Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

10 Juin 2026 à 12:38:16
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Romans, nouvelles » [Auteur] Romain Gary

Auteur Sujet: [Auteur] Romain Gary  (Lu 13478 fois)

Hors ligne Zacharielle

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 798
    • au bord du littéral
[Auteur] Romain Gary
« le: 25 Décembre 2011 à 08:49:31 »
(= topic où Menthe peut tomber à genoux tout son saoul)


Romain Gary, donc, alias Roman Kacew (son nom de naissance), Émile Ajar, Shatan Bogat, Fosco Sinibaldi (pseudonymes) - est un romancier français polyglotte. Il est né en 1914 dans l'actuelle Vilnius, Lituanie (faisant alors partie de l'Empire de Russie) et est décédé à Paris en 1980. Élevé principalement (quasi exclusivement) par sa mère (qui clame sans cesse son amour de la France), il s'installe avec elle à Nice alors qu'il a 14 ans. Après un saut à Aix-en-Provence, il va à Paris pour passer une licence de droit et préparer en parallèle l'école militaire ou quelque chose comme ça. Il publie ses premières nouvelles dans des hebdomadaires. Ensuite c'est la guerre et il est mobilisé dans l'aviation. Il est fait compagnon de la Libération et nommé capitaine de réserve à la fin de la guerre. Puis, il entame sa carrière de diplomate. Et il écrit bien sûr, beaucoup, énormément, après avoir essayé plein d'autres arts. C'est le seul auteur à avoir obtenu deux fois le prix Goncourt, le 2e étant avec un de ses pseudonymes.


Bibliographie absolument pas exhaustive :
- Les Racines du ciel (prix Goncourt, 1956)
- La Promesse de l'aube (1960)
- La nuit sera calme (1974)
- Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable (1975)
- Les Cerfs-volants (1980)
- La Vie devant soi (prix Goncourt, 1975)


Quelques résumés des trois ouvrages les plus connus :

Les Racines du ciel
Morel est décidé à faire cesser l'extermination des éléphants en Afrique au milieu du XXe siècle. Histoire écolo, humaniste et polyphonique où on parle aussi un peu d'aviation.

La Promesse de l'aube
Autobiographie en trois parties : son enfance à Vilnius, son arrivée en France, son engagement militaire.

La Vie devant soi
Histoire d'amour et de vie entre Momo, 10 ans et Madame Rosa, une vieille juive qui l'héberge dans sa « pension sans famille pour les gosses qui sont nés de travers ».




Alors, avez-vous lu Gary ? Si oui, quoi, et qu'en avez-vous pensé ?



Personnellement j'ai lu La vie devant soi que j'ai vraiment beaucoup aimé, les jeux sur la langue sont extra et les personnages très touchants. Ce livre fait partie de mon top 5 2011 :) En ce moment, je suis en train de lire La promesse de l'aube, pour l'instant je suis bien moins enthousiaste que pour le premier, mais bon, d'aucune se récrira sans doute en disant que c'est le chef d’œuvre du siècle  :mrgreen:

A vous d'causer, les amis !


EDIT du 28 décembre :
Ca y est, j'ai fini la Promesse de l'aube ! C'était un bonne lecture, plutôt touchante. Le premier et le dernier chapitre sont mes préférés mais je suis peut-être trop sensible au lyrisme, dès qu'il y a des aviateurs, des déserts, des survivances malgré tout, des grands mots qui semblent avoir le poids du sensé, je deviens plus indulgente. Non, même sans ça, c'est un bon livre. Si vous voulez connaître un peu le cheminement de Romain Gary, c'est une bonne entrée en matière. Néanmoins, je crois que je préfère sa fiction à son autobio, c'est plus projeté vers autrui que vers lui-même (même s'il peut se vanter avec tout ce qu'il a fait, il a quand même un fort ego).
« Modifié: 08 Septembre 2015 à 20:07:49 par Zacharielle »

Hors ligne Milora

  • Trou Noir d'Encre
  • Messages: 10 986
  • Championne de fautes de frappe
Re : Romain Gary
« Réponse #1 le: 08 Janvier 2012 à 13:45:32 »
J'ai... vu Les racines du ciel. Chez une amie. J'ai vu sa taille, son thème, parcouru quelques lignes. Et décidé que je passerais mon chemin !  :D

