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Auteur Sujet: La cathédrale et la princesse  (Lu 423 fois)

Hors ligne Aionia Apektasis

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La cathédrale et la princesse
« le: 20 Août 2026 à 22:11:58 »
Voici le texte corrigé.
J'ai joué un peu plus sur le vocabulaire de la tempérance.
Il y a des P majuscule à Princesse. C'est assumé. C'est la manière de Bil d'exprimer son respect envers elle quand il raconte son histoire. Pour ceux qui suivent les aventures, vous comprendrez cette forme de respect quand je vous enverrai le chapitre sur le bonheur.
J'ai corrigé les coquilles et j'ai retravaillé certains passages pour les fluidifier un peu.
Des bisoux,
Aïonia

1. La cathédrale et la Princesse

   Les gens disent que la liberté, c’est choisir ta vie. Moi, j’ai toujours pensé que la liberté, c’était choisir le mensonge parfait pour pouvoir respirer cinq minutes. Je suis devenu curé parce qu’une soutane, c’est une bonne cachette, pas parce que j’avais la foi. Et quand t’es en fuite, tu postules pas vraiment où tu veux, tu prends ce qui vient comme couverture.
   Les gens respectables appellent ça « se reconstruire ». Moi, j’appelle ça « faire ce qu’il faut pour ne pas être retrouvé ». Forcément qu’il s’est passé un truc, vous savez, moi, j’ai pas mal d’univers à mes trousses. La liberté, c’est juste une planque qui tient debout tant que personne ne te tire dessus.
   Remarquez, une soutane, ça a un autre avantage : ça fait de toi un homme de vertu aux yeux de tout le monde. La tempérance, en particulier. Les curés, c’est censé être sobres, mesurés, raisonnables. Moi, j’avais trouvé un compromis avec ma conscience : je buvais du vin de noix dans un verre plutôt que de la vodka à la bouteille. C’est déjà ça, la tempérance, non ? Choisir le poison le moins fort. J’étais sobre dans mes intentions. Pas dans ma consommation.
   La cathédrale de Trondheim, c’est en Norvège. Un truc immense et froid, avec des vitraux qui te jugent si tu respires un peu trop fort. Il y en avait un, juste au-dessus de la sacristie, qui représentait une allégorie de cette fameuse tempérance, une femme versant de l’eau dans du vin, l’air très content d’elle. Je l’avais toujours trouvée très donneuse de leçons, cette bonne femme.
   Moi, ce jour-là, j’étais justement dans la sacristie, et je buvais un petit coup. Ouais, j’avoue, j’étais en train de me réchauffer l’âme à coups de vin de noix, en regardant la rediffusion de Norvège – Irak. Les Norvégiens, ils ont un climat dégueulasse, mais ils ont Erling Haaland et Alexander Sørloth, ça compense.
   Bref, j’étais à deux doigts de m’envoyer une nouvelle rasade et d’aller bénir les toilettes en zigzag, quand un enfant de chœur a déboulé, blanc comme un linge.
- Mon père, l’évêque est malade. C’est vous qui devez marier la Princesse Ingrid !
   J’ai failli m’étouffer avec ma gorgée, j’ai recraché mon vin et me suis essuyé la bouche avec un suaire qui dépassait de l’armoire. Raisonnable jusqu’au bout, j’ai quand même pris le temps de reboucher la bouteille avant de me lever. Un homme de vertu, j’vous l’ai dit.
- Moi ? Mais quand ?
- Maintenant !
   Il tremblait tellement qu’on aurait dit un vibromasseur liturgique. Bin, bah, quand faut y aller… J’y suis allé d’un pas décidé – enfin, décidé, j’ai quand même renversé un bénitier, et failli embrasser un pilier en croyant que c’était la porte – me disant que j’allais faire ça en deux temps trois mouvements, deux ou trois versets bien placés, embrassez la mariée, et hop, retour à la vinasse. C’est que je devais rester discret, vous savez, rapport à la cavale.
   Je suis arrivé dans la nef, et là, l’artillerie lourde. Des rois avec leurs reines, des présidents avec leurs premières dames, des ambassadeurs, des ministres, des évêques, des cardinaux, des caméras, des drones, des journalistes, un vrai zoo diplomatique. J’me suis planté au pupitre que je voyais en double. Y’avait rien. Pas de discours, pas de plan, je connaissais même pas le nom du zigoto qui épousait la Princesse. Alors j’ai fait ce que je sais faire de mieux, j’ai improvisé :
- C’est Ève qui demande à Adam : « Adam, est-ce que tu m’aimes ? » et Adam répond : « Est-ce que j’ai le choix ? »
