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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Arbol

Auteur Sujet: Arbol  (Lu 1706 fois)

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Arbol
« le: 17 Décembre 2011 à 22:22:19 »
Plop tout le monde! Un prologue achevé que j'ai du mal à poursuivre...

Elkron


Le soleil était déjà haut dans le ciel lorsque la vibration commença à se faire sentir. Elle avait en réalité commencé à se propager il y avait plus d’une heure, alertant une grande partie de la faune dans la jungle alentour, mais trop faible pour être perçue par la petite communauté qui vivait au bord de la rivière. Même le groupe des chasseurs avec leurs sens aiguisés, absents depuis l’aube, n’aurait pu déceler cet imperceptible frémissement qui avait gagné l’atmosphère. La seule personne ayant fait un tant soit peu preuve d’une agitation inhabituelle de toute la matinée était la vieille Fenla. La vieillarde, dans sa hutte, n’avait cessé depuis le petit matin de se retourner sur sa couche. Les cauchemars qui l’avaient taraudée durant son sommeil l’avaient, comme à chaque fois, abandonnée à l’aube. Libérée des spectres nocturnes, des fantômes grinçants et des visions d’horreur qui peuplaient désormais ses nuits, elle accueillait avec un mélange indicible de joie et de reconnaissance les premiers rayons matinaux qui, filtrant à travers les volets grossiers, venaient frapper sa paupière et la tirer de sa détresse. Grimaçante, elle s’étirait alors avec délices, savourant de longues minutes durant la sensation de son corps qui peu à peu quittait sa torpeur. Lorsqu’elle s’en était suffisamment enivrée, elle appelait à elle dans un cri étranglé Kar, son fils, qui à chaque lever de soleil attendait patiemment que sa mère revienne à la conscience. Il accourait alors pour l’aider à faire sa toilette et à chasser les derniers miasmes de la nuit jusqu’à ce qu’elle manifeste son approbation par un claquement de langue irrité. Elle passait alors la majeure partie de la journée dans une alcôve près de la fenêtre, ouvrant de grands yeux ronds sur la vie du village. Elle avait été belle autrefois; aujourd’hui, son corps décharné faisait peine à voir. Elkron affirmait qu’elle était heureuse, à sa façon; et, faute de pouvoir interpréter les gémissements qu’elle utilisait pour communiquer, on était bien obligé de le croire.

Fenla, donc, avait à plusieurs reprises fébrilement tenté de se lever de sa paillasse en poussant des cris inarticulés; mais son fils, occupé à tailler des pieux, l’avait calmé et reconduit vers sa loge. Il n’avait pas su déchiffrer les signes annonciateurs habituels d’un évènement particulier dans les bafouillements de sa mère ; mais qui lui en aurait tenu rigueur? Après tout, Fenla était folle.

Le premier à vraiment se rendre compte de ce qui se passait fut Lero, s’exerçant comme à son habitude à la méditation sur la vieille souche à l’extrémité nord de la clairière. Il était assis en tailleur sur ce qui restait de la dernière tentative de jardinerie de Sorarisur : après avoir connu une croissance fulgurante pendant une dizaine de jours, la bouture (un peu spéciale) s’était soudainement comme momifiée avant de casser net à sa base. Il avait tout de même eu le temps de s’élargir suffisamment pour fournir à sa mort une sorte de socle circulaire légèrement surélevé sur lequel un enfant pouvait aisément s’asseoir; et c’était là que Lero passait chacune de ses matinées.

