Un oiseau perché sur une branche chante. Dans l’arbre voisin un autre écoute :
— Pauvre piaf, sait même pas faire des trilles correctes. Si c’est pas une honte, moi à sa place je fermerais mon bec.
Mais il l’ouvre justement pour lui montrer ce qu’il sait faire. L’autre s’est tu, écoute à son tour :
— Mon Dieu ce que c’est surfait tout ça ! Du naturel, pas besoin d’en rajouter pour se faire valoir. Ah, l’orgueil, l’orgueil !
Silence.
Un chien passe et aboie.
— Tiens, pensent de concert les deux piafs, il ne manquait plus que lui, ce que ça peut être cons les chiens, savent qu’émettre des sons grossiers, caverneux, à nous ébouriffer les plumes.
— Bah ! finalement, pense le premier piaf vis-à-vis du second, après tout c’était pas si nul sa petite démonstration.
— Bah ! pense le second vis-à-vis du premier, y a pas à dire, côté improvisation c’est quand même pas mal.
Et il quitte sa branche pour le rejoindre.
Et ils s’aiment déjà, subitement, avec passion… le coup de foudre.
Et ce grand amour printanier, notons le bien mes amis, ne serait pas advenu sans les aboiements d’un chien, d’un chien on ne peut plus ordinaire.
Ah ! Comme la nature est bien faite, comme sont merveilleuses et inattendues ces interactions entre espèces animales. Un chien aboie et deux oiseaux en désamour se remettent à s’aimer. C’est le printemps, oui c’est le printemps, Dame nature a sorti le grand jeux, ses mille facéties. Et toutes les fleurs du jardin se sont ouvertes, coquines, et s’envoient des baisers…
Quant au chien, après avoir pissé sur elles, soulagé, plein d’entrain, il se met en quête d’un petit derrière canin à renifler… et plus si affinité.
C’est le printemps vous dis-je.