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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le loup, le tambour et l'enfant.

Auteur Sujet: Le loup, le tambour et l'enfant.  (Lu 1108 fois)

Hors ligne jackywilly

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    • Jacky Lebrun
Le loup, le tambour et l'enfant.
« le: 11 Août 2012 à 23:23:04 »
Voilà 12 pages avec 5000 et quelques mots. (Je préviens pour ceux que les textes longs lassent)
Si je puis me permettre un avis ici, aller jusqu'à 15 pages et 10000 mots pour les textes courts, ça me parait beaucoup. J'opterais pour 3000 mots (le nombre de pages dépend trop de l'éditeur utilisé, mais 10 en moyenne me paraît bien)
Note pour les correcteurs : les changements de temps sont voulu. Simplement, que pensez-vous de l'effet ?

Le loup, le tambour et l'enfant.

 Sur une planète, pas très loin d’ici, - cette planète était bleue à cette époque, aujourd'hui, elle a grise mine mais rassurez-vous, elle reprend doucement des couleurs. - sur cette planète vivait un loup et un enfant : un petit d'homme comme on dit.

 
 Le loup est magnifique, avec de grands yeux dorés et un pelage argenté. L'enfant est très jeune, il trottine derrière le fier animal qui le guide dans la vie, qui s'occupe de sa nourriture, qui fait son éducation.
 - Attends-moi le Loup, je suis un peu fatigué, si on s'asseyait un moment...
 - Tu as raison, Enfant, reposons-nous quelques instants et mangeons les fruits que nous avons cueillis ce matin.

 Ils s'assirent face à face, le loup déballa son grand sac en peau de chèvre. - Cela lui faisait à chaque fois une drôle d'impression, cette peau. C'est vrai qu'il n'y avait pas si longtemps, et puis c'était la première fois que l’enfant l’accompagnait à la chasse. Mais bah ! C’est la vie, c'est la rude loi de la Vie. - Il sortit de bons fruits bien mûrs qu'il disposa sur un caillou, devant l’enfant et en garda quelques-uns un pour lui.
 Le bambin avait le regard pétillant, bleu clair. Ses lèvres entrouvertes découvraient des éclats de soleil sur ses dents humides. Ses petites mains potelées se sont dirigées vers une grosse orange qui s'échappa des ses doigts. Le loup se pencha pour la rattraper.
 - Dis, le Loup, il y a quoi derrière la montagne ?
 - Derrière cette montagne, il y a des gens comme toi et moi.
 - On va les voir ? On leur dira bonjour ?
 - Oui, c’est pour cela que l'on fait ce voyage. L'hiver approche et nous ne pourrons plus dormir sous le ciel de la nuit, le froid nous emporterait dans ses lointaines contrées. On ne pourra plus se baigner dans la rivière et se faire sécher au soleil car il sera très fatigué et n'aura plus assez de chaleur. Les arbres vont perdre leur feuillage, ils ne nous abriteront plus de la pluie. Ils n’auront plus de fruits à nous offrir pour dîner. Et les animaux resteront cachés dans leur terrier et la chasse ne nous apportera plus de nourriture...
 - Mais alors on va mourir ! C'est fini, on jouera plus tous les deux. Tu me raconteras plus des histoires pour me faire dormir.
 Deux petites larmes dans les yeux de l'enfant, deux petites larmes qui transpercèrent le cœur du loup. Il se mordit les lèvres et regretta son langage brutal. Il s'approcha de lui et lui prit la main.
  - Non ! Non, gros bêta, l'hiver on ne meurt pas. Tu sais, j’en ai connu beaucoup des hivers et je suis toujours là. Et toi aussi, tu as déjà passé deux hivers, mais tu ne te les rappelles plus. Et comme les autres années, nous allons chez les gens de l'autre côté de la montagne pour les aider et pour qu’ils nous aident en attendant le retour de la saison nouvelle. Chacun a préparé ce qu’il faut pour passer l'hiver tranquillement. Certains ont construit des cabanes pour s'abriter de la neige et du vent. D'autres ont amassé du bois pour faire le feu qui nous veillera chaque nuit. Moi je rapporte de la viande fumée et des fruits séchés comme je l'ai déjà fait plusieurs fois quand je te quittais quelques journées. Et ce méchant hiver, on en rigolera, tu verras ! Allez, sèche tes larmes et aide moi à ranger le sac, il est temps de repartir
 La fin de la journée approchait, il fallait marcher encore un peu pour atteindre le bosquet qui les abriterait ce soir. Ils s'endormiront encore comme ils l’ont fait tout l'été, serrés l'un contre l’autre, - les nuits étaient malgré tout un peu fraîches - sans trop se poser d’autres questions que celles de leurs préoccupations matérielles.
 
