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Auteur Sujet: L'art de faire avancer un personnage.  (Lu 8338 fois)

World End Girlfriend

  • Invité
L'art de faire avancer un personnage.
« le: 19 Septembre 2012 à 01:34:42 »
Bonsoir à tous  :D
J'ai remarqué quelque chose ces dernières semaines en me plongeant dans certains livres, quelque chose qui ne m'avait jamais frappé auparavant mais qui, maintenant que j'écris assez assidûment, me saute aux yeux à chaque fois.
Je parle de ces longs passages descriptifs qui servent en quelque sorte d'interlude entre deux évènements, qui peuvent durer des dizaines de pages et qui ont parfois le don de m'assoupir, tant leur vocabulaire peut quelque fois me sembler obscur et hors de portée.
Pour illustrer un peu ce dont je parle, je vous propose un petit extrait:

La torche de Cecht finit par projeter des reflets ondulés sur une grande étendue d'eau. Le guerier découvrit ainsi un vaste étang rectangulaire, dont le courant ridait à peine la surface. Les bords du bassin étaient formés par une maçonnerie de belles pierres de taille, rongées par l'érosion des flots. Cecht crut y déceler le fantôme usé de vieilles inscriptions, ordonnées comme une armée en marche. L'onde semblait profonde ; le fond disparaissait sous un enchevêtrement pelucheux de branches mortes, et des bouquets d'algues se tordaient avec langueur dans le courant, çà et là, comme de longues chevelures noires. Au delà du plan d'eau, le terrain semblait bouleversé. Cecht discernait confusément des fossés à moitiés comblés, des talus abrupts, des cairns, des tertres et des dénivelés vaguement géométriques. Il éleva sa torche dans la main gauche, s'empara de sa hache dans la droite, et s'avança à pas prudent

Ou un autre:

Les cavaliers descendirent avec prudence une voie glissante qui tenait plus de l'éboulis que du chemin. A senestre, l'arche du pont détruit haussait sa grande silhouette loin au-dessus de leur têtes, comme un portique mystérieux ouvert sur le brouillard. Devant eux, le Vernobre charriait une fureur tumultueuse dans un lit où s'entrechoquaient des galets: des rapides jaillissaient contre les dents de roches submergées, des courants contrariés écumaient une violence de limon et de bulles. Parfois, une branche morte emportée par le flot s'abîmait, happée par un tourbillon avide. Aedan découvrit un bassin où la rivière s'évasait, où le flux semblait s'apaiser sur quelques toises, rassemblait ses forces avant de rebondir dans une nouvelle cascade. Le chevalier lança sa monture à travers le courant.


On pourrait débattre des heures sur l'utilité de ce genre de passages, mais là n'est pas mon objectif.
Ce que je voudrais comprendre, c'est comment il est possible pour un écrivain de donner autant de détails pour un lieu qui sort de son imaginaire.
Mon point est que la plupart d'entre nous (selon le sujet "Que voyez-vous quand vous écrivez" de cette section) ne parviennent pas à vraiment visualiser les lieux dans leur totalité, c'est un peu aussi mon cas, tout ce qui entoure le personnage est en quelque sorte flou, il y a juste quelques codes qui font que j'imagine une ambiance au lieu d'une autre.
Mais le fait est que quand j'essaie quand même de décrire un tant soit peu l'endroit que traverse mon héros, je me heurte aux limites de mon vocabulaire, je me rend compte que les mots me manquent pour donner une image "palpable" d'un batîment, d'une chambre, voire d'un paysage, et c'est franchement très agaçant, car je sens que cela me permettrait d'étoffer grandement l'univers de mes petites nouvelles, et de franchir un cap pour mon style d'écriture qui stagne un peu trop dans le passable.
Ma question est donc: Avez-vous une idée ou une méthode qui vous permette de "visualiser" les scènes au point que vous puissiez les décrire avec détails ? Et si tel est le cas, parvenez-vous à mettre dès le départ des mots précis sur chaque chose, ou bien utilisez-vous un ouvrage ou un autre moyen pour chercher le bon mot ? ( Par exemple comment décrire l'intérieur d'un chateau quand on a presque aucune notion en architecture ? )

 

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Re : L'art de faire avancer un personnage.
« Réponse #1 le: 19 Septembre 2012 à 07:26:53 »
Bonjour,


Il n'y a pas de secret, pour acquérir le vocabulaire, il faut lire, lire, et lire. Tu dois te documenter sur le sujet (tu parles d'architecture), et t'abreuver d'auteurs qui sont prolixes en descriptions.
Sinon, pour te visualiser certaines scènes clés de tes textes, rien de mieux qu'une photo !

