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Auteur Sujet: Les déferlantes (Claudie Gallay)  (Lu 1526 fois)

Hors ligne jackywilly

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    • Jacky Lebrun
Les déferlantes (Claudie Gallay)
« le: 07 Août 2012 à 00:01:44 »
Claudie Gallay est l'auteur de six romans, publiés dans La Brune aux éditions du Rouergue, dont Mon amour, ma vie, Dans l'or du temps, et Seule à Venise.

Ce roman, Les déferlantes, est un petit bijou d'écriture (je n'ai pas lu les autres, mais dès que je peux ...). Son style est un régal, il coule dans la tête comme du miel dans la bouche. Les phrases sont courtes, mais d'une efficacité déconcertante. Que j'aimerais écrire comme cela ! Le français n'est pas châtié, certes - pas de subjonctif, très peu de passé simple - mais il n'y a cependant aucune fausse note dans l'imparfait, le passé composé, le plus que parfait et les autres temps du passé. Je ne résiste pas à l'envie de citer les premières lignes :

"La première fois que j'ai vu Lambert, c'était le jour de la grande tempête. Le ciel était noir, très bas, ça cognait déjà fort au large.
Il était arrivé un peu après moi et il s'était assis en terrasse, une table en plein vent. Avec le soleil en face, il grimaçait, on aurait dit qu'il pleurait."


Plus loin, des phrases sans verbe, sublime :

"Cent mètres après l'auberge, juste le quai à traverser, une maison bâtie en bout de route, presque dans la mer. Avec rien autour. Les jours de tempête, seulement le déluge. Les gens d'ici disaient qu'il fallait être fou pour habiter dans un tel endroit. "

Et les dialogues :

"J'ai hoché la tête.
- Vous aimiez Nan et vous en avez épousé une autre.
Il a souri.
- La Mère était enceinte.
Il a levé les yeux sur moi.
- Je ne l'aimais pas. Je n'ai pas aimé Lily non plus.
Il a dit cela sans violence mais sa voix s'est cassée, comme si elle était entravée dans un reste de colère.
- Cent fois j'ai pensé les quitter. Il aurait fallu quitter la Hague aussi, le phare. J'ai été lâche... Vous pensez ça, n'est-ce pas ?... J'ai été lâche, et maintenant je vais crever.
Sa main tremblait sur l'accoudoir. Il la regardait comme si elle ne lui appartenait plus."


Juste un petit truc qui m'a un peu gêné - oh ! à peine - dans les dialogues :

"- Mon père connaissait les passes, il connaissait son voilier. Il aimait naviguer la nuit, il n'aurait pas pris de risques, surtout avec Paul.
Il a dit cela, Pas avec Paul."


On retrouve cette formule (soulignée) trois ou quatre fois dans le roman, c'est une à deux fois de trop à mon avis, mais bah !... qu'est-ce que c'est à côté des détails savoureux :

"J'ai entendu le clic-clac accroché de la pendule, ce moment particulier qui n'arrivait que deux fois par jour, où la petite aiguille, en basculant sur 10 venait se bloquer entre les crans secrets du mécanisme. On s'est tus. Le temps que l'aiguille se décroche, deux minutes se sont perdues, inexistantes.
Un craquement de temps qui nous a échappé, à lui et à moi."


Pourtant, l'histoire n'a rien de très original - pas de suspens - mais on y côtoie des personnages si parfaitement dépeints qu'ils nous sont vite familiers, voire sympathiques. On se prend au plaisir de les suivre dans leur quotidien et d'aimer leur vie banale, mais tellement exaltante sous la plume de Claudie Gallay.

Laisse ta plume écrire ce qu'elle veut, c'est pas toi qui décide.

 


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