 
 
 
 
 Le matin les réveille à grandes bouffées de soleil et de vent parfumé. Les cris des oiseaux remplissent l’atmosphère et donnent envie de chanter, de courir, de plonger dans la rivière pour un bon bain revigorant.
 - Il va faire une journée magnifique. Tiens, je vais t'apprendre à fabriquer une écuelle avec la terre glaise du bord de la rivière. Avec ce soleil, on pourra la faire sécher, et cet hiver, on la fera cuire dans le feu du camp.
 
 Il fallait voir comme le loup prenait soin de son petit compagnon : il le surveillait depuis la rive, assis sur un rocher, mâchonnant une racine de réglisse ; il l'essuyait en l'enroulant dans une peau de mouton ; il lui préparait son petit déjeuner.
 L'apprentissage se poursuivit toute la matinée. La curiosité et l’imagination de l'enfant ont abouti non pas à une écuelle, mais à trois, avec en supplément cinq figurines représentant des animaux et deux autres dans lesquelles on avait du mal à reconnaître sa propre image et celle du loup.
 L'enfant était couvert de boue, et il s'en mettait dans la bouche et dans les yeux chaque fois qu'il s'essuyait la figure d'un revers de main.
 - Regarde, le Loup, là c'est toi et là c'est moi à la chasse et on poursuit des lapins. Ils courent vite mais nous, on est plus rapide qu’eux, et on les attrape, et on les met dans notre sac.
 Et ce disant, il écrasait maladroitement les personnages de terre sur le sol.
 Et puis un nouveau bain absolument nécessaire, le repas de midi bien mérité, la sieste pour laisser passer la grosse chaleur de midi et enfin le départ en direction de cette montagne qui semblait de plus en plus haute au fur à mesure qu'on s'en approchait.
 Ils avançaient dans l’herbe crépitante d'insectes de toutes sortes. Le loup avait l’esprit un peu vide. Les jus de fruit qui macéraient dans sa gourde de cuir depuis plusieurs jours avaient pris un petit arrière goût bizarre, pas désagréable du tout, mais ça faisait drôle dans la tête au bout d'un instant.
 L'enfant gambadait, cueillant une fleur par-ci, par-là, et la portait à ses narines. Quand l'odeur lui était agréable, il la froissait entre ses deux mains et s’en barbouillait la figure et le corps, sinon il la fourrait dans son petit sac qu’il portait fièrement autour du cou.
 
 
 
 
 
 Au tournant d'une colline, la forêt est là, toute proche, épaisse, sombre, d'où semble sortir quelque inquiétante onde maléfique qui vient tournoyer autour de vous puis pénètre dans votre ventre et le pince de l'intérieur. L'enfant parait insensible à l'atmosphère et poursuit ses insouciants sautillements mais le loup est plus sage. - Dans ce temps là, la sagesse a le goût de la peur de l'inconnu ; ou peut-être le contraire. - Il s'arrête :
 - Enfant, nous allons traverser la forêt des Zelphires. Si nous ne faisons rien qui leur déplaise, ils nous laisseront tranquilles et ce soir, nous serons sortis de cette forêt et prêts à gravir la montagne. Viens près de moi et ne t'éloigne pas, ne touche à rien, ne crie pas, et tout se passera bien.
 