Par contre, ce que tu dis de La vie devant soi donne envie d'essayer, ça a l'air d'un joli livre.
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Verasoie

  • Invité
Re : Romain Gary
« Réponse #2 le: 09 Janvier 2012 à 21:53:17 »
J'aimais bien le titre (la promesse de l'aube) et j'ai eu envie de le lire en voyant vos messages (parce que tu l'as comparé à Terre des Hommes ptêtre ?). Si je tombe dessus... ^ ^

Hors ligne Menthe

  • Prophète
  • Messages: 896
Re : Romain Gary
« Réponse #3 le: 09 Janvier 2012 à 22:02:45 »
La promesse de l'aube est magnifique par son énergie, son espoir, et cet espèce d'amour un peu rêche pour cacher la tendresse qui lie ce fils qu'était Romain Gary à sa mère.

Mais Les racines du ciel est une oeuvre magistrale, une fresque épique, la lutte d'un homme pour la reconnaissance de l'humanité, en passant par la défense de ces géants balourds, patauds, encombrants, et pourtant rendus nécessaires dans ce tableau jeté en pleine figure que dépeint Gary, que sont les éléphants. C'est aussi le portrait des hommes, en passant de la vermine aux saints, en passant par ceux qu'on croise chaque jour, et celui que l'on aperçoit le matin, dans la glace... Une belle réflexion, une louange, un message, de l'espoir. C'était beau. Lourd, pesant, comme les éléphants. Et beau.

J'ai aussi lu Clair de femme, plus sobre, presque plus sec, plein de poésie néanmoins, même si parfois on ne sait pas ce qu'il dit. L'histoire d'un amour dans un amour, plein de l'authenticité du sentiment, sans son cortège de romantisme écoeurant.



Pour moi, Gary c'est l'auteur de l'homme oublié mais qui sommeille en chacun. C'est un message d'honneur, c'est un encouragement, une secousse aussi, une claque d'humanité. Il me tord le ventre de beauté. J'aime.

C'est la lumière que Céline n'a jamais eue.
« Modifié: 09 Janvier 2012 à 22:32:59 par Menthe »
C'est pas que je suis loin du but, c'est que je suis à côté de la plaque !

Hors ligne Zacharielle

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 798
    • au bord du littéral
Re : Romain Gary
« Réponse #4 le: 09 Janvier 2012 à 23:41:47 »
@Vera Euh non, ça n'a rien à voir avec Terre des hommes ^^ C'est vraiment différent même si finalement les thèmes brassés sont grosso modo les mêmes. C'est pas la même approche.


@Menthe Les racines du ciel est sur ma PAL, catégorie URGENCE DE NIVEAU 1. Avec ce que tu dis, j'ai envie de me jeter dessus avec l'avidité d'une urgence de hors-de-tout-niveau mais je ne l'ai pas encore en ma possession, je trépigne donc.

C'est marrant, ce que tu dis de Gary, je le sens pour Saint-Exupéry. Ils n'ont pas la même approche, pas la même sensibilité mais il ressort de leur œuvre et de leur personnalité une espèce d'absolu de la beauté de l'homme. De sa possibilité d'être plus haut, plus grand, plus loin que soi. Et ça fait du bien de lire des choses comme ça. Ça donne des battements au cœur (c'est une idée ou je me laisse contaminer par le ton de ton message précédent ?  :D).

Bref, dès que je peux, je me jette sur les Racines du ciel.

Hors ligne Meilhac

  • Comète Versifiante
  • Messages: 4 000
Re : Re : Romain Gary
« Réponse #5 le: 09 Janvier 2012 à 23:45:55 »
Il me tord le ventre de beauté.
wouâw! veinarde:) je suis jaloux:-)!

