Monsieur.
J’attendrais patiemment ton arrivée, Monsieur. La pièce serait silencieuse, à peine éclairée, comme si la lumière elle-même retenait son souffle. Je regarderais l’heure pour la dixième fois depuis ton message m’annonçant que tu serais bientôt là. Mon cœur battrait plus vite que je ne voudrais l’avouer.
Cet effet sur moi, Monsieur… Tout me trouble en toi. Ce jour-là, tu serais direct, presque brutal dans ta franchise. Lorsque tu apparaîtrais dans l’encadrement de la porte, je déglutirais ; je te laisserais approcher lentement. Tu savourerais le presque, cet instant suspendu où tu croirais déjà pouvoir prendre possession de moi. Tu reconnaîtrais mon parfum avant même d’être à portée de main. Tu t’avancerais sans hâte, et je m’autoriserais à poser la paume sur ta poitrine, juste au-dessus du battement qui répondrait au mien.
Tes doigts dessineraient sur moi une route patiente, une braise au bout de chaque phalange. Tu lèverais les yeux ; j’y verrais ce reflet tranquille : tu aurais le contrôle, et je te le donnerais. D’une voix basse, j’oserais : « Tu me veux, Monsieur, n’est-ce pas ? » Ton silence suffirait. Il serait promesse.
Ta bouche frôlerait ma joue, puis mon oreille, jusqu’à effacer la frontière entre mes pensées et mon souffle. Quand tes lèvres trouveraient les miennes, tout ce qui me resterait de lucidité se dissoudrait. Le monde se réduirait à l’arôme de ta peau, au grain de ta nuque, à la chaleur précise de ta main qui guiderait la mienne.
Bouton après bouton, tu me déferais une patience cruelle. Je me découvrirais à ton rythme, offerte au tien. Mes doigts apprendraient tes lignes, tes creux, la douceur tendue de tes épaules. Chaque baiser enverrait des étincelles le long de nos colonnes, chaque frôlement ajouterait une note à la phrase que nos corps écriraient ensemble.
Nous ne détournerions plus le regard. Je sentirais ton poids s’abattre doucement contre moi ; un gémissement m’échapperait, et tu sourirais dans ma bouche. « Tu en voudrais davantage ? » demanderais-tu, tandis que mes doigts glisseraient sur ta clavicule, descendant lentement vers la chaleur de toi. Je hocherais la tête, suppliante et souveraine à la fois, et nos lèvres replongeraient, plus profondes, plus affamées.
Tes mains deviendraient avides et sûres, gardiennes d’un tempo qui me rendrait folle. Tu me torturerais doucement : assez pour me tenir suspendue, jamais assez pour m’achever. Ma peau se hérisserait sous ta paume, ma voix se briserait contre la tienne, et je me surprendrais à murmurer « Monsieur » comme une prière.
Alors, entre mes cuisses qui s’ouvriraient pour toi, nos corps s’aligneraient. Tu entrerais en moi comme on entre en eau tiède : lentement d’abord, pour sentir, puis avec cette assurance qui me ferait perdre pied. Je te recevrais tout entier ; mes jambes se noueraient à tes hanches pour t’ancrer. Nos respirations deviendraient marées. Ta main sur ma nuque, l’autre guidant ma hanche, et je me cambrerais pour te donner plus, encore plus.
La chambre prendrait la houle. Chaque mouvement réveillerait une ligne de feu, et je te grifferais pour te dire oui, et ta vigueur me répondrait. Nos souffles se mêleraient, nos fronts se rejoindraient. Je sentirais ma voix se briser contre la tienne ; tu sentirais ma chaleur augmenter, la vague monter, prête à rompre. À mesure que tu plongerais plus loin, plus juste, je m’ouvrirais davantage, jusqu’à n’être plus que cette note tenue qui tremble et s’élargit.
La corde se tendrait, encore, et puis je basculerais, nette, avec un gémissement clair qui remplirait la pièce. Tu te laisserais déborder, sans retenue. Je prendrais ton visage entre mes mains, et tu te briserais contre moi en une vague longue et douce. La jouissance, enfin.
Toi qui avais voulu tenir la scène, tu venais de la perdre. Tu le savais. Je le savais.
Tu t’effondrerais sur moi, haletant, ton front contre le mien. Nous resterions là, noués encore, à écouter l’orage retomber dans nos veines. Et je sentirais, contre ma poitrine, la mesure apaisée de ton cœur, ce battement secret que nous seuls aurions entendu.
Alma