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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Rêve fatal

Auteur Sujet: Rêve fatal  (Lu 1456 fois)

Hors ligne jackywilly

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    • Jacky Lebrun
Rêve fatal
« le: 10 Août 2012 à 22:12:57 »
Bonjour,

Voilà un texte un peu long. Il est ici car il fait juste quinze pages de Word et un peu plus de 6000 mots, ce qui le disqualifie pour le fil "textes longs"
C'est un collègue de travail qui m'a suggéré l'idée en trois mots et j'ai déliré dessus.

Allez ! Courage.

Rêve fatal
     
     
     Sur une idée de Alain Chianale.

     
 Monsieur Pinceau se réveilla, comme à son habitude, dès que le signal sonore du robot domotique se fit entendre. Mais celui-ci pourrait - chose impensable - ne pas fonctionner, monsieur Pinceau se réveillerait tout aussi bien à la même seconde, son rythme biologique avait assimilé, au fil des années, la notion du temps. Ou plutôt, il s'était totalement imprégné des repères temporels de la vie :
 Lever à cinq heures trente-cinq, déjeuner à six heures juste après la toilette, consultation du programme journalier à six heures quarante - il avait dix minutes pour cela, mais aucun changement n'était jamais survenu depuis... il ne savait plus très bien, et ces dix minutes étaient les plus longues de sa journée - à sept heures moins dix, enfin, il quittait son domicile pour attraper la navette de six heures cinquante-trois au pied de son immeuble-alvéoles où il logeait. La navette, qui devrait mettre dix-huit minutes et quarante secondes pour rejoindre le centre d'activités, n’était pas très ponctuelle, les bousculades à chaque montée pouvaient la retarder de vingt à trente secondes.
 Le temps de pointer en présentant sa main gauche devant le lecteur biologique et de gagner son bureau lui faisait commencer son travail à sept heures et quart exactement. La pause du déjeuner était de quarante minutes à partir de midi, et la pause du goûter se situait entre dix-sept heures et dix-sept heures vingt. Le travail cessait à dix-neuf heures, sauf le dimanche où il s'arrêtait juste après le goûter.
 Toute la soirée était libre jusqu'au coucher, obligatoire à vingt-et-une heures trente-cinq, une soirée que monsieur Pinceau, comme tout employé de catégorie C3A4, devait passer chez lui... sauf le dimanche, jour où les C3A4 (Célibataires dans la troisième tranche d'age, travaillant dans la branche 4 de l'Administration) devaient participer aux réjouissances organisées dans le centre social.
  Ces réjouissances donnaient l'occasion de faire du sport, de se former aux règles de la vie associative, et surtout - mais cela n'intéressait pas beaucoup monsieur Pinceau - offraient la possibilité de rencontrer une charmante compagne, C3A4 elle aussi, afin de l’épouser et devenir ainsi M3A4. Monsieur Pinceau, qui pourtant aimait bien une certaine mademoiselle Papillette, se gardait bien de lui montrer ses sentiments car il ne voulait pas d'enfant. En effet, une attirance ostensible rendait obligatoire le mariage et un enfant devait naître au plus quatorze mois après.
 
 Monsieur Pinceau se leva donc, fit sa toilette et attaqua le petit déjeuner servi par le robot domotique. Les gestes étaient accomplis machinalement jusqu'au moment où, mordant dans sa tartine au pain de soja recouverte de beurre de synthèse, une douleur se fit sentir à la racine d'une molaire, en haut à droite. Monsieur Pinceau s'immobilisa, la bouche entr'ouverte, la tartine tremblante entre ses dents. C'était la première fois ! Une douleur, oh ! Pas bien méchante, mais une douleur quand même ! Serait il malade ? Si tel était le cas, sa vie allait changer, il devrait consulter un apothicaire soignant, et cela le contraindrait à prendre une heure ou deux de congé. Au pire, sa maladie était grave et il lui faudrait rester au repos quelques jours.
 Monsieur Pinceau se sentait fébrile, il s'énervait un peu, ne se souvenant pas très bien des consignes à appliquer dans ce cas - on les lui avait pourtant apprises au début, un dimanche soir, mais il ne les avait pas retenues, la maladie lui avait paru alors si peu probable.
 Ah ! C’était l’heure des instructions de la journée et il n'avait pas encore pris de décision. Son désarroi fut tel qu'il se raccrocha au programme qui s'affichait sur l'écran. Il lut avec attention tout le laïus qui défilait devant ses yeux, espérant y trouver une réponse. Bien lui en pris, car à la fin se trouvait la petite phrase qu’il avait vue mille fois sans y faire attention : « En cas de maladie, vous devez appliquer le mode M sur votre clavier et suivre les instructions. >>
 Monsieur Pinceau suivit les instructions à la lettre et l'écran lui devint soudain plus sympathique, il prenait en compte sa requête comme le font rarement les humains :
 << Votre mal concerne :
    1 - la tête,
    2 - le reste du corps. >>
 Il s'empressa de sélectionner le 1.
 << Votre mal concerne :
    1 - les yeux,
     2 - le nez,
    3 - la bouche,
    4 - les oreilles,
    5 - le reste de la tête. >>
 Il tapa le 3 avec une immense satisfaction, son mal était catalogué, mieux, il n’entrait pas dans une catégorie banalisée comme "le reste de la tête". Il nota très vite la suite des instructions sur un petit morceau de papier :
 <<Vous avez rendez-vous dans le centre médical, quartier 12, bloc D, porte 5 à sept heures trente précises. Veillez à votre propreté corporelle, ne vous maquillez pas, n'emportez rien avec vous. Nous vous rappelons que toute déclaration de maladie non fondée est sanctionnée à hauteur du préjudice apporté à votre emploi. >>
 
