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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Théâtre et poésie » [Poésie, auteur] Jacques Prévert

Auteur Sujet: [Poésie, auteur] Jacques Prévert  (Lu 41204 fois)

Hors ligne René

  • Calligraphe
  • Messages: 117
Re : Jacques prévert, recueil de poèmes : Paroles 1946
« Réponse #30 le: 26 juin 2013 à 20:37:29 »
Moué j'aime ben l'Prévert : sa pouésie est simp'e, pas démago pour un sou ("Le Canc'e" est mon préféré), porfonde et pis, l'p'us qu'est pire : engagée coumme on dit. Paroles, je dirais, c'est un grand cru !
"Dame, ça va pas bien quand ça va mal" (Maurice Soing)

Godot

  • Invité
Re : Jacques prévert, recueil de poèmes : Paroles 1946
« Réponse #31 le: 05 juillet 2013 à 01:04:10 »
Je vais aimer ce sujet, pour sur. C'est sans doute mon écrivain préféré, tous genres confondus. Je pourrais apporter ma pierre à l'édifice. Prévert, c'est inépuisable. J'essayerais de trouver des poèmes moins connus pour ceux qui lisent de plus loin ce superbe poète :)

Hors ligne helo19

  • Tabellion
  • Messages: 27
[poète] Jacques Prévert
« Réponse #32 le: 12 juillet 2014 à 11:45:51 »
Bonjour ! Je voulais vous parler d'un poète qui me tient à coeur : Prévert !
Je vais commencer par le début
Donc, après avoir fouiller, il y a quelques mois déjà, dans les cartons chez ou dans la mini bibliothèque abandonnée chez mon père, j'ai trouvé un recueil de Prévert
Adorant la poésie, j'étais ravie de ma découverte. J'ai donc commencé à feuilleter les pages, et mon dieu, mais quelle écriture !! C'est magnifique ! Certains d'entre vous sont surement d'accord avec moi !

Bon, je devrais parler un peu de sa vie, bien sur :
Jacques Prévert est un poète et scénariste français, né le 4 février 1900 à Neuilly-sur-Seine, et mort le 11 avril 1977 à Omonville-la-Petite (Manche). Auteur d'un premier succès, le recueil de poèmes, Paroles, il devint un poète populaire grâce à son langage familier et à ses jeux sur les mots. Ses poèmes sont depuis lors célèbres dans le monde francophone et massivement appris dans les écoles françaises. Il a également écrit des scénarios pour le cinéma où il est un des artisans du réalisme poétique.
(source : Wikipédia)
Mon poèmes préféré est "Le Cancre" ! C'est écrit avec légèreté, mais avec une pointe de puissance !

"Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu'il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le question
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maîtres
sous les huées de enfants prodiges
avec des craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur."
[/font][/size][/color]

Après j'ai une question pour vous :
- Quels sont vos poèmes préférés de Prévert ? Pourquoi ?

Voili voulou et bonne journée à vous !  :mrgreen:
« Modifié: 12 juillet 2014 à 15:45:49 par helo19 »
L'amour perd son élégance quand il cesse d'être un secret.

Robert Brisebois

Monsieur Z

  • Invité
Re : [poète] Jacques Prévert
« Réponse #33 le: 02 juin 2015 à 11:04:49 »
J'ai vu dans ce fil de discussion que certains n’appréciaient que modérément l'engagement politique de Jacques Prévert, ses prises de position, les idéaux qu'il exprime à travers son écriture. Sur le fond de la pensée de Prévert, j'avoue être plutôt être de ceux qui n'apprécient pas spécialement son engagement. Mais je m'accorde à dire qu'il le fait avec talent. Et puis, rien ne m'empêche de confronter ses propos avec d'autres qui pensent différemment. En voici un exemple, où deux poètes français parlent de la même chose, mais avec une opinion radicalement opposée. Libre à chacun, par la suite, au-delà des qualités littéraires de chaque oeuvre, de prendre à son compte ce qui lui convient le mieux !