Voilà, je suis court ce matin, faut que je prenne mon petit dej avant de partir bosser, mais si j'ai du temps dans la journée, je pourrai développer un peu plus.


Cordialement,
O.
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Re : L'art de faire avancer un personnage.
« Réponse #2 le: 19 Septembre 2012 à 07:50:19 »
"L'art de faire avancer un personnage."
Mais alors quand tu dis "avancer" tu veux dire "dans le décor" ou "évoluer"?
Je pige pas bien le rapport entre le titre et ton post.

Mais bon le truc, de mon point de vue, si tu racontes une histoires imaginaire, c'est d'envisager l'écriture comme de l'impressionnisme en peinture:
Tu ne pourras jamais être exhaustif dans tes descriptions du décor alors autant en prendre ton parti et te contenter de petites touches significatives. Tout l'art est de trouver ce qui exprimera le mieux les choses.
Dans l'absolu si je reprend ton exemple de château, si j'étais toi j'éviterais de trop me documenter justement.. pour ne pas imposer à mon lecteur d'avoir un dictionnaire a portée de main. J'irais même jusqu'à dire que dans le domaine, tu as la chance de pouvoir t'affranchir des règles pesantes de la réalité.. alors profites-en!
« Modifié: 19 Septembre 2012 à 08:44:41 par kodama »
Si tu veux tout savoir, moi aussi.
Jette-lui la pierre dans le doute.
Les grandes choses sont celles qui ne s'achètent pas.

Anlor

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Re : L'art de faire avancer un personnage.
« Réponse #3 le: 19 Septembre 2012 à 07:56:30 »
Pour ce qui est de la méthode, pas de doute, c'est tout comme Olive a dit.

Par contre, je me demandais, est-ce que c'est vraiment utile ? Je veux dire, oui, avoir du vocabulaire c'est toujours utile, mais si c'est pour décrire précisément (j'ai presque envie de dire techniquement) le décor dans lequel se déroule ta scène, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée. Tu le dis toi-même, ces passages t'ennuient et il faut bien avouer que si toi aussi tu te mets à utiliser la masse de vocabulaire précis, ben fatalement, tu vas ennuyer tes lecteurs. Plus triste encore, tu ne vas rien leur faire passer. A les assommer de mots qu'ils ne comprennent pas, tu vas leur laisser l'idée que "Ouh la vache, il a du vocabulaire le mec !" mais sûrement pas l'image que tu avais en tête.

Très franchement, les longues descriptions, je crois qu'on en est revenus. Ce qui importe quand tu veux donner un cadre à une scène, ce ne sont pas tellement les détails du décor ("A gauche, dans le fond, une adalie noire à points rouges escalade laborieusement le pétale bleu majorelle et légèrement fripé d'un hortensia.") mais plutôt les sentiments que tu pourras faire passer à travers celui-ci. Si tu veux, on parle plus facilement d'ambiance que de décor et il me semble que tu devrais plutôt chercher dans cette direction pour améliorer ta rédaction.

Le problème avec les passages descriptifs, surtout si tu cherches à y employer du vocabulaire précis/technique, c'est qu'on se dit très vite "Ouais, i' s'touche là." avant de sauter trois pages et de revenir à l'action.

Mais bon après, tout dépend de ce que tu en fais, hein !

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Re : L'art de faire avancer un personnage.
« Réponse #4 le: 19 Septembre 2012 à 09:54:33 »
Citer
Ce qui importe quand tu veux donner un cadre à une scène, ce ne sont pas tellement les détails du décor  mais plutôt les sentiments que tu pourras faire passer à travers celui-ci. Si tu veux, on parle plus facilement d'ambiance que de décor et il me semble que tu devrais plutôt chercher dans cette direction pour améliorer ta rédaction.

Le problème avec les passages descriptifs, surtout si tu cherches à y employer du vocabulaire précis/technique, c'est qu'on se dit très vite "Ouais, i' s'touche là." avant de sauter trois pages et de revenir à l'action.