 C’était la première fois qu’il empruntait une navette différente. Il y pénétra, un large sourire aux lèvres. La navette du centre médical, bien que plus petite que celle du centre d'activités, était presque vide et cela inquiéta un peu monsieur Pinceau :
 - Ai-je eu raison de me faire porter malade ? Cela semble être une situation rare, donc très sérieuse. Et si mon mal n’en était pas un, qu’allait-on penser de moi, quelle en serait la sanction ? >>
 Mais sa rage de dent reprit de plus belle, à le faire grimacer de douleur et cela lui fit chaud au cœur : c'était sérieux !
 Durant le trajet, il pensa à son bureau, il essaya d’imaginer ce qui allait s'y passer tandis qu’il se ferait soigner :
 << Ses collègues allaient remarquer son absence. Ils ne diraient rien - on ne se parle pas pendant les heures de travail - mais le jalouseraient certainement. D'autant plus que dans quelques mois, il aurait quarante ans, ce qui le ferait passer dans la catégorie C4, alors que le plus âgé d’entre eux en avait encore pour trois ans avant d'obtenir cette promotion.
 Son chef - monsieur Boradon - serait étonné de ne pas le voir, lui qui n’avait jamais eu une minute de retard. Il en référerait à sa hiérarchie, qui en référerait à son tour jusqu'au niveau autorisé à se renseigner sur la vie privée des employés, puis l’information redescendrait jusqu'à monsieur Boradon qui serait obligé de lui trouver un remplaçant. C’est que son travail ne pouvait souffrir aucun retard, sous peine de dérégler la belle mécanique administrative.
  Son remplaçant serait-il à la hauteur de la tâche ? Il lui faudrait trier les formulaires dont une nouvelle liasse lui serait apportée toutes les demi-heures sur son bureau. Dans chaque paquet qu'il aurait à constituer - concernant un centre différent - il devrait vérifier que la demande d’achat des imprimés administratifs du centre en question était correctement remplie. Puis il devrait les tamponner dans la case "vérification deuxième niveau" avant que le coursier ne vienne les prendre pour les porter au troisième niveau de contrôle.
 Après tant d’années, il était fier d'avoir acquis une rapidité inégalée et cela lui donnait un sentiment de supériorité sur ses collègues. C'était pour cela qu’il ne leur parlait jamais, pas même le dimanche soir au centre social.
 
 La navette s’arrêta à proximité du bloc D du centre médical. Monsieur Pinceau sortit à pas rapides et s'enquit de la porte 5. Il trouva étonnant qu'elle ne soit pas la cinquième porte mais la huitième, entre celles numérotées 2 et 15. Par curiosité, il compta les portes et en trouva dix. Mais il n’avait pas le temps de s'intéresser à ces anomalies, il ne voulait pas être en retard à son rendez-vous, et poussa la porte qui l'intéressait.
 Il se retrouva dans une salle d'attente où se tenaient déjà trois personnes : un jeune homme à l'air absent, une femme élégante, de catégorie M5I2 - il pouvait voir le badge sur son épaule - et un vieil homme qui ricanait doucement. Il alla s'asseoir discrètement, à distance raisonnable de chacun, et s'immobilisa dans l'attente.
 - Hi ! Hi ! C'est la première fois que vous venez ici ?
 Monsieur Pinceau se tourna vers le vieil homme.
 - En effet.
 - Vous êtes comme ces deux-là, alors. Et je parie que vous ne savez pas ce qui vous attend !
 - Monsieur ! Dit sèchement la dame offusquée.
 - Oh ! Laissez donc, répliqua le jeune homme, ce brave vieillard divague depuis dix minutes. Il ne fait que répéter la même chose.
 - Vous êtes là depuis dix minutes ! Monsieur Pinceau n'en croyait pas ses oreilles. Quelle perte de temps ! Poursuivit-il. Je pensais que l’on avait rendez-vous à heure précise.
 - Et à quelle heure avez-vous rendez-vous, Monsieur ?
 Monsieur Pinceau consulta sa montre :
 - Juste maintenant, dans exactement dix secondes.
 C'est à cet instant qu’un voyant bleu clignota sur une des portes du fond tandis qu’une voix féminine se faisait entendre :
 << Monsieur Pinceau, s'il vous plaît. >>
 Monsieur Pinceau se sentit rassuré. L'ordre des choses était respecté - en ce qui le concernait en tout cas.
 
