintenant
« Réponse #1 le: 02 Décembre 2012 à 04:34:37 »
Communication remarquable sur l'appel à la tolérance. Sans communication, pas de tolérance et sans tolérance, pas de communication.

Selon mon sentiment, cette prose mérite un prix. Elhora tu as écrit un texte merveilleux de sensibilité.
Il est dit parfois que toutes les guerres ne sont que des guerres de religion. Alors dites-moi le nom de ce Dieu qui les autorise à tuer l'amour. (apologue d'Alegranza)
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Hors ligne loana90

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Re : c'est ton tour maintenant
« Réponse #2 le: 02 Décembre 2012 à 09:18:00 »
Comme Ned ! Ce texte m'a donné des frissons. Tu as une écriture fluide et excellente. J'aime beaucoup cette douleur qu'a le narrateur.

Hors ligne Loïc

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  • Prout
Re : c'est ton tour maintenant
« Réponse #3 le: 02 Décembre 2012 à 09:33:11 »
Citer
qu'elle parcourt

Parcoure

Citer
qu'elle caresse mes cuisses , qu'elle

Pas d'espace avant la virgule ;)

Citer
pénètre mon regard et s'éternise sur mes cheveux dorés.

J'aime bien ce passage.

Citer
sont vide

Vides?
J'aime bien l'image.

Citer
d'être censée

Sensée

Citer
J'ai réfléchis et réfléchis

Réfléchi x2

Citer
Parce qu'ils veulent un travail, une maison, un/une conjointe, une voiture, une retraite et des meubles ikea.

Classique mais sympa

Citer
"Change, change, change, change encore! Ce que tu es ne nous convient pas." Une fois, deux fois, mille fois puis des milliers de milliers de fois.
Cette litanie, même lue, fait froid dans le dos.

J'ai pas mal aimé, alors que c'est pas particulièrement mon genre de texte. Tu arrives à transmettre une ambiance accrocheuse, solennelle je dirais, qui donne un bon résultat.

(Mettre "contenu explicite" dans le titre ne serait pas de trop je pense, même s'il n'y a pas grand-chose)
"We think you're dumb and we hate you too"
Alestorm

"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
Arundhati Roy

Hors ligne Penruet

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Re : c'est ton tour maintenant
« Réponse #4 le: 02 Décembre 2012 à 11:12:55 »
Wow...je ne sais trop que dire si ce n'est que je trouve cela magnifique, tout simplement. Superbe.
Chuis censé signer là ? Mais j'ai même pas eu le temps de lire le contrat !

Hors ligne Ham

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Re : c'est ton tour maintenant
« Réponse #5 le: 02 Décembre 2012 à 13:22:39 »
Bonjour,

J'aime pas trop donner des propositions (pour certaine tournure de phrase) mais bon je vais quand même le faire, à toi de voir si tu trouve ça mieux.

Citer
Tant de batailles, tant de guerres se sont livrés à l’intérieur de ma tête que mon corps est comme mort, assommé de souffrance.
livrées et pour "assommé" j'aurais bien mis "consumé"  ça aurai plus rendu compte de la longueur de sa souffrance

Citer
J'étais moi sans moi.
J'aurais bien mis "j'étais moi sans l'être" ou quelque chose comme ça, qui ne se répète pas (même si c'est fait exprès je suis pas fan)

Citer
protègée dans ma grotte
protégée

Citer
Viens, je suis prète.
prête


L'idée générale m'a fait penser à une phrase de Sartre ( la seule que je connais de lui): « l’enfer, c’est les autres ». Plus particulièrement quand tu écris qu'elle se prostitue mentalement.
 Ton texte est bien mené, percutant, j'ai beaucoup aimé.
 

Au plaisir de te lire,
Cdt,

Hors ligne Kastette

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Re : c'est ton tour maintenant
« Réponse #6 le: 02 Décembre 2012 à 14:02:56 »
Bonjour Elhora,

Un beau moment de poésie qui met presque mal à l'aise, ce texte est dans l'air du temps :) Certaines idées dépassent un peu mon entendement mais j'ai beaucoup apprécié. La forme me semble correcte étant donné que je n'ai personnellement buté sur aucune phrase. Pour le fond, je trouve le thème traité avec une maturité et une fraîcheur qui me laisse admiratif.
Merci pour ce texte.
Complimenter à tout-va, c'est comme une monnaie qui perdrait son poids :)

Hors ligne Elhora

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Re : c'est ton tour maintenant
« Réponse #7 le: 03 Décembre 2012 à 18:54:55 »
Salut tout le monde!