Le buste droit, les jambes repliées et les bras étendus librement de chaque côté du corps, le garçon avait les yeux clos. Il était absolument parfaitement immobile. Les pulsations de son coeur étaient descendues sous la barre des 20 battements par minute. Il ne respirait presque plus. En revanche, il avait acquis une conscience suraiguë de chacun de ses muscles, chacune de ses veines, chacun de ses os. Il était capable de sentir le moindre influx nerveux, la moindre tension musculaire; il était pleinement chaque partie de son corps, des orteils jusqu’à la racine des cheveux. Rien de ce qui se passait dans son petit monde de chair de sang ne lui échappait. Malgré ses douze ans, le jeune garçon était celui des villageois qui montrait le plus de dispositions pour cette discipline. Après cinq années de pratique, il parvenait presque systématiquement à à ce que son instructeur nommait “deuxième Stade de la première Existence”. Après donc une dizaine de minutes de stabilité mentale, Lero fut tout à coup déconcentré par une résonance étrange et profonde qui gagnait rapidement en force. Pistant celle-ci et remontant presque inconsciemment à sa source, il réussit involontairement un exploit dont il n’avait encore été capable que deux fois dans sa vie : passer au troisième Stade.

Bien qu’il ne fut capable de maintenir son état qu’une poignée de secondes, il eut tout juste le temps de percevoir la comète brûlante qui déchirait l’espace. Ouvrant brusquement les yeux, il sauta au bas de la souche et courut vers les habitations voisines en criant à tue-tête “Elkron est de retour! Elkron est de retour!”. Partout où il passait, les personnes qui n’étaient pas parties de grand matin sortaient de leurs cabanes; les quelques hommes qui coupaient du bois à la lisière de la forêt se rapprochèrent. Tous convergèrent vers la falaise. Tous avaient la même vague lueur d’inquiétude dans le regard, combinée à une agitation nerveuse. Le retour d’Elkron était attendu depuis longtemps, mais il était encore trop tôt pour décider si c’était une bonne ou une mauvaise nouvelle : il était tellement imprévisible.
Loins de la réserve de leurs parents, les enfants qui avaient rejoint le groupe grossissant mêlaient leurs cris de joie à ceux de Lero. Ils venaient d’être initiés par le vieil Ishor à la fabrication d’une lance artisanale ; et un événement aussi important que celui-ci constituait une distraction de premier choix. Ils couraient et se poursuivaient en riant, slalomant entre les adultes et s’approchant parfois dangereusement du bord du surplomb rocheux. Les mères pourtant n’osaient distribuer les habituelles gifles sèches qui feraient taire leur marmaille. Elkron pouvait surgir à tout moment. Lero, debout à l’extrémité du promontoire, fixait le ciel, le cœur battant. Le lumen était peut-être déjà là. Par ailleurs, la vibration sourde qui agitait le sol semblait s’être enfin faite sentir par la foule qui était tout à coup devenue très silencieuse.
Lero fut le premier à l’apercevoir. Battant des mains, il s’écria : “Là-bas! Là-bas! Dans la direction de l’Arbol!”
L’Arbol était un très vieil arbre qui prenait racine à la confluence entre le fleuve lascif et la rivière vive qui bordait le hameau avant de se précipiter dans le vide en une cascade argentée. Son tronc colossal était noirci à la base et portait les stigmates de dommages importants ; mais de mémoire d’homme, personne au village n’avait jamais su ce qui avait causé ceux-ci. La couleur de son bois s’éclaircissait par longues traînées au fur et à mesure que l’on s’éloignait du sol ; et le large éventail de ses branches touffues formait un gigantesque cône de pénombre dans laquelle fourmillait jour et nuit un macrocosme d’innombrables insectes, oiseaux et mammifères de toutes tailles. Lorsque Elkron s’était fait connaître de la communauté, il avait baptisé l’Arbol et désigné ce dernier comme symbole de son lien avec le village. L’arbre était depuis devenu, non pas un lieu de culte – Elkron s’opposait à ce genre de pratiques religieuses ou rituelles, et d’ailleurs, peu de gens au village considéraient son apparition comme une miracle au sens propre du terme – , mais un lieu qui revêtait indéniablement une certaine importance tout de même. C’était enfin de l’Arbol que provenait le rameau que Sorarisur avait tenté de replanter.
En cette heure de la journée, la silhouette de l’Arbol se découpait avec netteté sur l’horizon. Une colonie d’oiseaux noirs désertait le flanc gauche du géant dans une lointaine cacophonie de piaillements rauques. Et très haut dans le ciel bleu, à une distance considérable de la foule nerveuse, dominant le paysage sylvestre, il y avait…

