Bonjour tout le monde, je vous présente ici le deuxième chapitre ainsi que l'épilogue de Motherly Love, en espérant que l'histoire vous plaise. Je dois avouer avoir pris un certain plaisir à l'écrire. Même si je n'ai finalement pas rédigé l'histoire que j'avais en tête à sa conception, je suis avide de commentaires sur le style et sur ce que vous avez ressenti en la lisant (si tant est que vous ayez ressenti quoi que ce soit
).
Pour être honnête, si c'était à refaire, j'écrirais une histoire plus courte de moitié au moins, j'ai peur qu'ici, l'épilogue (qui était la première image avec laquelle j'ai commencé) ne perde de son impact.
Enfin, enjoy
Chapitre 2Les haut-parleurs éructaient des instructions inintelligibles sous le ciel grisé par les volutes de fumée toxique. Deux semaines déjà depuis qu’Alicia avait fait la rencontre de la petite Cassie. Deux semaines depuis les premiers échos, partout dans le monde, d’une catastrophe de niveau planétaire. Deux semaines depuis les tremblements qui avaient réveillés les volcans, dont les éruptions incessantes avaient provoqué tempêtes et ouragans. Deux semaines depuis le début de la fin du monde.
Alicia et Cassie étaient enfermées dans une cellule spéciale du gouvernement. L’ancienne shérif-adjointe ne savait pas comment son défunt patron avait réussi à contacter les services secrets américains, et pourtant, ils les retenaient désormais depuis près de cinq heures. Cinq heures longues et fastidieuses durant lesquelles leur situation n’avait pas évoluée d’un iota, intensifiant la rage qui vrombissait au fond d’Alicia. Cinq heures à rester croupir, seules, dans une cellule puante et sombre de dix mètres sur douze.
Elle regarda l’enfant qui la fixait avec ses grands yeux noirs. Une quinzaine de jours s’étaient écoulés depuis leur première rencontre, chaque nouveau lever de soleil apportant son lot de malheur et de surprises pour l’humanité toute entière, mais la petite fille restait fidèle à elle-même. Alicia ne semblait pas pouvoir briser cette carapace que l’enfant avait développée autour d’elle.
Bon, c’est peut-être à moi de faire le premier pas, alors.
« Tu sais, Cassie, j’ai un fils. Il doit avoir à peu près ton âge. Il va avoir 8 ans le 16 septembre ». La petite fille ne semblait pas montrer le moindre intérêt à ce que racontait Alicia. Mais cette dernière continuait. Elle parlait de son fils, de son mari, des sorties qu’ils avaient l’habitude de faire avant qu’elle ne devienne shérif-adjointe. C’était une sensation étrange pour Alicia que de se confier, de parler ainsi de sa famille et des êtres qui lui étaient le plus cher au monde. Et au fil de ses histoires, les yeux noirs de la petite fille semblèrent prendre vie.
« Alors ce jour-là, on est rentrés tous les trois les trois sous la pluie. Et il y a la fois où… » Alicia fut coupée dans sa phrase par Cassie qui lui tirait la manche. Elle semblait vouloir dire quelque chose mais l’hésitation la bloquait. Habituée à ce genre de situation dans un contexte bien différent, Alicia joua de son regard interrogateur pour faire parler l’enfant.
« Comment… comment il s’appelle ? Ton fils. Comment il s’appelle ? » demanda-t-elle finalement avec une voix de petite fille. C’était la première fois qu’elle ressemblait vraiment à une enfant normale, se surprit à penser Alicia.
« Terry. Il s’appelle Terry. Et mon mari se nomme Peter ».
« Pourquoi… pourquoi t’es pas avec eux ? » Demanda la jeune fille d’une petite voix timide. Alicia en était maintenant convaincue, il s’agissait de la véritable voix de l’enfant, sortie de son rôle de prédicatrice. Voyant que la petite fille s’était enfin ouverte à elle, Alicia ne put pas se retenir et la serra dans ses bras.
« Parce que je dois te protéger, Cassie. Mais ne t’inquiète pas, je sais qu’ils m’attendent et je sais où ils sont. Tous les jours depuis cinq ans, ils attendent que je finisse ma journée et les rejoigne. Et ils peuvent encore attendre quelques jours, ce n’est pas un problème. »
Brisant la bulle fragile de l’amour maternel qui s’était créée l’espace de quelques secondes, un homme ouvrit la porte et les somma de le suivre dans un tunnel mal éclairé. Ses cheveux gominés surplombaient un front soucieux et son regard était caché derrière des lunettes noires. « Très utiles les ray bans », le railla Alicia avec mépris. « J’espère vraiment qu’on ne sera pas attaqués par un affreux rayon de soleil au fin fond de cette grotte ».Pour toute réponse, l’homme grogna et la poussa sèchement vers la sortie du tunnel. Alicia remarqua avec une certaine satisfaction qu’il se massait la mâchoire quand il pensait qu’elle ne le voyait pas. Un petit souvenir qu'elle lui avait laissé lorsqu'il les avait forcées à le suivre la première fois.
