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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » [Défi] Un combat spatial...

Auteur Sujet: [Défi] Un combat spatial...  (Lu 1315 fois)

Hors ligne Penruet

  • Calliopéen
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[Défi] Un combat spatial...
« le: 20 Novembre 2012 à 18:29:09 »
Bon, voilà ma réponse au défi de Doctor Grimm...

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Penruet, je te défie de me décrire un combat intergalactique entre le clan des Bancs Publics et le clan des Lampadaires. Doivent apparaître dans l'histoire : une épée savante, un casque-vicking pensant, trois moutons et un chat aveugle.

Je te demande un minimum de 1500 mots, en vers ou en prose, et une narration omnisciente.
Relèves-tu ce défi ? 
Bah oui, je l'ai fait...
Je n'ai peut être pas assez mis l'accent sur le combat, on verra bien..







Une étrange créature passe la porte coulissante qui s’efface dans un feulement sourd. Elle oscille sur ses quatre courtes pattes, son corps long de deux mètres environ se balance gauchement au fur et à mesure qu’elle avance. Une crête perce son dos, longue épine dorsale semblable au dossier d’un banc blanc uni. Le cuir épais qui recouvre cet être luit sous la faible lumière des néons qui encadrent l’huis. Sa tête, accolée au corps, supporte une large bouche, trait noir qui s’ouvre et se ferme frénétiquement, émettant une série de sons suraigus, de plaintes indignées. Au dessus, une rangée d’yeux, petites billes noires brillantes, décompose la scène.
Par la porte opposée entre un monstre tout aussi étrange, dont le buste grêle vibre tandis que ses quatre pseudopodes rampent au sol. Quatre petits bras s’agitent en tous sens autour de ce corps chétif. Un cou encore plus malingre oscille dangereusement au dessus de ces épaules sans force, au bout duquel une lourde tête ronde courbe ce cou tel une cane à pêche au bout de laquelle une trop grosse prise se serait trouvée accrochée. Un unique œil illumine la pénombre de sa phosphorescence. Une bouche toute aussi ronde s’agite sous cet œil cyclopéen, dans laquelle s’entrechoquent des dents pointues, et de laquelle sortent quelques sons gutturaux étouffés.

Les deux personnages s’asseyent face à face autour d’une longue table ovale, et arrêtent leurs palabres incompréhensibles. Au dessus d’eux, sur un trône d’acier d’où s’échappent de nombreux tubes qui vont s’éparpiller dans la pièce, tels les fils d’une toile d’araignée gigantesque, un homme, ou du moins ce qu’il en reste, est assis, avachi au fond de ce siège de métal mat. Sa peau s’est desséchée avec le temps, se rétractant sur les os affaiblis. Dans son torse plongent d’autres tubes dans lesquels coule un liquide vert fluorescent, apportant un semblant de survie à cet être mourant depuis une éternité. Les orbites vides sont éclairées d’une lumière bleutée fantomatique, vestige d’une forme de vie qui habite encore artificiellement ce corps décharné. Il flotte dans une armure nordique désormais trop grande pour lui, ainsi que des peaux et des fourrures tombant en désordre au bas des marches menant à ce fauteuil matrice. Sur sa tête, un casque bombé tombe de côté, laissant passer quelques mèches de cheveux blancs, longs et raides, duquel de longues cornes, fixées au niveau du front, s’élèvent, droites, noires et luisantes. Entre ses pointes s’étire une sorte de ligne immatérielle, verte et mouvante, comme un encéphalogramme. Entre les genoux du « cadavre », une épée est posée, large lame surmontée d’une garde de cuir noir, lanières de cuir fermement enserrées autour d’une épaisse fusée, ainsi que d’un pommeau énorme, circulaire, au cœur duquel un œil rond et globuleux tourne et darde son iris rouge de part et d’autre de la table, son regard perçant semblant décortiquer les deux opposants.
Un silence de mort se fait entendre dans lequel le corps affalé dans le trône se redresse lentement dans un grincement osseux et un concert de claquements. Une voix étrange, métallique, lointaine, soufflante, telle un murmure de mourant, s’élève dans l’atmosphère lourde, passant au travers d’une coque percée de trous. Les lueurs bleues se mettent à briller d’un éclat plus vif, les flammes sortant presque des orbites.