Jacques Prévert - Peuples heureux n’ont plus d’histoire (Gastronomie du temps)
Dans La pluie et le beau temps

Autrefois le grand homme, lui, n’avait jamais une minute à lui, fastueux et généreux, il donnait tout son temps à l’Histoire mais sans songer à l’indifférence historique des hommes de l’après-histoire.

Demain déjà, ils se promènent dans les rues de la vie, dans les rues de leurs villes et parfois c’est Paris.

De temps en temps, un passant arriéré s’arrête et tristement demande l’heure à un autre passant.

— Quand on me demande du feu, c’est un tout petit peu de mon feu qu’on me demande, quand on me demande l’heure, c’est un tout petit peu de mon temps qu’on me prend, répond l’autre en soupirant.

Puis, échangeant un coup d’ceil complice, ils décident de s’offrir mutuellement une pinte de bon temps à l’Enseigne du Bon Vieux Temps. Et l’enseigne représente un vieillard méchant au volant d’une antédiluvienne faucheuse mécanique couleur de corbillard antique. Et là, dans une cave désertique, ils prennent place parmi les rares consommateurs : les buveurs d’heures, les mangeurs de pendules, les distingués dégustateurs de chronomètres héroïques et d’éphémé-rides hiérarchiques.

Prenant leur temps, ils savourent avec ravissement un coucou Forêt-Noire 1870, un cadran astronomique Oolgotha trente-trois ans après Jésus-Christ, une pendule réchauffe-haine, un carillon Waterloo de derrière les fagots, un sablier aux lentilles d’Esaii, une clepsydre Sainte-Inquisition dans un vieil entonnoir de cuir, ou bien un œil-de-bœuf Charles ÎX Saint-Barthélémy 1572, un réveille-matin Louis XVI Guillotin 93, une horloge parlante Guillaume Tell garantie belle époque épique Helvétique.

Et se gardant bien d’avaler les aiguilles fatidiques, comme on se garde d’avaler les arêtes d’un poisson, la ficelle d’un rôti, ou les petits os d’un poulet, ils dégustent leur tempe ponctuellement.

— Et comme dessert, votre dernière heure, naturellement ? demande le garçon poliment.

Ils font tristement oui de la tête et s’écroulent sur le ciment.

Dehors, dans un jardin beau comme une forêt, des enfants jouent auprès d’un torrent et ce torrent court dans des ruines dont personne ne demande le nom.




Patrice de La Tour du Pin (1911 – 1975) : Prélude

Prélude (1946)

 
Tous les pays qui n'ont plus de légende
Seront condamnés à mourir de froid...


Loin de l'âme, les solitudes s'étendent
Sous le soleil mort de l'amour de soi.
A l'aube on voit monter dans la torpeur
Du marais, des bancs de brouillard immenses
Qu'emploient les poètes, par impuissance,
Pour donner le vague à l'âme et la peur.
Il faut les respirer quand ils s'élèvent
Et jouir de ce frisson inconnu
Que l'on découvre à peine dans les rêves,
Dans les paradis parfois entrevus ;
Les médiocres seuls, les domestiqués
Ne pourront comprendre son amertume :
Ils n'entendent pas, perdu dans la brume,
Le cri farouche des oiseaux traqués.
C'était le pays des anges sauvages,
Ceux qui n'avaient pu se nourrir d'amour ;
Comme toutes les bêtes de passage,
Ils suivaient les vents qui changeaient toujours;
Ils montaient parfois dans le cœur  des élus,
Abandonnant la fadeur de la terre,
Mais ils sentaient battre dans leurs artères
Le regret des cieux qu'ils ne verraient plus !