 Le petit bonhomme regarda son guide avec de grands yeux ronds ; ronds et grands comme sa bouche ouverte sur sa petite langue frémissante. Il ne comprit pas bien que ce loup habituellement si sûr de lui fût soudain inquiet pour bien peu de chose. Il comprit en tout cas qu'il valait mieux s’en tenir à ce qu’il venait de dire. Il se rapprocha donc de lui et emboîta silencieusement le pas.
 Ils marchèrent pendant des heures, difficilement dans la moiteur des frondaisons comme quand on avance dans l'eau à mi-corps.
 Soudain, à quelques enjambées devant eux, entre les racines d’un arbre tordu, une tache rouge, un peu luisante, apparut. Peut-être était-elle là depuis longtemps, mais le regard du loup ne s'est posé dessus que maintenant, et il lui semblait qu’elle venait de jaillir à l'instant. Il s'immobilisa, l'enfant vint se cogner sur lui.
 - Le Loup, qu'est ce qu'il y a ?
 - Heu ! Rien, je me suis tordu le pied. Allons, pressons, il vaut mieux ne pas moisir ici.
 Mais l’enfant venait d’apercevoir à son tour la chose.
 En tout autre lieu, ils n’auraient pas fait attention, - une tache rouge, cela peut être une fleur, un champignon, un gros papillon, un fruit - mais ici ça prenait une autre dimension. Heureusement, ça ne bougeait pas. Ils passèrent à côté en faisant semblant de ne pas regarder. Le bambin, lui, n'avait pas la même crainte que le loup mais il s’efforçait surtout de copier son comportement.
 Le loup stoppa de nouveau. Le regard enfantin se leva vers lui.
 - Ce n’est pas dangereux ?
 - Mais non. C'est quand même bête de se laisser impressionner par... ce...
 - Qu'est ce que c’est ?
 - Je ne sais pas, je vais aller voir, attends-moi.
 Il posa son fardeau par terre, se pencha sur les racines de l'arbre, et en inspirant une grande bouffée d'air, écarta les herbes et les feuilles mortes. Il découvrit un objet rond, large comme deux mains, plat et lisse sur le dessus. Les côtés étaient décorés de deux grandes bandes rouges, une en haut, une en bas, reliées par des cordons bleus en zig-zag. Le loup approcha la main, osa toucher l'objet et sourit devant son inoffensive trouvaille. Il la leva pour mieux l’examiner : le dessous était identique au-dessus; un grand cordon jaune pendait en arc comme une bretelle de sac. Par terre gisaient deux petites baguettes de bois. Elles étaient bien droites et lisses comme jamais le loup n'avait réussi à en tailler, elles l’impressionnèrent bien plus que le cylindre rouge qu'il tendit à l'enfant.
 - Tiens, tu t'amuseras avec quand nous serons au camp.
 Il lui passa le cordon sur l’épaule et glissa les baguettes dans son sac puis ils repartirent d’un pas plus alerte.
 Oubliées les Zelphires, oubliées les craintes, l'orée de la forêt était là, le soleil couchant leur fit un clin d’œil à travers les derniers arbres, la montagne les attendait. Elle attendra bien encore demain...
 - Bonne nuit, Enfant !
 - Bonne nuit, le Loup !
 
 
 
 
 
 
 La matinée du lendemain est là, le temps est plus frais, le soleil ne s’est pas montré. Le loup et l'enfant gravissent le flanc de la montagne. Le sentier est parfois si raide qu'ils doivent avancer en s'aidant de leurs mains. Le baluchon du loup se fait pesant et il doit s'arrêter souvent pour le hisser en le tirant à lui, arc-bouté, le dos calé contre la montagne. L'enfant est encore trop frêle pour lui être de quelques secours, il est d'ailleurs un peu empoté avec son petit sac sur une épaule et l'objet de la veille sur l'autre. Ce dernier se balance devant lui, parfois entre ses jambes, et heurte les roches en produisant des bruits secs : Tong ! ... Tang ! ... qui amusent beaucoup son propriétaire.
- Tu entends, le Loup, ça fait "Tang Tang Tang".

 Et à ce moment-là, quelques cailloux roulèrent et heurtèrent la face plane de l’objet qui émit une résonance inhabituelle. Les deux compagnons le fixèrent avec de l'étonnement dans le regard.
 - Ca a fait « Broum» ! ... Ca fait « Tang » et puis « Broum »...
 Et le gamin se mit à chantonner :
 - Tang... Broum ! Tang... Brou ! Tan... Brour...
On va l'appeler Tan-Bour.
 << Tan-bour ! Tan-bour ! >> clamait-il à tue-tête alors que le loup réfléchissait. Il sortit les baguettes de son sac qu'il posa à terre et demanda à l'enfant de lui passer le "tambour". Il le suspendit autour de son cou et prit une baguette dans chaque main.
 - Je crois que ton tambour doit servir à faire du joli bruit, comme on en fait en tapant sur les vieux arbres. Je vais essayer.
 Et il frappa durement sur l'instrument d'une main, puis de l’autre alternativement. Ses gestes tout d’abord saccadés prenaient petit à petit de la souplesse et du rythme.
 - Oh ! Oui, oh ! Oui ! - S'exclamait l'enfant qui dansait en tapant dans ses mains. - Ca fait du joli bruit, ça fait du bruit plus joli que sur les vieux arbres. Tu me le rends, le Loup, je veux aussi m'amuser avec le tambour.
 - Non !
 - ... ?
 La réplique avait été sèche, il resta bouche ouverte, les paroles coincées dans sa gorge. C'était la première fois que le loup était si dur avec lui.
 - Bon. Tant pis.
 Et l'enfant baissa le regard vers le tambour, puis vers le sol et ne dit plus rien.
 - Enfant, il faut repartir. Si on s'amuse, on n'arrivera jamais au camp. Allons, viens !
 