j'ai lu la vie devant soi, bon souvenir, je me souviens que ça se lit très vite, et que c'est du point de vue de l'enfant, un enfant qui dit "je", comme dans le petit nicolas, un sac de billes. et oui je me souviens que c'est émouvant.
j'ai lu aussi le début de "au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable" (l'histoire d'un mâle sexagénaire qui se met à bander mou, en gros;bref un bouquin sur la vieillesse la régression l'impuissance etc.; gary s'est d'ailleurs suicidé, il avait dit depuis belle lurette qu'il ne laisserait pas à la grande vieillesse le temps de trop le diminuer, il avait plus ou moins expliqué longtemps avant qu'il pourrait être amené à se suicider si il se voyait trop vieillir en gros) ça m'avait pas suffisamment accroché pour que je continue.
bô c'est pas mon idole gary, mais je crois me souvenir quand même qu'il a une écriture agile, assez souple et légère et pas trop inintéressante.

il avait des yeux tellement bleus-gris hyyper clairs, limite transparents

quand tu dis qu'il a essayé plein d'autres arts, zach', tu en sais + là-dessus?  ^^
« Modifié: 09 Janvier 2012 à 23:48:33 par Meilhac »

Hors ligne Menthe

  • Prophète
  • Messages: 896
Re : Romain Gary
« Réponse #6 le: 24 Janvier 2012 à 21:13:20 »
Je suis en train de lire La vie devant soi

 :coeur: :coeur: :coeur: :coeur: Rolala, Romain, qu'est-ce que je t'aime.

Y a pas une page où je rigole pas.
Sérieux.
C'est drôle et c'est grave en même temps. Si plein de douceur, et en même temps si naturel et râpeux.


Edit : dans les couloirs du métro à Paris j'ai vu que y a une pièce de théâtre qui met en scène La promesse de l'aube. Et avec une copine à moi, on est devenu hystériques.
Houuu, si j'ai le temps et assez de sous (quoique ça peut se trouver pour des occasions pareilles), je sens que je vais faire une sortie........
« Modifié: 24 Janvier 2012 à 21:15:10 par Menthe »
C'est pas que je suis loin du but, c'est que je suis à côté de la plaque !

Hors ligne Zacharielle

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 798
    • au bord du littéral
Re : Romain Gary
« Réponse #7 le: 26 Janvier 2012 à 08:09:28 »
Oui j'ai vu pour la pièce aussi ! Mais l'affiche est juste immonde :mrgreen: N'empêche, j'en suis assez curieuse.

Hors ligne Meilhac

  • Comète Versifiante
  • Messages: 4 000
Re : Re : Romain Gary
« Réponse #8 le: 27 Janvier 2012 à 02:33:39 »
Oui j'ai vu pour la pièce aussi ! Mais l'affiche est juste immonde :mrgreen: N'empêche, j'en suis assez curieuse.
:D oui moi aussi j'ai trouvé l'affiche très laide.
ça m'étonnerait que ça soie aussi bien que le livre mais sait-on jamais  8)

Hors ligne Menthe

  • Prophète
  • Messages: 896
Re : Romain Gary
« Réponse #9 le: 20 Juin 2012 à 15:16:00 »
Bon, aller, je fais une mise à jour, parce que des bouquins de Gary, j'en ai lus depuis.

Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable : ça raconte les préoccupations d'un homme autour de la cinquantaine, par rapport au déclin de son corps et en particulier de sa libido, surtout depuis qu'il est tombé fou amoureux d'une jeune brésilienne. L'histoire n'est pas forcément attirante à la base, mais le récit est si touchant, le personnage est si beau dans sa lutte pour l'image qu'il se fait de sa dignité. Il est prêt à tout pour conserver cette haute idée qu'il se fait de l'homme, et qu'il essaie lui-même de tendre au-dessus de soi et d'atteindre. J'ai été vraiment très touchée, c'est grand.

Les mangeurs d'étoiles : celui-là, un peu moins apprécié, quoique toujours bien (hé, c'est du Gary quand même). C'est le récit d'un dictateur sanguinaire d'Amérique centrale (on ne dit pas quel pays), qui se trouve en fait être un homme illettré et profondément marqué par la superstition - il essaie de faire le plus de mal possible autour de soi pour s'attirer l'approbation d'El Señor. En même temps, il a pour amante une jeune américaine idéaliste qui fait de son mieux pour l'élever. Le tout se passe au moment du déclin de son pouvoir, quand il invite une bande de saltimbanques.
C'est un beau roman, parce que la mise en scène est intéressante de par son contexte, et aussi parce qu'on est mis en face de toutes les bassesses, petitesses et grâces en même temps de l'humain. Un peu comme tous les romans de Gary, faut dire, mais celui-ci en particulier se démarque par ce monde d'illusion qui illustre la société. Comme si on était tous un peu ce petit garçon inculte qui devient un monstre pour se faire un nom dans la vie.

