Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

24 Juillet 2026 à 01:19:06
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » Veilleuse de lune

Auteur Sujet: Veilleuse de lune  (Lu 279 fois)

Hors ligne Maxence

  • Aède
  • Messages: 186
Veilleuse de lune
« le: 11 Juillet 2026 à 20:52:15 »
Un léger mouvement de lèvres.

Quatre lettres attendent derrière les dents.

La cuillère rattrapée au vol.

Mes nouilles refroidissent sous la lumière blanche de la cuisine.

Je suis assis seul,
le bol devant moi,
à regarder la vapeur disparaître
comme si elle avait changé d’avis.

Je regarde la LUNE avec mon œil droit.

Depuis des mois, une tache minuscule habite le même endroit.

Chaque soir, avant d’éteindre la lumière de la salle de bain,
je soulève doucement ma paupière du bout du doigt.

Le même geste.

La même vérification.

Le dermatologue a dit :
« Surveillez-la. »

Alors je l’ai confiée à la LUNE.

Je lui ai dit :
« Garde-la pour moi quand je ne regarderai plus. »

Elle n’a pas répondu.

Elle ne bouge pas.
Elle ne cligne pas.
Elle tient sa place dans le désordre des choses.

Satellite immobile.

Fidèle sans effort.

Quand tout vacille, elle continue simplement d’être là.

Je lui parle parfois :
« Tu devrais prendre des vacances au soleil. »

Mais elle reste.

Pleine ou absente.

Croissante ou brisée.

Toujours occupée à commencer ou à finir.

Elle m’apprend l’heure sans montre.

La patience sans leçon.

Parfois, j’ai l’impression qu’elle porte la nuit
comme ma grand-mère portait son verre d’eau jusqu’à sa chambre :
avec lenteur,
avec les deux mains,
avec cette attention silencieuse
de ceux qui savent que certaines choses fragiles
ne doivent pas tomber.

Alors j’attends avec elle.

Dans le fond de mon œil,
des libellules traversent le ciel intérieur.

Elles passent sans message, sans destination,
avec la légèreté des choses qui n’ont rien à prouver.

Certaines présences demeurent.

Certaines lumières reviennent.

Certaines peurs finissent par s’user
lorsqu’on cesse de courir derrière elles.

Au matin, la LUNE disparaîtra derrière le jour.

La tache sera encore là.

Les libellules aussi.

Je rangerai ma tasse dans l’évier.

Je répondrai à quelques messages.

Je sortirai peut-être acheter du pain.

Le monde continuera avec ses petites urgences
et ses grandes disparitions.

Et quelque chose, entre mon regard
et ce qui est regardé, continuera de flotter.

Pas une réponse.
Pas une promesse.
Seulement une présence minuscule,
silencieuse, qui restera là encore un moment.

Comme une phrase que le vent efface lentement,
mais qu’il n’arrive jamais tout à fait à terminer.

Le soir suivant, je regarderai encore la LUNE avec mon œil droit.

La tache sera toujours là.

Et pour la première fois, peut-être,
cela me rassurera.
« Modifié: 19 Juillet 2026 à 19:47:17 par Maxence »
La nuit est le pays où le jour nous rend nos rêves.

En ligne Basic

  • Comète Versifiante
  • Messages: 4 265
Re : Veilleuse de lune
« Réponse #1 le: 19 Juillet 2026 à 11:29:22 »
Bonjour Maxence

et bien c'est un beau texte.
ça fourmille de sensible.

Rien à redire à peine des suggestions de saut de lignes  :

Je suis assis seul,
le bol devant moi,  (ici j'aurais sauter) à regarder la vapeur disparaître
comme si elle avait changé d’avis.

et un passage que je ne comprends pas trop :
Comme une phrase que le vent efface lentement,
mais qu’il n’arrive jamais tout à fait à terminer.

par contre celui-ci que je trouve particulièrement juste :
Parfois, j’ai l’impression qu’elle porte la nuit
comme ma grand-mère portait son verre d’eau jusqu’à sa chambre :
avec lenteur,
avec les deux mains,
avec cette attention silencieuse
de ceux qui savent que certaines choses fragiles
ne doivent pas tomber.

B



Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

Page perso ( sommaire des textes sur le forum) : https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=42205.0

Hors ligne Maxence

  • Aède
  • Messages: 186
Re : Re : Veilleuse de lune
« Réponse #2 le: 19 Juillet 2026 à 20:05:11 »
Bonjour Maxence

et bien c'est un beau texte.
ça fourmille de sensible.

Rien à redire à peine des suggestions de saut de lignes  :

Je suis assis seul,
le bol devant moi,  (ici j'aurais sauter) à regarder la vapeur disparaître
comme si elle avait changé d’avis.

et un passage que je ne comprends pas trop :
Comme une phrase que le vent efface lentement,
mais qu’il n’arrive jamais tout à fait à terminer.

par contre celui-ci que je trouve particulièrement juste :
Parfois, j’ai l’impression qu’elle porte la nuit
comme ma grand-mère portait son verre d’eau jusqu’à sa chambre :
avec lenteur,
avec les deux mains,
avec cette attention silencieuse
de ceux qui savent que certaines choses fragiles
ne doivent pas tomber.