Alors ils s'en allaient des altitudes
Poussés par l'orgueil et la lâcheté ;
On ne les surprend dans nos solitudes
Que si rarement ; ils ont tout quitté.
Leur légende est morte dans les bas-fonds,
On les voit errer dans les yeux des femmes,
Et dans ces enfants qui passent dans l'âme,
En fin septembre, tels des vagabonds. 

Il en est pourtant qui rôdent dans l'ombre
Et ne doivent pas s'arrêter très loin ;
Je sais qu’ils se baignent par les nuits sombres
Pour que leurs ébats n'aient pas de témoins.
- Mais si déchirant parfois est leur cri
Qu’il fige les souffles dans les poitrines,
Avant de se perdre aux cimes de l'esprit
Comme un appel lointain de sauvagine.

Et les hameaux l'entendront dans la crainte,
Le soir, passé les jeux de la chair ;
Il s'étendra sur la lande -  la plainte
D'une bête égorgée en plein hiver ;
Ou bien ce cri de peur dans l'ombre intense
Qui stupéfie brusquement les étangs,
Quand s'approchent les pas des poursuivants
Et font rejaillir l'eau dans le silence.

Si désolant sera-t-il dans les plaines
Que tressailleront les coeurs des passants ;
Ils s'arrêteront pour reprendre haleine
Et dire : c'est le chant d'un innocent !
Passé l'appel, résonneront encore
Les échos, jusqu'aux profondeurs des moelles,
Et suivront son vol, comme un son de cor,
Vers le gouffre transparent des étoiles !

Toi, tu sauras que ce n'est pas le froid
Qui déchaîne un cri pareil à cette heure ;
Moins lamentable sera ton effroi,
Tu connais les fièvres intérieures,
Les désirs qui brûlent jusqu’à vous tordre
Le ventre en deux, dans un spasme impuissant ;
Et tu diras que ce cri d'innocent,
C'est l'appel d'un fauve qui voudrait mordre…



Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 152
Re : [poète] Jacques Prévert
« Réponse #34 le: 05 juin 2015 à 10:49:57 »
C'est la première fois que je lis Le Cancre. Mon Dieu, j'en ai presque eu les larmes aux yeux. Je suis dans un café, entouré d'inconnus, et je ne savais pas comment manifester mon émotion ; alors j'ai eu envie de poster, absolument envie.
Merci Helo !

Hors ligne Alan Tréard

  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 6 280
  • Mer, je suis comme toi, plein de voix machinées
    • Alan Tréard, c'est moi !
Re : [Poésie, auteur] Jacques Prévert
« Réponse #35 le: 18 juillet 2017 à 19:28:38 »
Il faut savoir que Prévert a un impact d'une grande ampleur sur notre actualité.

La question ne se pose pas toujours de savoir si l'on a compris ou non, si l'on connaît dans les recoins ou sur les dessus. Il faut aussi voir ce que le poète a apporté à son époque.

Il est important d'envisager l'espace que Prévert a offert aux poètes, ses poèmes publiés sont tous travaillés ; lorsque vous ne comprenez pas l'un de ses poèmes, dites-vous que celui-ci sera compris par d'autres. Sa démarche, qui a un quelque chose de secret, est justifiée par la nature de ses travaux.

Par la même occasion, il faut reconnaître à Prévert une vraie anticipation sur nos problèmes de société ; un grand nombre de ses vers sont tout droit adressés à notre actualité, ils sont d'époque. Il suffirait parfois de le citer pour apporter un plus à tout débat.

Avant même d'être sensible à l'engagement de l'homme, on a toutes les bonnes raisons de profiter de son savoir et de sa grande application. Il a instauré une certaine liberté, nous lui devons cette chance.

Certains grands poètes en vers d'autrefois ne se donnaient pas forcément autant de contraintes que Prévert, voire se laissaient aller dans quelques publications à une certaine légèreté.

Il faut se dire que celui-là a su cacher de nombreux secrets dans ses vers, et que de multiples poètes profitent aujourd'hui de sa sagesse.
Mon carnet de bord avec un projet de fantasy.

 


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