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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Rêve meurtrier

Auteur Sujet: Rêve meurtrier  (Lu 1677 fois)

Hors ligne Zamy

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Rêve meurtrier
« le: 19 Août 2012 à 21:44:04 »
Faut bien se lancer, pas vrai? Alors j'ai choisi une de mes dernières créations, une nouvelle policière. Je l'ai intitulée "Rêve meurtrier".
Bonne lecture, j'espère que vous passerez un agréable moment!  :)


              Cher inconnu, chère inconnue,

 Lisez cette lettre si vous en avez le courage, mais une fois que vous l’aurez commencée, vous ne pourrez plus renoncer. Vous décidez de connaître toute mon histoire ou de ne rien savoir de moi.

 Si vous parcourez ces lignes, vous avez fait votre choix. J’ai donc une question pour vous. Avez-vous déjà vécu l’expérience d’un rêve récurrent ? Un rêve qui, chaque nuit, se répète inlassablement dans votre esprit, toujours identique ? Moi, c’est exactement ce que je vis, depuis mes douze ans. Jour et nuit, lorsque je ferme mes paupières, une image s’impose à moi ; lorsque tout le monde sommeille, un sourire aux lèvres, un cauchemar me berce. Mais après tout, ce que j’ignore, c’est si cela est véritablement le fruit de mon imagination ou la terrible vérité.
 Traitez-moi de folle si cela vous fait plaisir, mais après avoir lu mon histoire, demandez-vous dans quel état vous seriez si c’est à vous qu’elle était arrivée.
 
Lorsque mes paupières se ferment, une scène s’immisce dans mon esprit, tel un poison se répandant dans le corps de sa victime. Tant que mes yeux sont clos, mais que je suis consciente, elle reste présente, et me semble même empirer de seconde en seconde. Un cadavre gît devant moi dans une mare de sang, ses yeux vitreux posés sur moi. Sa gorge sectionnée est presque impossible à distinguer à travers le liquide rougeâtre qui s’en découle. Il doit avoir une trentaine d’années, a les cheveux noirs et les yeux verts. Le macchabé se décompose devant moi si rapidement que j’ai la sensation de traverser plusieurs jours en quelques secondes.
 Certains soirs, les rares où, malgré cette vision d’horreur inimaginable, mon esprit trouve le chemin menant au sommeil calme et paisible auquel j’aspire tant, une scène pire encore m’attend, un dernier obstacle entre moi et l’imaginaire. Obstacle que je n’ai jamais franchi. Je vois une enfant, un couteau dans sa main droite, s’avançant lentement vers un homme. Celui-ci est dans le noir, et son visage m’est invisible. J’entends l’enfant hurler quelque chose, mais ses paroles sont incompréhensibles. L’homme répond calmement, cependant ses mots ne semblent pas apaiser la jeune fille. Elle s’élance vers l’inconnu, son arme brandie. Pris par surprise, celui-ci n’a pas le temps de réagir ; le couteau transperce la peau de son cou, et il s’effondre sans un cri, sa bouche ouverte laissant s’échapper un filet de sang. La jeune fille, tremblante, laisse échapper l’arme de ses doigts. Dans un bruit métallique, celle-ci touche le sol. Les jambes de l’enfant fléchissent, et à son tour, elle tombe par terre.
 C’est à cet instant que je vois distinctement le visage de l’homme. Il est, sans aucun doute, celui que je regarde se décomposer lorsque je ferme mes yeux. Mon cauchemar mène alors mon regard vers la jeune fille. Elle est couverte de sang, mais je sais que ce n’est pas le sien. Des larmes coulent le long de son visage fin, et ses longs cheveux noirs tombent en cascade sur ses frêles épaules. Je sais qui est cette personne. C’est moi, à l’âge de dix ans, et je viens de tuer mon père.
 C’est généralement à ce moment que je me réveille en sursaut, baignée de sueur, tremblant de tout mon corps, le visage figé dans une expression de terreur indescriptible.
 Mon père, Henri, est réellement décédé un soir de juillet, alors que j’avais à peine dix ans. Un meurtre, dans lequel je ne serais que témoin oculaire, selon la police. Malheureusement, que ce soit à cause du choc émotionnel lié à la perte de ce membre de ma famille ou de la culpabilité, je ne garde que très peu de souvenirs de cette nuit fatidique.
 L’enquête qui s’est déroulée par la suite a permis d’appréhender un suspect, nommé Laurent Den, alors qu’il cherchait à quitter la ville. La fouille menée plus tard dans sa voiture et ses affaires a permis de retrouver des bijoux et autres objets volés dans notre maison.
 Suite à un interrogatoire de plusieurs heures, il a avoué s’être introduit illégalement dans notre domicile afin de nous cambrioler, mais a nié être responsable de l’assassinat de mon père, et ce, malgré les preuves accablantes qui pesaient  sur lui : l’arme du crime laissée sur les lieux portant des traces de ses doigts, un tee-shirt maculé de sang dans le coffre de son véhicule, ses empreintes décelées sur le corps de la victime… Peu après son arrestation, il s’est suicidé, et l’affaire a été classée.
 C’est après sa mort que mes cauchemars ont commencé. C’est pourquoi aujourd’hui j’ai décidé d’élucider ce mystère. Grâce à mes connaissances en informatique, j’ai piraté le dossier de cette affaire pour étudier chaque détail.
 J’en suis arrivée à trois éventualités. La première, est que ce Laurent est effectivement l’assassin. Il est concevable que nous l’ayons surpris, et que, aveuglé par le peur, il ait tué mon père pour s’échapper. L’arme du crime serait tombée près du corps sans qu’il n’y prête attention, et mes empreintes seraient présentes car j’aurais tenté de le sauver.
 Ma deuxième conclusion est plausible également. Grâce à des recherches, j’ai découvert que Laurent Den travaillait dans la pègre. Le jour du décès de mon père, j’ai appris qu’il avait également des liens indirects avec celle-ci. Je l’avais découvert le matin même, alors que je cherchais quelque chose sur son bureau. En sachant cela, les rôles du meurtrier et du témoin s’inversent. Mon père, dans la journée, avait reçu la visite d’une personne, et je n’avais pas eu l’autorisation de le déranger pendant ce temps, mais j’ai eu le temps de le voir. Je suis certaine que cet homme était Laurent Den.  Le soir, j’aurais pris un couteau dans la cuisine, puis serais allée voir mon père. A partir de là, les évènements correspondraient avec mon cauchemar, jusqu’à sa mort. Après celle-ci, Laurent Den serait entré, pour récupérer un objet qu’il aurait oublié ou autre chose,  et aurait découvert le corps. Il aurait tenté de le sauver, d’où son tee-shirt plein de sang et ses empreintes décelés sur les lieux. Faire revenir mon père étant impossible, il aurait voulu se protéger en se faisant passer pour un cambrioleur de bas-étages et aurait fui.
 En connaissant les détails de la vie de Laurent Den, j’ai modelé la première possibilité pour en faire une troisième. Il a pu être envoyé par la pègre pour assassiner mon père. Le cambriolage servirait alors de leurre pour que la police ne fasse pas de lien entre les deux hommes.
 
