La vampire monte sur lui, son manteau de fourrure noire serpente contre son flanc, sa peau grisâtre frôle la sienne, mais jamais il ne quitte l’église des yeux. Elle parcourt son corps de ses doigts gelés, cherchant à corrompre son âme, son bien le plus inestimable. Elle niche sa tête dans son cou. Il sent son souffle d’enfant. Le tonnerre gronde et Valentina sanglote. Il la serre dans ses bras. Les yeux de la jeune fille larmoient, mais Père Émile y est insensible, n’ayant de yeux que pour Lui. Sous l’ardeur de ses lèvres, elle hurle intérieurement et tremble, indigne qu’elle est de Sa bénédiction. Mais Il est miséricordieux et Père Émile le sait.
— Il domine le chaos, et pourtant, vampire, tu Lui as échappé. Je sais pourquoi. Je dois te guérir, douce Valentina, de ce mal qui ronge ta chair. Cesse de craindre Sa lumière, car tu es Sa fille.
Et jamais l’église ne le quitte des yeux, sous le ciel le plus obscur ou sous une pluie diluvienne. Car si le ciel revêt sa fourrure noire, Père Émile en est le terrible adorateur. Le vieil homme baise l’enfant de ses lèvres purpurines, n’ayant de yeux que pour le Père. Son cœur brûle des flammes de l’enfer, brûle pour sa fourrure virginale, brûle au péril même de son âme, et c’est brûlant qu’il quitte la demeure, chapeau noir en main. L’église voit le vieil homme s’enfoncer dans les ténèbres et la vampire retourner à l’état de chimère. Mais il est une noirceur plus noire encore ; Père Émile la sent tout près de lui. Cette noirceur murmure : « À moi ».
— Valentina, pense-t-il.