Montpellier, le 28 janvier 1985
Chéri, Chéri
Tu es parti il y a une heure et tu me manques déjà, vas-tu me revenir ? Cette question me hante chaque fois que tu t'absentes. Je t’imagine dans les bras d’une autre, plus jeune, plus belle, plus intelligente. Tu me dis que je suis la seule, celle que Dieu a créée pour toi, mais comment te croire quand tu es entouré de femmes qui te couvent du regard, qui boivent tes paroles comme une source d’eau fraiche.
Un jour, tu me quitteras, cette pensée m’est douloureuse, mais, c’est comme cela, je n’y peux rien.
Ma mère m'a prévenu que je n’aurais jamais dû épouser un acteur, si beau, si intelligent, si talentueux, moi qui ne suis que la doublure lumière de la vedette du film que tu es en train de tourner.
Je suis la femme de l’ombre, celle au côté de laquelle on ne se montre jamais, celle qui n’a droit qu’à des miettes de vie.
Tu me dis que tu m’aimes, mais le penses-tu vraiment ?
Un jour je disparaitrai, est-ce que tu t’en apercevras ? J'en doute.
J’irai me réfugier dans la petite maison que m’a laissée ma mère, tu sais où elle est, tu viendras me chercher si tu le désires.
Je m’achèterais un chien, car lui au moins je ne douterais pas de son affection, les animaux ne simulent pas.
Je saurai t’attendre, avec espoir et patience, parce qu’un jour, la porte s’ouvrira et tu rentreras, tu me prendras dans tes bras pour m’amener dans ce pays où la passion ne meurt jamais.
Ta petite Lili qui t’aime et qui t’espère