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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Les délires syllabiques

Auteur Sujet: Les délires syllabiques  (Lu 2672 fois)

Jon Ho

  • Invité
Les délires syllabiques
« le: 20 Août 2012 à 04:09:04 »
L’insomnie persistante, grossièrement déguisée en berger, guide les moutons vers d’autres palissades à sauter.
La marchande de sable, sur son solex couleur de rêves, jette sans conviction une poignée de plage sous les paupières d’Amy-Lee, perdue aux antipodes du pays des songes.

Elle a passé la soirée devant sa télé éteinte à compter ses doigts de pieds torturée par un besoin d’écrire, pour le moment, impossible à retranscrire. Trop de mots en même temps, agités comme une farandole ivre trémoussant son popotin sur la danse des canards. Trop de phrases qui se bousculent, s’emboîtent en inepties, s’écrasent contre le mur de la cohésion en de grossières taches d’encre.
Un immense bouchon sur l’autoroute littéraire. Des files ininterrompues de syllabes klaxonnent un début de migraine. Aucun médicament pour la soulager. Le doliprane guérit les maux de tête, pas les mots dans la tête.

Arrivée pour la quarante sixième fois au chiffre impeccable de dix, elle décide de remettre ses chaussettes et de se forcer à pondre des mots. Au moins pour que ce connard dans sa fiat panda, coincé entre deux neurones tétanisés, arrête de hurler.
Une écriture strictement thérapeutique, un vomi de mots sur sa page, blanche comme la cuvette de ses chiottes. Amy-Lee écrase sa plume de long en large, expédiant sans ménagement le surplus pesant de ses idées.
Elle laisse sa verve courir dans tous les sens. Une écriture automatique. Une symptomatique comparable à l’opiomane devant un sachet de poudre, rongé de tics nerveux et de spasmes disgracieux.

Seule dans sa chambre d’étudiante, confinée dans un espace temps aussi abstrait qu’un tableau de Pollock, elle épuise l’Amazonie. Se foutant pas mal des répercutions écologiques de sa frénésie, elle gaspille, transforme le papier en boulettes, s’essaye à un trois points de sa chaise à la corbeille et marque sous le regard impuissant de Tony Parker, sorti de nulle part.

Arrivée à la dernière page, elle maudit à voix haute Clairefontaine et cette mauvaise habitude qu'elle a prise de n’acheter que des blocs de deux cents cinquante feuilles. Plus de charbon et tellement de kilomètres, encore, à parcourir.

Sans se démonter, elle commence à écrire sur la table. L’encre adhère mal à cette improbable surface mais elle s’en fout. Chaque mot griffonné la déleste un peu plus. Chaque phrase lui concède un peu d’espace libre dans ce capharnaüm sibyllin. Si vilain qu’une maman tigre n’y retrouverait pas ses petits. Et dieu sait pourtant que les félins ont une fibre maternelle à toute épreuve.

La table est vraiment trop petite. Le délire doit il prendre fin ?

Amy-Lee grimace une frustration. Elle regarde les murs de sa chambre d’un blanc affriandant et sans vraiment hésiter, passe de l’écriture horizontale au gribouillage vertical. Dix huit mètres carrés à recouvrir de Calibri, de Times new roman, d’Arial en fonction des sinuosités de la peinture.

Après trois heures d’agitation du poignet son geste se fait de moins en moins précis, un début de fatigue s’annonce. Sur la pointe des pieds pour atteindre, de son tabouret, un plafond bien trop haut, elle bascule et tombe. La chute la cloue un moment au sol. Elle en profite pour s’y attaquer et graver dans le lino les derniers syntagmes avant le point final. Un gros rond au marqueur noir sur la porte de  la salle de bain dans lequel elle laisse graviter le reste de sa psychose.
Elle avale un comprimé sous un verre d’eau, enfin débarrassée de son brouhaha mental.

Une douche rapide, le temps que la première pluie frappe au carreau. Elle ne prend pas la peine de s’habiller et se précipite regarder les gouttes tomber.

En imaginant que chacune est un corps.
« Modifié: 03 Novembre 2012 à 16:08:39 par Jon Ho »

Hors ligne Kerena

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 675
  • Schrödinger cat
    • Dans les nuages
Re : Le trou noir cérébral
« Réponse #1 le: 20 Août 2012 à 09:33:06 »
C'est marrant, mais cette manie de relier tes textes les uns aux autres, par un nom, un mot ou une petite phrase me rappelle un auteur, mais impossible de me rappeler qui  |-| Ce n'est pas une critique hein, juste une simple constatation.