 - Monsieur Pinceau, expliquez-moi votre mal de bouche.
 - C'est ma dent qui...
 - Bien, venez vous asseoir sur ce fauteuil.
  La doctoresse, qui lui désignait un siège incliné cerné de quantité d'objets à caractères médicaux, avait une tenue très stricte. Blouse noire, serrée au cou, munie de longues manches qui ne laissaient voir que les doigts et la moitié de la main. Boutonnée jusqu'au niveau des chevilles, elle découvrait à peine des chaussures vernies, noires, sans talon. Un énorme chignon de cheveux gris clairs, surmonté d'un calot plat, noir comme la blouse complétait le personnage. Son visage n'exprimait aucun sentiment, et seule la bouche remuait lorsqu’elle parlait. Le visage était pourtant joli, avait noté monsieur Pinceau qui estima une tranche d’age de 5, voire 4.
 A peine était-il installé que la doctoresse se pencha sur lui.
 - Ouvrez la bouche. Allons, mieux que ça.
 La femme exhalait un doux parfum floral et monsieur Pinceau se sentit bien, son inquiétude se dissipait petit à petit.
 - Mais vous avez un gros méchant abcès sur cette petite dent ! Cela vous fait mal ?
 - Huin, huin !
 - Oui, je comprends, je vais vous nettoyer ça. Tenez, mettez cet appareil sur votre tête, il va diffuser des ondes anesthésiantes et vous ne sentirez absolument rien.
 Dès que le casque fut posé, il sembla à monsieur Pinceau que la doctoresse se mit à sourire. Sa voix devint plus mélodieuse et ses gestes lui firent penser à une danseuse indoue. Ses mains s'affairaient dans sa bouche et sur ses joues comme des caresses. Il ne fut pas étonné de voir la blouse noire devenir translucide, et des formes roses ondoyer sous le tissu. Une vague de chaleur et de désir parcourut son corps et allait se concentrer sur ses parties viriles quand soudain tout s’arrêta net. La doctoresse venait de lui ôter le casque.
 - Voila, c’est fait. Je vous fais une prescription pour un bain de bouche à faire après chaque repas pendant trois jours. Maintenant, vous devez avoir rejoint votre bureau dans vingt minutes au plus tard.
 - Madame...
 - Hum ?
 - Pardonnez ma curiosité, mais le casque... ?
 - Un système d'hypnose pour annihiler la douleur. Excusez-moi, j’ai d'autres patients, et vous allez être en retard.
 - Heu...
 - C'est par-là. Au revoir monsieur Pinceau.
 
 Il se retrouva dans une navette complètement vide, sur le terne chemin qu'il avait quitté un instant auparavant. Les effluves d'un beau rêve tourbillonnaient encore dans sa tête, elles l'obséderaient toute la journée, et les jours suivants à tel point que son rendement chutait de plus de dix pour cent. Il trouvait comme excuse, pour son chef, l'abcès qui avait affaibli son organisme.
 
  Le dimanche suivant, il vit Papillette et, comme tous les dimanches, il se contenta de la regarder discrètement, mais cette fois-ci, son cœur battait plus fort. Ah ! S'il pouvait rêver d'elle, avoir des phantasmes, à défaut de ne pouvoir la prendre dans ses bras. Il repensa au casque d'hypnose. Il était persuadé qu’il était à l’origine de la douce impression émanant de la doctoresse, et il lui vint cette hypothèse :
 << Si le casque donne des phantasmes sur le sentiment que l'on a au moment où on l'utilise, il lui suffirait de penser à Papillette la prochaine fois qu'il l’utiliserait. >>
 Mais il lui faudrait avoir une nouvelle occasion, et rien n’était moins sûr. Sauf si...
 
 Le lundi matin, il avait pris sa décision - c'était pure folie - mais il fallait essayer. Pendant le petit déjeuner, il se piqua la gencive avec son couteau. La douleur vive lui arracha une larme, mais qu'était-ce à côté de ce qu'il allait vivre ?
 Le mode M. Le même rendez-vous - le système était parfaitement au point - la salle d'attente...
 - Hi ! Hi ! C'est la première fois que vous venez ici ?
 Monsieur Pinceau ne fut pas surpris de retrouver le vieillard, mais deux autres personnes différentes étaient là : deux hommes, grands et très jeune, en désaccord avec leur badge indiquant X4V8. Il ne connaissait pas la signification du X, et leur attitude l'étonna, ils étaient assis l'un près de l'autre et se donnait la main.
 - Je parie que vous êtes là depuis dix minutes. Osa-t-il leur demander.
 - Non, pourquoi ? Fit l'un d'eux.
 Instinctivement, il regarda sa montre, constata que c'était l'heure et jeta un oeil sur le voyant de la porte qu'il avait déjà franchie et - ouf ! - il s'alluma et son nom fut prononcé.
 
 - Bonjour, Monsieur Pinceau, encore un abcès ?
 - Non, mais c'est la gencive...
 - Asseyez-vous.
 Exactement le même rituel, il s'allongea, ouvrit la bouche et attendit.
 La doctoresse regarda et dit sèchement en se redressant :
 - Je vois ! Vous pouvez vous lever.
  - Mais. Vous ne me soignez pas ? Il était en plein désarroi. Il se dit qu'il avait exagéré, fraudé même, et la doctoresse n’était pas dupe. Les sanctions allaient tomber, sa carrière était fichue, il serait rétrogradé, il ne verrait plus Papillette. Sa gorge se serra, il était immobile, debout devant le bureau de la doctoresse dont le visage était plus hermétique encore, il tremblait, attendait le verdict de cette femme. Il pensa implorer sa clémence, mais il ne savait pas bien faire ça. Il se tortillait les doigts, ouvrait la bouche sans qu’une parole ne sorte. Ah ! S'il pouvait pleurer, il préférait encore l'humiliation devant cette femme que la déchéance dans son travail. Lui fallait-il se mettre à genoux ? Rester debout, tête baissée et demander pardon ? Garder le silence ou parler ? S'asseoir ou ne pas bouger ?
 - Je vous en prie, monsieur Pinceau, posez-vous sur cette chaise.
 La doctoresse esquissé un sourire !
 Il s'exécuta avec des gestes très lents, pour ne pas rompre le charme qui venait de s’installer.
 - Si j'ai bien compris votre démarche, monsieur Pinceau, vous voulez goûter à nouveau à l'anesthésie. Car je ne crois pas que ce soit pour me revoir, bien que j’en eut été très flattée. Je me souviens en effet de vos questions à propos de ce casque et en voyant votre automutilation, j’ai immédiatement fait le rapprochement.
 - Pardonnez-moi, Madame...
 - Docteur, je vous prie ! Je devrais vous dénoncer comme tricheur, vous le savez.
 - Oh, non ! S'il vous plaît, Mad... docteur.
 - Mais je veux bien considérer que votre cas relève de la P.S.P.C.
 - Excusez-moi ?
 - La psychosociologie de la phobie comportementale. Je vais vous recommander à mon collègue et voir s'il peut vous prendre rapidement. En attendant, pour votre gencive, laissez faire la nature. Je ne vous donne pas de calmant, ce sera votre unique punition.
 - Merci mille fois, docteur, je ne sais comment...
 - Ne me remerciez pas, dit-elle avec un sourire légèrement sardonique tandis qu’elle contactait son collègue.
 
