Coucou
"Quartier Nord", de François Ruffin. (Je ne peux pas le photographier, c'est une copine qui l'a).

ça date de 2002 ou 2004 je dirais.
Moitié un roman, moitié une chronique journalistique, moitié de la sociologie. L'auteur va dans les quartiers pauvres au Nord d'Amiens, il rencontre des gens, il raconte leurs vies, il raconte les relations qu'il a avec eux.
L'auteur est journaliste (au Monde diplomatique). Il a écrit d'autres livres qui sont bien aussi mais un peu différents ("Les petits soldats du journalisme", et un livre sur les rapports de classe).
Quartier Nord, un récit hyyyyper bien gaulé. En fait ça les qualités d'un roman (émouvant, on s'attache aux personnages, ça se lit comme un thriller (je l'ai dévoré en quarante huit heures, alors que le livre est épais et que d'habitude je lis assez lentement), ça a les qualités d'un ouvrage de sociologie (c'est très juste et très bien vu, sur la discrimination spatiale, la domination sociale, etc.) et ça a les qualités d'un travail de journaliste (pas de notes de bas de page, facile à lire, etc.), et le style est excellent, ce ruffin écrit très bien.
L'auteur montre hyper bien le fight des gens pour essayer de se construire une vie digne malgré les kilotonnes d'obstacles (pas d'argent-pas de travail-mal-logement discrimination etc.), les portes qu'ils prennent dans la gueule chaque fois qu'ils essayent de faire le moindre truc, et les manières dont ces difficultés là se croisent avec l'intime, les relations de couple, les rêves que les gens s'échinent à essayer d'entretenir. Le combat de certains pour essayer d'arrêter de se droguer même quand c'est hyyper dur de travailler quoi que ce soit d'autre à faire. On s'attache aux personnages, qui sont bien rendus, comme dans un roman. Quand le jeune qui a réussi à sortir de la drogue pendant quelques mois replonge, on a le bide remué comme quand il arrive un truc émouvant au héros dans un bon roman.
François Ruffin n'hésite pas à l'occasion à se mettre un peu en scène lui, c'est à dire à parler de sa naïveté de petit Blanc classe moyenne face à certains des trucs qu'il découvre. Et en même temps il le fait pas trop non plus, juste un petit peu. A l'image de l'ensemble de l'ouvrage qui est très équilibré.
Yep, c'est le mot que je garderais pour définir ce livre : équilibré. Entre la socio, le journalisme, le récit. les personnages ont de l'épaisseur, les situations aussi, etc.
Bref super bouquin (à commander et à faire acheter par sa bibliothèque de quartier (mais faut pas forcément s'attendre à le voir en tête de gondole à la fnac :-)).