   J’ai ricané, parce que je la trouve très bonne. Par contre, les mille-trois-cent-cinquante personnes en face de moi n’ont pas bronché. Silence religieux et gênant. Donald Trump s’est levé et a crié « Yeah, make the curé drunk again ! », et l’a noté dans un calepin ; je pense qu’il va en faire le slogan de sa prochaine campagne. Jésus sur la Croix a haussé un sourcil. J’ai tenté de me raccrocher aux branches, façon curé exemplaire qui garde son calme devant l’adversité.
- Comme il est écrit quelque part… heu, l’union maritale entre une Princesse et le gugusse aux oreilles décollées – petits rires d’approbation générale – est un truc important… et sans doute sacré… enfin vous voyez l’idée…
   J’ai ouvert la Bible posée devant moi à une page au hasard, mis un doigt sur la page et j’ai lu à voix haute :
- L’homme et la femme adultères seront punis de mort !
   Trump a applaudi en criant « Fuck yeah, kill them all ! ». La reine de Norvège semblait au bord de l’apoplexie. Le cardinal s’est évanoui. Brigitte Macron a fermé les yeux, sans doute pour prier, et s’est mise à ronfler. Bon, j’étais visiblement pas le seul à avoir raté son examen de tempérance ce jour-là. À peine ce début d’incident diplomatique provoqué, j’ai senti sur moi un regard insistant. Un des types des services secrets américains, lunettes noires, oreillettes, mâchoire carrée, me fixait. Le genre de type qui te reconnaît même si t’as changé de nom, de religion, de visage et de sexe.
- Bil ? qu’il me dit sur un ton suspicieux.
   Croyez-moi, j’ai pas attendu la suite. J’ai détalé comme un lièvre vers la sacristie – en renversant au passage une statue de Sophrosyne qui me servait de porte-manteau ; elle s’est écrasée contre le carrelage avec un bruit qui ressemblait beaucoup à un reproche. J’ai chopé au passage une caisse de douze bouteilles de pinard, parce que j’ai du respect pour les choses sacrées, et j’ai couru vers le parking.
   Ma Volvo m’attendait. C’était une vieille brique des années 70, avec démarrage au starter, boîte 4 vitesses, couleur gris dépression. J’ai sauté dedans, tourné la clef en pompant sur le starter, et là, la portière côté passager s’est ouverte. La Princesse Ingrid a grimpé dans la bagnole, robe blanche, diadème royal, regard déterminé. Un mètre soixante de tissu blanc et de calme royal, contre mes univers de bordel personnel.
- Du har rett, jeg kan velge å ikke gifte meg, qu’elle me sort.
   J’ai rien compris, et j’ai hésité deux secondes à lui coller un coup de boule, réflexe de survie. Mais je suis quand même resté raisonnable et j’ai respiré un grand coup. En plus, les militaires norvégiens et les services secrets américains commençaient à arroser la Volvo, sans aucune considération pour l’intégrité physique de l’héritière. J’ai écrasé le champignon. La Volvo a hurlé comme un phoque de Kayvøsletta asthmatique, et on est partis à fond de deuxième.
   J’ai bu comme un trou en traversant Trondheim, une main sur le volant, l’autre sur la bouteille. Mesuré, moi ? J’avais au moins arrêté de compter les gorgées. À un moment donné, c’est plus vraiment de la mesure. J’ai évité trois accidents et ignoré tous les feux de signalisation. Je crois avoir provoqué un ou deux carambolages.
   Ingrid criait des trucs en norvégien, sûrement des inepties comme « ralenti ! » ou « qu’est-ce que tu conduis bien ! », comme si j’le savais pas. Et pis, fallait non seulement survivre, mais surtout ne pas renverser le pinard – c’était la seule vertu cardinale qu’il me restait.
   Derrière nous, les sirènes des voitures de flics commençaient à hurler.
   Les gens croient que la liberté, c’est faire ce qu’on veut. C’est faux. Faire ce qu’on veut, c’est souvent refaire la même connerie que la veille, juste avec un décor différent. La liberté, la vraie, c’est quand personne ne reste assez longtemps pour te rappeler qui tu es.
   Je fuyais les balles et les emmerdes. Ingrid semblait fuir son mariage. Elle avait dit non avec la tempérance froide d’une Princesse qui sait exactement ce qu’elle ne veut pas. Moi, j’avais toujours dit oui à tout, toute ma vie, avec la retenue d’un cocktail Molotov. On a pris la même route pour des raisons différentes.
   C’est peut-être ça, la liberté : un refus de l’avenir qui tombe au bon endroit.
« Modifié: 25 Août 2026 à 15:14:25 par Aionia Apektasis »
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Et Satan répondit à l'Éternel : "De par le monde et de m'y promener."
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Re : La cathédrale et la princesse
« Réponse #1 le: 21 Août 2026 à 10:05:17 »
Salut,