-Moi, dernier représentant de la race voyageuse et guerrière des Vikh’ings, autrefois dominatrice de tous les mondes, aujourd’hui oubliée, Grand Juge des affaires spatiales, je déclare cette séance ouverte. Les représentants des deux Clans sont ici présents pour finalement régler cette affaire qui depuis trop longtemps traine dans cette partie de l’univers. Les Clan des Bancs Publiques et celui des Lampadaires ont aujourd’hui décidé d’en finir une bonne fois pour toute avec cette histoire stérile, dans une dernière bataille dont l’issue réglera tout ceci. Que les témoins de cet acte veuillent bien s’avancer.
Trois moutons s’avancèrent lentement et en bêlant bruyamment pour se positionner face à la table, tout au bout.
-Bêêêêê !
-Bien…veuillez s’il vous plait signer la déclaration de Duel.
-Bêêêêêêê…
-Allons, vous n’allez pas vous faire tondre ! Signez, je vous en prie…
-Bêêêêê !
-Bien, merci… Greffier, amenez l’acte au belligérants.
Un vieux chat s’avança sur ses pattes arrière, son poil long et noir collé à ses membres fins et tremblants. Il balançait devant lui  une longue canne blanche, lentement. Il tâtonna un peu sur la table avant de trouver le coin de la feuille, qu’il saisit dans ses doigts fébriles avant de l’apporter aux deux représentants des Clans opposés, avant de s’écarter quelque peu.
-Quant à vous messieurs, à votre tour d’apposer votre signature.
Les opposants signèrent chacun leur tour, ne se quittant pas des yeux tout leur temps que cela leur prit. Puis le chat revint, et reprit l’acte qu’il remit pour finir par le donner au Juge, qui le relut une dernière fois, pour le ranger dans un tiroir sur le côté de son trône.
-Messieurs, l’heure est venue, regagnez vos vaisseaux, je donnerai le décompte du duel. La force désignera le vainqueur.

Repartant d’où ils étaient venus, les émissaires repartirent dans leurs vaisseaux respectifs, et les armées purent enfin se mettre en place. Tels les pions de part et d’autre d’un échiquier, les navires de combat se disposèrent en rang serrés, face à face, prêts au combat. D’un côté, les pavés rectangulaires hérissés de pics du Clan des Bancs Publics, de l’autre les longs cylindres lisses et fuselés des Lampadaires. Dans son vaisseau, le Juge fait faire un lent demi-tour à son siège pour se retrouver en face d’une immense verrière donnant droit sur le « champ de bataille ».
Tout à coup, l’encéphalogramme du casque se met à vibrer violement en même temps qu’une vois lente, profonde, empreinte de sagesse, en sort.
-Mais que font ces être, qui se tuent sans la moindre raison ni pitié ? Qui sont ils pour, en partant d’une cause aussi futile que celle qui les anime et que tous ont de toute manière oubliée, décider qu’il est venu le temps de tuer et d’être tués. En quoi peuvent-ils se permettre d’imposer à l’espace leurs débiles et puériles disputes de nouveaux nés trop gâtés ?
L’œil de l’épée se mit à tourbillonner dans son «orbite de métal », et cette fois ci se fut une vois aigue qui en sortit, frénétique, pressée.
-Voyons, c’est évident. C’est dans la nature de ces créatures, il est inscrit en eux ce bellicisme forcené qui les pousse à ces actes. Qui plus est, les raisons de cet affrontement sont loin d’être aussi peu importantes que vous pensez le faire admettre !
-Ah bon ? Vous qui semblez tout savoir, que pensez vous de la comparaison entre ces êtres et un trou noir, ou une supernova ? Le trou noir, il est dans sa nature de tout avaler sur son passage, de tout engloutir, de ne rien laisser de ce qu’il y a autour de lui. Ceci est en effet inscrit dans sa nature, et l’absence de pensée qu’il manifeste en est la preuve : il ne peut changer. Il en est de même pour une supernova, elle ne peut qu’exploser en rasant tout sur son passage, en brûlant astres et planètes, étoiles et astéroïdes… Mais eux, eux qui sont dotés de cette faculté de penser, de réfléchir, que ne peuvent ils éviter cet affrontement ? Quelle force possèdent ils donc face aux forces de la nature ?
-Ils possèdent leur pensée, voilà tout…
-Ah… Vous les savants ! Vous croyez tout savoir, mais en réalité, vous ignorez jusqu’à votre propre ignorance !
-Et où croyez vous aller, vous les philosophes, à toujours douter de tout, à toujours tout remettre en cause, vous n’arriverez jamais à quoi que ce soit !
-Au moins, à défaut de savoir où je vais, je sais ce que je suis. Un être faible, aveugle et ignorant, tout comme vous. Mais moi, je suis au final bien plus savant que vous, puisque je ne contente pas d’assener sophismes et vérités toutes faites, je m’interroge, et ne fais que ça, de sorte que si je ne sais pas ce qui est, je sais ce qui n’est pas, votre prétend savoir par exemple…
-Vous ne savez plus quoi inventer ! Que ne faut-il pas entendre…
-Silence ! cria le Juge. Cela commence.