 Monsieur Pinceau avait rendez-vous pour le lendemain matin à neuf heures, il lui faudrait quitter son bureau mais - la doctoresse le lui avait assuré - son chef serait au courant et accepterait de la laisser partir.
 En effet, vers huit heures et quart, monsieur Boradon lui annonça :
 - Mon cher Pinceau, je vous rappelle votre rendez-vous. Je ne sais pas comment vous avez fait, mais en tout état de cause, vous avez l'autorisation de vous y rendre. Sachez cependant que je ne suis pas très enthousiasmé de vous laisser partir. Pour ma part, je ne vois pas d’un très bon œil cette médecine de la psychologie, mais puisque notre hiérarchie en a décidé ainsi... Et il s'éloigna en soupirant.
  Monsieur Pinceau crut décerner dans le ton autre chose que de la simple réprobation. De la jalousie ? Ou peut-être de l’admiration ? Bah ! Le principal était qu'il ait échappé à la sanction. Mais maintenant, qu'allait-il dire au psychologue ?
 
 - Bonjour, Monsieur Pinceau.
 Le docteur de la P.S.P.C. était un homme jeune, vêtu d'une blouse verte tombant au niveau de chaussures vernies, vertes elles aussi. Il portait des gants de la même couleur, d’un tissu très fin, mais n'avait pas de calot. Il était souriant, bien que le visage restât immobile quand il parlait, les lèvres ne bougeaient pas, gardant constamment découvertes des dents brillantes.
 - Vous souffrez du trouble de la lucidité du rêve dépassé.
 - Ah ?
 - Je m'explique : le milieu matérialiste dans lequel vous vivez cristallise une réalité à vos rêves et vos phantasmes, c'est à dire que vos rêves et vos phantasmes deviennent la copie du monde réaliste : ils sont dépassés. En clair, vous ne rêvez plus ! Vous êtes en permanence dans le réel.
 - Ça doit être ça, oui.
 - Et la séance d’hypnose chez mon confrère stomatologue a révélé ce trouble. Cela s'est traduit par une forte pulsion onirique chez vous, alors que chez un sujet normal, l'anesthésie mentale ne provoque que des sensations douces telles que la vision de couleurs ou la sensation de chaleur.
 - Est-ce... grave ?
 - Cela dépend de vous !
 - Comment cela ?
 - Vous pouvez décider de balayer de votre esprit ce besoin de rêve et continuer à vivre comme avant. Une petite séance d'inhibition y suffira et tout redeviendra comme avant.
 - Ou bien ?
 - Ou vous avez envie de retrouver le rêve déraisonné, dématérialisé, qui vous fera "vivre" des phantasmes que vous ne connaissez pas encore, que vous ne pouvez même pas imaginer.
 - Et que me conseillez-vous, docteur ?
 - C’est vous qui voyez. Cependant je dois vous mettre au courant des risques de chacune des possibilités. Dans le premier cas, le risque n'est pas immédiat, j’ai dit que tout redeviendra comme avant. Mais, "comme avant" signifie bien entendu qu'un jour où l'autre, ce trouble réapparaîtra, et la nouvelle séance d'inhibition sera plus délicate.
 Dans le second cas, je dirais que ce serait à mon avis le plus favorable, le rêve est une nécessité vitale, et vous retrouverez un équilibre psychologique, mais...
 - Mais quoi ? Il y a un risque plus grand que pour l'autre ?
  - Heu, à vrai dire, non. Il n'y a, médicalement parlant, absolument aucun risque, bien au contraire.
 - Dans ce cas, est-ce qu'un essai... ?
 - J’allais vous le proposer. Moyennant une somme modique, je peux vous offrir la possibilité d'accéder à des rêves extraordinaires. Voila en quoi ça consiste, vous avez un robot domotique ?
 - Oui.
 - Parfait ! Le matériel consiste en un projecteur télépathique et une carte magnétique contenant le programme. Le projecteur peut être loué.
 - Le prix ?
 - Presque rien. Vous branchez le projecteur sur votre robot et introduisez la carte. Vous avez alors une minute pour vous installer dans un fauteuil, un lit, bref où vous voudrez, et le rêve commence. Il dure une heure, puis vous sombrez dans un sommeil profond et réparateur. Au réveil, vous êtes en pleine forme, et vous pouvez vaquer à vos occupations avec une sérénité retrouvée.
 - Formidable, je crois que je vais accepter une séance.
 - C’est 520 euros la location du projecteur pour une séance. La carte est gratuite, mais son chargement coûte 899 euros par rêve. Le crédit n'est pas possible.
 Monsieur Pinceau accusa le coup. C'était la moitié de son salaire actuel, c'est à dire exactement la somme qu'il mettait de côté pour sa retraite, chaque rêve allait lui en ôter une année. Mais après tout, la retraite était encore loin, et il n'était pas sûr de pouvoir en profiter pleinement, beaucoup de retraités autour de lui mourraient tôt en laissant à l'administration des années de pensions. Il se décida :
 - Je voudrais le nécessaire pour un rêve, s'il vous plaît.
 