Souffles. Reflets moirés. Déchirures. Météore fulgurant. Des vagues mouvantes d’ombre ondoyaient dans un puissant mouvement giratoire presque horizontal. L’extremité de ces tentacules de fumée claquaient comme des fouets à intervalles réguliers, puis repartaient de plus belle, happés pas le flot bouillonnant d’énergie qui animait l’ensemble. Les bras titanesques se paraient de délicates et fugitives nuances pastel, subtilement distribuées ; on avait l’impression que ces taches de lumière sautaient d’un bras à l’autre, perçant le mine voile brumeux séparant ceux-ci. La masse confuse et grouillante provoquait un vent violant, particulièrement à sa périphérie. Vus de loin, les courants d’air devenaient plus facilement visibles et formaient une tornade d’environ deux-cents pieds d’envergure qui fendait l’air en direction du village.
Au centre du disque tournoyant, une sphère de quelques coudées de diamètre était épargnée par le tumulte. Un calme absolu y régnait. Elle abritait la silhouette élancée d’un être au torse humanoïde, à l’ossature fine. Sa tête était celle d’un homme normal, mis à part les deux crocs qui saillaient légèrement sous la lèvre supérieure et les pupilles fendues d’un noir de jais qui balayaient l’espace alentour. Au niveau de la taille, sa peau se muait en cuir, couvert part une toison fournie de poils sombres et lisses. Ses deux longues pattes aux chevilles étroites bestiales et dotées de griffes acérées.


Lorsqu’ils furent en mesure de le distinguer, les villageois oublièrent instantanément leur circonspection et éclatèrent en vivats enthousiastes. Les “Elkron!”, “Metelor” et “Lumen-Ishasi” fusaient de part et d’autre. Lero, toujours à son avant-poste, imperturbable, suivait des yeux la trajectoire de l’astéroïde pour essayer déterminer si Elkron s’arrêterait au village. Mais avant qu’il ait pu trancher, Delith, un des plus jeunes enfants présents, poussa une longue plainte perçante et courut de toute la force de ses petite jambes vers la falaise. Lethiel, sa mère, la main serrée sur son cœur, ne fit pas le moindre geste pour l’arrêter. Elle pouvait sentir le poids du regard d’Elkron sur ses épaules. Elle regarda donc son jeune fils se précipiter dans le vide.
Les cris de joie cessèrent instantanément. Tous se ruèrent sur sur le large balcon rocheux pour apercevoir le corps du gamin avant qu’il ne soit mis en pièces par les flots grondants. Seule Lethiel, tripotant spasmodiquement une petite pierre jaune pendue à son cou par une ficelle grossière, était restée en retrait. Elle fixait l’astre brumeux qui se rapprochait toujours, une lueur de désespoir dans le regard. Delith n’avait maintenant plus qu’une vingtaine de pieds à parcourir avant de percuter la surface de l’eau. Un dernier soupir d’horreur parcourant la foule, une dernière exclamation d’angoisse, et le garçon gesticulant fut sur le point de rendre son dernier souffle.
Dans un flash éblouissant, il disparut.
L’éclair avait produit une onde de choc dont le bruit sourd parvint aux villageois une fraction de seconde plus tard. L’eau avait été violemment chassée par la déflagration, dévoilant un court instant le fond du bassin, à l’endroit où Delith s’était évanoui. Une fine fumée noire, en suspension, ondulait doucement au gré des courants d’air. Loin, très loin au dessus, la plupart des villageois, bouches bées, contemplaient encore le jet crépitant de la cascade qui éclatait en vagues vives en contrebas. Quelques-un avaient déjà relevé la tête, observant d’un air interrogateur Elkron dont la silhouette se précisait de seconde en seconde. Lethiel, quant à elle, comprenant à leurs réactions que son fils, de quelque manière que ce soit, avait échappé à l’impact, inspira profondément et ferma les yeux. Pendant quelques secondes, elle se contenta ainsi de savourer son soulagement, surprise elle-même par la violence de son émotion. Car après tout, ce n’était pas la première fois qu’un tel événement – cette frénésie fanatique qui, touchant la plupart du temps des enfants, saisissait parfois ceux qui côtoyaient Elkron et dont seul Lero était épargné – se produisait. Et chaque fois, Elkron sauvait les inconscients.
Elle entendit tout à coup de nouvelles acclamations ; et elle eut juste le temps d’ouvrir les yeux pour voir une large étincelle incandescente se former devant elle et, dans un crépitement ininterrompu, gagner en volume pour former dans un flash final le corps de son fils indemne. Elle se précipita sur lui et l’enlaça du plus fort qu’il lui était possible. Un murmure imperceptible franchit ses lèvres : “Lumen-Ishasi…”
Au même instant, Elkron survolait le village. Ses lèvres minces dessinaient un fin sourire.
« Modifié: 18 Décembre 2011 à 02:27:51 par Narken »
Sachons nous ouvrir pour agrandir cette poche, qui est poumon - et vent pulsif. Osons même, parfois, élargir la cicatrice et refuser le cocon consumériste, les consolations et les soins.
Parce que ça fait mal, d'être libre.

