Dans le royaume des miroirs,
les visages ont perdu leur poids.
Ils flottent derrière le verre,
lisses comme des lunes
que personne n’a touchées.
Chaque matin,
une lumière étrangère
redessine les pommettes,
efface une fatigue,
repousse une ride hors du cadre.
Les écrans déposent sur les yeux
des étés sans sueur,
des nuits sans solitude,
des sourires qui ne tremblent jamais.
Alors chacun avance
avec son reflet
au bout d’une laisse invisible.
Dans les vitrines du monde,
les corps se tiennent immobiles
sous la lumière.
Une bouche se resserre,
un visage se redresse,
et le moindre défaut disparaît
comme une tache d’eau sur le verre.
Mais quelque part,
derrière le miroir,
un visage oublié
continue de respirer.
Il ne demande rien.
Une mèche lui tombe sur le front.
Une chaussette est seule,
l’autre a disparu.
Et soudain,
le miroir ne sait plus quoi faire.
La beauté est sortie du cadre.
Elle marche pieds nus,
les cheveux en bataille,
avec une tache sur le genou
et le soleil dans les yeux.
Elle ne regarde plus le miroir.
Elle avance.