En effet, derrière la verrière, au-delà de vide spatial, les armées avaient commencés à se mettre en mouvement.
Les vaisseaux lâchent dans l’espace des essaims de chasseurs tels des abeilles sortant d’immenses ruches. Quelques cargos se risquent eux aussi à parcourir le no man’s land. Les croiseurs et vaisseaux mères avancent lentement, leurs puissants moteurs se mettant doucement en route.
Puis c’est l’apocalypse. Tout à coup, des rayons de lumière jaillissent de toutes parts, des missiles s’envolent vers leurs lointaines cibles. Le noir s’éclaire de feux d’artifice gigantesques, rayons ioniques, lasers, plasmas, déchainements de puissances destructrices, flammes tourbillonnantes, amas de métal qui implosent, explosent, projettent leurs débris dans tous les sens. De loin, cela fait comme un film, un écran noir sur lequel de petits points lumineux clignotent faiblement.
Mais au cœur de l’affrontement, un avant goût de l’enfer accueille les combattants dans leurs vaisseaux. Sous les coups de torpilles et de rayons, les coques de plus gros vaisseaux de déchirent, fondent ou volent en éclats qui s’éparpillent, emportant dans leurs flamboiements multicolores hommes et machines. Deux vaisseaux mère se croisent et vident leur arsenal sur l’un sur l’autre. De multiples explosions ponctuent les immenses surfaces et finalement l’un des deux disparait dans une immense boule de feu qui avale de son appétit vorace nombre de vaisseaux aux alentours, projetant au loin les autres. Le vaisseau mère survivant avance encore un peu, puis ses moteurs volent en morceaux, aussitôt suivis par le reste de la structure. Quelques croiseurs connaissent le même sort, mais dans cette danse macabre en lumière et sans sons, nul ne semble pouvoir prendre l’avantage.
Une action décisive semble être entamée lorsqu’un chasseur Lampadaire se jette droit sur le vaisseau mère restant aux Bancs Publics, perçant le bouclier et lâchant toutes ses torpilles droit sur la salle de commande, qui disparait dans un halo bleuté. Mais la cible privée de pilote, livrée à elle-même fonce alors droit sur le dernier vaisseau mère ennemi qu’il brise en deux en son milieu, provoquant sa perte irrémédiable. Privés de leurs Etats Majors, les armées sombrent alors dans l’anarchie, s’entredéchirant sans aucun ordre ni stratégie, se lançant dans la bataille dans réflexion.
De loin, le Juge observe la fin des deux races dans cette lutte sans but, privée de sens.

-Je vous l’avais dit, entame l’épée, les deux armées sont maintenant vouées à leur perte.
-Il vous est facile de l’exprimer, répondit le casque, c’est un hypothèse que vous avez émise il y a quelques secondes !
-Quelle mauvaise foi ! Je…
-Silence ! rugit à nouveau le Vikh’ing. Nous assistons à l’extinction de deux nouvelles races en ce jour mémorable, alors faites silences.
-Bien, répondit l’épée, son œil s’immobilisant dans un moment de recueillement.
-Je ne vois pas en quoi cela est il un mal que ces races meurent ! Qui nous dit qu’elles étaient aptes à vivre ? Selon les lois de la nature que vous autres savants adorez, qui nous dit qu’il ne s’agit pas là d’une sélection naturelle ?
-N’avez-vous donc aucune compassion ?
-Pourquoi en aurais-je ? En effet, je ne sais pas ce qu’est la mort. Il est possible que la mort soit bien mieux que la vie, que la mort vaille mieux que ce que nous pouvons avoir ici… Alors je ne sais pas, et préfère, dans un instant de faiblesse, sombrer dans l’optimisme, et penser que là où ils sont allés, ils seront bien mieux lotis que dans cet univers.
-C’est insensé, la mort est la fin ! Il n’y a rien d’autre !
-Je vous croyais scientifique ! Il vous faut des preuves, or vous n’en avez pas !
-Certes, je n’en ai ni dans un sens ni dans l’autre, alors je prends le parti du non !
-Si vous pensiez réellement, vous vous abstiendriez de prendre un parti en attendant de savoir…
-Vous êtes fatiguant vous deux, mais fatiguants…
Chuis censé signer là ? Mais j'ai même pas eu le temps de lire le contrat !