J'ai bien aimé, parce que ça m'a rappelé mes profs en cours quand un abruti appelait "au secours j'ai plus de feuille..." En général ils répondaient le classique mais efficace "alors, écrivez sur la table".

Il me rappelle également ton texte Gigot d'agneau et jacuzzi, mais en plus court et bien plus travaillé ; même si les mots sont simples et efficaces. Pas besoin de grands mots pour décrire une frénésie ^^

J'adhère, comme d'habitude =)

En revanche, je ne comprends pas le titre : elle ne perd pas conscience, si ? Dans ce cas, il faudrait le montrer, genre ellle avale son cachet, s'endort devant la porte de la salle de bains... Et en se réveillant elle découvre son œuvre et ne comprend pas. Puis la douche, etc. Ce n'est que mon humble avis, bien sûr ^^

Ah oui, il y a un souci ici :
Citer
incapable à retranscrire

Tu as voulu dire impossible à retranscrire, ou incapable de le retranscrire ?
« Modifié: 20 Août 2012 à 09:37:56 par Kerena »
Je crois qu'il y a dans le coeur des hommes une place créée pour l'émerveillement, une place endormie qui attend de s'épanouir ~ Les Aventuriers de la mer


Jon Ho

  • Invité
Re : Le trou noir cérébral
« Réponse #2 le: 20 Août 2012 à 12:11:00 »
Hello Kerena.

Je vais essayer de relier délicatement entre eux tous mes textes à venir avec Amy-Lee.
Ca créé une forme de continuité que j'aime bien et petit à petit j'arriverais à en savoir plus sur son apparente bargitude ^^
J'ai passé ma première année de seconde à écrire et dessiner sur ma table du cours de math. Le prof me foutait la paix, il savait que pour moi c'était trop tard...

Pour ce qui est du titre, t'as raison, c'est un peu tordu.
En fait je ne voyais pas le trou noir dans son sens amnésique mais le vrai trou noir dans le ciel.
Celui qui avale toute la matière et se nourrit de tout ce qui l'entoure. Un genre d'aimant surpuissant.
Je vais réfléchir à un autre titre.

Incapable à retranscrire, ça ne m'a pas perturbé plus que ça à 4:00 du mat
Ce matin je me rends compte grâce à toi que ça ne veut rien dire et j'ai corrigé. Merci

Content que ça t'ai plus.
Au plaisir Kerena

Hors ligne Sixte

  • Troubadour
  • Messages: 362
Re : Les délires syllabiques
« Réponse #3 le: 20 Août 2012 à 15:22:06 »
Yo !  :D
Citer
L’insomnie persistante, grossièrement déguisée en berger guide les moutons vers d’autres palissades à sauter.
La marchande de sable, sur son solex couleur de rêves, jette sans conviction une poignée de plage sous les paupières d’Amy-Lee, perdue aux antipodes du pays des rêves.
J'aime.  :)

Citer
compter ses doigts de pieds
Verdict ? L'en a combien ?
Citer
torturée par un besoin d’écrire pour le moment, impossible à retranscrire
Bizarre, cette phrase. "Ecrire pour le moment" ? Comment ça pour le moment ? Ou alors la virgule est mal placée (la mettre après écrire ?), mais c'est quand même étrange de vouloir retranscrire un besoin d'écrire. On retranscrit plutôt un texte, ou une impression, un sentiment. A moins que ce soit une mise en abime ? Genre "Je veux écrire mais j'y arrive pas, alors je veux écrire que j'arrive pas à écrire, mais j'y arrive pas non plus." :\? Bref, j'comprend pas.

 
Citer
farandole ivre trémoussant son popotin
Mouais. C'est bizarre d'évoquer un popotin global pour toute la farandole. Je verrais plus une farandole de popotins.  :mrgreen:
 
Citer
s’écrasent contre le mur de la cohésion en de grossières taches d’encre.
:coeur:

Citer
Amy-Lee grimace une frustration
:o

Citer
Un gros rond au marqueur noir sur la porte de  la salle de bain dans lequel elle laisse graviter le reste de sa psychose.
J'adore cette idée.

Citer
En imaginant que chacune est un corps.
Un peu monomaniaque cette Amy-Lee.  :mrgreen:

Pour conclure, j'ai vraiment bien aimé ce texte, je me suis pas mal retrouvée dans Amy-Lee.
Merci pour cette lecture. :)
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Jon Ho

  • Invité
Re : Les délires syllabiques
« Réponse #4 le: 20 Août 2012 à 15:41:38 »
Hello Sixte.

