
Sipian, un château au beau milieu des vignobles du Médoc bordelais, appartenant au patron de mon père, retapé il accueillait les enfants de 6 à 14 ans pour les deux mois de vacances d'été. Les grandes salles avaient été aménagées en dortoir ainsi que des bâtiments annexes. La première fois pour moi, ce fut l'année de mes 6 ans j'étais dans l'équipe d'Alain. J'y retournais tous les ans jusqu'à mes 12 ans. C'était pour moi deux mois de bonheur et de presque liberté loin de l'autorité de mon père. Les activités étaient variées et toujours ludiques. Les journées à la plage de Soulac, les jeux de pistes dans les bois environnants où les équipes étaient mélangées, de tous âges : les grands aidaient les petits. Les soirées autour du feu de camp, et d'autres activités manuelles les jours de pluie. Nous allions même à la messe le dimanche matin pour ceux qui voulaient. Chaque année nous retrouvions Alain, il était fidèle à Sipian et j'adorais cet homme. En fait, il était employé dans la même boite que mon père, et il était moniteur l'été.
Par la suite j'ai changé de lieu, je suis partie dans les Pyrénées puis dans les Alpes l'année de mes 14 ans. Plus tard, j'ai usés mes chaussures sur les sentiers de camps itinérants dans le sud de la France et en Corse.
L'année de mes 19 ans, je reçus un message d'Alain, devenu directeur de la colonie de Sipian, un moniteur était hors service, je n'avais pas le BAFA mais j'avais vécu tant d'années comme colon qu'Alain me proposa de le remplacer.
J'acceptais heureuse de retrouver ces moments privilégiés de ma jeunesse qui, finalement me manquaient.
Je pris en charge les plus petits 6 ans, je ne savais pas ce qui m'attendait.
Essayer de gérer 12 enfants de 6 ans, dont des jumelles farceuses : Caroline et Valérie, il faut être courageux ! Je peux vous le dire, elles m'en ont fait voir de toutes les couleurs, surtout à s'amuser à changer d'habit pour que je les confonde et autres peccadilles qui me faisaient enrager. Mais cette nuit-là dans le dortoir du château de fut le summum.
Après le repas du soir, nous avions l'habitude de nous retrouver autour d'un feu de camp, de chanter des chansons, accompagnés par Patrick et sa guitare. Tous les enfants mélangés c'était le moment de calme. A l'heure de sonner le coucher, la dernière chanson était entamée quand l'une des jumelles poussa un cri. Sa sœur avait disparu ! Elle était partie aux toilettes et n'était pas revenue. Toute la colonie s'est mise à sa recherche, les torches et virevoltaient dans la pénombre, toutes les pièces du château furent inspectées on aurait dit Versailles et ses illuminations. Peine perdue, nous étions confrontés à un enlèvement peut-être mais qui ? Et comment ? Nous n'avions jamais eu de problème. Alain commença à paniquer, il se rua sur le téléphone pour appeler la gendarmerie au village voisin, il fallait se rendre à l'évidence. Caroline avait disparu et Valérie pleurait de toutes ses larmes.
La gendarmerie débarqua toutes sirènes hurlantes, discrétion assurée ! Les enfants regroupés dans le réfectoire répondirent aux questions des enquêteurs, le silence pesait dans la salle. Valérie était à part, dans un coin de la pièce. Je l'observais de loin, et je remarquais sa gêne. Je m'approchais et tentais de la rassurer quand j'entendis un bruit derrière elle. Caroline ! Cachée dans le coin derrière un petit meuble, ne perdait rien de la scène !
J'explosais de rage ! Heureusement qu'Alain me retint ! Il fallait garder son calme, ce sont des enfants... Des enfants espiègles qui ont fait déplacer la gendarmerie, qui nous ont fait chercher une partie de la nuit, qui nous ont tellement effrayés nous laissant croire à un enlèvement ! Des enfants ???? des petits monstres oui !
J'allais me fâcher quand un gendarme s'approcha et me fit signe de le laisser faire. Il parlementa un long moment, les deux pestes la tête baissée écoutaient sans broncher. Il finit par se lever et leur intima l'ordre d'aller se coucher.
Il nous demanda de ne rien leur dire, de faire comme si rien ne s'était passé. L'indifférence sera leur punition. Elles pensaient faire sensation, peine perdue.
Je ne sais pas ce qu'il leur a dit, je ne sais s'il leur a fait peur, mais jusqu'à la fin du séjour je n'ai plus eu aucun souci avec ces deux gamines.