Citer
Le genre de type qui re reconnaît même si t’as changé de nom, de religion, de visage et de sexe.
te

C'est cool qu'on n'ait pas la traduction de la phrase :) j'ai souvenir que tu l'avais mise dans ta première version du texte (j'ai retrouvé ! c'est dans le Défi Micro-Texte) et ça cassait un peu l'immersion avec ton narrateur, alors que là, on est aussi paumé que lui à moins de connaître personnellement la langue :)

Une bonne journée à toi,

Hors ligne Claudius

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Re : La cathédrale et la princesse
« Réponse #2 le: 27 Août 2026 à 11:58:21 »
 :D :D :D

J'ai bien fait de passer par là en me planquant derrière la haie du cimetière ! J'ai assisté à une scène cocasse, le curé qui n'en est pas un qui s'enfuit avec une princesse qui ne veut pas de son mariage, dans une vieille bagnole poursuivie par les flics norvégiens...

Franchement, je ne sais pas où tu vas chercher tout ça mais c'est trop de la balle ! Comme dirait je ne sais plus qui !

Ce que j'aime dans tes textes c'est à la fois bien écrit et pourtant burlesque et parfois argotique.

Continue !  :D :D :D
Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir. Sylvain Tesson

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Hors ligne Aionia Apektasis

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Re : La cathédrale et la princesse
« Réponse #3 le: 27 Août 2026 à 13:11:52 »
Merci pour vos passages ici et vos commentaires.
@Claudius,
Bil est le personnage principal de beaucoup de mes textes. J'espère un jour pouvoir finir d'écrire toute son histoire (j'ai encore 400 pages de brouillons, ce ne sera jamais fini, j'en rajoute toujours :))
Dans l'univers que je construis, Bil est un anti-héros.
Mais il représente en même temps le libre arbitre.
Le principe de Bil, c'est d'être le libre arbitre poussé à son paroxysme dans le chaos qu'il crée et qu'il cherche en même temps à fuir.
Quant à l'inspiration, je me sers de choses que j'ai moi-même vécues, parce Bil c'est un peu (beaucoup ?) moi.
J'ai pas toujours été un saint (et je ne le suis toujours pas, même si je me suis bien calmé sur beaucoup de choses...)

Bref, tout ça pour dire que Bil et moi sommes indissociables,
et que j'aurais toujours des choses à dire en utilisant sa voix.

Pour ceux qui passent par ici,
la vie de Bil est pour l'instant très chaotique, mais ce chaos va finir par trouver un chemin (je vous jure que c'est vrai).
Jusqu'à un certain point. Forcément.

J'ai deux grammes dans chaque oeil,
je vais faire la sieste parce que ce soir y'a Tic-tac
Des bisoux,
Aïonia.
L'Éternel dit à Satan : "D'où viens-tu ?"
Et Satan répondit à l'Éternel : "De par le monde et de m'y promener."
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