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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Du grand n'importe quoi

Auteur Sujet: Du grand n'importe quoi  (Lu 2100 fois)

Hors ligne jackywilly

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Du grand n'importe quoi
« le: 04 Août 2012 à 23:13:26 »
Au cours d'une discussion sur le sens d'un texte, j'avais dit que les incohérences pouvaient avoir leur charme, et il m'est venu à l'idée d'écrire une histoire complètement insensée un peu comme un rêve peut l'être parfois. Voilà ce que cela donne :


Histoire de rien.

Luciliane avançait à pas épais dans la soupe du soir. La journée avait été rugueuse et dans la hâte de regagner son âtre, elle trébuchait sur chaque crayon. Bientôt, une averse de sardines s’abattit sur l’alentour, et la jeune bisonne chercha un coin de table où se réfugier. Elle était trempée jusqu’au cœur lorsqu’elle atteignit le carrefour de saint James sur les coups de 25h78 en ce matin incolore.
- Oh ! Bonne-clarté à vous, monseigneur. S’était-elle exclamée en découvrant l’homme qui dormait sur une botte de paille au milieu de la voie ferrée. Mais continuez à roupiller, je ne voudrais pas vous sevrer d’un rêve qui vous tient tant à cœur.
- Jeune fille, vous ne croyez pas si bien rire. Répliqua humidement l’archidiacre en renfilant son pantalon. Je vois que vous n’êtes pas celle que j’attendais, alors soyez la bienvenue dans mon antre simplette. Vous prendrez bien un peu de courage, je vais vous en faire infuser quelques millimètres.
Luciliane, la belle luciole, accepta avec humeur. Elle n’aurait jamais espéré épouser un évêque et l’occasion lui était présentée, là, dans toute sa fraîcheur. Les doigts mouillés d’émotion, elle s’assit sur le carter du motif, lissa sa jupe des deux mains sur ses genoux serrés et se perdit dans un profond sommeil.
- Excusez-moi, gémit-elle avec une joie incommensurable, je crois que je ne supporte pas la fumée, si vous vouliez bien arrêter votre locomotive, je vous en serais très renaissante.
- Mais c’est moi qui m’explique ! J’aurais dû anticiper l’arrêt du train et vous éviter ainsi une anxiété inconvenante. Mais passons aux choses sérieuses : avez-vous votre billet ?
- Euh ! Non. Je n’ai sur moi que cette coupure de journal.
- C’est assez embêtant, dit le robot jaune en examinant le morceau de papier. Il n’est même pas du jour. Il ne paraîtra que dans trois semaines, et alors il sera trop tôt. La séance ne sera pas terminée. Je ne peux pas vous accepter comme interlocutrice.
- Oui, c’est ensorcelant. Déplora la belle liane, toute rêche de confusion. Ses vêtements prirent alors la texture du désarroi à tel point que la jeune virgule disparut à l’intérieur du tissu. La robe se leva - en souplesse à cause de l’absence de squelette - et d’une manche tremblante fit un geste d’adieu au charbonnier avant de prendre la porte sans la retourner.
Au dehors, l’altitude était d’au moins vingt-cinq degrés et la jeune fille, au comble de la multitude, se débarrassa de ses effets. Libérée de son ombre, elle se retrouva nue comme une cuillère. Aussitôt, une volée de portefeuille s’abattit devant elle en un arc de carré idéal. Le plus hardi d’entre eux s’avança à pas escomptés et supplia :
- Brillante jardinière, protégez-nous, un chasseur nous poursuit et notre maroquinier ne veut plus nous rafistoler.
- Je vois, je vois, je vois…
Luciliane répéta treize fois la formule en levant les bras vers le sol dans une incantation fictive et perfide. Puis, alors que le groom apparaissait déjà au loin, elle ramassa l’ombre de son corps, en chiffon à ses pieds, et la jeta sur la troupe de pistolets qui disparut aussitôt.
- N’auriez-vous pas aperçu une bande de boutons ? Fit le nouveau venant.
L’huissier était bougon, il n’avait pas mangé depuis trois siècles. La gamine en fut contrariée.
- Monsieur, nous n’avons pas été présentés. Reprocha la jolie sauterelle en sautillant d’un pas sur le côté.
- Miss, ma représentation ne se tient qu’en matinée, et pour l’instant, je cherche de quoi me rassasier, aussi, ne pinaillerais-je pas un instant plus avant. La luette me démange et vos petites volutes sont pour moi une réelle douleur.
Alors la bête n’y tenant plus ouvrit une bouche d’égout comme le cratère d’un volcan et engloutit la tige voluptueuse d’une dent délicate.