Je suis amplement d'accord sur ces deux points. Tout d'abord, un exemple pour illustrer le deuxième point. J'ai lu les Misérables de maître Hugo à l'âge non raisonnable de 11 ans, et seigneur ! Toutes ces descriptions, ça m'a franchement rebutée. A savoir que l'édition était coupée ainsi :

Livre I
Livre 1
Partie 1
Chapitre 1


Etc...

Et que chaque "Livre 1", avec tout ce qu'il comportait de sous-parties et de chapitres, était entièrement composé de descriptions. Je n'ai pas tenu longtemps, et j'ai systématiquement passé ce premier livre...
Certes l'exemple est un peu extrême, mais je trouve qu'il illustre bien le propos ici. Trop de descriptions tue les descriptions, et pour ma part (et là je bascule sur le premier point) je rejoins Anlor.
Lorsque je décris un lieu, je fais souvent "soft", histoire de juste planter le décor (voir comme simple exemple "La maison de ses rêves", dans laquelle je n'ai décrit la maison à aucun endroit). Après, je laisse au lecteur le soin d'imaginer l'endroit, je trouve ça moins "bridant". Car lorsque je me retrouve submergée de descriptions (c'est le cas aujourd'hui, je relis le Seigneur des Anneaux et j'ai du mal à suivre ses descriptions de collines, forêts, montagnes) je n'arrive pas à imaginer, j'ai l'impression que mon esprit est "forcé".

Là où je vais plus loin dans les descriptions, c'est quand j'ai besoin de fixer une réelle ambiance, comme glauque ou joyeuse. Là en effet, on peut jouer sur les mots, pour mieux plonger dans l'ambiance, genre "le feu des bougies dansait sur la cire" pour un endroit joyeux, ou "les flammes des torches lançaient leurs ombres menaçantes" pour du glauque.

You see ?
« Modifié: 19 Septembre 2012 à 09:57:02 par Kerena »
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Re : L'art de faire avancer un personnage.
« Réponse #5 le: 19 Septembre 2012 à 10:09:52 »
Il y a peut-être une autre démarche que l'utilisation d'un vocabulaire spécifique pour les scènes descriptives.

Avant toute chose, il faut se mettre à la place du lecteur, qui peut être un enfant, un adulte ou un parent.

Supposons la description d'un lieu, deux cas de figure peuvent se présenter:

 - Le lieu a déjà été visité réellement par l'auteur, mettons en famille :  dans ce cas, demander à chacun des participants
ce qu'il voit, et noter, par exemple deux ou trois mots-clés de ce que dit le gamin, un adulte et les grands-parents.
Cela suffit, je pense, pour construire deux ou trois belles phrases descriptives.

 - Le lieu n'a pas encore été visité (ou même il faut l' "inventer") : Cela force à imaginer (même et surtout si cela se réfère au vécu) ce lieu, et partant de là, l'auteur peut trouver les mots que diraient le gamin, l'adulte ou le parent, et noter  ses mots-clés.

L'avantage est que cela peut s'appliquer aussi aux descriptions de scènes d'action ou à la description de sentiments. Et il n'est pas
nécessaire de construire systématiquement les phrases avec les trois catégories de mots-clés , pour qui souhaite des descriptions plus courtes.

A l'inverse, celui qui voudra absolument écrire des scènes longues pourra répéter trois ou quatre fois la démarche et se noter
à chaque fois de nouveaux mots-clés.

En guise d'illustration, ce court extrait d'un chapitre de mon deuxième roman :

"Le rouge, la couleur du sang, pensa aussitôt Emi, quand elle l'avait vu franchir le seuil de
la porte, le sang qui accompagne toute une vie, du premier lever de soleil au demi-jour
de la nuit approchante, dardant de ses rayons irrisés le sommet des montagnes pour celui
qui en observe le coucher depuis la plage, allongé sous l'ombre mouvante du phare qui
s'allumera bientôt."


Tout cela pour décrire l'étonnement d'Emi en rencontrant quelqu'un qui ne s'était jamais
habillé en rouge jusqu'à présent. Ensuite, c'est au lecteur d'interpréter !

Je vous ai posté à dessein cet extrait, en fait il y a une double description:
une partie de la démarche, lorsque j'ai écrit ce passage, consistait également à décrire la vie.
(rouge -> sang -> vie -> mort -renaissance?-)

Cela vaut ce que cela vaut,  il existe probablement d'autres démarches plus précises, et les plus aguerris pourraient en parler.
Qu'en dites-vous ?