  Le soir même, monsieur Pinceau avait installé le projecteur et il était prêt à introduire la carte programme. Il hésitait encore un peu : avait-il fait tout ce qu'il fallait - c'est qu'il convenait de ne pas faire la moindre erreur ! Il prit la notice et la relut :
 << Brancher la prise du projecteur... >>
 - Oui, ça c'est correct, ensuite :
 << Orienter le projecteur de façon qu’il ne soit pas en direction d'une ouverture (fenêtre, porte, même fermées). Par contre, il doit couvrir largement l'endroit où vous vous tiendrez. >>
 - Ca a l'air d'aller.
 << Mettre le commutateur en position TEST, un faisceau de lumière rouge vous indiquera la portée réelle du rayon d'influence. >>
 - Il illumine bien tout le lit, je pourrais bouger sans problème.
  << Introduire la carte dans le lecteur de votre robot domotique. Avant de mettre le commutateur du projecteur sur MARCHE, lisez les conseils donnés en annexe. >>
 - Oui, je vais les relire.
 Et il parcourut pour la quatrième fois la page de conseils :
 << Prenez une position propice au sommeil car vous vous endormirez automatiquement en fin de séance (la durée est exactement d’une heure).
 << La séance commence une minute après avoir mis le commutateur sur MARCHE, le voyant vert s'allume pour vous avertir du départ.
 << Avant que la séance ne commence, il est conseillé de penser fortement à quelque chose ou quelqu'un de très agréable, cela favorise la création des rêves.
 Etc... >>
  Ce qui le chagrina un peu, c'est que le paragraphe "Avertissement sur la légalité d’utilisation de l’appareil, contre indications et précautions d’emploi" n'était pas dans la notice, bien qu'il fût mentionné dans le sommaire. Mais il se rassura : le docteur n'avait-il pas dit qu'il n’y avait "médicalement aucun risque" ? C'était ses propres paroles, il les entendait encore.
 
 Monsieur Pinceau décida que la séance pouvait commencer et il mit l'appareil en marche.
 Quand le voyant vert s'alluma, il y avait déjà une bonne minute qu'il pensait intensément à Papillette. Il la vit alors apparaître au loin, dans le décor de sa chambre, elle marchait dans sa direction, contournant les arbres dessinés sur le mur, cueillant ça et là une fleur de papier, appelant de la main un oiseau d'aquarelle. Il n’osait pas la quitter des yeux, pourtant il lui semblait que quelque chose avait changé autour de lui. Il jeta tout de même un regard furtif de côté pour découvrir, grandeur nature, des arbres, des fleurs et des oiseaux identiques à ceux de la tapisserie murale.
 Il se promit d’explorer le reste de son appartement au bras Papillette quand il l’aurait rejointe. Il avança à sa rencontre, d'abord en marchant rapidement, puis en courant. Papillette semblait se rapprocher, elle courait aussi maintenant. La distance qui les séparait restait cependant désespérément constante.
  Soudain, Papillette disparut dans une déchirure du papier mural. Monsieur Pinceau cria et se précipita en se maudissant : pourquoi n'avait-il pas recollé cet accroc au coin de la porte ? Arrivé au bord du trou, il aperçut son amie allongée sur un carrelage aux dimensions gigantesques : elle était dans la cuisine, il reconnaissait le carreau ébréché près de l’évier. Il sauta pour la rejoindre mais Papillette, qui ne l’avait pas encore vu, prit peur et se sauva en direction de la salle de bain. Il courut à sa suite en l’appelant : Mademoiselle Papillette, s’il vous plaît, attendez-moi. C’est moi, monsieur Pinceau, vous me reconnaissez, souvenez-vous, le centre social, Pinceau je m’appelle, mademoiselle, je vous en prie.
 Papillette le regarda et se radoucit, elle lui sourit même.
 - Monsieur Pinceau, oh oui, je vous remets. Mais pouvez-vous m’expliquer ce que nous faisons ici, dans ce paysage bizarre ?
 - Mademoiselle Papillette, si je vous disais, nous sommes dans mon rêve, je vous y ai invitée car je pense beaucoup à vous. Voulez-vous que nous fassions quelques pas ensemble, je vais vous expliquer.
 - Je ne sais si c’est bien raisonnable, et puis, si on nous voyait, il nous faudrait nous marier.
 - Cela vous ferait-il peur ? De toute façon, vous n’avez rien à craindre puisque nous sommes dans un rêve, nous sommes libres de faire tout ce que nous voulons.
 - Tout, vraiment ? Dit-elle d’un ton malicieux. Monsieur Pinceau en eut du mal à avaler sa salive.
 - Euh, oui, tout ce que vous voulez. Répliqua-t-il avec espoir et un peu d’impatience, il n’avait qu’une heure devant lui. Il lui prit les deux mains et l’attira à lui.
 - Papillette, je vous aime.
 - ...
 Papillette ouvrit la bouche de surprise. Il vit ses mignonnes petites dents et pensa aux siennes : c’était tout de même grâce à elles s’ils en étaient là.
 - C’est inattendu. Soupira-t-elle. Moi aussi, je vous aime bien.
 - Mais je vous aime d’amour, à la folie. Êtes-vous... es-tu prête à faire n’importe quoi avec moi, là, maintenant ?
 - Oh ! Monsieur Pinceau.
 - Appelle-moi Isidore, et tu peux me tutoyer.
 - Oh ! Mons... Isi... Isidore. Je ferais ce que vous... ce que tu veux si tu crois que c’est sans risque. Tu veux que l’on fasse l’amour ?
 Isidore n’en revint pas. Elle lui proposait tout de go ce qu’il avait tant désiré sans jamais avoir osé le lui demander. Il la serra plus fort contre lui et elle sentit qu’il en avait envie. Ils se dirigèrent vers la chambre et s’allongèrent sur le lit. Une heure plus tard, monsieur Pinceau sombra dans un sommeil sans rêve, il venait d’en vivre un au-delà de ses phantasmes les plus fous.

