On nous bassine pas mal avec l'éventualité d'un jugement dernier.
Cette ultime pesée où, sur la balance, le bon et le mauvais nous font tantôt pencher vers un monde de guimauve, tantôt sombrer dans une marmite d'acide.
Le suprême se courbe sur notre cas.
Il n'hésite jamais bien longtemps avant de rendre son verdict et tranche, aussi incisif qu'une lame de katana, dans le derme de nos cous faussement repentants.
Pourquoi feindre une tardive doléance et tenter de se dérober au châtiment à venir. L'un où l'autre de toute façon est un pareil supplice. L'acide ça pique les yeux et la guimauve ça colle aux dents...
Intéressons nous plutôt à l'heure post natale du premier jugement.
À peine sorti du confortable ventre maternel, les commentaires fusent sur notre aspect physique et nos chances de survie dans ce monde gouverné par l'apparence. Amis et famille se précipitent au chevet de notre berceau pour souligner un sourcil déjà épais ou une improbable ressemblance avec papi René.
Quelques heures d'existence suffisent à ce que les dés soient partiellement jetés.
Une lointaine tante, aigrie par sa condition de vieille fille ad vitam aeternam, tente de rassurer la mère encore essoufflée.
" Il est tout à fait possible qu'il devienne moins moche en grandissant..."
Le nourrisson n'a qu'une envie c'est qu'on lui foute la paix.
S'il n'avait pas la bouche pleine de liquide amniotique et qu'en neuf mois, son apprentissage de notre langue était bien avancé, il le dirait lui même.
" Non mais vous vous êtes pas regardés sérieux. Bon ils sont où les nichons j'ai la dalle moi..."
Laissons ce petit être fragile à une tétée bien méritée.
Je propose un concept aux chaînes de télé les moins scrupuleuses.
Une caméra, un jury à la plastique aussi impeccable que clichée, une maternité. Dés sa sortie, on présente en gros plan le gniard encore ombilicalement relié à sa mère aux caméras du jugement. Deux votes négatifs l'inscrivent illico à l'anpe la plus proche du domicile de ses parents. Deux croix vertes et la machine du bonheur se met en route; l'école des fans, l'émission "ma fille est une princesse, mon fils un bourreau des cœurs de recré" et la consécration avec un pass VIP à vie pour les coulisses de Secret Story.
Le vote du public permet au moins moche de s'en sortir socialement. Une recette moyenne de trois euros par appel, un potentiel téléphonique de plusieurs millions de crétins.
TF1 devrait adorer.
Qu'il soit premier ou dernier le jugement nous colle à la peau. Certain s'en sont plutôt bien sortis comme Woody Allen en masquant un physique peu avantageux sous une épaisse couche de talent pur. D'autres, par peur de la rôtissoire ont simulé un repenti en fin de vie.
Pour ceux qui n'ont pas envie de s'astiquer le cerveau ou de faire semblant d'y croire sur un lit de mort je propose un geste facile à exécuter.
Une extension rapide du doigt du milieu. Quand les autres se referment, les juges qui vous entourent ferment en général leur clapet.
Un effort simple, un plaisir majeur.