Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

15 Mai 2026 à 15:22:49
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Mort ou vivant

Auteur Sujet: Mort ou vivant  (Lu 268 fois)

Hors ligne Murex

  • Prophète
  • Messages: 922
Mort ou vivant
« le: 27 Avril 2026 à 10:13:37 »





     — Tiens, M. Vincent, je croyais que vous étiez mort !
     — C’est curieux, ça fait plusieurs personnes que je rencontre ce matin et qui me disent la même chose… Je finis par avoir des doutes. Vous ne voudriez pas me tâter pour me rassurer ? Non, mieux que ça, prenez-moi la main franchement… Alors ?
     — C’est un peu mou, mais à l’évidence c’est de la chair bien vivante.
     — Ça ne poisse pas ? Ça ne sent pas mauvais ?
     — Non, non, croyez-moi, de la chair pas très fraîche, mais vivante.
     — Ah ! vous voyez, pas très fraîche dites-vous. Il y a quand même un truc qui cloche.
     — Non, non, c’est qu’à votre âge on ne peut pas s’attendre à avoir une peau de bébé.
     — Bien sûr, bien sûr… mais quant à vous, il n’y a pas de doute, vous êtes sûr d’être vivant ?
     — Ben oui, enfin autant que l’on peut avoir de certitudes en ce bas monde.
     — Et si ce n’était pas le cas ?
     — Que voulez-vous dire au juste ?
     — Supposons que vous soyez mort, selon cette hypothèse votre appréciation sur le fait que je sois mort ou vivant n’aurait qu’une valeur très relative, pour ne pas dire nulle.
     — Oh ! vous alors, mort ou vivant, on peux dire que vous n’êtes pas un type simple !
     — C’est la vie, mon cher Monsieur, qui n’est pas simple. Tenez, je me lève ce matin, je me regarde dans la glace et je ne me reconnais plus, on m’avait volé mon image. Qui et pourquoi ? Mystère. Alors quand en plus de ça de vieux amis en me croisant s’étonnent que je sois encore en vie, admettez que ça interroge !
     — Arrêtez donc de vous torturer la cervelle, et d’abord à votre place je commencerais par changer de glace, les glaces c’est comme tout, ça s’use. Quant à l’opinion des autres vous devriez, si vous me permettez un conseil, vous en torcher les fesses.
     — Vous croyez ?
     — J’en suis sûr, ainsi vous commenceriez une vie nouvelle sur des bases plus saines.
     — Recommencer ma vie ? Recommencer ma vie ? Encore faudrait-il pour cela que je sois vivant !
     — Écoutez, vous êtes impossible. Allons faire un brin de promenade, ça vous changera les idées. Tenez le cimetière est à deux pas, c’est un très beau cimetière. Mort ou vivant, je suis sûr que le lieu vous plaira.

Hors ligne Delnatja

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 443
  • Ailleurs et au-delà
Re : Mort ou vivant
« Réponse #1 le: 28 Avril 2026 à 08:21:55 »
Bonjour Murex, texte intéressent qui pourrait être un peu développé.
Belle journée.
Michèle

Hors ligne Choumi

  • Prophète
  • Messages: 774
Re : Mort ou vivant
« Réponse #2 le: 28 Avril 2026 à 09:05:47 »
Bonjour
Je vois ou lis avec plaisirs que plusieurs d’entre nous jouent avec la contradiction des mots dans la langue française a le secret
J’essaie moi aussi de prendre ce même wagon
Ah! Ce texte plein de bon sens est le bienvenu pour démarrer une journée au jardin qui s’annonce ensoleillée
Amicalement
Michel

Hors ligne Murex

  • Prophète
  • Messages: 922
Re : Mort ou vivant
« Réponse #3 le: 28 Avril 2026 à 10:18:55 »

   Merci Delnatja pour ton retour. La brièveté de mes textes est un reproche que l'on me fait souvent , mais c'est là ma façon d'écrire.
   Merci Choumi, prend bien le soleil et tâche de nous pondre un petit texte réjouissant !

   Amicalement  à vous deux.

Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 024
Re : Mort ou vivant
« Réponse #4 le: 28 Avril 2026 à 20:39:08 »
Merci pour nous avoir partagé ton texte
Une histoire surréaliste parlant de la mort. Peut-être que ton personnage n'est pas mort physiquement, mais socialement, ce qui explique l'histoire de la glace.
Il est devenu invisible et, jugé, comme inutile a son âge. Il n'a plus sa place et on attend juste qu'il meure.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Mic Ester