 Le lendemain matin, il se dit qu’il devait à tout prix se payer une nouvelle séance et le soir même, il se rendit chez le psychologue pour acheter un nouveau programme, bien que le prix fût excessif. Bah ! Tant pis pour la retraite, et puis ce serait le dernier rêve, après il saurait bien convaincre Papillette dans la réalité. Ils se marieraient et auraient des enfants, un seul comme le minimum exigé par la loi, mais pas plus, il détestait les gosses.
 
 - Je ne peux pas vous vendre un autre programme. Lui dit le docteur. La loi interdit ce genre de traitement plus d’une fois par personne.
 - Est-ce que l’on ne peut pas s’arranger ? Demanda monsieur Pinceau, dépité.
 Devant la mine déçue de son client, le docteur lui proposa d’aller voir un confrère.
 - Je vous fais une lettre comme quoi je vous envoie pour confirmation de mon diagnostique, à vous de lui demander une machine à rêver. Bien sûr, ne lui dites pas que vous avez déjà eu une séance.
 Monsieur Pinceau, bien qu’inquiet de devoir une nouvelle fois débourser le prix fort se réjouissait de pouvoir bénéficier d’un second rêve. Mais il comprit qu’une troisième fois ne lui serait absolument pas possible. Il lui faudrait absolument conquérir Papillette par la suite.

 Le nouveau psychologue était un homme rébarbatif, à l’air grincheux. Ça va être difficile de l’amadouer, se dit monsieur Pinceau. Il va falloir jouer fin pour avoir cette machine, et surtout ne pas commettre d’impair.
 - Monsieur Pinceau, je vais vous faire passer quelques tests afin de déterminer si mon confrère a vu juste, ce dont je ne doute pas, mais on ne sait jamais. Ces jeunes médecins croient tout savoir dès leur sortie d’école mais ce ne sont que des freluquets. Et puis, les méthodes modernes ne me disent rien qui vaille, moi je n’utilise que les bonnes vieilles recettes, vous allez voir.
 Il fit allonger monsieur Pinceau sur un divan et commença à lui poser des tas de questions, d’abord sur sa petite enfance, sur ses parents, puis sur son métier, sa vie dans la société. Isidore répondait machinalement, ne pensant qu’à la manière de lui demander la machine à rêver.
 - Voila, fit le docteur, le diagnostique est simple: vous êtes tout à fait normal, peut-être un peu enclin à la paranoïa, mais tout à fait dans la limite autorisée par la loi de façon qu’il n’y a pas nécessité de prescrire un traitement particulier. Mon jeune confrère s’est donc un peu précipité en vous trouvant un trouble de la lucidité du rêve dépassé. Je vous l’avais dit, un freluquet. Vivez sans crainte, vous ne vous en porterez que mieux.
 - Mais le docteur d’avant vous ne vous a-il pas dit pourquoi je l’avais consulté ?
 - Tiens, non au fait. Dites-moi ça pour voir !
 - Ça vient de chez le dentiste, à cause de l’anesthésie qui m’a troublé un petit peu. Le dentiste n’a pas trouvé ça normal et m’a donc envoyé chez le docteur d’avant vous. Vous croyez que l’anesthésie peut troubler les gens comme ça ?
- Hum ! Hum ! Je vois. Le problème est que le stomatologue a dû donner une lettre à mon confrère, lettre que je n’ai pas vue, alors comment voulez-vous que je sache.
Le docteur arpentait le cabinet en faisant tournoyer ses bras en l’air. Et mon confrère vous a-t-il prescrit quelque chose ? Il ne l’a pas marqué sur sa recommandation.
  - Il m’a proposé soit une séance d'inhibition, soit de continuer à vivre comme ça en faisant un effort pour essayer de passer de meilleures nuits. J’ai choisi la seconde solution, bien que je ne sache pas bien en quoi consistent ces efforts.
 - Mon confrère ne vous a rien conseillé à ce sujet ? Une hygiène alimentaire, des séances de décontraction, du sport ?
 - Si, si. Il m’a bien dit tout ça, et il a ajouté : essayer de faire de beaux rêves. Mais comment décider de ses rêves ?
 - C’est vrai, on ne décide pas de ses rêves, c’est le subconscient qui les détermine, encore que, de nos jours...
 Ah ! On y vient, se dit monsieur Pinceau redoublant de prudence.
 - De nos jours ?
 - La science fait d’énormes progrès et on commence à comprendre comment fonctionne le subconscient. Figurez-vous qu’il existe une machine qui fait rêver. Il parait que vous pouvez rêver pendant une heure de ce que vous voulez. Ça n’a pas de sens. Foutaise que tout ça. Le subconscient n’a pas besoin d’être assisté, il doit garder son libre arbitre et ne pas être soumis à une machine. Je vous demande un peu où nous allons ! L’être humain dégénère avec toutes ces machines.
 - Mais, la machine n’apporte-t-elle pas une aide en cas de défaillance de la nature humaine ? Dans mon cas, par exemple, je n’arrive plus à rêver correctement, n’y a-t-il pas d’autres moyens que cette machine ?
 - C’est vrai, je vous l’accorde, nous, psychologues, ne savons pas guérir cette maladie, mais je vous déconseille la machine, c’est pas naturel.
 Monsieur Pinceau se mit à trembler.
 - Il n’y a donc pas de solution ? Je suis condamné à vivre sans rêve ! J’ai lu quelque part que l’absence de rêve pouvait entraîner la mort et c’est que je ne veux pas mourir, moi ! Il faut que vous fassiez quelque chose, docteur, que vous me donniez un traitement, je ne sais pas, moi, des pilules qui font rêver, ou un régime,... ou la machine. Ajouta-t-il doucement, presque en chuchotant.
 Le docteur se grattait le menton, la remarque de son client le rendait perplexe. Effectivement, il n’avait pas de solution à proposer et se sentait incapable à le guérir. Aussi, prit-il cette décision :
 - Bon, je vous propose la machine à rêver, mais à titre expérimental et sous votre responsabilité. Je ne veux rien savoir s’il vous arrive quelque chose. C’est vous qui me l’avez demandée, on est d’accord la-dessus ? D’ailleurs vous me signerez une décharge, n’est-ce pas ?
 - Vous avez raison, docteur, je veux bien expérimenter votre machine. Je peux commencer bientôt ? Expliquez-moi comment ça marche.
 - C’est un projecteur qu’il faut charger avec une carte-programme, l’utilisation en est très simple.
 - Le prix ?
 - 2.500 euros le tout, c’est à dire la location plus le programme. On paie cash et il n’y a pas de remboursement en cas de mauvais fonctionnement.
 Ouf ! Monsieur Pinceau accusa le coup, mais ce serait la dernière fois, le sacrifice en valait la peine.
 