Alain Damasio

Hors ligne Ulrik Krizt

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Re : Arbol
« Réponse #1 le: 19 Décembre 2011 à 03:53:51 »
Je ne suis pas un expert, voici cependant quelques recommandations.

Elkron


Le soleil était déjà haut dans le ciel lorsque la vibration commença à se faire sentir. Elle avait en réalité commencé à se propager il y avait plus d’une heure, alertant une grande partie de la faune dans la jungle alentour, mais trop faible pour être perçue par la petite communauté qui vivait au bord de la rivière. Même le groupe des chasseurs avec leurs sens aiguisés, absents depuis l’aube, n’aurait pu déceler cet imperceptible frémissement qui avait gagné l’atmosphère. La seule personne ayant fait un tant soit peu preuve d’une agitation inhabituelle de toute la matinée était la vieille Fenla. La vieillarde, dans sa hutte, n’avait cessé depuis le petit matin de se retourner sur sa couche. Les cauchemars qui l’avaient taraudée durant son sommeil l’avaient, comme à chaque fois, abandonnée à l’aube. Libérée des spectres nocturnes, des fantômes grinçants et des visions d’horreur qui peuplaient désormais ses nuits, elle accueillait avec un mélange indicible de joie et de reconnaissance les premiers rayons matinaux qui, filtrant à travers les volets grossiers, venaient frapper sa paupière et la tirer de sa détresse. Grimaçante, elle s’étirait alors avec délices, savourant de longues minutes durant la sensation de son corps qui peu à peu quittait sa torpeur. Lorsqu’elle s’en était suffisamment enivrée, elle appelait à elle dans un cri étranglé Kar, son fils, qui à chaque lever de soleil attendait patiemment que sa mère revienne à la conscience. Il accourait alors pour l’aider à faire sa toilette et à chasser les derniers miasmes de la nuit jusqu’à ce qu’elle manifeste son approbation par un claquement de langue irrité. Elle passait alors la majeure partie de la journée dans une alcôve près de la fenêtre, ouvrant de grands yeux ronds sur la vie du village. Elle avait été belle autrefois; aujourd’hui, son corps décharné faisait peine à voir. Elkron affirmait qu’elle était heureuse, à sa façon; et, faute de pouvoir interpréter les gémissements qu’elle utilisait pour communiquer, on [remplacerais par ils ?] était bien obligé de le croire.

Fenla, donc, avait à plusieurs reprises fébrilement tenté de se lever de sa paillasse en poussant des cris inarticulés; mais son fils, occupé à tailler des pieux, l’avait calmé et reconduit vers sa loge. Il n’avait pas su déchiffrer les signes annonciateurs habituels d’un évènement particulier dans les bafouillements de sa mère ; mais qui lui en aurait tenu rigueur? Après tout, Fenla était folle.