Il les entraina dans une grande salle blanche dont les murs étaient ornés de cartes du monde. Chacune de ces cartes arboraient une géographie nouvelle pour Alicia, qui se targuait de connaître toutes les capitales du monde. La moitié de l’Europe était hachurée de rouge, l’Asie avait perdu toute sa côte Est, dont le Japon et les deux Corées. D’une manière ou d’une autre, les océans avaient dévoré les côtes de tous les continents qui se retrouvaient isolés comme autant d’îles ravagées. Les deux tiers des terres immergées n’étaient plus dignes de porter ce nom.
Au centre de cette salle se trouvait un bureau derrière lequel était assise une femme d’un certain âge. Cette dernière les interpella aussitôt sans même lever les yeux des papiers qu’elle lisait.
« Jones, Alicia, 32 ans. Merci d’être venue jusqu’à nous », dit-elle sans une pointe d’ironie.
« Non, non, merci à vous de nous avoir invitées à votre petite sauterie », répondit Alicia, suffisamment sarcastique pour trois. « Puis-je tout de même m’enquérir de la raison d’un accueil si chaleureux et hospitalier ? »
« C’est simple, Alicia, nous… », commença la femme d’un ton doucereux.
« ‘Madame Jones’ », la coupa Alicia. « Pour vous, c’est ‘Madame Jones’, merci ».
« Très bien,
madame Jones, nous vous avons fait venir ici pour une simple raison. L’enfant. Cette gamine est… »
« ‘Cassie’ », la coupa une nouvelle fois Alicia, avec le ton d’une femme prête à être le moins coopérative possible. « Elle s’appelle Cassie ».
« Certes, vous lui avez donné ce nom le lendemain de votre rencontre je crois ? Et ne prenez pas la peine de me répondre, nous savons tout ce que vous avez vécu ces deux dernières semaines. Nous savons tout de vous, et nous connaissons vos techniques plus ou moins évoluées pour tenter d’imposer votre rythme dans une conversation comme celle que nous avons actuellement.
Nous savons que votre vrai nom n’est pas Alicia Jones, mais Alicia Montoya. Nous savons que vous avez un passé tumultueux dans la police de Chicago où vous avez rencontré votre mari, un policier du nom de Peter Montoya. Nous savons que vous avez fait l’objet de plusieurs plaintes pour brutalité policière. Nous savons que vous avez dû quitter Chicago précipitamment suite à une affaire de mœurs qui a mal tournée. Nous savons que votre mari est décédé dans un accident de voiture il y a cinq ans et que votre fils de vingt mois en est sorti grièvement blessé et n’a pas survécu à ses blessures. »
L’expression d’Alicia restait indéchiffrable tout le long de ce monologue.
Un petit corps, enveloppé dans des couvertures. La femme derrière le bureau continuait sur le même ton, imperturbable.
« Nous savons que vous avez décidé de changer d’identité en prenant le nom de Jones. Nous savons que vous avez amadoué le shérif Dwayne Wilson pour qu’il vous engage à l’essai comme shérif-adjointe dans la petite ville de Paris. Nous savons qu’il y a quinze jours, le 11 avril, plus exactement, il vous a confié la garde de l’enfant. Nous savons également qu’il a péri pendant le séisme du 14 avril, en vous enjoignant de prendre l’enfant et de quitter la ville de Paris, dans le Kentucky. Nous savons que vous avez passé une semaine sur les routes, à rouler vers l’intérieur des terres pour échapper aux catastrophes naturelles qui ont éclaté un peu partout dans le monde. Nous savons que vous avez survécu à tous ces phénomènes sans la moindre égratignure car vous étiez accompagnée du seul être humain qui peut les prédire avec un taux de réussite de 100%. Nous savons tout cela car nous vous suivons depuis que votre patron a tenté d’appeler la maison blanche –sans succès, bien sûr – pour raconter son histoire a priori loufoque de fin du monde.