 Il repartit donc chez lui avec, sous le bras, une nouvelle machine à rêver. Il avait hâte de la faire fonctionner.
 Il l’installa rapidement, pensa fortement à Papillette et la lumière verte s’alluma.
 Papillette apparut comme la première fois dans le décor de la tapisserie de sa chambre. Elle chantonnait en sautillant dans le chemin bordé de fleurs indéfinissables. Quand elle vit son amant, elle courut vers lui :
 - Isidore, mon chéri, veux-tu que nous refassions l’amour comme hier ?
 - Pas tout de suite, Papillette, je voudrais que nous nous promenions un peu avant. Il lui prit la main et tous deux partirent en direction de la salle de bain.
 Ils cheminèrent sur le carrelage qui était devenu un immense tapis de verdure. Les joints s’étaient transformés en ruisseaux où l’eau coulait en torrent. Il faudra que je fasse réparer cette fuite sous le lavabo, se dit monsieur Pinceau en constatant les dégâts. Puis, voyant tout l’intérêt qu’il trouvait à visiter son appartement sous cet angle inhabituel, et en galante compagnie, il décida d’explorer toutes les pièces avant de passer aux choses plus sensuelles. Après tout, il avait une heure devant lui, et la certitude que plus tard, il renouvellerait l’expérience avec la vraie Papillette, en chair et en os.
 Il entraîna son amie dans les toilettes. Certes, l’endroit n’avait rien de romantique, mais à cette échelle, il devait être étonnant. Mais ils durent s’enfuir très vite, car le papier toilette s’était décroché et roulait dans leur direction pareil à un rouleau compresseur fou. Ils se réfugièrent dans la cuisine où le spectacle était des plus désolant. La vaisselle sale s’étalait dans l’évier et faisait penser à un immense dépotoir nauséabond.
 - Viens, Papillette, ne restons pas là. Excuse-moi pour le désordre, je n’ai pas eu le temps de ranger.
 - Pas grave, mon chéri, lorsque nous serons ensemble, je te donnerai un coup de main. Nous allons vivre des moments merveilleux tous les deux. D’abord, il faudra faire un bébé. Qu’est-ce que tu préfères, un garçon ou une fille ?
 - Euh ! Je n’ai encore étudié la question.
 - Moi, j’aimerais bien les deux, la première fois.
 Monsieur Pinceau se renfrogna un peu. Les enfants ne lui disaient pas grand-chose, c’était pour lui une source d’embarras et de préoccupations quotidiens qu’il aimerait éviter.
 - Je sais bien que c’est obligatoire, mais un seul bébé pour commencer, ça devrait aller, non ?
 Tout en devisant, ils étaient arrivés dans le salon. La petite fontaine de table était devenue une immense cascade, crachant ses embruns aux alentours si bien qu’ils furent complètement trempés. Ils prirent ce prétexte pour se dénuder et continuer leur promenade dans le plus simple appareil.
  - Heureusement qu’il fait chaud chez toi, rigola Papillette en se dandinant sur un pas de danse suggestif. Monsieur Pinceau en eut des palpitations. Dans peu de temps, il ne pourrait plus se retenir. Il tenta de se changer les idées en montrant à sa maîtresse sa dernière acquisition : un aspirateur-broyeur automatique.
 - Regarde, on appuie sur le bouton ‘‘ON’’ et on laisse faire. Et l’engin, de taille imposante, démarra dans un bruit assourdissant. Il se mit à parcourir l’appartement à une allure qui dépassait le faible déplacement des deux tourtereaux. Ceux-ci se réfugièrent sous le canapé et observèrent le travail de la machine. Une ouverture, comme une gueule monstrueuse, avalait tout ce qui traînait à proximité : poussière, papiers, crayons, même les livres mal rangés. On entendait le bruit du broyeur qui devait déchiqueter, réduire le tout en poudre très fine. Monsieur Pinceau commença à avoir peur, il n’aurait jamais dû mettre cet engin en marche, car il allait lui être très difficile de l’arrêter maintenant. Peut-être qu’en montant sur une chaise et en sautant sur l’appareil, il pourrait appuyer sur le bouton ‘‘OFF’’ avant qu’un malheur n’arrive.
 - Ne bouge pas de là, Papillette, je vais l’arrêter.
 Il courut vers une chaise et entreprit de grimper le long d’un de ses pieds. Mais l’infernale machine qui l’avait repéré se dirigea vers lui à vive allure. Papillette cria, monsieur Pinceau redoubla d’efforts… il disparut dans les entrailles du monstre, happé par l’aspiration impitoyable.