 
 
 
 
 Les rapports entre le loup et l'enfant ont changé. Ils ne se parlent presque plus, non que l'enfant ne fasse pas quelques tentatives, mais les réponses n'ont plus la douceur qu'elles avaient avant et il n'insiste pas.
 Avant... Avant le tambour... Le tambour trouvé dans la forêt maléfique des Zelphires. Est-ce à cause du tambour que le loup a changé ? Est-ce sa musique qui le rend comme cela ? Les idées tourbillonnent dans la tête juvénile. << Peut-être est-ce à cause de l'hiver qui approche, ou à cause du froid qui se fait âprement sentir à présent; à cause du vent qui parfois hurle aux oreilles, ou à cause de la brume qui humidifie les peaux de bête jetées sur les épaules... à cause de moi? ... >>

 << C’est moi qui ai changé ! >> Finit-il par se persuader.
 Et les yeux de l'enfant se mouillèrent doucement sur ces amères pensées.
 Et le loup marchait fièrement en frappant sur son tambour, il ne voyait pas la tristesse de l'enfant.
 Les jours passaient.
 Le loup était redevenu un bon compagnon, il a même rendu le tambour à l'enfant. Et celui-ci tambourinait à en réveiller les loirs et les marmottes. Finalement, il n'a rien de particulier cet objet, il est nouveau, c'est tout !
 - Le Loup, on arrive bientôt au camp ? On a déjà passé la montagne, on ne doit pas être loin maintenant. J'ai hâte de rencontrer des gens, et des enfants pour jouer.
 - Demain dans la matinée, Enfant, nous apercevrons le camp et à midi, nous mangerons là-bas. Il y aura certainement beaucoup de monde car nous arrivons parmi les derniers, avec ceux qui comme nous viennent de loin.
 - Ouf ! Je commençais à en avoir assez de cette expédition. Marcher, toujours marcher, ça devient pénible à la fin, surtout quand il y a eu la neige hier. C'est bien rigolo la neige, mais ça fait mal aux mains à force de faire des boules. C’est bien les petits sacs de fourrure que tu as fait pour mettre les mains, mais on ne peut plus rien attraper quand on les a. Tu es sûr qu'il n'y a pas un moyen pour bouger les doigts ? J’aimerais avoir quelque chose comme-ça. Dit-il en frappant sur son tambour qui aussitôt s’illumina !
 L'enfant cria, arracha la lanière et jeta tambour et baguettes au loin.
 Le loup qui écoutait d'une oreille distraite fixait maintenant l'instrument, les yeux grand ouverts et la bouche tremblante. Le tambour n’était plus visible, enfoui dans un halo irisé et crépitant.
 Et soudain la lumière et le bruit disparurent. Tout était redevenu normal.
 Normal ? Leurs yeux encore éblouis n'avaient pas remarqué la tache sombre sur le tambour, on aurait dit une grosse araignée, avec de grosses pattes immobiles. Ils n'osaient pas approcher. La même frayeur étreignait le loup, comme le jour où il découvrit la tache rouge dans la forêt. Et comme ce jour-là, il finit par s'approcher, puis au bout de quelques instants, il saisit ce qui ressemblait à une araignée : c'était deux petits sacs, en peau très fine avec de la fourrure à l'intérieur. Ils avaient la forme des mains, mais à la taille de celles de l'enfant.
 Le loup était stupéfait : l’enfant voulait ces petits sacs et le tambour les lui a donnés ! Son regard brilla, il venait de comprendre le parti que l'on pouvait tirer de cet objet... magique.
 