Les cerfs volants : que je viens tout juste d'achever. Franchement, au début j'ai trouvé ça nul, je m'ennuyais (d'ailleurs j'ai pris très longtemps pour raccrocher totalement). Parce que ça raconte comment un garçon de 12 ans qui a une mémoire à toute épreuve tombe amoureux d'une jeune aristocrate polonaise en vacances en France pour l'été, puis comment la guerre les sépare, et comment il pense toujours à elle, nuit et jour. Et puis à un moment, on aperçoit Romain Gary et ses éternels thèmes en filigrane. Autour de cette résistance, et de ces cerfs-volants, comme l'idéal et l'espoir auxquels jamais on ne renonce, il y a un message d'une beauté vraiment émouvante. La fraternité dans la noblesse autant que dans la merde. J'ai été particulièrement sensible à la fin, quand les Alliés reprennent la Normandie, et, pendant la fuite des deux amoureux, les regards des uns et des autres. Allemand, Français, Américain, plus rien n'avait de sens ni d'importance, dans la débâcle tout le monde était égal. Enfin, c'était beau, quoi. J'éditerai peut-être pour citer deux ou trois passages, parce que faut bien.


Heureusement pour moi, Gary a encore écrit plein d'autres bouquins... Parce qu'il m'en faut, moi, pour entretenir ce feu sacré qui brûle à chaque fois que je le lis  :coeur:
C'est pas que je suis loin du but, c'est que je suis à côté de la plaque !

Hors ligne Baptiste

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 616
  • Pingouin de Patagonie
    • Rêves de comptoir
Re : Romain Gary
« Réponse #10 le: 26 Décembre 2013 à 20:53:36 »
Je remonte pour re faire découvrir cet auteur fantastique.
Deux prix goncourt le gars
tout ça parce qu'on lui avait dit que c'était son nom qui lui avait permis d'obtenir le premier. c'est la grande classe.

J'ai lu que la vie devant soi ( je l'ai même joué)
Et je crois que c'est un des bouquin les plus flamboyant que j'ai jamais lu. Plein de thème y sont abordé, la misère, le racisme, l'amour bien sur, et même l'euthanasie qui est issue du " droit du peuple à disposer de soi même" un truc comme ça.
L'écriture, enfantine, est merveilleuse, super juste et touchante. très oral ( je crois que j'aime bien quand le style est oral comme ça)
La fin est tellement triste par contre...

enfin, voilà quoi la vie devant soi, faut pas hésiter.
« Modifié: 29 Mars 2015 à 19:33:48 par Baptiste »

Hors ligne Baptiste

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 616
  • Pingouin de Patagonie
    • Rêves de comptoir
Re : Romain Gary
« Réponse #11 le: 19 Décembre 2014 à 16:15:13 »
Hier, comme j'avais plus rien à lire, j'ai pris dans la bibliothèque de ma colocation, un petit bouquin de romain gary/ emile ajar, en me disant "pourquoi pas"
Et j'en ai pas décroché

ça s'appelle "L'angoisse du roi Salomon" et c'est assez bluffant


De quoi ça cause
ça raconte l'histoire du roi Salomon, le roi du pantalon, un juif de 85 ans qui a fait fortune dans le prêt-à-porter et qui dispense ses largesses à des indigents. Qui fonde une espèce de SOS amitié pour répondre aux appels des gens désespérés. Qui collectionne les timbreds et les cartes postale qui ne lui sont pas adressé.
C'est l'histoire de Mademoiselle cora, qui va fêter ses 66 ans et  qui a eu du succes dans son temps, quand elle chantait des chansons réalistes où des filles-mères devenait prostitués avant d'aller se jeter dans la scene parce que c'était des thèmes populaires
C'est l'histoire de Jean, un chauffeur de taxi cinéphile, que le roi Salomon a pris sous son aile et qui tangue un peu entre ces deux là. qui essaye de résoudre les malheur du monde, malgré sa tête d'assassin et son manque de stoicisme et de cynisme d'après son copain Chuk qu'a toujours un avis sur tout.