B

Merci pour votre message  :noange:

J'ai corrigé le saut de ligne  :-¬?

Concernant le passage qui vous interroge, il signifie que certaines choses nous marquent si profondément qu'elles ne disparaissent jamais complètement, même lorsque le temps tente d'en atténuer le souvenir.

Il peut s'agir, par exemple, d'un amour que l'on n'oublie jamais tout à fait ou d'un souvenir d'enfance qui demeure vivant en nous.

En conclusion, cette phrase est une métaphore de la mémoire et de la persistance des émotions...
La nuit est le pays où le jour nous rend nos rêves.

Hors ligne AlmaVeyre

  • Aède
  • Messages: 172
  • Écrire ce qui cherche encore ses mots.
Re : Veilleuse de lune
« Réponse #3 le: 22 Juillet 2026 à 20:22:30 »
Bonsoir Maxence,

J’aime beaucoup votre manière de partir d’une réalité presque insignifiante pour l’emmener ailleurs, sans jamais rompre le fil qui la relie au quotidien.

Ici, tout commence avec une tache dans l’œil, une recommandation du dermatologue, un repas qui refroidit. Rien ne semble annoncer ce qui va suivre. Puis, presque imperceptiblement, le texte déplace notre regard jusqu’à faire de cette présence minuscule un interlocuteur silencieux.

Je crois que le cœur du poème se trouve là :

« Alors je l’ai confiée à la LUNE.
Je lui ai dit :
“Garde-la pour moi quand je ne regarderai plus.” »

À partir de cet instant, je n’ai plus lu une réflexion sur la peur ou sur le temps. J’ai lu un geste de confiance. Comme si l’on acceptait enfin de déposer ce que l’on ne peut ni retenir ni surveiller soi-même.

J’ai aussi été sensible au refus de dramatiser. La tache est là. Les libellules aussi. La lune disparaît chaque matin puis revient. Rien n’est expliqué, rien n’est résolu, et pourtant quelque chose s’apaise.

Ce qui me plaît particulièrement dans votre écriture, c’est cette façon de ne jamais imposer une signification. Vous laissez les images travailler seules. Elles ne démontrent rien ; elles accompagnent. Le lecteur est libre d’y entrer avec sa propre histoire.

C’est sans doute pour cela que chacune de mes lectures me donne l’impression de découvrir un territoire nouveau, alors même que je reconnais votre voix.

Merci pour cette lecture.

Mes amitiés,

Alma
Alma Veyre
Un carnet laissé ouvert

Hors ligne Maxence

  • Aède
  • Messages: 186
Re : Re : Veilleuse de lune
« Réponse #4 le: Hier à 08:28:30 »
Bonsoir Maxence,

J’aime beaucoup votre manière de partir d’une réalité presque insignifiante pour l’emmener ailleurs, sans jamais rompre le fil qui la relie au quotidien.

Ici, tout commence avec une tache dans l’œil, une recommandation du dermatologue, un repas qui refroidit. Rien ne semble annoncer ce qui va suivre. Puis, presque imperceptiblement, le texte déplace notre regard jusqu’à faire de cette présence minuscule un interlocuteur silencieux.

Je crois que le cœur du poème se trouve là :

« Alors je l’ai confiée à la LUNE.
Je lui ai dit :
“Garde-la pour moi quand je ne regarderai plus.” »

À partir de cet instant, je n’ai plus lu une réflexion sur la peur ou sur le temps. J’ai lu un geste de confiance. Comme si l’on acceptait enfin de déposer ce que l’on ne peut ni retenir ni surveiller soi-même.

J’ai aussi été sensible au refus de dramatiser. La tache est là. Les libellules aussi. La lune disparaît chaque matin puis revient. Rien n’est expliqué, rien n’est résolu, et pourtant quelque chose s’apaise.

Ce qui me plaît particulièrement dans votre écriture, c’est cette façon de ne jamais imposer une signification. Vous laissez les images travailler seules. Elles ne démontrent rien ; elles accompagnent. Le lecteur est libre d’y entrer avec sa propre histoire.

C’est sans doute pour cela que chacune de mes lectures me donne l’impression de découvrir un territoire nouveau, alors même que je reconnais votre voix.

Merci pour cette lecture.

Mes amitiés,

Alma


Merci pour vos mots si attentifs.

Vous avez perçu, avec une justesse qui me touche, ce que j'espérais laisser vivre entre les images plutôt que dans les explications.

Votre lecture est un très beau cadeau.
La nuit est le pays où le jour nous rend nos rêves.

 


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