 
 
 
 
 Le loup est magnifique, avec ses yeux dorés où brille une lueur maligne. Il est vêtu d'une grande cape de cuir fin, aux couleurs chatoyantes. Il a aux pieds des bottes, avec de la fourrure dedans pour tenir chaud, avec de la fourrure dehors pour impressionner la foule qu'il aperçoit là-bas. Sur sa tête, un chapeau à grande plume ondoyante, un peu de côté. Comment a t il pu imaginer cet accoutrement ? Il ne le sait pas très bien lui-même : une idée un peu vague lui passe par la tête et aussitôt il frappe sur le tambour, et l'idée se concrétise plus ou moins comme il le souhaitait. Combien de choses, qui ne lui plaisaient pas, avait-il jetées !

 L'enfant n'était pas oublié. Oh ! Il ne réclamait rien au loup, celui-ci ne l’écoutait plus, mais de temps à autre, il lui disait :
 - Enfant, je veux que tu aies un chariot où mettre tes affaires, - il en avait déjà beaucoup - et aussitôt le tambour exauçait son vœu.
 - Enfant, jette cette vilaine poupée, je t'en offre une autre plus jolie.
 Roulement de tambour... et hop ! Un nouveau jouet ou un habit différent apparaissait dans la lueur du tambour.
 L’enfant suivait à petites enjambées rapides en tirant son chariot. Par moment, il retroussait les manches de son habit un peu grand, ou bien il s'arrêtait pour souffler un peu, mais devait repartir très vite, le loup n'attendait pas.
 Il devrait être heureux puisqu’il pouvait tout avoir, le loup ne le répétait-il pas sans arrêt ?
 Mais que voulait-il, lui, petit bambin qui découvrait la nature, lui, petit d'homme qui n'avait encore jamais vu d'autres garçons, d'autres filles avant aujourd'hui, lui qui ne demandait qu'à s'émerveiller de ces gens qui criaient, chantaient et dansaient autour des feux de camps, lui qui aurait bien voulu aller avec eux...
 Mais lui, il était le petit du loup, - de sa majesté le Loup - et en tant que tel, il ne pouvait se mêler à tout le monde, lui qui sera un jour comme le loup, - et à sa place, - celui qui détient le pouvoir de réaliser le rêve, le confort, l'ambition.
 
 
 
 
 
 
 Au milieu du camp, les villageois sont attroupés sur la grand’place. En son centre, on a dressé une estrade sur laquelle se tient un spectacle extraordinaire : le loup joue de son tambour et danse une farandole endiablée autour de la scène. Il y mène un grand tapage tandis que l’enfant, assis sur un rebord, les jambes se balançant dans le vide, sourit à la foule qui ne le regarde même pas.
 De temps en temps, un éclair jaillit et le loup brandit un objet sous les applaudissements des badauds. Il le jette dans la foule et recommence sa ronde autour de l'estrade.

 Le spectacle s'était poursuivit tout l'après-midi et le soir venant, chacun se décide à rentrer chez soi, les bras chargés de bijoux, de vaisselle, d’instrument de musique, de vêtements, d’outils, d'instruments de pêche et de chasse.
 - Tu vois, Enfant, je crois que l'on va donner du bonheur à ces gens là.
 - Je crois aussi... répondit la petite voix.
 - Imagine-tu tout ce que l'on va pouvoir faire sortir de ce tambour ?
 - N...
 - Des choses qui vont changer notre vie, des choses bonnes... reprit le loup pour lui-même.
 Il gesticulait en dressant ses bras vers le ciel. Sa silhouette se découpait sur fond de nuages rouges, comme ensanglantés des coups qu'il paraissait porter à l’aide des baguettes qu’il brandissait comme des poignards.
 Cette journée eut dû le terrasser de fatigue tant elle fût mouvementée, mais au contraire, le loup semblait dopé, remonté à fond, prêt à dépenser son trop-plein d'énergie jusqu'au petit matin.
 Cependant, l’absence de spectateurs à cette heure tardive gomma son enthousiasme. Il se calma petit à petit jusqu'à s'allonger sur l'estrade où il s'endormit dans une volupté de rêves tous plus fous les uns que les autres.
 - Le Loup, tu dors ?
 Oui mon garçon, le Loup dort. Il se repose car demain sera une dure journée, il a tant de choses à faire encore.
 L’enfant était déconcerté. Son compagnon, son protecteur, son ami n’était plus à lui tout seul, il devait le partager avec cette foule. Cette foule, admirative et distante, alors qu'il l'avait imaginée chaleureuse, caressante.
 Mais le loup a raison, le loup a toujours raison, et l’enfant s’endormit à son tour un peu rassuré par cette dernière pensée.
 