ça parle d'oiseaux mazouté, de chanson populaire, de canotage comme chez les impressionniste, de dictionnaire d'humour juif, des nazis, des brigades rouges, de punks avec des masque à tête de mort, de victor hugo et de l'angoisse qui te prends. ça parle de Dieu, de charité, de vieillesse, de bonté, de la vie, de la crasse, de l'amour...

Ce que j'en pense
Je viens de le finir alors je suis peut être encore un peu sous le choc. D'abord, le style fabuleux, flamboyant. Le narrateur Jean, qui est autoditacte, il cause bizarre et pas pareil. Et c'est beau. De temps en temps il emploie des mots compliqué dans son discours et va vérifier dans le dictionnaire; c'est comme ça notamment qu'on apprends que l'amour c'est une espèce d'onctuosité que le plâtre laisse sous les doigts. Le style est très oral, c'est super agréable a lire quoique des fois un peu nébuleux. Mais waaah.
C'est pas tant l'histoire qui est passionnante mais les personnage sont tellement bien réussi...  Jean particulièrement, un personnage super bien réussi. et le roi salomon bien sur et sa munificence.
J'ai lu quelque part qu c'était un de ces dernier livre (signé sous le nom de Emile Ajar) et j'me dis que ça se recent parce que c'est pas mal sur le temps qui passe et les espèce en voix d'extinction.
Je rajouterais que c'est émouvant, et assez drôle, et surtout tendre. Je sais pas comment dire autrement mais je pense que tendre, va bien.
Bref, une rencontre de hasard ce livre, mais qui est particulièrement bien tombé.
aussi, si vous aimé Gary/Ajar, si vous avez aimé la vie devant soi, n'hésitez pas mais alors pas du tout du tout.

j'ai un peu la flemme de recopier un extrait mais voici quelque phrases bien senti trouve-je (et puis c'est repressentatif du style)



- Moi j'avais envie de crever mais on ne peut pas crever chaque fois qu'il y a une raison, on n'en finrait pas.

- La chanson réaliste est un genre qui demande beaucoup de malheurs, parce c'est un genre populaire. C'était surtout à la mode au début du siècle, quand il n'y avait pas la sécurité sociale et qu'on mourait beaucoup de misère et de la poitrine, et l'amour avait beaucoup plus d'importance qu'aujourd'hui car il n'y avait ni la voiture, ni la télé, ni les vacances, et lorsqu'on était enfant du peuple, l'amour était tout ce qu'on pouvait avoir de bien

- J'ai toujours voulu être un salaud qui s'en fout sur toute la ligne et quand vous n'êtes pas un salaud, c'est là que vous vous sentez un salaud, parce que les vrais salauds ne sentent rien du tout. Ce qui fait que la seule façon de ne pas se sentir un salaud c'est d'être un salaud.

- Je n'avais encore jamais entendu une femme se taire si fort.

- Quand on aime comme on respire, ils prennent tous ça pour une maladie respiratoire.

-   Vous avez un dictionnaire, mademoiselle Cora ?
- J'ai le Petit Larousse, tu veux le voir ?
- Non, c'est pour savoir avec quoi vous vivez.
Je pensai : bon, enfin, il y en a quand même qui réussissent à vivre avec le SMIC.

- Vous feriez beaucoup mieux d'être heureux au lieu de sourire.

- Le juste milieu : quelque part entre s'en foutre et en crever.

et le quatrieme de couverture et une citation aussi
- Je vous préviens que ça ne se passera pas comme ça. Il est exact que je viens d'avoir quatre-vingt-cinq ans. Mais de là à me croire nul et non avenu, il y a un pas que je ne vous permets pas de franchir. Il y a une chose que je tiens à vous dire. Je tiens à vous dire, mes jeunes amis, que je n'ai pas échappé aux nazis pendant quatre ans, à la Gestapo, à la déportation, aux rafles pour le Vél'd'Hiv', aux chambres à gaz et à l'extermination pour me laisser faire par une quelconque mort dite naturelle de troisième ordre, sous de miteux prétextes physiologiques. Les meilleurs ne sont pas parvenus à m'avoir, alors vous pensez qu'on ne m'aura pas par la routine. Je n'ai pas échappé à l'holocauste pour rien, mes petits amis. J'ai l'intention de vivre vieux, qu'on se le tienne pour dit !»