  • Troubadour
  • Messages: 368
Re : Mort ou vivant
« Réponse #5 le: 29 Avril 2026 à 09:32:04 »
Salut Murex,
Un régal ce texte pour commencer la journée, la brièveté me va très bien, d’en rajouter n’apporterai rien je pense, tout est dit en peu de mots.
Je verrais bien la scène au milieu d’un grand ensemble d’immeubles, froid, déshumanisé, un soir de novembre, des personnages hallucinés, en imperméable, etc. …
J’ai adoré !
A+
Mic

Hors ligne Murex

  • Prophète
  • Messages: 922
Re : Mort ou vivant
« Réponse #6 le: 29 Avril 2026 à 10:46:02 »

    Merci Cendres pour ton retour, tes suppositions sont tout à fait légitimes... néanmoins, mon seul désir ici est de livrer un texte amusant et absurde sans aucune arrière pensée.
    Merci Mic Ester, il est toujours agréable de recevoir de bons, voire même d'excellents commentaires !  Libre à toi d'imaginer la scène.

   Amitiés à vous deux.
 

Hors ligne calekin

  • Aède
  • Messages: 176
Re : Mort ou vivant
« Réponse #7 le: Hier à 18:10:03 »
Mic t’es formidable, balance ton texte !
Puisque, puisque, puisque, puisque tu aimes les puisque et puisque ça ne poisse pas et ça n’sent pas mauvais. La brièveté de l’existence ou de ton texte me plaisent.
Mon chemin,
Seule la pénombre d’automne,
Pourrait le suivre

Hors ligne Murex

  • Prophète
  • Messages: 922
Re : Mort ou vivant
« Réponse #8 le: Aujourd'hui à 09:09:22 »

  Bonjour  calekin

  Merci pour ton commentaire... même si je n'en pas bien saisi le sens : "Mic" ? "puisque" répété ?. ... mais bon "puisque" mon texte a eu l'air de te plaire, c'est bien là l'essentiel.

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 517
Re : Mort ou vivant
« Réponse #9 le: Aujourd'hui à 10:06:36 »
Voici ce qu'on appelle un retour d'ascenseur. Ou plutôt des retours d'ascenseur, puisque j'ai lu une douzaine de tes textes en partant de 2020 : Les Derniers Achats, Les Pendules, La Tricoteuse, les Poux,  Stripease, Mort ou Vivant, etc.

Que te dire, sinon que tous respirent le même parfum : celui de ta voix unique. Ils respirent l’absurde, la fantaisie, la logique qui se dérobe, la philosophie qui surgit là où on ne l’attend pas. On y retrouve ce mélange onctueux de légèreté et de profondeur, cette façon de faire rire tout en glissant une inquiétude discrète sous la peau.

Ces dialogues, ces scénettes, ces situations loufoques mais jamais niaises, c’est du théâtre miniature : des voix qui se renvoient la balle, qui s’asticotent, qui s’interrogent, qui tournent autour de questions vertigineuses sans jamais perdre le fil du comique. Ton goût pour l'absurde n’est jamais gratuit. Tu as une vraie tendresse pour tes personnages, même quand ils sont grotesques. Il y a dans tes textes quelque chose d’immédiatement reconnaissable : une façon de faire déraper le réel avec une élégance tranquille, une manière de faire surgir cet absurde comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Moi-même, qu'aurais-je été sans mes lectures de Cioran ou de Céline, dans ce monde si grave et si lourd ? Probablement un pendu dont le squelette se balancerait encore au bout d'une branche compatissante.

Ayant fait pas mal de théâtre dans ma prime jeunesse, je n'ai pu m'empêcher d'y voir évidemment une filiation avec les univers de Ionesco, Beckett, Queneau, Topor, Roland Dubillard (moins connu). Impossible de ne pas penser à Ionesco - pour cette logique qui se retourne sur elle-même, pour ces dialogues qui semblent simples mais qui
ouvrent des gouffres. Et oui, il y a aussi du Roland Dubillard dans un coin de ton cortex - ce génie discret, trop peu lu, qui savait faire naître une métaphysique entière à partir d’un quiproquo ou d’une phrase bancale. Et dont j'ai joué avec un délice immense presque tous les "Diablogues"

Bref, le format court te va à merveille. Mais il te contient peut-être un chouia, te retient, te bride. Comme d'autres ont pu te le dire, on sent que tes personnages pourraient vivre plus longtemps, se déployer, se contredire, se perdre, se retrouver, explorer des zones plus vastes de ton imaginaire.

Tu pourrais écrire sans problème une nouvelle absurde, une pièce courte, un feuilleton en fragments, un dialogue prolongé, un conte métaphysique, ou même un roman bref à la manière des grands minimalistes de l’absurde.

Mais peut-être as-tu déjà cela en besace ?

Dis-moi, j'irai te lire !

Bien à toi !