Je vous ai tout raconté. Vous comprendrez aisément pourquoi cela ne peut plus durer. Je suis fatiguée de collectionner les nuits blanches, lasse d’être hantée par la même vision chaque soir, horrifiée à l’idée que d’autres vivent une atrocité semblable à celles que j’ai connu. J’ai dix-sept ans, je m’appelle Anna, et j’ai décidé de connaître la vérité. Je n’ai plus le choix, je dois demander à mon père. Vous l’aurez compris, vous lisez la lettre d’une morte. De l’au-delà, je sais maintenant ce qui s’est passé. Je voulais juste vous faire partager mon histoire, et vous faire méditer dessus. J’ai retranscrit sans mentir chaque détail important de cette affaire, mais les noms mentionnés sont faux.

                                                    Adieu, monsieur, madame, ou peut-être mademoiselle, vous qui connaissez mon passé.
Membre du comité de soutien pour la mutation de Zagreos en Za'gros Cheveux.

World End Girlfriend

  • Invité
Re : Rêve meurtrier
« Réponse #1 le: 20 Août 2012 à 12:25:56 »
Belle nouvelle.
C'est bien écrit. Pas de grandiloquence mais une simplicité qui va de pair avec l'ambiance. L'idée est sympathique aussi, le texte est bien monté. Une belle histoire en résumé.
Je sais que mon commentaire est pas très fourni mais c'était juste pour que t'ai une première réponse  :D

Hors ligne Zamy

  • Prophète
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  • Girafe poutreuse
Re : Rêve meurtrier
« Réponse #2 le: 20 Août 2012 à 12:27:58 »
Merki, ça fait plaisir!
Membre du comité de soutien pour la mutation de Zagreos en Za'gros Cheveux.

