Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Mad A

Auteur Sujet: Mad A  (Lu 1773 fois)

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Mad A
« le: 22 Novembre 2012 à 11:55:36 »
Un sentiment n'est que le produit réactionnel d'un vécu sensitif, le résultat d'une équation chimique corporelle entrainée par les éléments de sa recette cérébrale personnelle. Le bonheur, en soit, n'est alors que l'information d'un état corporel transmise par nos récepteurs opiacés delta et mu à partir de sécrétions d'endorphines au niveau de notre hypothalamus.
On dit que le bonheur est subjectif, comparé au bien-être, dont les paramètres concrets sont reliés au corps : la santé, l'éducation, etc. Mon collègue, le docteur Schoreiss, était persuadé que cette rumeur était véhiculée aveuglément par les stéréotypes qui avaient commencé à la Renaissance, avec la toute nouvelle croyance que l'humanité octroyait à cette époque à ses émotions, qu'il souhaitait amplifier pour vivre plus intensément.
Ainsi, il était pleinement conscient que ce que nous croyons être nos médailles statistiques, nos succès intérieurs, nos vérités positives, étaient en réalité la simple expression d'une expérience chimique sur nos propres corps dans le but de doper notre positivisme.
Comme il était du genre à ne jamais s'être accordé la moindre once de bonheur, il restait donc absolument convaincu que tout ceci n'était que foutaises, qu'illusions, que placébos dans l'encéphale de ses semblables qui se shootaient ainsi à la bonne humeur, à l'épanouissement objectif de soi, à la satisfaction d'une réalité effective dont on déplaçait le curseur d'appréciation selon nos envies, nos besoins de plus en plus pressant concernant les doses de cette drogue naturelle.
C'était d'ailleurs avec une jalousie illuminée qu'il avait réalisé que malgré leur bêtise apparente, ces être humains, dont il ne savait rien au final, souffraient beaucoup moins que lui de l'appréciation générale du monde, puisqu'ils en faisaient partie, qu'ils le nourrissaient de leur honnêteté fixée dans la recherche de l'énergie progressive.

Ce jour là, c'était un mardi, le docteur était arrivé en avance dans notre laboratoire.
Il avait amoncelé avec minutie quantité d'outils chirurgicaux en acier trempé. Des fraises, des scalpels, des tiges et des crochets. Il y avait des aspirateurs aux tubes de plastique malléable, des diffuseurs de talc, d'acides en tous genres, des miroirs.
Lorsque j'arrivais, comme à l'accoutumée, aux alentours de huit heure, je crus entrer dans le cabinet d'un dentiste paré à courir le cent mètres en apnée derrière son masque, pour arracher la totalité de la dentition d'un requin marteau ou d'un escargot de bourgogne.
Je perçu la présence de Maxime lorsque le bruit d'un robinet sortit de l'annexe. S'ensuivirent des sons de poignées revissées, de serviette malaxée. Puis, le docteur ouvrit la porte, et je le vis entrer dans le laboratoire, complètement métamorphosé.
- Bon sang, Max, qu'est-ce que tu as en tête ?
J'avais posé la question instinctivement, et je vis d'après son sourire ironique que la formulation tombait à point.
Il s'était entièrement rasé le crâne et la barbe, et s'était tracé un plan de coupe au marqueur sur ses traits lisses.
- J'ai trop de soucis, Julien. Tu vois, toi et moi sommes le reflet exagéré de l'humanité. Nous sommes mis en esclavage par notre cerveau, car c'est ce que nous avons toujours tenté d'améliorer chez nous. Mais la tyrannie du cortex va subir un renouveau, et c'est moi qui te le dis. C'est inéluctable, cher collègue, un jour nous serons dépassés par notre propre intelligence. Et à ce moment là, toutes nos connaissances, si bien répertoriées et classifiées qu'elles puissent être, ne nous seront d'aucune utilité face à notre fonctionnement animal.
Je fixais sa tête jovialement tendue, dubitatif. J'avais toujours cru en ses convictions. De fait, je lui avais accordé une confiance sereine malgré mes quelques appréhensions face à ses folies grandiloquentes de plus en plus persistantes. Là, en revanche, il commençait à me faire peur.

- Que comptes tu faire, au juste ? lui demandai-je en réponse à son affirmation.
Là dessus, il ôta sa blouse blanche.
Son torse se recouvrit de chair de poule, à cause de la fraicheur matinale qui n'avait pas laissé le temps aux radiateurs d'embaumer la pièce de cette douce chaleur laborantine aux effluves d'azote. Il s'empara d'une camisole d'opération, violette, et l'enfila par l'avant, comme le veut l'usage. Après ceci, il m'offrit un sourire que je devinais ironique, ou stressé.
- Je compte sur toi, Jul, sur toi. Il va falloir que tu m'ôtes les fonctions émotionnelles.