Le verdict du nombre de doigts de pieds tombe plus loin dans le texte.
Effectivement il manque une virgule après moment, bien vu...
Si tout les participants à une farandole trémoussent leur popotin, ça devient un popotin farandole, c'est la règle ;)
Amy-Lee grimace une frustration : Construire de cette façon, ça évite les lourdeurs chiantes. La grimace sur le visage d'Amy-Lee s'apparente à une frustration. Je tranche juste un peu dans le gras disgracieux ^^
Sûrement monomaniaque. Mais en fait comme je le disais à Kerena, j'essaye de relier mes textes. Pour que ça fasse un genre de continuité.

Merci pour ta lecture et ton commentaire Sixte et au plaisir

Hors ligne Sixte

  • Troubadour
  • Messages: 362
Re : Les délires syllabiques
« Réponse #5 le: 20 Août 2012 à 16:35:10 »
Ah oui, tiens, j'avais pas percuté, j'ai cru que c'était dix moutons.  ::)
Pourtant, en relisant, c'est très clair.
Je dois être vraiment fatiguée.
Oui, je vois bien ça, c'est sympa.  :mrgreen:
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Hors ligne Tomoyo

  • Calliopéen
  • Messages: 578
Re : Les délires syllabiques
« Réponse #6 le: 20 Août 2012 à 19:47:49 »
Saaalut ,

Citer
L’insomnie persistante, grossièrement déguisée en berger guide les moutons
Je mettrais une virgule après berger

Citer
La marchande de sable, sur son solex couleur de rêves, jette sans conviction une poignée de plage sous les paupières d’Amy-Lee, perdue aux antipodes du pays des rêves.
J’ai trouvé dommage la répétition de « rêves » parce que sinon j’aime beaucoup cette phrase, ça sonne très juste  ::)

Citer
torturée par un besoin d’écrire pour le moment
pareil que sixte, le « pour le moment » fait bizarre

Citer
Trop de mots en même temps, agités comme une farandole ivre trémoussant son popotin sur la danse des canards.
J’aurais arrêté à ivre, mais rallonger les phrases dans un délire semble faire partie de ton style  ^^.

Citer
s’emboîtent en inepties
beaucoup aimé cette expression  :)

Citer
Des files ininterrompues de syllabes klaxonnent dans sa tête un début de migraine
J’aurais pas mis « dans sa tête » : des files ininterrompues de syllabes klaxonnent un début de migraine. On le sait que c’est dans sa tête la migraine…  |-|

Citer
Le doliprane guérit les maux de tête, pas les mots dans la tête.
Mouahaha

Citer
Une écriture strictement thérapeutique, un vomi de mots sur sa page, blanche comme la cuvette de ses chiottes.
Arf, ce n’est pas du tout ce que je préfère dans ton écriture, mais en même temps, c’était presque naïf de ma part de penser y échapper  :-¬?

Citer
Une symptomatique
J’aurais répété « écriture », j’ai dû relire deux fois, je cherchais à quel mot se rattachait l’adjectif symptomatique.

Citer
Seul dans sa chambre d’étudiante
Seule

Citer
confinée dans un espace temps aussi abstrait qu’un tableau de Pollock elle épuise l’Amazonie.
Virgule après Pollock
Nice le « elle épuise l’Amazonie »  ::)

Citer
sous le regard impuissant de Tony Parker, sorti de nulle part.
en effet  |-|

Citer
elle maudit à voix haute Clairefontaine et sa manie de n’acheter que des blocs de deux cents cinquante feuilles.
Dit comme ça on dirait que c’est ma manie de Clairefontaine… mais Cmllairefontaine n’achete pas ces carnets, il les fabrique… ???

Citer
L’encre adhère mal à cette improbable surface mais elle s’en fout.
Mmmm pas tellement improbable, c’est assez courant les écritures ou dessins sur table.

Citer
sibyllin. Si vilain
huhuhu  :mrgreen:

Citer
qu’une maman tigre n’y retrouverait pas ses petits. Et dieu sait pourtant que les félins ont une fibre maternelle à toute épreuve.
Un peu comme Tony Parker, on sait pas d’où ça tombe, et on s’attend à Alphonse le plombier au prochain paragraphe   :-\

Citer
La table est vraiment trop petite. Le délire doit il prendre fin ?
Aime bien ^^

Citer
Elle regarde les murs de sa chambre d’un blanc affriandant
ah beh vi, évidemment  :huhu:

Citer
Dix huit mètre carrés
dix-huit mètres carrés

Citer
à recouvrir de Colibri, de Times new roman, d’Arial
…… Calibri…….   |-|

Citer
La chute la cloue un moment au sol. Elle en profite pour s’y attaquer et graver dans le lino les derniers syntagmes avant le point final.
Mdr, beaucoup aimé  :D

Citer
Elle ne prend pas la peine de s’habiller et se précipite regarder les gouttes tomber.