Nous savons tout cela, mais nous ne savons pas comment cette petite fille arrive à pronostiquer avec une telle précision l’épicentre des phénomènes. Nous ne savons pas qui elle est, ni d’où elle vient. Pour nous, c’est comme si elle était apparue comme ça, un beau matin, pour prévenir l’humanité d’un désastre imminent. D’après nos hypothèses, nous sommes arrivés à une conclusion. Elle n’est pas joyeuse, et, je vous l’accorde, complètement surréaliste. Mais voilà, nous pensons que la Terre a une conscience. Nous pensons qu’elle nous voit comme des parasites. Nous pensons qu’elle a décidé de se débarrasser de nous. Nous pensons que cette petite fille, Cassie, partage un lien avec la Terre. Et c’est là que vous intervenez. Elle se confie à vous, et nous avons besoin d’en savoir plus. »
Alicia, toujours perdue dans ses pensées lugubres, réagit enfin à ses mots. « Pourquoi », dit-elle, « vous n’en savez pas encore assez ? Qu’est-ce que ça peut vous foutre d’apprendre ce qu’elle sait ? Si je peux accorder la moindre foi à vos cartes sur les murs, la Terre est foutue de toute façon ! Peu importe la raison ! Vous nous avez amenées, arme au poing, dans ce bunker pourri, au fin-fond de votre montagne à la con, et tout ça pour quoi ? Me raconter que vous connaissez ma vie et que vous savez pas quoi faire de plus avec vos théories débiles ? Et bien je sais pas, moi non plus, ce qu’on peut faire ! Je me contente de fuir, de vivre le plus longtemps possible et de protéger Cassie. Quant à vous, vous me servez à rien pour ça. Alors allez vous faire foutre ! »
En furie, Alicia tourna les talons, empoigna la main de Cassie, et se prépara à partir, mais la petite fille se dégagea de son étreinte et alla se planter devant la femme. « Je ne sais pas si ça peut vous aider. Mais maman ne me parle plus, je sens juste qu’elle est déçue, triste, et en colère ». Elle avait retrouvé son ton de prédicatrice, nota Alicia. « Maman ne me répond plus. Mais j’essaie. Tous les jours, j’essaie de lui parler. Je sais où maman va gronder, parce que, juste avant, je l’entends qui pleure ». De grosses larmes coulèrent sur ses joues, elle se tourna vers Alicia et lui dit, d’une petite voix tremblotante : « Maman m’a abandonnée. Je suis toute seule ».
La jeune femme ne put s’empêcher de serrer la petite fille dans ses bras, pour la deuxième fois en moins d’une heure. Et tandis qu’elle la serrait fort, elle lui murmura tendrement dans le creux de l’oreille : « Ne t’inquiète pas. Je suis là. Et je ne t’abandonnerai jamais ».
Alors que la femme derrière le bureau se perdait dans une litanie implorante : « Notre théorie est confirmée, la planète se retourne contre nous ! », Alicia prit Cassie par la main et sortit prestement de la salle. L’homme aux lunettes noires ne fit même pas mine de vouloir les arrêter. La femme derrière le bureau, par contre, se leva et les suivit à travers les corridors. « Où comptez-vous aller ? Savez-vous au moins où nous sommes ? » Alicia n’attendit aucune réponse de sa part et se dirigea vers un rai de lumière au fond du couloir.
Sûrement la sortie.
« Nous sommes au sommet du mont McKinley, la montagne la plus haute des États-Unis », continua la femme de la voix criarde et hystérique de qui a perdu tout espoir et tente néanmoins de se convaincre que le verre n’est qu’à moitié vide. « Plus de six kilomètres nous séparent du niveau de la mer. Et il n’y a plus d’issue possible. Je vous ai amenées ici parce que nous sommes en sécurité. Nous allons survivre ici. Arrêtez de marcher et écoutez-m… » Un vacarme assourdissant emporta ses derniers mots. Toute la base était illuminée de rouge par intermittence de trois secondes consécutives et une sirène tonitruante noyait les derniers échos des paroles de la femme.
ÉpilogueLes hauts -parleurs beuglaient des alertes incompréhensibles qui rebondissaient sur les parois de la base depuis plus d’une heure. Alicia et Cassie étaient arrivées au niveau de l’ouverture, dans le flanc de la montagne, qui laissait transparaître ce rayon de lumière. Au loin, elle pouvait voir une vague géante foncer vers elles. La femme qui était auparavant si loquace sur le passé d’Alicia sanglotait désormais dans un coin, roulée en boule. De temps en temps, Alicia pouvait l’entendre murmurer : « La Terre nous déteste. C’est la fin du monde ».
Le temps semblait suspendu dans la base. Chacun avait accepté son destin. La vague approchait, mais elle était si grande qu’elle dépassait l’entendement humain. Depuis près d’une heure qu’Alicia l’observait, elle avait peut-être doublé de taille. Elle devait bien atteindre les dix kilomètres, pensa-t-elle.
Il ne nous reste plus que quelques minutes. À ses côtés, Cassie souriait comme une possédée.
« Pourquoi est-ce que tu as l’air si heureuse, ma chérie ? », lui demanda Alicia avec le ton qu’on utilise quand on s’adresse aux débiles mentaux et aux jeunes enfants.
« Maman me parle enfin », répondit la jeune fille. « Je l’entends mieux que jamais. Elle dit qu’elle est désolée. Elle dit que toutes ces catastrophes naturelles auraient dû arriver il y a des centaines, des milliers d’années. Elle dit que c’est ce qui est arrivé aux dinosaures. Elle dit qu’elle a fait son possible pour les retenir jusqu’à présent, mais qu’elle n’y arrive plus désormais. Elle est désolée, triste, et en colère contre elle-même ».
« D’accord, Cassie. Et c’est juste pour ça que tu souries ? » La vague était si proche désormais qu’elle obscurcissait le soleil. Alicia pouvait sentir les embruns sur son visage. Cassie la regarda avec des yeux dans lesquels se succédaient larmes de joies et de tristesse. La vague allait s’abattre sur elles d’une seconde à l’autre.
« Non, je souris parce qu’elle dit qu’elle nous aime. Elle nous aime, Alicia. Elle nous aime ».
La salope.