Hors ligne Sixte

  • Troubadour
  • Messages: 362
Re : Rêve meurtrier
« Réponse #3 le: 20 Août 2012 à 15:05:21 »
Hello Zamy !
J'ai lu ton texte hier soir, juste avant d'aller me coucher mais je n'avais pas pris le temps de commenter.
Déjà -je précise quand même que je suis une âme sensible- je trouve que certains passages sont assez effrayants. J'imagine que c'est le but recherché quand tu décris le premier (et surtout le deuxième) rêve, donc ça m'a semblé assez bien rendu.
Par contre ce passage ne m'a vraiment pas paru clair :
Citer
J’en suis arrivée à trois éventualités. La première, est que ce Laurent est effectivement l’assassin. Il est concevable que nous l’ayons surpris, et que, aveuglé par le peur, il ait tué mon père pour s’échapper. L’arme du crime serait tombée près du corps sans qu’il n’y prête attention, et mes empreintes seraient présentes car j’aurais tenté de le sauver.
 Ma deuxième conclusion est plausible également. Grâce à des recherches, j’ai découvert que Laurent Den travaillait dans la pègre. Le jour du décès de mon père, j’ai appris qu’il avait également des liens indirects avec celle-ci. Je l’avais découvert le matin même, alors que je cherchais quelque chose sur son bureau. En sachant cela, les rôles du meurtrier et du témoin s’inversent. Mon père, dans la journée, avait reçu la visite d’une personne, et je n’avais pas eu l’autorisation de le déranger pendant ce temps, mais j’ai eu le temps de le voir. Je suis certaine que cet homme était Laurent Den.  Le soir, j’aurais pris un couteau dans la cuisine, puis serais allée voir mon père. A partir de là, les évènements correspondraient avec mon cauchemar, jusqu’à sa mort. Après celle-ci, Laurent Den serait entré, pour récupérer un objet qu’il aurait oublié ou autre chose,  et aurait découvert le corps. Il aurait tenté de le sauver, d’où son tee-shirt plein de sang et ses empreintes décelés sur les lieux. Faire revenir mon père étant impossible, il aurait voulu se protéger en se faisant passer pour un cambrioleur de bas-étages et aurait fui.
 En connaissant les détails de la vie de Laurent Den, j’ai modelé la première possibilité pour en faire une troisième. Il a pu être envoyé par la pègre pour assassiner mon père. Le cambriolage servirait alors de leurre pour que la police ne fasse pas de lien entre les deux hommes.
Tu pourrais expliquer ça plus simplement, sans forcément tout détailler, surtout pour la première possibilité : pas besoin de dire
Citer
Il est concevable que nous l’ayons surpris, et que, aveuglé par le peur, il ait tué mon père pour s’échapper. L’arme du crime serait tombée près du corps sans qu’il n’y prête attention, et mes empreintes seraient présentes car j’aurais tenté de le sauver.'
Un truc du genre "La première possibilité était que Laurent Den soit effectivement un cambrioleur, qui aurait assassiné qui l'avait surpris".

Citer
j’ai modelé la première possibilité pour en faire une troisième
C'est un peu bizarre comme expression "modeler une possibilité" surtout dans ce cas. En plus, l'ordre des trois possibilités me semble illogique. Pour elle, ce qui devrait être le plus important, c'est de savoir si elle a, oui ou non, tué son père. Donc ce serait plus normal de mettre la troisième possibilité avec la première. Je sais pas si je suis claire, mais en tout cas, j'me comprends.  :mrgreen:

Citer
Si vous parcourez ces lignes, vous avez fait votre choix. J’ai donc une question pour vous. Avez-vous déjà vécu l’expérience d’un rêve récurrent ? Un rêve qui, chaque nuit, se répète inlassablement dans votre esprit, toujours identique ? Moi, c’est exactement ce que je vis, depuis mes douze ans. Jour et nuit, lorsque je ferme mes paupières, une image s’impose à moi ; lorsque tout le monde sommeille, un sourire aux lèvres, un cauchemar me berce. Mais après tout, ce que j’ignore, c’est si cela est véritablement le fruit de mon imagination ou la terrible vérité.
 Traitez-moi de folle si cela vous fait plaisir, mais après avoir lu mon histoire, demandez-vous dans quel état vous seriez si c’est à vous qu’elle était arrivée.
J'aime bien ce paragraphe, je trouve qu'il commence bien le récit, et il donne vraiment envie de continuer. Mais il y a juste deux-trois détails qui me gênent :
Citer
Moi, c’est exactement ce que je vis, depuis mes douze ans.
J'aime pas la virgule entre vis et depuis, ça casse le rythme.
Citer
lorsque je ferme mes paupières, une image s’impose à moi ; lorsque tout le monde sommeille,
répétition de lorsque
Citer
Mais après tout, ce que j’ignore, c’est si cela est véritablement le fruit de mon imagination ou la terrible vérité.
Cette phrase est bof. Normalement, on ne croit pas qu'un rêve est la réalité. S'il revient tout le temps, on peut venir à en douter mais ce n'est pas le premier réflexe. Donc ici, j'aurais plus vu un truc du genre : "à force de faire ce rêve, je finis par douter que blablabla...". Mais bon, c'est un détail.  :mrgreen:

Pour résumer, j'ai trouvé que l'idée était bonne, les cauchemars bien rendus, mais quelques trucs m'ont gênée sur la forme.
Tchou  :-*
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Hors ligne Zamy

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Re : Rêve meurtrier
« Réponse #4 le: 20 Août 2012 à 15:11:31 »
C'est vrai que y'a des trucs bizarres, auquels j'avais jamais fait attention... La virgule entre "vis" et "depuis", j'étais pas sûre!  Je vais changer tout ça dès que j'aurais le temps, merci pour ces conseils avisés!
« Modifié: 20 Août 2012 à 19:45:12 par Zamy »
Membre du comité de soutien pour la mutation de Zagreos en Za'gros Cheveux.

 


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