Moralité : Jeunes filles, n’espérez pas vous marier avec le premier venu, le second est sans conteste toujours le meilleur.
Laisse ta plume écrire ce qu'elle veut, c'est pas toi qui décide.

Hors ligne Kerena

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Re : Du grand n'importe quoi
« Réponse #1 le: 04 Août 2012 à 23:33:57 »
 :mrgreen: J'ai adoré. Ça m'a fait penser au cadavre exquis, c'est tout à fait du même genre.

En fait, vu que ton texte n'a ni queue ni serrure, je ne vois pas trop comment le commenter...

Navrée de ce commentaire un peu vide  :-\
Je crois qu'il y a dans le coeur des hommes une place créée pour l'émerveillement, une place endormie qui attend de s'épanouir ~ Les Aventuriers de la mer


Jon Ho

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Re : Du grand n'importe quoi
« Réponse #2 le: 04 Août 2012 à 23:59:24 »
Un seul mot : excellent.
( même si le n'importe quoi c'est souvent plus simple que le bien construit )

Hors ligne Xeraphia

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Re : Du grand n'importe quoi
« Réponse #3 le: 10 Août 2012 à 02:21:15 »
Hello !
J'avais lu en me disant qu'il fallait absolument que je te dise un gros bravo pour ton gros n'importe quoi. Puis ma mémoire de poisson rouge en a décidé autrement, ce qui explique le remontage du texte. Bref :huhu:

En plus de me faire bien marrer, tu as réussi quelque chose d'assez difficile quand même: tu as écrit du grand n'importe quoi cohérent et qui tient la route. Et pour ça, chapeau monsieur! Tu as spécialement bien réussi les sauts complètement crétins qu'on retrouve toujours dans les rêves débiles. Je m'imagine vraiment en train de raconter quelque chose du genre "Et puis tout a coup, ne me demande pas pourquoi, mais j’étais dans un train..." ^^

Bref, excellent petit texte ! :mafio:

Hors ligne jackywilly

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Re : Re : Du grand n'importe quoi
« Réponse #4 le: 10 Août 2012 à 16:05:07 »
Bonjour Polka,

Une femme sans homme c'est comme un poisson sans bicyclette

Cette phrase-là, c'est un morceau d'anthologie ! Mais on ne sait pas comment la prendre, un poisson sans bicyclette est-il malheureux ou bien au contraire ? Je pencherais pour "Une femme sans homme ne s'encombre pas de choses inutiles".

Allez les machos, faites-vous une raison !

Bien à toi.
Laisse ta plume écrire ce qu'elle veut, c'est pas toi qui décide.

Hors ligne Ophélie

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Re : Du grand n'importe quoi
« Réponse #5 le: 15 Août 2012 à 18:38:11 »
Hey Jacky !
Mon commentaire ne sera pas très long ni développé parce tout a été déjà plus ou moins dit ;)
C’est intéressant ce que tu as fait-là, parce que même si c’est n’importe quoi, on arrive à comprendre ! Chacun connaît sûrement tous les mots de ce texte séparément, mais je n’aurais jamais eu l’idée de les coller ensemble !
Comme par ex : « matin incolore ».

elle ramassa l’ombre de son corps
J’ai adoré cette préposition : elle ramasse son ombre comme n’importe quel autre objet, et je trouve ça top, cette association d’images.
Enfin voilà, super original car même si les phrases ne se succèdent pas avec autant de logique qu’un texte « normal », on suit tout avec délice.
Bisous  :mrgreen:


 


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