 
 
 
 
 
 Un bruit violent, comme le tonnerre mais plus sec, plus dense, qui vous fait vibrer la poitrine. Simultanément un éclair aveuglant zèbre l’espace en ligne droite... Après quelques secondes, au loin, un panache de fumée apparaît là où se terminait la lueur. Horreur ! Le rocher qui avait disparut derrière la fumée ne réapparaît plus, il s'est effondré en un tas de petits cailloux.
 Le loup crie et se dresse brusquement, regarde, éberlué autour de lui et soupire de soulagement :
 - Quel mauvais rêve ! Se dit-il à voix haute pour se rassurer, c’était comme la foudre mais c’est parti du sol, je ne sais pas comment et pfuitt ! sur le rocher qui a explosé. La foudre ne fait pas exploser les rochers ? Elle tombe du ciel et crac ! sur les arbres, mais pas...

 - Hein ?
 L'enfant venait de se réveiller à son tour.
 - Hein quoi, l’Enfant ?
 - Tu me parlais, le Loup ? Il y a eu de l'orage cette nuit ? Je n’ai pas entendu, je dormais bien et j'ai même rêvé que je rencontrais une jolie petite fille qui m'a pris la main, et on s'est promené. Elle chantait et après...
 - Oui ! Bon ! Moi aussi j’ai rêvé, mais je me demande... ?
 Il se grattait la tête et fixait le tambour comme pour y découvrir une réponse.
 - Bon, allez viens gamin, nous allons déjeuner puis nous continuerons de nous occuper de ces gens. J'ai d'ailleurs bien envie d'aller voir dans les autres villages, après tout, ils ont aussi besoin de moi.
 - Tu ne va pas m’emmener ?
 - Mais si gamin, je ne peux pas te laisser, j'ai pour charge de te protéger et de faire ton éducation jusqu’à ce que tu puisses te débrouiller tout seul. Je dois faire de toi un homme capable de chasser, de construire des huttes, et apte à fonder une famille, ajouta-il avec un petit sourire.
 L’enfant était songeur. Son souci du moment n'était pas de devenir un homme, mais pourquoi le loup l'avait-il appelé "gamin» ?
 - Dis, le Loup, on peut changer de nom ? Le mien c'est "Enfant» normalement et maintenant tu m'appelle "gamin". C'est mon nouveau nom ?
 - Euh, non ! "Gamin» c’est un mot gentil pour changer un peu, mais tu es toujours l’Enfant, pour l'instant, tant que tu n'es pas adulte en tout cas.
 
 
 
 
 
 
 Le loup, debout dans sa carriole tirée par deux chevaux roux, se dresse fièrement sous les acclamations de tous ces gens qui se pressent sur son passage. L'enfant, lui, est pelotonné dans un coin de la charrette, il joue docilement avec quelques objets qui n'ont pas été distribués. De temps en temps, il jette un regard vers ces hommes, ces femmes, ces enfants et cherche dans leurs yeux une lueur, une toute petite lueur d'intérêt pour lui, mais en vain : les regards brillants sont pour le loup, pour son tambour et les objets inconnus qu'il offre à qui les demande.