« Modifié: 19 Septembre 2012 à 10:48:43 par Ned Leztneik »
Il est dit parfois que toutes les guerres ne sont que des guerres de religion. Alors dites-moi le nom de ce Dieu qui les autorise à tuer l'amour. (apologue d'Alegranza)
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Re : L'art de faire avancer un personnage.
« Réponse #6 le: 19 Septembre 2012 à 10:53:09 »
Merci pour vos réponses.

Je suis amplement d'accord sur ces deux points. Tout d'abord, un exemple pour illustrer le deuxième point. J'ai lu les Misérables de maître Hugo à l'âge non raisonnable de 11 ans, et seigneur ! Toutes ces descriptions, ça m'a franchement rebutée. A savoir que l'édition était coupée ainsi :
Oui je me souviens avoir zappé ces passages là, mais mon point n'est pas de noyer le lecteur dans une tonne de descriptions, ou comme l'a dit Anlor d'exhiber un quelconque vocabulaire super technique.
Mais le fait est que je sens trop souvent un "vide" dans mes textes, quand mon héros entre dans une pièce par exemple, ce n'est pas tant de dire sur des pages entières qu'il y a plein d'objets tout partout et de toutes les couleurs qui m'interesse, c'est comment, à partir de deux ou trois objets, en quelques petites phrases courtes et concises, planter le décor et l'ambiance qui va avec, sans tenir le lecteur par la main, mais justement en lui donnant les clés par des détails qui lui parleront peut-être.
Le problème qui se pose pour moi, c'est qu'en intérieur ou dans des lieux insolites ou des villes imaginaires, j'ai beau me mettre à la place du héros, sentir la grandeur ou la beauté des lieux avec précision, je n'ai pas vraiment d'image qui se forme, les mots me manquent donc cruellement, et je ne parviens au final à ne transmettre aucune émotion. Ce qui est fort déplaisant quand j'ai en tête quelque chose de pas mal, mais qui ne se matérialise jamais sur ma feuille.

Mais vous m'avez apporté un début de réponse, il faudra sans doute enrichir mon vocabulaire et prendre plus de temps pour réfléchir aux décors, je suis sûr qu'améliorer ce point me sera très bénéfique plus tard, merci  :D

« Modifié: 19 Septembre 2012 à 10:56:25 par World End Girlfriend »

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Re : L'art de faire avancer un personnage.
« Réponse #7 le: 19 Septembre 2012 à 10:56:45 »
Je vais peut-être écrire une grosse bétise ... mais-faut-il vraiment se mettre dans la peau du personnage ? Ne conviendrait-il pas davantage d'être celui qui assiste à ce que fait le personnage et le décrit ?

Mais nous entrons là dans la différenciation, et c'est un autre débat.
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Re : Re : L'art de faire avancer un personnage.
« Réponse #8 le: 19 Septembre 2012 à 11:06:53 »
Le problème qui se pose pour moi, c'est qu'en intérieur ou dans des lieux insolites ou des villes imaginaires, j'ai beau me mettre à la place du héros, sentir la grandeur ou la beauté des lieux avec précision, je n'ai pas vraiment d'image qui se forme, les mots me manquent donc cruellement, et je ne parviens au final à ne transmettre aucune émotion.

Je sais pas a quel point tes lieux sont inventés mais la plupart du temps les lieux imaginaires sont juste de légers détournements de notre monde à une époque donnée. Les références cognitives restent les mêmes.. tu ne peux que faire appel a elles pour interpeller émotionnellement le lecteur.

On pourrais peut-être prendre un exemple non?
Tu veux qu'on essaie de décrire une ambiance de saloon de l'espace, de plage martienne ou de marché du Mordor?  :mrgreen:

ps: Ned je suis intrigué par le terme de "différenciation:)
« Modifié: 19 Septembre 2012 à 11:08:55 par kodama »
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Re : L'art de faire avancer un personnage.
« Réponse #9 le: 19 Septembre 2012 à 11:12:21 »
Voilà un bon exemple Kodama. On peut faire un petit exercice ici. Prenons le marché du Mordor.