Bref, tout ça pour dire que ça m'a bien retourné quand même, et que je vous le recommande

EDIT : juste un bout en plus et pour le kiff, et parce que je suis en train de le relire (et pour le coup, je recopie ^^)
" Dehors j'ai eu un coup de noir, et j'avais une bonne raison. Je m'étais trouvé dans le dictionnaire. Je l'avais pas dit à la môme, je ne tenais pas à me faire comprendre, j'avais peur de la décourager. Mais je m'étais trouvé dans le  dictionnaire et je m'étais appris par coeur pour me reconnaitre la prochaine fois. Amour : disposition à vouloir le bien d'un autre que soi et à se dévouer à lui. J'ai eu un coup de merde comme si j'étais devenu mon propre enemi public numéro 1"


Ben je sais pas vous mais moi je trouve ça beau
« Modifié: 20 Décembre 2014 à 01:11:30 par Baptiste »

Hors ligne Rémi

  • ex RémiDeLille
  • Modo
  • Trou Noir d'Encre
  • Messages: 10 950
Re : Romain Gary
« Réponse #12 le: 22 Décembre 2014 à 00:38:01 »
Je n'ai lu que la promesse de l'aube, illustrée par Johann Sfarr, je me suis un peu forcé pour finir. Certes, une bio émouvante, notamment pour la relation à la mère, mais parfois un peu long et trop autocentré, même pour une autobiographie, je trouve qu'il dit parfois trop les choses.
Ce que je lis de vos commentaires, et les extraits de Baptiste me donnent envie de creuser, ma femme aime Romain Gary, j'en ai deux ou trois autres à la maison. C'est parti !
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Anlor

  • Invité
Re : Romain Gary
« Réponse #13 le: 06 Janvier 2015 à 01:01:12 »
Je viens de terminer l'Angoisse du roi Salomon et, euh, ben je rejoins entièrement l'avis de Baptiste ci-avant. Je crois que j'avais dû lire du Gary, genre La vie devant soi mais c'était y a un bout de temps, et je pense que j'étais trop jeune pour ne pas passer à côté. Là, ce bouquin, je me le suis un peu pris en pleine tête. Les thèmes, cette angoisse permanente de Jeannot, l'impossible milieu entre "s'en foutre et en crever" justement, et puis comme dit Baptiste, la façon d'en parler. Ça parait simple(t) mais ça touche juste, vraiment.

(et moi aussi je vais y aller de ma petite citation parce quand même, c'est un bouquin que quand tu le lis, t'as envie de le citer en entier)

"Et quand tu es heureux, mais alors ce qu'on appelle heureux, tu as encore plus peur parce que tu n'as pas l'habitude. Moi je pense qu'un mec malin il devrait s'arranger pour être malheureux comme des pierres toute sa vie, comme ça il n'aurait pas peur de mourir."

"Je restais là à la regarder et à m'habituer à être pour deux. Quand vous n'avez personne dans votre vie, ça fait beaucoup de monde. Et quand vous avez quelqu'un ça fait moins."

Monsieur Z

  • Invité
Re : Romain Gary
« Réponse #14 le: 15 Janvier 2015 à 15:38:20 »
La promesse de l'aube - 1960

Deux extraits : l'un pour sa réflexion sur l'écriture, et l'autre pour sa réflexion pour l'amour.