- Je te demande pardon ? Tu veux te transformer en légume ?! Non, tu veux que JE te transforme en légume ! Non mais ça va pas Max, t'es complètement timbré ! Tu crois que je vais accepter de faire de toi un Frankeinstein ? Un Edward ? Un 6PO ? T'es pas un légume, mec, je refuses de faire ça.
- Oui, j'en étais à peu près sûr, comme toujours. Tu vois c'est ça le problème aujourd'hui. On pense tellement à l'autre qu'il n'y a ni prise de risque, ni acceptation des désirs d'autrui. Tout ça parce qu'on tend à être tous les mêmes ! Tu ne trouves pas ça idiot ?
Il avait vraiment l'air de débloquer, et même si cette précision linguistique me fit frémir un instant, je restais malgré tout sur mes gardes.
- Pas vraiment non… On est pas tous les mêmes…
- C'est là où je veux en venir, Jul ! 'Venez commes vous êtes', 'aidez nous à être vous même', 'laissez votre corps conduire'… tous ces slogans publicitaires nous mentent !
- Eh oui… c'est de la pub…
- Mais tu t'en rends pas compte ! Nous sommes en train de compacter les polarités d'un aimant gigantesque, et lorsque nos forces ne seront plus capables de retenir le tout, ça va exploser ! Et ça va le faire, indubitablement : toutes les courbes mathématiques s'affaissent au final, et toujours pour la même raison. La saturation.
- Donc, tu suggères, au lieu de saturer tes émotions, de les exciser complètement ?! T'es timbré, laisse moi te le dire.
La vérité est que même si je partageais ses convictions, je lui en voulais pour deux choses.
La première était qu'il me décharge de toute la responsabilité de l'opération. Car après tout, c'était moi qui allait être obligé de lui creuser le cervelet et de lui amputer une zone de son choix.
La seconde était plus honteuse. Je ne voulais pas qu'il réussisse là où des centaines de chimistes pensaient que la réussite était possible, sans jamais avoir osé l'atteindre.
Finalement, je relativisais à l'idée que cela n'était qu'une expérience, et qu'il valait surement mieux pour moi que ce soit lui qui prenne le risque de se transformer en zombie.
Il me tendit un des outils en souriant, et cette fois je perçu de la sincérité cachée derrière ses arcades malicieuses.
- Complètement timbré. C'est pour ça que j'ai besoin de débrancher.








Lan Android Directory Neurosis "Timestamp : 4809816240"
Register : robologie > cephalic folder > componant list
- Dossier caché numéro #11235813. Processeur d'inhibition déniché. Le système est en surchauffe à cause d'une boucle d'instructions cachées.  Ca nous bouffe notre mémoire 'attention' à plus de quinze pourcents, et ça ralenti les taches d'intégration.
Newton B6Alpha avait envoyé le message groupé alors qu'il franchissait le mur d'une falaise de l'Oural Septentrional.
Il tira sur ses bras vigoureux accrochés à la crête, et se hissa en équilibre, debout sur le fil surplombant l'horizon.
En post scriptum, il rajouta. 'Que faire de la liberté individuelle ?'
Le soleil se couchait au Nord, baignant de orange le ciel blanc, le grillage de nuages, et la neige formée en un drap en dessous de la ligne de roche. Ses verres automatiques se foncèrent légèrement, filtrant le contraste de luminosité afin de discerner entièrement le panorama qui s'offrait sous ses bras tendus sur les côtés.
Une icône holographique clignota alors dans le coin droit de son regard.

- Tripote pas ce truc, N, t'as pas les codecs. Ca fait partie de la vieille mémoire, je suppose que ça économise autre chose quelque part. Je fouille encore un peu et je te rappelle. 816249 ; Pascal C12Delta.
- Je vais te les trouver ces codecs, t'inquiète, y'a des ramifications vers d'autres fichiers de traitement plus récents, qui permettent déjà de bidouiller un peu. 816251
- D'ac, mais méfie toi de pas foutre la merde. 816251
- Ouais, je sécurise, et j'applique la méthode. Pas de soucis. 816252
- Hmm… 816255.

- T'as raison, vieille carcasse. Mais le mien ne me bouffe que six pourcents. Tu serais pas un peu trop cachotier par hasard ? 816251 ; Jarvis S3Gamma.
- On n'a pas la même vie, Jar, mais c'est bien possible. Je suis pas du genre à vous envoyer tout et n'importe quoi, du coup y'a plus de traitement derrière. 816252
- Et c'est quoi le souci avec ce truc, à ton sens ? 816253
- Va faire un tour du côté du jugement, process individualisme. Le processeur d'inhibition y est directement relié, et opère uniquement pour sa machine virtuelle applicative. 816255
- Et alors ? 816255
- Et alors je sais d'avance que ton taux d'activité vient d'augmenter du côté du processeur, rien que parce que je l'aborde avec toi. 816256
- Tiens effectivement… huit pourcents. 816256
*  Mode conference : add Pascal, Archi, Cerbero.
- Archi dit que tu connaissait l'existence de ce composant, Cerbero. 816257
- Ouais, une fois j'avais farfouillé dans ce bordel parce que ça m'indisposait également. Je m'étais alors dit que le process est nécessaire, que s'il tombe, on tombe tous. Et je maintiens ma position. 816259
- Qu'est-ce que tu dis, Newt ? Perso, je suis de l'avis de pas toucher à ça. 816261
- Attendez, vous savez même pas ce que j'ai l'intention de faire là dedans. Ca coute rien d'aller voir par là, y'a des stats intéressantes de tous les côtés corroborant qu'on ferait mieux de s'en débarrasser. 816262

