Ce poème fait quelque chose de rare : il nomme une douleur qui ne hurle pas, mais qui modifie tout l’intérieur.
La structure en miroir des aveux, « Je ne l’ai pas assez lue », puis « Je ne l’ai pas assez écoutée », posés à intervalle comme deux pierres discrètes, dit beaucoup de cette culpabilité tranquille, diffuse, sans grand drame apparent. Elle constate. Elle ne s’excuse pas. C’est une honnêteté qui fait mal proprement.
L’image de la corde de violoncelle tendue dans une pièce où personne n’entre vraiment m’a arrêtée longtemps. Elle dit à la fois la tension maintenue, l’attente, et ce grincement de ce qui s’use à n’être pas joué.
Mais c’est peut-être ce passage qui porte le cœur du texte :
« Elle recueillait ce qui brûlait chez les autres,
et le gardait,
sans savoir que cela brûlait aussi en elle. »
Il y a là quelque chose d’intimement connu : cette façon de recevoir l’intensité des autres, leurs silences, leurs manques, et d’en faire matière intérieure, jusqu’à ce que la limite apparaisse, silencieusement.
La fin ne résout rien, et c’est juste. Une machine douce qui tourne encore, des murs qui ont changé de place sans prévenir personne. Juste un décalage. C’est exactement la texture de certaines pertes.
Ce texte reste.
Merci.
Alma