 L'annonce de sa venue s’était répandue dans la contrée et chaque village où il faisait halte était envahi d'êtres avides de ses prodiges. On lui demandait de guérir d'une vilaine peste, d'une plaie infectée ou d'une vieillesse trop précoce. Les uns voulaient des armes puissantes pour chasser plus facilement et plus vite, les autres réclamaient des huttes plus grandes, plus solides, avec des fenêtres qui laisseraient entrer la lumière mais pas le froid...
 Rien n’était impossible pour le tambour magique, et le loup distribuait sans compter, encore, encore.
 Les jours passaient. Les inventions se multipliaient. Depuis sa naissance dans la forêt des Zelphires, le tambour généreux avait accouché de nombreux objets utilitaires pour améliorer la vie de tous les jours : des ustensiles de cuisine, des vêtements, des outils pour jardiner, d'autres pour construire des maisons de pierres, des voitures à chevaux. Il avait accouché de bijoux et de parures, de miroirs pour les voir sur soi, d'instruments de musique, de jeux pour s'amuser seul ou en société. Sous les coups de baguettes du loup, le tambour avait accouché aussi de fusils, de canons car les hommes étaient devenus jaloux les uns des autres et il fallait bien défendre ces choses qui sont leur propriété. Le tambour a été le géniteur de la monnaie et du commerce qui a engendré à son tour l'industrie, et l'industrie a permis de multiplier à l'infini ce que créait le tambour.
 Le loup était emporté par ce tourbillon qu'il avait créé mais qu'il ne maîtrisait plus.
 Ce tourbillon réclamait maintenant de la vitesse, et le loup faisait jaillir de son tambour des voitures et des trains.
 Le tourbillon était avide de conquêtes et le loup sollicitait le tambour pour qu'il jette autour de lui des avions et des fusées.
 Le tourbillon avait besoin que le travail se fasse vite, sans fatigue, et des machines robotisées voyaient le jour.
 Le tourbillon cherchait de quoi il pourrait bien avoir encore besoin, et il eut l'idée de se faire aider dans cette quête par le loup et son tambour : il obtint des ordinateurs.
 La planète était devenue trop petite pour le tourbillon, mais peu importe : <<Le Loup, avec ton tambour, guide-nous sur le chemin des étoiles. >> Et le loup s'exécutait immédiatement.
 
 
 
 
 
 Sur la planète grise que l'on ne voit pas très loin d'ici, il y a un loup avec un tambour, il y a un tourbillon qui l'entoure et le vénère, il y a un enfant très triste qui suit le loup de son petit pas rapide.
- Le Loup, ne vois-tu pas derrière nous comme les gens se battent...


 Le loup regardait droit devant lui.
 - Bah ! L'Enfant, je donne le progrès, les gens en font ce qu'ils veulent.
 L'enfant tira les vêtements du loup pour tenter de l'arrêter.
 - Le Loup, regarde les gens à côté de nous, ils ne nous aiment pas, ils ne s'aiment pas, ils n'aiment que ce que donne le tambour...
 Le loup ne ralentit pas.
 - Ils sont heureux, l’Enfant, et s'ils ne nous aiment pas, je n’y puis rien. S'ils ne s'aiment pas entre eux, c'est leur problème.
 L'enfant crispa ses petits poings, impuissant.
 - Et moi, le Loup, crois-tu que je sois heureux à te suivre sans arrêt, à ne pas pouvoir jouir tout simplement de la nature? Je n'ai encore jamais joué avec les autres enfants.
 Le loup redressa la tête, cette conversation l'agaçait un peu.
 - Je t'ai donné les plus beaux jouets que l'on puisse imaginer, et ce qui te manque aujourd'hui, tu peux l’avoir quand tu veux, demande et le tambour te l'offrira.
 L'enfant s’est arrêté, les larmes au bord des yeux. Sa voix était devenue un peu plus aiguë et tremblait :
 - Ce que je veux, le Loup, c'est rencontrer la petite fille de mon rêve, qui est là, dans la foule, je le sais. Ce que je veux, le Loup, c’est que tu jettes ton tambour et que nous redevenions les amis que nous étions au-delà de la forêt des Zelphires. Ce que je veux... ce que nous voulons, moi, tous ces gens, et toi aussi, j'en suis sûr, c'est que tout ça s'arrête et que l'on prenne le temps de profiter de notre vie...
 - Ce n'est pas possible, le tambour à créé son propre besoin : il voulait qu’on l’utilise ? Il a insufflé en nous ce désir inconscient de l'utiliser. Tu vois, l’Enfant, je viens de comprendre le piège, mais trop tard... trop tard...
 - Non ! Jette le tambour, jette-le.
 L'enfant s'était précipité et tentait d'arracher la lanière qui pendait au cou du loup mais celui-ci la retenait.
  - N’insiste pas, gamin, c’est trop tard je te dis. Et puis si je le jetais, ce tambour, quelqu'un d'autre le prendrait, et ça ne changera rien. Et puis il nous donne une certaine puissance, c’est une bonne compensation.
 - Non ! Non ! Donne le, je vais le casser, plus personne ne pourra s'en servir.
 L'enfant tirait de toutes ses forces bien dérisoires mais en quelques gestes larges, le loup le repoussait, sans méchanceté mais fermement.
 L'enfant pleurait à chaudes larmes, il se révoltait contre l'incompréhension du loup, contre son indifférence sur les conséquences de ses actes. Il voulait invoquer quelque divinité pour l'aider, faire une prière, mais à quoi bon ? Tous les dieux qu'il avait connus n'étaient finalement qu'une invention de plus de cet ignoble objet.
 Il le haïssait, ce tambour. Il reportait sur lui toute la haine qu'il aurait dû avoir envers le loup, mais il ne pouvait pas haïr le loup, il savait qu'il n'était qu'une victime inconsciente mais comment le libérer, le lui faire comprendre?
 - Le Loup, je t'en prie...
 Un voile noir envahissait le cerveau de l'enfant.
 - Le Loup...
 Les paroles ne sortaient plus de sa bouche, elles restaient collées au fond de son être, elles résonnaient dans sa poitrine au rythme de son cœur qui allait éclater. La gorge bloquée, il sentait qu'il était vain de tenter de dire quoi que ce soit, il s'accroupit et baissa la tête.
 