Peux-tu nous en faire une description WEG, ici dans ce sujet ? Ton personnage arrive sur le marché - lugubre donc, puisqu'il s'agit du Mordor. Il cherche un marchand de poisons.

Donne-nous ta version, qu'on puisse l'analyser, et pourquoi pas, te donner notre rendu d'exercice.
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Re : L'art de faire avancer un personnage.
« Réponse #10 le: 19 Septembre 2012 à 11:21:06 »
Sur la différenciation, cela se réfère au jeu de l'acteur: il y a deux écoles, soit l'acteur fait des effets, il se glisse dans la peau du personnage, et fait réagir le spectateur en "jouant", soit il ressent vraiment, mais sur commande le sentiment, pour le faire ressentir au spectateur. Dans le deuxième cas, il se différencie de celui qui est sur scène en se controlant depuis les projecteurs (moi et surmoi). C'est la méthode de Stanislawski, tandis que la première est celle de Brecht, pour ce dont je me souviens ... mais le théâtre, c'était il y a plus de quarante ans !

<edit> (wiki) En psychologie analytique ou jungienne, la différenciation est le processus psychique qui procède par découplage de polarisation d'un matériau psychique initialement homogène en deux éléments psychiques autonomes et opposés (comme : l'idée de Bien et l'idée de Mal, l'Amour et la Haine, l'Ombre, l'Anima et animus). C'est aussi et surtout pour Jung le vecteur de l'évolution spirituelle et de l'homme et de la société, la finalité de toute civilisation et de tout esprit critique.

Avec cette parallèle, j'imagine l'auteur faire de même. Soit il s'imagine être le personnage, soit il le décrit.
« Modifié: 19 Septembre 2012 à 13:33:26 par Ned Leztneik »
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Re : L'art de faire avancer un personnage.
« Réponse #11 le: 19 Septembre 2012 à 11:46:49 »
Citation de: WEG
il y a juste quelques codes qui font que j'imagine une ambiance au lieu d'une autre.
C'est exaaactement ça. Du coup il me semble que je vois ce que tu veux dire : tu ne veux pas dire que tu cherches spécifiquement à faire une longue description précise ou compliquée ; mais que tu veux y mettre davantage que les codes convenus pour rappeler une ambiance ou une forme ou un lieu ; c'est ça ?
Si c'est ça, je me retrouve dans ton questionnement.
Comme dit Olive : lire et observer quand tu lis, je suppose. Personnellement je triche : je... vais sur Google images  :mrgreen: Non c'est vrai, pour moi la savane c'est juste une vaste plaine jaune. Du coup je tape "savane" et j'observe tous les petits détails, les arbres, les formes, les lumières, pour pouvoir mettre plus que le code "savane" dans le texte. (Bon là c'est un mauvais exemple parce que je suis pas du tout sûre d'avoir réussi à mettre quoi que ce soit de la savane, vu que c'est vachement spécifique et que j'y ai jamais été et ai peu lu dessus ; mais dans la démarche, quoi).

Par contre je suis d'accord avec Anlor :
Citer
Ce qui importe quand tu veux donner un cadre à une scène, ce ne sont pas tellement les détails du décor  mais plutôt les sentiments que tu pourras faire passer à travers celui-ci. Si tu veux, on parle plus facilement d'ambiance que de décor et il me semble que tu devrais plutôt chercher dans cette direction pour améliorer ta rédaction.

Et avec Ned :
Citer
Je vais peut-être écrire une grosse bétise ... mais-faut-il vraiment se mettre dans la peau du personnage ? Ne conviendrait-il pas davantage d'être celui qui assiste à ce que fait le personnage et le décrit ?
Même si là je me placerais pas forcément du point de vue du mode d'emploi (l'auteur devant ou non se mettre à la place du personnage), mais du point de vue du texte. Une description n'est jamais neutre. Elle fait sens, elle apporte quelque chose au texte, elle participe du ton global de l'histoire. Si t'es dans un récit humoristique, ça va pas le faire si tu te lances dans une envoyée lyrique sur le jardin de l'héroïne. Si t'es dans un texte sombre et haché, non plus. Etc. etc.

Du coup pour la description, y a en fait énormément d'éléments qui entrent en jeu : souvent, la description suit implicitement le regard d'un des personnages ou d'un groupe (cf. ton exemple : "Le guerrier découvrit ainsi un vaste étang rectangulaire"). Elle peut se mêler à ses perceptions, à ses pensées (cf. ton "Cecht crut y déceler le fantôme ").
Ce qui fait que peaufiner ses descriptions, c'est pas seulement une question de vocabulaire ou de visualisation...