-oOo-

- Le central va être content, dit l’un des deux robots nettoyeurs, voila un gus qui ne recommencera pas de si tôt.
Son compère rit de sa voix métallique.
- Ce monsieur... comment déjà, dit-il en consultant sa fiche d’intervention, ah oui, Pinceau, il aurait dû savoir qu’on ne transgresse pas la loi impunément. Bon, pas de trace, c’est la consigne, donc on nettoie.
Et les deux robots passèrent l’appartement à l’approprieur-décontaminateur qui annihilait tout sur son passage, comme ce malheureux monsieur Pinceau suivi des meubles, bibelots, vaisselle, électroménager, linge, machine à rêver. Tout !
- Voilà, C3A4, ton appartement est nickel, il va être affecté à un autre. C’est qu’il y a de l’attente sur la liste…
 Les deux robots quittèrent les lieux en bombant le torse : « Mission accomplie pour le bien-être des humains… »

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Re : Rêve fatal
« Réponse #1 le: 11 Août 2012 à 06:44:42 »
J'adore :D Tres sympa comme petite nouvelle !
L'univers m'a énormément fait penser a un livre que j'ai lu quand j’étais gamine et qui m'est vraiment, vraiment, reste dans le crane, Le Passeur: exactement ce même genre de monde ou chaque aspect de la vie des gens est réglé au détail et a la seconde près et qui me fout les jetons comme pas permis. Je ne te cache pas que ça joue beaucoup dans mon petit coup de cœur pour ton texte :)
J'ai aussi beaucoup aime la chute, je me demandais si en fait Monsieur Pinceau n'allait pas virer dans la folie du rêve etc. mais ta fin est vraiment sympa aussi. Saloperie de robots :mrgreen:

Il y a juste une chose, c'est une impression et je ne saurais pas l'expliquer : je sens qu'il en manque. Que ça a été sous-exploite, que ça peut aller beaucoup plus loin, beaucoup plus profond. Qu'il y a certains aspects qui ont été survoles. J'aimerais vraiment pouvoir mettre le doigt dessus, mais je n'y arrive pas, désolée ! ><

Cote forme, c'est la ponctuation qui en prend un sale coup, la y'a du travail a faire, surtout au niveau des dialogues. Mais comme tu les maîtrises dans certains passages, je suppose que tu es juste passe au-dessus...?
Par contre j'aime le ton général du texte, un peu précieux et empesé et qui fait très "Monsieur Parfait avait sa routine Parfaite dans son monde Parfait Parfaitement réglé a la Perfection".
Par contre, c'est "Fantasme" :)

Bref, tes quinze pages et six mille mots, je les ai engloutis ! ;-)

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Re : Rêve fatal
« Réponse #2 le: 11 Août 2012 à 13:19:51 »
Pareil pour moi!!! Je viens de me lever et d'habitude je n'aime pas lire le matin. Mais là avec mes chocapics on s'est amusé à se mettre à la place de Monsieur Pinceau, c'était frai, simple.

Pour moi la fin est vraiment bien mais je trouve qu'elle pourrait être plus développée. Elle est courte par rapport à ton texte. Enfin je trouve...

J'ai relevé juste une chose:

Tu emplois le mot "diagnostique" à mauvais escient, c'est un adjectif. Tu devrais employer "diagnostic" qui un nom commun correspondant plus à ta phrase.

Après je trouve que tu emplois trop le "  - infos-  ". A mon humble avis tu devrais utiliser les tirets avec parcimonie. Je trouve que ça coupe ton texte, mais ce n'est que mon avis bien sûr!  ;)

Après rien à redire, j'ai bien aimé. Il est peut être long comme tu dis, mais tu t'es démerdé pour que ton lecteur ne t'abandonne pas en cours de lecture donc félicitations!
« Mes lubies ont une valeur marchande. De par le monde, les cellules capitonnées regorgent d’hommes et de femmes qui n’ont pas cette chance.  »
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Re : Rêve fatal
« Réponse #3 le: 11 Août 2012 à 14:44:44 »
Kikou,

J'ai passé un très bon moment à lire cette nouvelle, j'ai pas noté personnellement de faute ou autre, il se lit tout seul.
L'histoire a un joli écho, ma première pensée a été vers 1984, et là j'oscille avec Le meilleur des mondes ........

Je rejoins Peyou, les tirets peuvent être remplacé par des virgules, là dans l'état actuel cela casse un peu la fluidité du texte.
L'utilisation des guillemets aussi, j'ai du mal à les comprendre ...... il y a des oublis de début et de fin, et puis surtout il n'amorce pas un dialogue. Quand Mr Pinceau se parle, tu pourrait peut-être l'indiquer autrement.

Voili :)
"Etre libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres." Nelson Mandela

Hors ligne Zamy

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Re : Rêve fatal
« Réponse #4 le: 19 Août 2012 à 20:10:19 »
Je viens de lire ton texte, et, franchement, je ne le regrette pas! J'ai littéralement dévoré ces 6000 mots!
Comme Iseult, j'ai eu un peu de mal avec les dialogues, où après avoir fait parler ton personnage tu énonce une action sans aller à la ligne.
Sinon, l'histoire est très sympa, bravo!
Membre du comité de soutien pour la mutation de Zagreos en Za'gros Cheveux.

 


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