Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

03 Juin 2026 à 19:50:06
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le circuit du garçon - ! Explicite, sexualité ! -

Auteur Sujet: Le circuit du garçon - ! Explicite, sexualité ! -  (Lu 77 fois)

Hors ligne Safrande

  • Troubadour
  • Messages: 399
Hello tout le monde !

ça fait un bail que j'ai pas publié ici, en vrai ça fait plus d'un an que je suis sur ce petit texte, je suis épuisé et soulagé  ;D
 
Ca fera parti de mon "journal" que j'ai mis en mi-long, mais je me permet de le mettre ici parce que je pense qu'il peut bien se lire "en dehors" du contexte général, et c'est un texte que j'aimerais bien proposer à des revus (d'ailleurs je me demande qui pourrait matcher avec la démarche)

C'est peut-être ce que j'ai pu écrire de plus intime et personnel pour l'instant

J'suis conscient que ça peut être dur à lire : ça fait parti de la démarche ; y'a une urgence et une confusion volontaire, de même que le "bloc" est indétachable, ça doit se lire d'une traite - je comprend que pour la lisibilité sur le fofo c'est pas terrible, mais je ne sais pas comment faire autrement, ça a été construit et pensé comme ça

Par contre comme d'hab je veux bien vos retours concernant la lisibilité du truc, vos avis, vos réserves sur le style, si y'a des trucs trop nian nian, trop pompeux, les fautes aussi j'suis preneur ; globalement : est ce que ça prend ?

Attention : ça parle d'homosexualité, de sexualité adolescente ; c'est délicat mais j'essaye d'aborder le sujet éthiquement, avec humour et réalisme, ça peut être cru parfois, j'aimerais des avis là dessus aussi : est ce que c'est bien fait, pas problématique, etc

Voilà voilà, je vous lâche la grappe

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Il regardait le verre non à sa portée d'une façon de reproche.

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 531
Re : Le circuit du garçon - ! Explicite, sexualité ! -
« Réponse #1 le: Aujourd'hui à 03:29:31 »


Salut Safrande,


   Ce que je vais te dire en premier lieu n’est que mon point de vue, rien de plus. En premier lieu : surtout ne t’excuse pas d’être homo, ni d’écrire sur l’homosexualité, ni d’aborder la sexualité adolescente. Tu as parfaitement le droit d’explorer ces thèmes, et tu n’as pas à t’en justifier. Ce qui compte, c’est la manière dont tu le fais - avec conscience, éthique et intention littéraire.

   Pour moi, ce que tu offres dans ton écriture est une tranche de vie, voire « une tranche de vit » au sens le plus brut, le plus intime, le plus sensoriel du terme. Une tentative de saisir un moment fondateur, un trouble, une mémoire qui déborde. Une ode à tes appétits intimes, à tes contradictions, à tes paysages intérieurs - comme il y en a eu des milliers dans l’histoire de la littérature, parce que c’est précisément ce que la littérature sait faire : rendre dicible ce qui est délicat, trouble, fragile, parfois honteux, parfois lumineux, aux yeux de ceux – pardonne-moi l’expression – qui auraient eu la malchance de naître avec un balai dans le cul, ou seraient devenus des parangons de pudeur peu trop « prout prout ma chère ».

   Bref, tu n’as pas à t’excuser d’entrer dans cette tradition. Tu y participes, tout simplement. Et surtout : ne cherche pas à te faire aimer par les homophobes. Leur regard n’est pas un horizon, ni un juge, ni un public à conquérir. On ne négocie pas son existence avec ceux qui la refusent. On n’écrit pas pour amadouer ceux qui voudraient que tu te taises, que tu t’effaces ou que tu t’excuses d’être toi.

   Ton texte n’a pas à se plier à leurs attentes, ni à se rendre « acceptable » pour eux. L’écriture n’est pas un exercice de respectabilité, encore moins quand elle touche à l’intime, au désir, à la construction de soi. Tu écris pour dire quelque chose de vrai, pas pour rassurer ceux que ta vérité dérange.

   Ce que tu explores - la mémoire, le trouble, la découverte de soi, les zones grises de l’adolescence - fait partie de l’histoire littéraire depuis des siècles. Tu n’inventes pas un scandale : tu t’inscris dans une lignée d’auteurs qui ont tenté de comprendre ce qui les a façonnés. Et c’est légitime, nécessaire, et même courageux.