Le premier à vraiment se rendre compte de ce qui se passait fut Lero, s’exerçant comme à son habitude à la méditation sur la vieille souche à l’extrémité nord de la clairière. Il était assis en tailleur sur ce qui restait de la dernière tentative de jardinerie de Sorarisur : après avoir connu une croissance fulgurante pendant une dizaine de jours, la bouture (un peu spéciale) s’était soudainement comme momifiée avant de casser net à sa base. Il avait tout de même eu le temps de s’élargir suffisamment pour fournir à sa mort une sorte de socle circulaire légèrement surélevé sur lequel un enfant pouvait aisément s’asseoir; et [choix entre ; / et] c’était là que Lero passait chacune de ses matinées.

Le buste droit, les jambes repliées et les bras étendus librement de chaque côté du corps, le garçon avait les yeux clos. Il était absolument parfaitement [choix entre absolument et parfaitement] immobile. Les pulsations de son coeur étaient descendues sous la barre des 20 battements par minute. Il ne respirait presque plus. En revanche, il avait acquis une conscience suraiguë de chacun de ses muscles, chacune de ses veines, chacun de ses os. Il était capable de sentir le moindre influx nerveux, la moindre tension musculaire; il était pleinement chaque partie de son corps, des orteils jusqu’à la racine des cheveux. Rien de ce qui se passait dans son petit monde de chair [et] de sang ne lui échappait. Malgré ses douze ans, le jeune garçon était celui des villageois qui montrait le plus de dispositions pour cette discipline. Après cinq années de pratique, il parvenait presque systématiquement à à ce que son instructeur nommait “deuxième Stade de la première Existence”. Après donc une dizaine de minutes de stabilité mentale, Lero fut tout à coup déconcentré par une résonance étrange et profonde qui gagnait rapidement en force. Pistant celle-ci et remontant presque inconsciemment à sa source, il réussit involontairement un exploit dont il n’avait encore été capable que deux fois dans sa vie : passer au troisième Stade.

Bien qu’il ne fut capable de maintenir son état qu’une poignée de secondes, il eut tout juste le temps de percevoir la comète brûlante qui déchirait l’espace. Ouvrant brusquement les yeux, il sauta au bas de la souche et courut vers les habitations voisines en criant à tue-tête[«»]Elkron est de retour! Elkron est de retour!. Partout où il passait, les personnes qui n’étaient pas parties de grand matin sortaient de leurs cabanes; les quelques hommes qui coupaient du bois à la lisière de la forêt se rapprochèrent. Tous convergèrent vers la falaise. Tous avaient la même vague lueur d’inquiétude dans le regard, combinée à une agitation nerveuse. Le retour d’Elkron était attendu depuis longtemps, mais il était encore trop tôt pour décider si c’était une bonne ou une mauvaise nouvelle : [;] il était tellement imprévisible.
Loins de la réserve de leurs parents, les enfants qui avaient rejoint le groupe grossissant mêlaient leurs cris de joie à ceux de Lero. Ils venaient d’être initiés par le vieil Ishor à la fabrication d’une lance artisanale ; et [choix entre ; / et] un événement aussi important que celui-ci constituait une distraction de premier choix. Ils couraient et se poursuivaient en riant, slalomant [j'aime pas vraiment ce mot...] entre les adultes et s’approchant parfois dangereusement du bord du surplomb [du bord... / du surplomb rocheux] rocheux. Les mères pourtant n’osaient [inverse?] distribuer les habituelles gifles sèches qui feraient taire leur marmaille. [,car ?] Elkron pouvait surgir à tout moment. Lero, debout à l’extrémité du promontoire, fixait le ciel, le cœur battant. Le lumen était peut-être déjà là. Par ailleurs, la vibration sourde qui agitait le sol semblait s’être enfin faite sentir par la foule qui était tout à coup devenue très silencieuse.
Lero fut le premier à l’apercevoir. Battant des mains, il s’écria : “Là-bas! Là-bas! Dans la direction de l’Arbol!”
L’Arbol était un très vieil arbre qui prenait racine à la confluence entre le fleuve lascif et la rivière vive qui bordait le hameau avant de se précipiter dans le vide en une cascade argentée. Son tronc colossal était noirci à la base et portait les stigmates de dommages importants ; mais [choix entre ; / mais] de mémoire d’homme, personne au village n’avait jamais [double négation] su ce qui avait causé ceux-ci. La couleur de son bois s’éclaircissait par longues traînées au fur et à mesure que l’on s’éloignait du sol ; et [choix entre ; / et] le large éventail de ses branches touffues formait un gigantesque cône de pénombre dans laquelle fourmillait jour et nuit un macrocosme d’innombrables insectes, oiseaux et mammifères de toutes tailles. Lorsque Elkron s’était fait connaître de la communauté, il avait baptisé l’Arbol et désigné ce dernier comme symbole de son lien avec le village. L’arbre était depuis devenu, non pas un lieu de culte – Elkron s’opposait à ce genre de pratiques religieuses ou rituelles, et d’ailleurs, peu de gens au village considéraient son apparition comme une miracle au sens propre du terme – , mais un lieu qui revêtait indéniablement une certaine importance tout de même. C’était enfin de l’Arbol que provenait le rameau que Sorarisur avait tenté de replanter.
En cette heure de la journée, la silhouette de l’Arbol se découpait avec netteté sur l’horizon. Une colonie d’oiseaux noirs désertait le flanc gauche du géant dans une lointaine cacophonie de piaillements rauques. Et [et] très haut dans le ciel bleu, à une distance considérable de la foule nerveuse, dominant le paysage sylvestre, il y avait…