Là-dessus, saisissant mon stylo, j’écrivis coup sur coup trois nouvelles, lesquelles me furent toutes renvoyées, non seulement par Gringoire, mais aussi par tous les autres hebdomadaires parisiens. Pendant six mois, aucune de mes œuvres ne vit la lumière du jour. Elles étaient jugées trop « littéraires ». Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Je l’ai compris depuis. Encouragé par mon premier succès, je me laissais aller à mon dévorant besoin de saisir coûte que coûte la dernière balle, d’aller d’un seul jet de la plume jusqu’au fond du problème, et comme le problème n’avait pas de fond, et que, de toute façon, je n’avais pas le bras assez long, j’en étais une fois de plus réduit à mon rôle de clown dansant et piétinant sur le court de tennis du Parc Impérial, et mon exhibition, pour tragique et burlesque qu’elle fût, ne pouvait que rebuter le public par son impuissance à dominer ce que je n’arrivais même pas à saisir, au lieu de le rassurer par l’aisance et la maîtrise avec lesquelles les professionnels savaient se maintenir toujours légèrement en deçà de leurs moyens. Il me fallut beaucoup de temps pour admettre que le lecteur avait droit à certains égards et qu’il fallait bien lui indiquer, comme à l’Hôtel-Pension Mermonts, le numéro de la chambre, lui donner la clef, et l’accompagner à l’étage pour lui montrer où se trouvent la lumière et les objets de première nécessité.
Éditions folio poche - p 246

J’ai souvent essayé de m’orienter dans les « pourquoi » et les « comment » de cet amour étonnant d’une vieille dame russe pour mon pays. Je ne suis jamais parvenu à une explication bien valable. Certes, ma mère avait été marquée par les idées, les valeurs et les opinions bourgeoises qui avaient cours en 1900, à une époque où la France était « ce qu’on faisait de mieux ». Peut-être y a-t-il eu, aussi, à l’origine, quelque traumatisme de jeunesse, subi au cours de ses deux voyages à Paris, et dont je serais, moi, qui ai gardé, toute ma vie, pour la Suède, une grande indulgence, le dernier à m’étonner. J’ai toujours eu tendance à chercher, derrière les causes superbes, quelque élan intime, et à guetter, au cœur des tumultueuses symphonies, le petit son de flûte tendre qui viendrait soudain montrer le bout de l’oreille. Il reste enfin l’explication la plus simple et la plus vraisemblable, c’est que ma mère aimait la France sans raison aucune, comme chaque fois que l’on aime vraiment.
Éditions folio poche - p 270

Et puis, je ne peux résister à vous faire part de ce magnifique extrait, l'extrait assez connu du jongleur d'oranges :

Je jonglais avec les oranges, avec les assiettes, avec les bouteilles, avec les balais, avec tout ce qui me tombait sous la main ; mon besoin d’art, de perfection, mon goût de l’exploit merveilleux et unique, bref, ma soif de maîtrise, trouvait là un humble mais fervent moyen d’expression. Je me sentais aux abords d’un domaine prodigieux, et où j’aspirais de tout mon être à parvenir : celui de l’impossible atteint et réalisé. Ce fut mon premier moyen conscient d’expression artistique, mon premier pressentiment d’une perfection possible et je m’y jetai à corps perdu. Je jonglais à l’école, dans les rues, en montant l’escalier, j’entrais dans notre chambre en jonglant et je me plantais devant ma mère, les six oranges volant dans les airs, toujours relancées, toujours rattrapées. Malheureusement, là encore, alors que je me voyais déjà promis au plus brillant destin, faisant vivre ma mère dans le luxe grâce à mon talent, un fait brutal s’imposa peu à peu à moi : je n’arrivais pas à dépasser la sixième balle. J’ai essayé, pourtant, Dieu sait que j’ai essayé. Il m’arrivait à cette époque de jongler sept, huit heures par jour. Je sentais confusément que l’enjeu était important, capital même, que je jouais là toute ma vie, tout mon rêve, toute ma nature profonde, que c’était bien de toute la perfection possible ou impossible qu’il s’agissait. Mais j’avais beau faire, la septième balle se dérobait toujours à mes efforts. Le chef-d’oeuvre demeurait inaccessible, éternellement latent, éternellement pressenti, mais toujours hors de portée. La maîtrise se refusait toujours. Je tendais toute ma volonté, je faisais appel à toute mon agilité, à toute ma rapidité, les balles, lancées en l’air, se succédaient avec précision, mais la septième balle à peine lancée, tout l’édificé s’écroulait et je restais là, consterné, incapable de me résigner, incapable de renoncer. Je recommençais. Mais la dernière balle est restée à jamais hors d’atteinte. Jamais, jamais ma main n’est parvenue à la saisir. J’ai essayé toute ma vie. Ce fut seulement aux abords de ma quarantième année, après avoir longuement erré parmi les chefs-d’oeuvre, que peu à peu la vérité se fit en moi, et que je compris que la dernière balle n’existait pas.
C’est une vérité triste et il ne faut pas la dévoiler aux enfants. Voilà pourquoi ce livre ne peut être mis entre toutes les mains.
Je ne m’étonne plus aujourd’hui qu’il arrivât à Paganini de jeter son violon et de rester de longues années sans y toucher, gisant là, le regard vide. Je ne m’étonne pas, il savait.
Lorsque je vois Malraux, le plus grand de nous tous, jongler avec ses balles, comme peu d’hommes ont jonglé avant lui, mon coeur se serre devant sa tragédie, celle qu’il porte écrite sur son visage, au milieu de ses plus brillants exploits : la dernière balle est hors de sa portée, et toute son oeuvre est faite de cette certitude angoissée.