   Maintenant, pour ce qui est du texte lui-même : il y a vraiment de très belles choses. On sent une voix, une sensibilité, une densité d’images et de sensations. Certaines phrases sont de vraies pépites, des éclats qui montrent que tu as un rapport très instinctif et riche à la langue.
   
   En même temps, le bloc gagnerait à être beaucoup plus aéré. Là, tout est pris dans un flux continu, très compact, qui finit par étouffer les trouvailles. En découpant, en créant des respirations, tu donnerais à chaque idée, chaque image, chaque émotion la place qu’elle mérite.

   Il y a aussi pas mal de formulations approximatives, des tournures qui accrochent un peu ou qui semblent écrites trop vite. Rien de grave : c’est le genre de rugosité qui disparaît avec un travail de reprise. Mais pour l’instant, ça pique un peu les yeux par endroits et ça brouille la lecture.

   Bref 2 : tu as de la matière, tu as une voix, tu as des fulgurances.  Avec un peu de travail sur la forme - aération, précision, rythme - tu pourrais vraiment faire ressortir la force de ce que tu veux dire.

   J’ai bien lu ce que tu dis sur l’urgence, la confusion volontaire, le fait que le bloc soit « indétachable »» et doive se lire d’une traite. Je comprends l’intention, vraiment. Mais je vais être honnête : ça ne doit pas devenir un prétexte pour considérer le texte comme « parfait tel quel ». L’urgence peut être une énergie d’écriture, mais elle n’est pas une méthode de révision. Et la confusion peut être un choix esthétique, mais elle ne doit pas servir d’armure contre les retours.

   Dire « c’est pensé comme ça, je ne peux pas faire autrement », surtout sur un site d’entraide littéraire, ça sonne un peu comme : je veux des avis, mais seulement s’ils confirment ce que j’ai déjà décidé. Et c’est dommage, parce que ton texte a vraiment du potentiel, et il gagnerait énormément à être travaillé.

   Un texte peut être conçu comme un bloc, et malgré tout être retravaillé, affiné, sculpté. Regarde Céline, Faulkner, Guibert, Ernaux, même Proust : tous ont écrit des blocs, des flux, des monolithes. Aucun ne les a laissés bruts. Le travail, c’est ce qui transforme l’urgence en littérature. Juste cette anecdote, pour écrire son fabuleux « Voyage au bout de la nuit » Céline a noirci pas moins de 10.000 feuillets qu’il a réduit au fil du temps - comme peau de chagrin - à 500 pages. C’est ce qu’il appelait   joliment « Mettre sa peau sur la table, sinon on n’a rien ». Sans prétention aucune, j’écris depuis mon adolescence (j’ai 64 balais à présent), j’ai lu pléthore de livres et pense savoir tenir un stylo. Tout autant, si je viens sur ce site, ce n’est pas pour me pommader mais pour rencontrer des personnes comme Murex qui, actuellement m’aide à ciseler magnifiquement mon texte de SF, de manière quasi chirurgicale, au mot près, à la virgule près. Tout cela pour te dire : oublie ton ego, ne pense qu’à ton texte, à tout ce qui pourrait l’enrichir. Car c’est ton texte qui est le plus important, pas toi. Personne ne te connaît. Les lecteurs apprendront d’abord à connaître ton texte, et te salueront in fine si ils l’ont apprécié.

   Et puis, soyons honnêtes : le bloc n’est pas le problème. La lisibilité, si. Un bloc peut être lisible. Le tien, pour l’instant, ne l’est pas complètement. Pas parce que l’idée est mauvaise, mais parce que la forme n’est pas encore au niveau de l’intention.

   Tu as des pépites, des images splendides, une vraie voix. Mais tu as aussi des formulations approximatives, des glissements syntaxiques qui accrochent, des phrases qui se perdent. Ça ne retire rien à ta sensibilité - ça montre juste que le texte a besoin d’un deuxième souffle.

   L’urgence, c’est ce qui fait naître un texte. Le travail, c’est ce qui le fait tenir debout.

   Et tu as largement de quoi en faire quelque chose de fort, et même en rajouter quelques couches, crois-moi.

   Bien à toi !


 


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