J'ai mis un peu de temps à vous répondre parce que vos commentaires m'on beaucoup émue.  :-[ Sincèrement, je ne pensais pas du tout que ce texte serait si bien acceuilli, je vous en remercie et il m'a fallu un peu de temps pour... accepter tous ces compliments.

@Ned : Ouaouhh... Ca me touche tellement ce que tu me dis que j'ai relu ta phrase plusieurs fois pour être sure que tu n'étais pas ironique  :huhu: -oui d'accord, je manque beaucoup de confiance en moi- Je te remercie.  :oxo:

@Loana : Je suis contente de t'avoir donné des frissons. Rien de tel qu'un texte qui déclenche des émotions  ;x. Merci beaucoup

@Loïc : Je vais corriger les fautes, merci de les avoir soulignées. Je suis contente que mon texte t'ai quand même plu parce que je sais que ce n'est pas ton univers. Pour le titre "contenu explicite" non, je ne veux pas le mettre car en fait l'héroïne ne s'adresse pas forcément à une personne. (sinon, j'aurais été vraiment dans l'érotique, ce qui n'est pas le cas). elle peut s'adresser, à la mort, à la vie, à la mer, peut-être à une femme mais pas forcément.   ;D Merci beaucoup pour ta lecture et ton attention

@Penruet : Merci merci! C'est marrant, c'est la première fois que je poste un texte où on me dit de si belles choses. Je me demande ce qui t'a tant plu  :\?   :oxo:

@Ham : Salut! Merci pour les corrections d'orthographe. Pour tes propositions, je ne vais pas retenir "consumé" parce que ce n'est pas exactement l'idée que j'avais en tête. J'avais plutôt l'idée d'être anesthésié, choqué, comme après un violent coup où on ne sent plus rien. Mais je peux peut-être trouver un autre mot  :\?. Pour la phrase : "j'étais moi sans moi" oui c'est voulu et j'adore cette phrase....  :mrgreen: alors je vasi la garder (à moins que ça choque vraiment d'autres gens).
Oui "l'enfer c'est les autres " et pourtant, ça ne devrait pas l'être, je trouve ça bien dommage et je ne peux m'empêcher de me dire qu'il y a des solutions... Merci en tous cas  ;D

@Kastette : C'est marrant que tu dise que ce texte est dans "l'air du temps" ??  Ca me fait très plaisir que tu parles de poèsie et que "ça t'ai mis mal à l'aise" -ce n'était pas le but hein!- Mais cela veut dire que cela t'a donné des émotions et peut-être posé des questions. Et merci beaucoup pour tes compliments  ;D

Pour finir, merci de m'avoir lue. J'espère que ceux qui avaient des critiques  plus désagréables (au moins sur la forme) n'ont pas passé leur chemin à cause de mon introduction.

Je vous souhaite une super belle soirée.

 :oxo:

Hors ligne Tomoyo

  • Calliopéen
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Re : c'est ton tour maintenant
« Réponse #8 le: 03 Décembre 2012 à 19:59:26 »
Saaalut,

Citer
qu'elle remonte dans mes mollets
le « dans »  m’a fait bizarre.. « sur » me parait plus naturel. .. enfin, le « dans » donne un sens différent, qu’on ne trouve pas pour les pieds, les cuisses etc. J’aime bien l’idée que le contact soit intérieur mais c’est juste bizarre de le faire sentir que sur les mollets…
ou comment pinailler  :huhu:

Citer
assommé de souffrance
j’aurais mis souffrances (pluriel), mais c’est une préférence juste

Citer
agissent comme une perceuse
pas fan de la formule

Citer
Les denrées médiocres que j'avale sont vides de goût et mes papilles frustrées s'énervent de ne point jouir un peu.
J’aime bien  :)

Citer
mes yeux affamés de lumière
aime bien aussi  ^^

Citer
Le toucher est distant, presque triste.
« le toucher est distant » je trouve ça fort comme phrase  ::). Du coup je n’aurais pas mis le « presque triste », ou alors j’aurais mis un point entre.