Il serait temps, d’ailleurs, de dire la vérité, sur l’affaire Faust. Tout le monde a menti effrontément là-dessus, Goethe plus que les autres, avec le plus de génie, pour camoufler l’affaire et cacher la dure réalité. Là encore, je ne devrais sans doute pas le dire, car s’il y a une chose que je n’aime pas faire, c’est bien enlever leur espoir aux hommes. Mais enfin, la véritable tragédie de Faust, ce n’est pas qu’il ait vendu son âme au diable. La véritable tragédie, c’est qu’il n’y a pas de diable pour vous acheter votre âme. Il n’y a pas preneur. Personne ne viendra vous aider à saisir la dernière balle, quel que soit le prix que vous y mettiez. Il y a bien toute une flopée de margoulins qui se donnent des airs, qui se déclarent preneurs, et je ne dis pas qu’on ne peut pas s’arranger avec eux, avec un certain profit. On peut. Ils vous offrent le succès, l’argent, l’adulation des foules. Mais c’est de la bouillie pour les chats, et lorsqu’on s’appelle Michel-Ange, Goya, Mozart, Tolstoï, Dostoïevsky ou Malraux, on doit mourir avec le sentiment d’avoir fait de l’épicerie.
Ceci dit, je continue, bien entendu, à m’entraîner.
Il m’arrive encore de sortir de ma maison, sur ma colline, au-dessus de la baie de San-Francisco, et là, en pleine vue, en pleine lumière, je jongle avec trois oranges, tout ce que je peux faire aujourd’hui. Ce n’est pas un défi. C’est une simple déclaration de dignité.

Éditions folio poche - p 149

Et un dernier :

Je suis sans rancune envers les hommes de la défaite et de l’armistice de 40. Je comprends fort bien ceux qui avaient refusé de suivre de Gaulle. Ils étaient trop installés dans leurs meubles, qu’ils appelaient la condition humaine. Ils avaient appris et ils enseignaient « la sagesse », cette camomille empoisonnée que l’habitude de vivre verse peu à peu dans notre gosier, avec son goût doucereux d’humilité, de renoncement et d’acceptation. Lettrés, pensifs, rêveurs, subtils, cultivés, sceptiques, bien nés, bien élevés, férus d’humanités, au fond d’eux-mêmes, secrètement, ils avaient toujours su que l’humain était une tentation impossible et ils avaient donc accueilli la victoire d’Hitler comme allant de soi. A l’évidence de notre servitude biologique et métaphysique, ils avaient accepté tout naturellement de donner un prolongement politique et social. J’irai même plus loin, sans vouloir insulter personne : ils avaient raison, et cela seul eût dû suffire à les mettre en garde. Ils avaient raison, dans le sens de l’habileté, de la prudence, du refus de l’aventure, de l’épingle du jeu, dans le sens qui eût évité à Jésus de mourir sur la croix, à Van Gogh de peindre, à mon Morel de défendre ses éléphants, aux Français d’être fusillés, et qui eût uni dans le même néant, en les empêchant de naître, les cathédrales et les musées, les empires et les civilisations.
Éditions folio poche - p 299

Quand je relis tout ça, je ne peux que me dire, presque vaincu : ça c'est de l'écriture !

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.017 secondes avec 24 requêtes.