En imaginant que chacune est un corps.
Tarée  :mrgreen:

Ben écoute John, certainement le texte que j’ai préféré dans tout ce que j’ai pu lire de toi jusqu’à présent ^^
Ça sonne bien, j’aime bien les images, tu as des expressions bien senties.
Bon comme d’habitude, quand tu parles de vomissures, de crachats d’écritures, de co***rd et j’en passe, je perds le fil, je t’entends toi et plus ton texte, et puis je ne suis pas très adepte du genre.
Mais justement là ça va, il y en a peu, du coup j’ai passé un bon moment de lecture. ::)

Merci pour ce texte :D


Mes goûts sont simples : je me contente de ce qu'il y a de meilleur [Oscar Wilde]

Jon Ho

  • Invité
Re : Les délires syllabiques
« Réponse #7 le: 21 Août 2012 à 11:43:30 »
Tomoyo,

Merci beaucoup pour ton commentaires et tes corrections toutes judicieuses.
J'ai modifié le texte dans le sens de tes remarques.
Content que ça t'ai plus. Ce texte m'a fait mal au crane parce qu'à la fois dur à écrire et jouissif.

Au plaisir

Hors ligne OliveDuWeb

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 665
  • Une tapenade de mots dans une mer d'huile d'idées
    • Page auteur
Re : Les délires syllabiques
« Réponse #8 le: 21 Août 2012 à 13:43:11 »
Bonjour !


Je répète : je ne cherche ni à faire plaisir ou à casser, juste à dire ce que je pense. Quand ça ne me plaît pas, ou même que je n'ai pas réussi à lire jusqu'au bout, je ne mâche pas mes mots.
Voilà, maintenant que j'ai bien posé l'atmosphère, je peux commencer  >:D

Chaque fois que j'aborde un nouveau texte de Jon Ho, c'est avec fébrilité, excitation, et aussi une certaine crainte.

La fébrilité, c'est parce que je ne suis jamais déçu. Il y a toujours quelque chose d'authentique, de pertinent, et de jubilatoire dans ce qu'il écrit. Enfin, dans ses textes que j'ai lus (car je suis encore loin de tout avoir parcouru l'ensemble de ce forum). Celui-ci ne fait pas exception.
L'excitation, car il me met à chaque fois l'imagination à l'envers. Une multitude d'idées (dont certaines que je suis jaloux de ne pas avoir trouvé le premier). Un point de vue toujours différent et en adéquation avec le contenu. Ici, la règle est respectée (à quand une exception ???)
La crainte, car parfois c'est un peu trop décalé pour moi, ou le sujet abordé ne résonne pas en moi, voire la manière de le traiter ne suscite pas vraiment mon intérêt. Ces délires, peut-être plus "gentils" dans le style que d'autres textes (dont je n'ai plus les noms en tête), a donc été très abordable pour moi.

J'espère que la forme atypique de mon commentaire (plein de seconds degrés comme j'en ai l'habitude) saura être perçu comme il le mérite ;)

Et pour ceux qui n'ont rien compris, voici un petit résumé : j'aime bien et j'ai rien trouvé à reprocher, donc j'ai essayé de meubler :D


Cordialement,
O.
"Les seuls beaux yeux sont ceux qui vous regardent avec tendresse" (Coco Chanel)

Jon Ho

  • Invité
Re : Les délires syllabiques
« Réponse #9 le: 21 Août 2012 à 14:04:50 »
C'est marrant ta façon de formuler ton commentaire :
Chaque fois que j'aborde un nouveau texte de Jon Ho : On dirait que tu t'adresses à une foule en délire, venue faire la queue devant le rayon littéraire de Virgin, pour se procurer ma dernière oeuvre magistrale. ( Ah bon, c'est pas le cas... Merde alors... )
Ton discours m'a fait plaisir, content que ça t'ai plu.
( Les petits fours et le champagne sont offerts par la maison... d'édition... ^^ )

Hors ligne ouimadame

  • Tabellion
  • Messages: 54
Re : Les délires syllabiques
« Réponse #10 le: 21 Août 2012 à 15:07:57 »
que de formules qui font mouches, y'a autant d'embouteillages de mots dans la tête de ton héroïne que dans la tienne. c'est à se demander si tu la sniffes pas .... ton Amy-lee.
Je crois que j'y prends goûts à toutes ces images délirantes. Comme à l'école maternelle, dix bon-points une image. Alors on va tous tâcher d'être sages... ou pas.


Jon Ho

  • Invité
Re : Les délires syllabiques
« Réponse #11 le: 21 Août 2012 à 15:31:46 »
Ou pas, c'est clair...

 


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