Citer
"moi "pour leur convenir mieux
Espace après le guillemet et pas avant
J’aurais mis « pour mieux leur convenir » je trouve que c’est plus fluide, mais là aussi, c’est ma préférence

Citer
Parce qu'ils veulent un travail, une maison, un/une conjointe, une voiture, une retraite et des meubles ikea. Moi ce n'est pas ce que je veux
Dit comme ça, je sais pas si ça fait tellement envie ce schéma de vie  |-|

Citer
J'ai amputé tout ce qui faisait ma différence, je me suis violée à chaque seconde et ils m'ont félicitée.
Elle est dure cette phrase  :( (ce qui veut dire, n’y touche pas hein)

Citer
Je suis une prostituée de l'esprit. Je couche avec le désir des autres. Je vends mon être et je ne trie pas mes clients. Non, je les prends tous.
Idem  :mrgreen:

Citer
j'ai été moi même
moi-même

Citer
je ne m'en rappelle presque plus
je ne me le rappelle presque plus (« on s’en souvient» mais « on se le rappelle »  :huhu:)

Citer
J'ai vendu mon âme.
Cette phrase apparait deux fois. C’est surement fait exprès, mais perso je trouve que ça perd en force.

Citer
S'il te plait, s'il te plait, vient me prendre.
Au début du texte la narratrice dit « je voudrais qu’elle me prenne » et à la fin « viens me prendre ».
Le passage de la 3eme personne à la seconde est troublant. Surement fait exprès là aussi.

Citer
j'attendrais.
J’attendrai


Sur la forme, pas grand-chose à dire, je maintiens que tu as une plume faite pour exprimer les sentiments/sensations  ::). C’est toujours réussi de ce point de vue, on rentre très vite dans la tête du personnage et la justesse des mots est souvent admirable. Tu as quelques phrases qui font vraiment tilt, et ça cogne en soi. On ressent la douleur.
Bref je resterai lectrice de tes textes :D
Sur le fond, la différence, le rejet, l’essai d’adaptation, la perte de soi et maintenant l’attente de l’autre, c’est très bien exprimé et bien construit.
Je regrette juste (mais c’est pas une critique, c’est là encore une préférence bien à moi  :huhu:) le manque de « concret ». On ne sait pas vraiment en quoi cette narratrice était différente des autres, ce qui ne collait pas chez elle. Tu me diras, c’est clairement pas le but du texte, tu y exprimes l’idée du rejet et de l’acceptation de soi (et tu le fais bien) mais je manque d’info sur qui parle. Mais c’est un problème que j’ai en lisant des textes courts, je suis toujours sur ma faim, je veux en savoir plus.
En tout cas, continue d’écrire \o/

Merci pour ce texte :D

PS : ah si, peut-être un peu mou le titre, mais les titres, je me demande si c'est pas ce qui est le plus dur quand on écrit.... :\?
Mes goûts sont simples : je me contente de ce qu'il y a de meilleur [Oscar Wilde]

Hors ligne Elhora

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Re : c'est ton tour maintenant
« Réponse #9 le: 03 Décembre 2012 à 20:24:10 »
@Tomoyo :

Saaaaluuuuuttt   :coeur:

Je suis contente que tu ais commenté mon texte. Je vais voir pour les corrections, tu dis des choses très juste sur des tournures de phrase, je prends le temps d'y réfléchir et je corrige!

Citer
Je regrette juste (mais c’est pas une critique, c’est là encore une préférence bien à moi  ) le manque de « concret ». On ne sait pas vraiment en quoi cette narratrice était différente des autres, ce qui ne collait pas chez elle. Tu me diras, c’est clairement pas le but du texte, tu y exprimes l’idée du rejet et de l’acceptation de soi (et tu le fais bien) mais je manque d’info sur qui parle. Mais c’est un problème que j’ai en lisant des textes courts, je suis toujours sur ma faim, je veux en savoir plus.