En fait je m'aperçois que j'aime bien les descriptions. Pas les interminables descriptions à la Capitaine Fracasse où on vous décrit jusqu'aux poutres de l'auberge où les héros ne sont pas encore arrivés... Mais des descriptions de taille raisonnable, si elles sont bien tournées, et même si je dois faire un effort mental pour les visualiser (en général, je glisse dessus comme sur ces "codes" de description, sans réellement me former d'image), je les aime bien.
Je me souviens même d'un chapitre de Joseph Balsamo de Dumas, qui n'est constitué que de la description de la maison de Balsamo. Sauf que c'est tellement bien fait qu'on n'a pas l'impression de lire une description ; c'est plein de mystère et d'ambiances.


Du coup je dirais que pour progresser tu peux :
- lire et observer les autres descriptions pour avoir du vocabulaire ou des repères visuels
- regarder des images de lieux approchant ceux que tu veux décrire
- t'imprégner avant tout d'une ambiance, de celle que tu veux faire ressortir
- écrire des petits textes descriptifs comme exercices de style ?
- ne pas considérer ces courtes descriptions comme des trucs ennuyeux et inutiles.  :D Sinon 1- à quoi bon en écrire toi-même ? et 2- ce que tu vas écrire sera aussi ennuyeux et inutile, si c'est comme ça que tu perçois l'exercice.
T'es absolument pas obligé de caser une description dans les moments de creux de l'intrigue, ni ces petits interludes avec le chevalier qui observe un bassin. Y a plein d'autres façons de faire avancer la ligne temporelle de ton intrigue.
Une description, à mon avis ça doit servir à :
- permettre au lecteur de se représenter les lieux
- transmettre une ambiance.
Si elle est là en bouche-trou, normal qu'on s'ennuie à la lecture...  ::)
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

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Re : L'art de faire avancer un personnage.
« Réponse #12 le: 19 Septembre 2012 à 12:23:19 »
Prenons l'exemple du saloon  :mrgreen:

La première chose qui me parle ce sont les portes qu'ont trouve à l'entrée, je ne connais pas le mot exact utilisé pour les définir, mais si je le savai ce serait parfait, car je pourrai dire que mon héros les pousse avec une telle violence pour entrer dans le saloon, que ces deux bouts de bois continuaient à faire des mouvement d'avant en arrière  (si je connaissai le terme exact  là aussi ce serait bien) tandis que le héros s'avançait.
Je dirais aussi que même si toutes les grandes tables rondes étaient occupées par des truands jouant aux cartes ou buvant de la bière, il régnait un lourd silence, car tout le monde fixait sur le héros d'une façon menaçante. Je dirais aussi que ce dernier avait le visage caché par une cape (capuche ?) et qu'il marchait tranquillement vers le comptoir ( pas sûr que ce soit le bon mot), sans se soucier de la lourde atmosphère, au son de ses bottes qui faisaient craquer le parquet (pas sûr du mot) en bois, puis je terminerai en disant qu'il prenait place sur un vieux tabouret (pas sûr du mot aussi), bien en face du barman qui semblait terrifié.
S'il y avait une scène d'action, je décrirai bien les bouteilles d'alcools qui volent en éclat derrière le comptoir, mais pour ne pas répéter ce mot, j'utiliserai plutôt la chose où étaient déposés ces bouteilles, mais je sais que ce n'est ni une armoire ni une étagère, en fait je ne sais pas comment on appelle cela.
C'est ça mon problème. Mettre des mots sur ce que je vois.
Dans l'idéal voilà ce que je dirai donc, mais en réalite ce sera probablement juste "le héros entre dans le saloon et marche tranquillement vers le barman , sous le lourd silence des truands qui le fixaient tout autour". J'ai dit à peu près la même chose, mais cela m'étonnerait que le lecteur puisse voir la scène avec une précision suffisante pour s'immerger.
Je voudrais qu'il voit plus en détail l'ambiance de ce saloon à cet instant-là, et en m'attardant sur l'intéraction du héros et de son environement je pense que cela est possible.