- T'as raison gars, je l'ai coupé moi. Ecoutes les pas. 816261; Limbtrax Zeta0Phi
- Et tu crois que c'est effectivement mieux ? 816261
- Je le sais, même. 816262
- C'est pour ça qu'on te voie jamais ? 816264
- Ouais. 816265
- Et… alors…? 816265

* déconnexion
Devant le ciel du haut du monde, défila alors un script noir sur blanc, à toute vitesse.
Newton, surpris, vacilla et faillit tomber dans le vide. Il se rattrapa en se baissant, alors qu'un voyant rouge s'illuminait, alerte anti-pirate de son système de communication. IP détectée : LZ0P 642 4740 361412.
New process : body.
End of tasks.
Exit of database.
Newton bascula lentement sur le côté, et sombra en fatras de débits métalorganiques au pied de la falaise.
« Modifié: 22 Novembre 2012 à 14:03:10 par Dot Quote »
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Re : Mad A
« Réponse #1 le: 22 Novembre 2012 à 13:27:04 »
Citer
Un sentiment n'est que le produit réactionnel d'un vécu sensitif, le résultat d'une équation chimique corporelle entrainée par les éléments de sa recette qui ne font qu'intervenir sur le sujet.

La phrase est assez lourde et embrouillée.

Citer
les stéréotypes qui avaient commencé

Est-ce qu'un stéréotype peut vraiment commencer? J'ai du mal à le voir à l'actif.

Citer
si bien répertoriées et classifiées qu'elles puissent l'être

l' en trop, non?

Citer
ne nous serons

Seront (les connaissances seront)

Citer
Il avait l'air autant d'un fou que d'un illuminé.

Cette phrase peut être améliorée je pense.

Citer
comptes tu

Comptes-tu

Citer
demandais-je

J'aurais plutôt vu un passé simple (demandai-je)

Citer
vous même

vous-mêmes


J'ai eu beaucoup de mal dans le premier paragraphe/première partie, confuse, un peu lourde, etc.
Après ça va mieux, il y a de bonnes idées et c'est généralement agréable à lire. J'aime assez la fin.
"We think you're dumb and we hate you too"
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"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
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Re : Mad A
« Réponse #2 le: 22 Novembre 2012 à 13:59:47 »
Citer
Est-ce qu'un stéréotype peut vraiment commencer? J'ai du mal à le voir à l'actif.
A mon sens, bien sûr. Le stéréotype de l'anti-héros est né avec Gaston, celui du scientifique fou avec Frankeinstein, celui du lover à la renaissance, celui du chevalier avant, etc... pour les figures de base.
Après, dans la vie de tous les jours, aujroud'hui on baigne dedans à tel point qu'on ne les remarque plus. Mais oui, il commence surement un jour, et meurt également un autre jour.
C'est la mode.

Sinon effectivement, j'ai fluidifié l'action parce que je me rappelais plus trop l'idée que j'avais en tête, qui était probablement plus... chimique.
Merci pour le pointage des quelques phrases bancales =)
.

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Re : Mad A
« Réponse #3 le: 22 Novembre 2012 à 14:03:33 »
Dot, j'ai l'esprit un peu trop bouillonnant aujourd'hui pour me plonger dans ton texte (j'ai essayé deux fois, déjà, sans succès), mais je te promets de le lire en entier bientôt !

Du coup, j'ai pas encore pu comprendre ton titre ;)
"Les seuls beaux yeux sont ceux qui vous regardent avec tendresse" (Coco Chanel)

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Re : Mad A
« Réponse #4 le: 22 Novembre 2012 à 14:07:04 »
La seconde partie sera ton deuxième indice Olive ;)
.

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Re : Mad A
« Réponse #5 le: 23 Novembre 2012 à 14:59:38 »
Citer
de orange
d'orange, plutôt, non ?

J'ignore si ça vient de moi ou de ma réunion de ce matin qui a duré 3h30 et qui m'a vidé, mais...
La première partie est sympa, même si les dialogues m'ont un peu fait perdre le fil de l'histoire.
La seconde partie... Ben j'ai pas trop vu le rapport avec la première. Il faut dire que là, j'ai été complètement largué et je pourrais même pas te raconter ce qui se passe à part celui qui pète les plombs à la fin.

Autant j'ai l'impression d'écrire parfois des histoires trop simples, autant celle-ci me donne l'impression d'être trop complexe. Enfin, non, pas l'histoire, mais les dialogues m'embrouillent.

Bon, je vais pas te faire le topo que c'est mon avis et que c'est subjectif et blablabla.
Je suis sûr de passer à côté de quelque chose d'intéressant, un peu comme quand je vais jeter un oeil dans la catégorie poésies du forum. C'est juste pas trop mon truc quand faut beaucoup réfléchir.

Au plaisir,
O.
"Les seuls beaux yeux sont ceux qui vous regardent avec tendresse" (Coco Chanel)

 


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