[Changement de paragraphe marqué]

Souffles. Reflets moirés. Déchirures. Météore fulgurant. Des vagues mouvantes d’ombre ondoyaient dans un puissant mouvement giratoire presque horizontal. L’extrémité de ces [ses ?] tentacules de fumée claquaient comme des fouets à intervalles réguliers, puis repartaient de plus belle, happés pas le flot bouillonnant d’énergie qui animait l’ensemble. Les bras titanesques se paraient de délicates et fugitives nuances pastel, subtilement distribuées ; on avait l’impression que ces taches de lumière sautaient d’un bras à l’autre, perçant le mine voile brumeux séparant ceux-ci. La masse confuse et grouillante provoquait un vent violant, particulièrement à sa périphérie. Vus de loin, les courants d’air devenaient plus facilement visibles et formaient une tornade d’environ deux-cents pieds d’envergure qui fendait l’air en direction du village.
Au centre du disque tournoyant, une sphère de quelques coudées de diamètre était épargnée par le tumulte. Un calme absolu y régnait. Elle abritait la silhouette élancée d’un être au torse humanoïde, à l’ossature fine. Sa tête était celle d’un homme normal, mis à part les deux crocs qui saillaient légèrement sous la lèvre supérieure et les pupilles fendues d’un noir de jais qui balayaient l’espace alentour. Au niveau de la taille, sa peau se muait en cuir, couvert part une toison fournie de poils sombres et lisses. Ses deux longues pattes aux chevilles étroites bestiales et dotées de griffes acérées.


[Changement de paragraphe marqué]