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Re : L'art de faire avancer un personnage.
« Réponse #13 le: 19 Septembre 2012 à 13:14:51 »
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Dans l'idéal voilà ce que je dirai donc, mais en réalite ce sera probablement juste "le héros entre dans le saloon et marche tranquillement vers le barman , sous le lourd silence des truands qui le fixaient tout autour". J'ai dit à peu près la même chose, mais cela m'étonnerait que le lecteur puisse voir la scène avec une précision suffisante pour s'immerger.
Ben ça dépend de ce que tu veux faire passer, de l'importance du décor. Ta phrase "le héros entre dans le saloon et marche tranquillement vers le barman, sous le lourd silence des truands qui le fixent tout autour", elle est d'ores et déjà chargée d'ambiance. T'es pas obligée d'en mettre plus, visuellement. Tout le monde a vu un saloon à la télé, on se le représente. Effectivement, on ne sait pas s'il y a une chanteuse ou pas, un gars avec un accordéon ou un piano, si les verres sont rangés ou sur les tables, etc. etc. Mais est-ce important ?
Ce que je veux dire c'est que tu dois pas de forcer à écrire des descriptions, si dans ton style ça ne passe pas par elles...


Ensuite pour le vocabulaire, ben, regarde sur Wikipedia ? :mrgreen: Sur Google images, sur d'autres sites spécialisés... Et puis lis des trucs qui en parlent. Le vocabulaire c'est purement technique, pour le coup. Cherche dans une encyclopédie, feuillette le dictionnaire, pour savoir comment s'appellent ces portes (d'après Wiki, c'est juste des portes en bois à double battant).
Pour le parquet qui craque, là c'est pas un vocabulaire spécifique, c'est juste une expression toute faite ; et pour ça, eh bien... lis, lis, lis, et n'emploie que des termes que tu maîtrises. Si tu n'es pas sûr que le parquet craque, dis-le autrement ! Si tu n'es pas sûr de ce qu'est un tabouret, va regarder au Larousse...


Je veux dire qu'y a deux choses différentes dans ce que tu nous dis :
- la difficulté à donner à exister à un lieu. Toi tu te centres sur l'action. C'est une chose.
- la pertinence de ton vocabulaire. C'en est une autre.

Pour la première, je pense que c'est là que tu as le plus de latitude et que tu peux placer "ta plume". Pour la seconde, ben lire et demander autour de soi et faire des recherches quand ce sont des termes spécifiques ; je vois que ça...  :-\
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

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Re : L'art de faire avancer un personnage.
« Réponse #14 le: 19 Septembre 2012 à 13:42:59 »
Eh bien, je trouve que tu fais toute une psychose sur pas grand-chose :mrgreen:

Parce qu'avec le peu que tu nous a fourni, je visualise parfaitement la scène, et les mots que tu as choisis sont les bons (pour avoir bossé dans un bar).

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La première chose qui me parle ce sont les portes qu'ont trouve à l'entrée, je ne connais pas le mot exact utilisé pour les définir

Des portes à battants, je crois bien.

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le comptoir ( pas sûr que ce soit le bon mot)

ça me paraît bon, ça ou "le bar". Mais le comptoir, ça a aussi la notion d'hébergement, donc c'est ok =)

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faisaient craquer le parquet (pas sûr du mot) en bois

un sol en bois, à part du parquet, ça peut être quoi franchement ?  ::)

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sur un vieux tabouret (pas sûr du mot aussi)

Ben si, un truc rond à trois pieds dans un bar, je crois bien que c'est un tabouret  :P

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j'utiliserai plutôt la chose où étaient déposés ces bouteilles, mais je sais que ce n'est ni une armoire ni une étagère, en fait je ne sais pas comment on appelle cela.

Euh, alors je crois que ya pas de mot spécifique, perso je dirais plus un "présentoir", tout simplement.


Donc, tu vois ? Tu penses que tu ne sais pas, mais tu sais. Tu psychotes justes parce qu'à mon sens, tu as PEUR que le lecteur ne visualise pas.

Mais j'ai très bien visualisé la scène du cowboy qui entre dans le saloon, et encore ! malgré le fait que tu ne l'aies même pas vraiment écrite.
Je crois qu'il y a dans le coeur des hommes une place créée pour l'émerveillement, une place endormie qui attend de s'épanouir ~ Les Aventuriers de la mer


 


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