Ben oui, c'est marrant, ça m'a étonnée que personne ne pose la question. Alors je me suis dit que ce texte devait s'appliquer à diverses situations (ce qui est une très bonne chose  ^^) ou alors que certains lecteurs souffrent de la même différence que mon héroïne et qu'ils se sont spontanément reconnus dedans? C'est un mystère...    :\?  -enfin, si vous voulez me dire ce que vous avez compris de la "tare de mon héroïne" ça m'intéresse  ;D -

Donc non, je ne veux pas développer ça ici parce que c'est long et compliqué (mais roman en préparation  :huhu:)

- et puis tu sais très bien de quoi je parle petite coquine!!!-   ;D

Pour le titre j'aimais bien le côté enfantin de la formule : "c'est ton tour maintenant" ça me fait penser à "je te cause plus"! Cela va avec le fait que l'héroïne passe de "je voudrais qu'elle me prenne" à "prends moi". C'est à dire qu'elle commence à exprimer quelque chose avec un certain recul et puis, plus elle parle plus elle se rapproche de son émotion qui finalement devient un cri "prends moi".

Mais à réfléchir  :\?, comme le titre. Si vous avez des idées, je prends. Quel titre vous donneriez vous? Je ne voulais pas parler de "différence, rejet etc.", je ne voulais pas qu'il y ait la clef dans le titre.

Merci pour tous tes compliments. (du coup, je me demande si je ne devrais pas enlever mon intro qui empêche peut-être les critiques?  :\?) Un avis sur ce point?

Je corrige très vite.  :oxo:


Hors ligne Penruet

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Re : c'est ton tour maintenant
« Réponse #10 le: 03 Décembre 2012 à 21:56:56 »
Citer
@Penruet : Merci merci! C'est marrant, c'est la première fois que je poste un texte où on me dit de si belles choses. Je me demande ce qui t'a tant plu     
Je ne sais pas, c'est en quelque sorte, le vrai, le fait que ça ne sonne ni creux, ni faux, absolument pas cliché...
C'était très fort, pas de doute, point de vue sentiments, au delà de l'écriture elle même. Y a une vraie profondeur, ce n'est pas superficiel...
Après, je pense que certains éléments qui m'échappent à moi même contribuent à ce sentiment  :D
Chuis censé signer là ? Mais j'ai même pas eu le temps de lire le contrat !

Hors ligne Elhora

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Re : c'est ton tour maintenant
« Réponse #11 le: 04 Décembre 2012 à 23:48:48 »
Merci Penruet! Je comprends mieux et je suis très touchée.  :coeur:


Hors ligne Rain

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Re : c'est ton tour maintenant
« Réponse #12 le: 08 Décembre 2012 à 01:19:19 »
Tu demandes des critiques, alors curieux, je viens voir ce qu'il en est. (Je précise que j'ai pas lu les commentaires au dessus, je fais peut-être des remarques qui t'ont déjà été faites)

Bon, ben c'est pas de moi que tu auras les critiques les plus violentes  :mrgreen: Juste trois choses. Enfin, deux, parce que les deux premières c'est la même chose.

Citation de: Elhora
Parce qu'ils veulent un travail, une maison, un/une conjointe, une voiture, une retraite et des meubles ikea.
Citation de: Elhora
Mon patron, ma voisine, le concierge, mes collègues, mes professeurs, quelques fois mes amis, d'autres fois mes amants(es).
C'est très personnel, mais les deux fois, cette hésitation (un/une et amants(es)) m'a violemment sorti du texte. Avant ça il coule, fluide, prenant, tu nous tisses une toile dans laquelle on s'englue peu à peu. Mais là, il faut s'arrêter une seconde, ou deux, ou trois, analyser ce qu'on voit et comprendre où tu veux en venir. C'est... ouais, j'ai trouvé ça violent - tu déchires subitement ta toile. On comprend l'idée, tu alternes suffisamment masculin et féminin dans tes énumérations pour que ce ne soit pas la peine de mettre cette hésitation. Il n'y a pas besoin de ça pour avoir l'effet recherché. Pour le premier, je pense que peu importe lequel des deux tu choisis - conjoint est sans doute plus logique, dans la mesure où tu parles des autres et de la normalité, et donc le masculin, qui en français l'emporte grammaticalement, se fait le meilleur représentant de cette normalité. Le deuxième, par contre, à mon avis, c'est ton personnage qui parle et sa propre sensibilité - elle parle de "ses amis", juste avant, au masculin, et donc je pense qu'elle se sentirait plus proche de "ses amantes", ensuite. Mais là, j'extrapole peut être.