 
 
 
 
 - Bonjour !
 Une voix très douce, l'enfant lève la tête.
 - Oh ! Tu es...
 - Oui, je suis la petite fille de ton rêve.
 - Mais pourquoi es-tu là ? Jamais un autre enfant ne m'a parlé, personne ne m'a jamais regardé, et toi, tu viens et tu me dis bonjour. Tu veux peut-être demander quelque chose au tambour ?
 - Si je suis là, c’est parce que tu m'as appelé dans ton rêve, mais je ne croyais pas vraiment que tu ais besoin de moi. Aujourd'hui, je comprends ton appel et je suis là.
 - Merci, petite fille, ta présence me sera d'un grand secours car dans ce monde qu’a créé le tambour, je...
 - C'est ce tambour là ?
 - Oui, et lui, c’est mon ami, et il ne le sait plus.
 La petite fille prend lentement le tambour au cou du loup qui ne bouge pas. Elle le lance droit en l'air, l’enfant se cache la tête dans les bras car il a peur qu’il lui retombe dessus, mais le tambour monte, monte vers le ciel.
 Il disparaît dans un petit éclair vert.  L’enfant, ravi de la disparition du tambour, balbutia :
 - Comment t'appelles-tu, petite fille ?
 - Zelphire.
Laisse ta plume écrire ce qu'elle veut, c'est pas toi qui décide.

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Re : Le loup, le tambour et l'enfant.
« Réponse #1 le: 12 Août 2012 à 00:24:01 »
Yeah, fini !

J'suis trop fière, parce que ça fait une semaine que j'arrive pas à lire un texte de plus de mille mots, et là j'en ai fait cinq mille d'un coup, et même que je commente !

Bon.
Pour le moment, ce qu'il y a dans ma tête, c'est à peu près ça :  :coeur: :coeur: :coeur:

Ne t'attends pas à un commentaire super complet et constructif, parce que, tu en conviendras, 12 pages word c'est quand même plutôt long. Je me contenterai donc de mon ressenti global... et par conséquent, toi aussi :mrgreen: J'ai beaucoup aimé cette histoire. Le côté conte enfantin est très bien rendu, et tu distilles une atmosphère douce, magique, dès le début, qu'on sent perturbée avec l'apparition du tambour, et revenir à la fin avec l'apparition de Zelphire (d'ailleurs, tout ce passage est juste magique). J'ai aussi beaucoup aimé le message, même s'il n'est pas très original, tu l'exprimes d'une façon vraiment touchante.

Quasiment aucune faute d'orthographe ou de syntaxe remarquée, et je suis une fan du Loup ! Enfin, sauf quand il est totalement aveugle et omnibulé par le tambour. Mais bon, il est quand même carrément classe :mrgreen:

Ah, si, il y a un truc qu m'a vraiment faite rêver, c'est au début du texte quand tu utilises l'expression "bouffées de soleil". J'ai adoré, c'est vraiment une belle image.

Voilà, un très très gros bravo, et un très très gros merci pour ce si joli texte :coeur:
A pluche !

PS : j'ai quasiment pas remarqué les g=changements de temps, et je trouve qu'ils rendent très bien :)
Toute ma peau est maladésir.

 


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