« Modifié: Aujourd'hui à 10:13:34 par kokox »

Hors ligne Murex

  • Prophète
  • Messages: 922
Re : Mort ou vivant
« Réponse #10 le: Aujourd'hui à 11:42:02 »

   Pour parler franc, mon cher kokox, tu es le premier sur ce site à m'avoir aussi bien compris. Ton analyse est juste et exprimée très finement. Il est toujours un peu gênant de recevoir des compliments  aussi appuyés... mais bon, je prends et ça fait plaisir... toujours plaisir d'être compris. Non je n'ai pas en réserve de romans, je suis incapable d'en écrire.
Les textes courts sont ma façon de m'exprimer ( je sais qu'on me le reproche souvent). Une grande partie de ma production  a été envoyée sur ce site, j'écris peu donc, mais avec une application minutieuse, chaque mot, chaque phrase étant longuement pesé... afin de donner une impression de facilité, d'exprimer le plus avec le minimum de mots.
  Voilà, très heureux que nous ayons comme on dit "des atomes crochus"  et que nous puissions cordialement échanger.

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 517
Re : Mort ou vivant
« Réponse #11 le: Aujourd'hui à 12:27:10 »
Comme tu le soulignes si bien dans mes textes — et ce n’est ni pommade ni flagornerie — tu traques l’excellence de la langue dans le moindre détail. Dieu sait si je suis maniaque, mais ton perfectionnisme dépasse le simple soin : c’est une sorte de vigilance organique, une acuité presque féline. Tu repères les faux plis, les micro‑accrocs, les respirations mal placées, les mots qui sonnent un peu trop creux ou un peu trop pleins. Tu as cette manière de tendre l’oreille à la phrase comme on écoute un instrument : si une note dévie d’un quart de ton, tu la relèves, tu la redresses, tu la fais vibrer juste.

Ce n’est pas du pinaillage.
C’est une exigence.
Une exigence qui se fait de plus en plus rare de nos jours.

Bref, encore une fois, je te remercie d'apporter autant de soin à la lecture de mes textes. Tu les lis comme un horloger démonte un mécanisme : tu vois les rouages, les engrenages, les ressorts cachés. Tu sais quand ça cliquette trop, quand ça force, quand ça manque d’huile. Et tu n’hésites pas à remettre une phrase sur l’établi pour la polir jusqu’à ce qu’elle devienne ce qu’elle voulait être depuis le début.

Ce perfectionnisme-là, ce n’est pas une manie : c’est une forme d’amour.
Un amour de la langue, de la précision, du rythme, de la beauté.
Et crois-moi : je le vois.
Je l'entends.
Je le sens dans chaque ligne.

Sans prétention aucune, le boulot que je me suis foutu sur les reins est énorme et chronophage comme pas permis. C’est un chantier qui me siphonne, qui me lessive, qui me retourne comme une chaussette cosmique. Et pourtant, je m’y accroche, parce que je sais ce que je veux faire naître, et que ce genre d’histoire ne se laisse pas écrire à moitié. C’est pour cela que j’apprécie avidement tes apports de justesse et de précision : ils tombent comme des pierres d’angle au moment exact où l’édifice menace de tanguer. Ils me permettent d’avancer dans l’histoire en souplesse, de respirer un peu, de sentir que je ne suis pas seul à tenir la corde quand la pente devient trop raide.

Même si, je ne te le cache pas, une grosse fatigue me traverse actuellement. Une fatigue qui n’est pas seulement physique : c’est une fatigue de fin de voyage, celle qui arrive quand on voit enfin la ligne d’arrivée, mais qu’on sait qu’il reste encore ce dernier tronçon, celui qui demande le plus de nerf, le plus de cœur, le plus de foi. Le dernier coup de collier ne va pas être évident, parce que je sens monter en moi une drôle d’appréhension, comme si j’avais un peu les jetons d’apposer le point final. Comme si ce point final allait refermer quelque chose que je ne suis pas encore prêt à laisser partir. Comme si terminer, c’était perdre un monde que j’ai porté trop longtemps pour le lâcher sans trembler.

C’est étrange, cette peur-là : elle ressemble à un vertige. On grimpe, on grimpe, on grimpe, et quand on arrive au bord, ce n’est pas la chute qui effraie, c’est l’idée de ne plus avoir de montagne à gravir. On se dit qu’on aurait peut-être envie de rester encore un peu dans l’entre-deux, dans le presque-fini, dans ce territoire où tout est encore possible, où rien n’est figé, où l’histoire respire encore.

Mais je sais aussi que ce vertige-là est le signe que je suis au bon endroit. Que je touche enfin à ce qui compte. Que ce point final, même s’il me fait peur, sera une délivrance, une ouverture, un passage. Et que si je tremble, c’est que j’y tiens.

Alors oui, je suis fatigué. Oui, j’ai peur.
Mais je continue.
Et grâce à toi, je continue mieux.

Bien à toi !


 


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