Hors ligne Doctor Grimm

  • Palimpseste Astral
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    • Gribouillis
Re : [Défi] Un combat spatial...
« Réponse #1 le: 20 Novembre 2012 à 22:48:24 »
YO !


Ouaaaaaaah, j'adore ton texte :huhu: au début j'ai eu peur que tu tombes dans une description bête et méchante des personnages sans ajouter plus d'action que ça, mais au final, c'est vraiment génial. Et je trouve ça chouette d'avoir axé le point de vue sur le vieux avec son casque et son épée, c'était marrant ^^


+ 1 pour l'apparition du Chat Aveugle, que j'ai trouvé magnifique.

C'est un très bon texte, surtout au sens de l'idée et de l'originalité. Après, il faut quand même noter quelques maladresses et fautes d'orthographes (ainsi que deux ou trois répétitions par ci par là), mais rien que tu ne puisses changer avec un peu de recul et une bonne relecture ;)

Un gros bravo en ce qui me concerne, et je déclare le défi validé.
Toute ma peau est maladésir.

Hors ligne Penruet

  • Calliopéen
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Re : [Défi] Un combat spatial...
« Réponse #2 le: 21 Novembre 2012 à 06:39:11 »
Yeah ! \o/  :mrgreen:

Merci à toi :)

Je dois dire que j'ai eu du mal au début, avec un bon nombre d'embryons de texte qui n'ont pas abouti, mais lui si, et j'en suis content...
Merci encore pour le défi, ça m'a ré inspiré pour écrire, ça fait du bien !
Chuis censé signer là ? Mais j'ai même pas eu le temps de lire le contrat !

Hors ligne Vivi

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Re : [Défi] Un combat spatial...
« Réponse #3 le: 21 Novembre 2012 à 12:14:42 »
Excellent, j'ai adoré. D'ailleurs le texte du défis (du moins le décalage) m'a fait penser à un truc. Mon prochain texte va être bien délirant aussi ;D

J'ai vu aussi 2-3 répétitions. Les phrases du premier paragraphe de présentation me paraissent un peu haché (quelques unes, pas toutes). La scène de bataille est excellente, j'me suis cru à un moment en train de (re)lire une description de Dan Simmons (Hypérion). Bravo !


Et 2 Perles (avé la Majuscule) ;) :

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-Ah… Vous les savants ! Vous croyez tout savoir, mais en réalité, vous ignorez jusqu’à votre propre ignorance !
La mise en abîme qui tue, énorme :D

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...l’un des deux disparait dans une immense boule de feu qui avale de son appétit vorace nombre de vaisseaux aux alentours...
J'adôôôre ce genre de tournures :coeur: (j'en use et abuse pas mal d'ailleurs ^^ )


Merci pour cet agréable moment. Et je vais écrire mon idée délirante de suite ;D
Je suis capable du pire comme du meilleur, mais c'est dans le pire que je suis le meilleur (^.^)v

Hors ligne Penruet

  • Calliopéen
  • Messages: 514
Re : [Défi] Un combat spatial...
« Réponse #4 le: 21 Novembre 2012 à 14:48:04 »
Merci à toi !
Me comparer à Hypérion, mon Dieu, merci :) J'adore ce livre !
La mise en abîme, je la tiens de Socrate, qui fait cette mise en abîme pour différencier savants et philosophes, ceux qui connaissent leur ignorance, et ceux qui ignorent leur ignorance...j'aime bien ;D
Bonne chance pour ton idée !
Chuis censé signer là ? Mais j'ai même pas eu le temps de lire le contrat !

 


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