Lorsqu’ils furent en mesure de le distinguer, les villageois oublièrent instantanément leur circonspection et éclatèrent en vivats enthousiastes. Les “Elkron!”, “Metelor” et “Lumen-Ishasi” fusaient de part et d’autre. Lero, toujours à son avant-poste, imperturbable, suivait des yeux la trajectoire de l’astéroïde pour essayer [de] déterminer si Elkron s’arrêterait au village. Mais avant qu’il ait pu trancher, Delith, un des plus jeunes enfants présents, poussa une longue plainte perçante et courut de toute la force de ses petites jambes vers la falaise. Lethiel, sa mère, la main serrée sur son cœur, ne fit pas le moindre geste pour l’arrêter. Elle pouvait sentir le poids du regard d’Elkron sur ses épaules. Elle regarda donc son jeune fils se précipiter dans le vide.
Les cris de joie cessèrent instantanément. Tous se ruèrent sur sur le large balcon rocheux pour apercevoir le corps du gamin avant qu’il ne soit mis en pièces par les flots grondants. Seule Lethiel, tripotant spasmodiquement une petite pierre jaune pendue à son cou par une ficelle grossière, était restée en retrait. Elle fixait l’astre brumeux qui se rapprochait toujours, une lueur de désespoir dans le regard. Delith n’avait maintenant plus qu’une vingtaine de pieds à parcourir avant de percuter la surface de l’eau. Un dernier soupir d’horreur parcourant la foule, une dernière exclamation d’angoisse, et le garçon gesticulant fut sur le point de rendre son dernier souffle. [Formulation étrange]
Dans un flash éblouissant, il disparut.
L’éclair avait produit une onde de choc dont le bruit sourd parvint aux villageois une fraction de seconde plus tard. L’eau avait été violemment chassée par la déflagration, dévoilant un court instant le fond du bassin, à l’endroit où Delith s’était évanoui. Une fine fumée noire, en suspension, ondulait doucement au gré des courants d’air. Loin, très loin au-dessus, la plupart des villageois, bouches bées, contemplaient encore le jet crépitant de la cascade qui éclatait en vagues vives en contrebas. Quelques-un avaient déjà relevé la tête, observant d’un air interrogateur Elkron dont la silhouette se précisait de seconde en seconde. Lethiel, quant à elle, comprenant à leurs réactions que son fils, de quelque manière que ce soit, avait échappé à l’impact, inspira profondément et ferma les yeux. [formulation étrange] Pendant quelques secondes, elle se contenta ainsi de savourer son soulagement, surprise elle-même par la violence de son émotion. Car après tout, ce n’était pas la première fois qu’un tel événement – cette frénésie fanatique qui, touchant la plupart du temps des enfants, saisissait parfois ceux qui côtoyaient Elkron et dont seul Lero était épargné – se produisait. Et chaque fois, Elkron sauvait les inconscients.
Elle entendit tout à coup de nouvelles acclamations ; et [choix entre ; / et] elle eut juste le temps d’ouvrir les yeux pour voir une large étincelle incandescente se former devant elle et, dans un crépitement ininterrompu, gagner en volume pour former dans un flash final le corps de son fils indemne. Elle se précipita sur lui et l’enlaça du plus fort qu’il lui était possible. Un murmure imperceptible franchit ses lèvres : “Lumen-Ishasi…”
Au même instant, Elkron survolait le village. Ses lèvres minces dessinaient un fin sourire.

Je n'ai pas vraiment accroché au texte; question de goût, tout simplement. Je suis conscient que ce n'était qu'un prologue, mais j'avais un peu l'impression de lire un texte qui voulait me bourrer le crâne avec le moins de lignes possible. N'hésite cependant pas à effectuer des correctifs et à continuer ton texte; j'y vois quand même beaucoup de potentiel ! Bonne continuation !  ;)

Le titre, c'est Arbol ou Elkron... ? ou c'est Arbol: le titre, Elkron: le chapitre ? ???
« Modifié: 19 Décembre 2011 à 03:55:56 par Ulrik Krizt »
J’aime passionnément le mystère, parce que j’ai toujours l’espoir de le débrouiller. - Charles Baudelaire

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Re : Arbol
« Réponse #2 le: 02 Janvier 2012 à 18:22:38 »
Arbol est le titre global (si j'écris une suite) et Elkron est le nom du prologue :-) Merci d'avoir lu et critiqué!
Sachons nous ouvrir pour agrandir cette poche, qui est poumon - et vent pulsif. Osons même, parfois, élargir la cicatrice et refuser le cocon consumériste, les consolations et les soins.
Parce que ça fait mal, d'être libre.

Alain Damasio

 


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