By the way, Ikea prend une majuscule  :-¬?


L'autre chose qui m'a un peu dérangé (ou plutôt ennuyé, sorti un peu du texte - mais très légèrement hein), c'est le fait que sur la fin, tu commences à te répéter. Il y a le coup de la deuxième énumération déjà - mais là encore, ça va, comme je les dis, on passe des autres, des gens globalement (la première fois), à elle, son intériorité, comment son identité se construit peu à peu sur la vision du monde des autres. Là où j'ai vraiment commencé à sentir que tu te répétais, c'était pour :

Citation de: Elhora
Je n'ai pas résisté. J'ai cédé. J'ai vendu mon âme.
Cela dit, c'est une critique pour la forme, parce que d'une, je vois pas trop comment tu pourrais changer ça, et de deux, sitôt cette phrase dite, le texte recommence à évoluer. Donc c'est à peine une pointe de déjà-vu qui se manifeste, pas assez longtemps pour qu'on décroche du texte, mais peut être suffisamment pour que ta toile paraisse moins solide.


Maintenant, c'était du pinaillage, hein  :mrgreen: Comme j'ai dit, tu trouveras pas en moi un fervent critique, parce que j'ai également beaucoup aimé ce texte. Tu arrives facilement à nous transporter, à nous faire partager le point de vue de ton personnage et ses regrets. En général je préfère, comme Moy-Moy disait, que ça prenne la forme d'une véritable histoire, mais néanmoins je l'ai apprécié comme ça. Je pense que ç'aurait été plus difficile de faire passer ces sentiments par le biais d'une histoire, du coup la forme ne me dérange pas (d'habitude, c'est le genre de texte où j'ai l'impression qu'il n'y a pas tellement de but, qu'on apprend rien et que ce n'est qu'un déballage de sentiment, du coup je suis très détaché et je peux pas apprécier le texte comme il faut ; ici néanmoins, tu es plus subtile, tu maîtrises cette forme et je n'ai pas du tout eu cette impression, j'ai pu ressentir de la sympathie (= souffrir avec) pour ton personnage)

Voilà voilà, bonne continuation et merci pour la lecture !
Perdu

Hors ligne Baptiste

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Re : c'est ton tour maintenant
« Réponse #13 le: 08 Décembre 2012 à 02:05:10 »
Salut
Euh... alors, j'ai lu une première fois ton texte, j'ai pas eu envie de commenter parce que plein d'autre l'avait fait avant moi...
Mais si tu demandes des critique négative, il y a pas de problèmes ( smiley avec un sourire ironique voir un brin inquiétant)
Sérieusement, la première fois que j'ai lu ton texte, ou les commentaires des autres, 'ai pas dit grand choses car il me semble que tu as réussi à créer un texte "intime". Je ne sais pas qui parle, pour qui, pourquoi, mais le texte me semble sincère ( donc émouvant car) donc comment critiquer un tel témoignage.
sur la forme cependant, puisque tu as l'air de vouloir l'améliorer,

"Je voudrais qu'elle m'entoure, m'enveloppe, qu'elle parcoure chaque parcelle de mon corps nu, offert. Je voudrais qu'elle commence par la plante de mes pieds, qu'elle s'attarde sur mes orteils, qu'elle remonte sur mes mollets, qu'elle caresse mes cuisses, qu'elle papillonne autour de mon sexe, qu'elle pétrisse mon ventre puis se délecte de ma poitrine. Je voudrais qu'elle malaxe mes bras puis mes mains usées, qu'elle effleure mon cou, embrasse mes lèvres, pénètre mon regard et s'éternise sur mes cheveux dorés.
Je voudrais qu'elle agisse avec tendresse et volupté. Je voudrais qu'elle me prenne."

Alors d'accord on ne sais pas de qui il s'agit, un homme, une femme, la mort, l'amour, dieu (oui dieu avec une minuscule), la liberté, l'oubli (perso je parie sur l'oubli)
Mais, c'est quand même la partie érotique de ton texte, l'attaque, l'incipit, l'intro, la prière du début de la messe que je sais plus comment elle s'appelle, mais pour moi ça ne marche pas. Si ce moment là était plus tendu, pas plus graveleux, plus porno, mais juste plus imagé, alors notre ressenti sur le texte serait ( me semble t'il) différent.

"J'étais moi sans moi. Je me suis suicidée l'âme. Une fois, deux fois, trente fois, tellement de fois. Je suis une prostituée de l'esprit. Je couche avec le désir des autres. Je vends mon être et je ne trie pas mes clients. Non, je les prends tous. Mon patron, ma voisine, le concierge, mes collègues, mes professeurs, quelques fois mes amis, d'autres fois mes amants(es). Je me change, je m'adapte, je leur montre ce qu'ils veulent, je me transforme.

Parce qu'il y a bien longtemps, il y a très très très longtemps quand mon coeur était encore naïf et mon âge innocent, j'ai été moi-même. J'ai été véritable, sincère, pure. Oui, c'est arrivé. Il y a  si longtemps que je ne me le rappelle presque plus. Je me souviens seulement des rejets, des blessures, d'avoir été montrée du doigt, critiquée, jugée, ouspillée, menacée quelques fois. " Change, change, change, change encore! Ce que tu es ne nous convient pas. " Une fois, deux fois, mille fois puis des milliers de milliers de fois."

C'est fort le "je couche avec le désir des autres"
Tu veux améliorer ton texte à mon avis, c'est l'autre passage qu'il faut que tu change car à mon avis d'une part c'est un point névralgique qui amène à ta conclusion, et qui reste trop dans l'écriture du reste du texte, il y a besoin (me semble t'il) d'une rupture. D'autre part, il est assez maladroit car tu redis des idées/sensations/émotions déjà exprimé plus haut....
Je me suis suicidée l'âme
Malheureux, pas très juste , ni sincère je pense
Je me permets ce genre de retours puisque le texte à l'air de te tenir à cœur,

Ah oui, change pas le dernière phrases, elle est chouette
En espérant que mon commentaire te sera utile
Peut être c'est pas clair ce que je dis, si jamais tu veux de explications, dis le moi
Au plaisir

Verasoie

  • Invité
Re : c'est ton tour maintenant
« Réponse #14 le: 08 Décembre 2012 à 02:36:14 »
Bon allez, il est court et tu veux du clash, j'arrive :mrgreen:

Citer
Je voudrais qu'elle me prenne.

Ça commence bien, ça m'a mis Messine en tête (à 4:20, avant, la chanson est relou)

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Le toucher est distant, presque triste.

Pour moi l'expression "le toucher" va pas avec ce qui précède qui est à la première personne. J'aime pas cette mise à distance soudaine, c'est un peu laid

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J'ai fait tant d'effort.

efforts ? j'ai un doute

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Totalement étrangers. Les autres sont mes extra-terrestres à moi. Pourtant, nous sommes humains tous, nous devrions nous comprendre, au moins un petit peu.

je suis pas pour le "à moi" (sans, la phrase aurait plus d'impact). Et la phrase suivante sur les humains me paraît très clichée (pas fausse mais clichée)

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je leur paraissais " normale "

allez, on fait l'effort des guillemets français, et au début du texte aussi : p « et »

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Je me suis suicidée l'âme

j'ai suicidé mon âme ?

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ouspillée

houspillée

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Je ne m'en veux même plus de l'avoir fait.

Pas convaincue, ce genre de phrase baisse un peu la tension que les autres faisaient monter, c'est dommage.



Bon pour moi (suite à la question que tu poses suite au commentaire de Tomoyo) la "tare" de ton héroïne c'est d'être gay :mrgreen: parce que c'est toi qui l'as écrit évidemment et suite au deuxième paragraphe. J'ai quand même regretté aussi qu'on ait pas plus de concret... Au début j'avais l'impression que la narratrice parlait d'une femme précise en disant "je voudrais qu'elle me prenne" et à la fin, comme elle l'attendait dans son lit, je pensais plutôt à la mort. Mais je suis plus frustrée qu'interpellée par ce double-sens possible.

Sinon je rejoins l'avis des autres sur le fait que le texte est sensible et fait passer beaucoup de choses : ) Mais voilà, manque de concret, manque de pouvoir l'inscrire dans un contexte (puisqu'il est déjà court et sans l'étoffe assurée par 200 pages avant et 200 pages après quoi, mdr), ça le dessert un peu ^ ^

 


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