:'( Vrai sujet, parfois tabou, parfois tragique, souvent méconnu : l’excès d’investissement financier peut mettre une entreprise en danger, mais pas que !
La pression du “toujours plus gros” vous connaissez ? Sauf que, quand l’investissement devient surréaliste on joue à la roulette… Dans beaucoup de filières, surtout artisanales, il existe une sorte de spirale : on s'endette pour avoir des machines de plus en plus imposantes, des bâtiments plus vastes. On vise des technologies de plus en plus sophistiquées, on achète des surfaces à reprendre pour soi-disant rentabiliser. On finit même par investir pour snober le voisin, ou pour ne pas paraître ringard, plus que pour répondre à un besoin réel (quand ça n'est pas pour frimer !...)
C’est là qu'alors le Bilan-Comptable gorgé d'actifs fait de la gonflette cependant que son compère le Compte-de-Résultat devient catastrophique en raison des traites à payer !
D'abord surgit le piège du matériel : le plus fréquemment on achète neuf le dernier modèle de tracteur, pour être autonome ou ne pas dépendre d’une ETA, un autre s'offrira peut-être une moissonneuse batteuse sophistiquée qui ne sert en moyenne que durant quatre-vingt à cent cinquante heures par an, un semoir etc... Coté petite et moyenne entreprise, le patron roulera dans un véhicule hors de prix, l'artisan tapera dans le premium pour son fourgon. Sous prétexte d'augmentation du prix du gaz, le boulanger du coin changera son four parfaitement opérationnel pour un autre électrique sans s'occuper du fait qu'il lui faudra trente ans pour le rentabiliser malgré l'écart du coût énergétique.
Ce sont des motivations compréhensibles, mais elles peuvent mener à un investissement disproportionné par rapport à la taille de l’exploitation. De tels achats ont un coût et peuvent engloutir la marge bénéficiaire pendant des années !
L’autosuffisance n’est plus la norme : elle est devenue une exception, parfois un choix militant.
Résultat : le matériel est surdimensionné et n'est utilisé que quelques jours par an, alors qu'il aurait pu être partagé (CUMA, entraide)
voire loué ou acheté d’occasion. Mais l’agriculteur moderne qui se sent protégé par son syndicat ne craint pas de se retrouver enchaîné à ses mensualités... sauf que la donne à changé ! pour vivre heureux, vivons salariés ! (ou bien "caché" !)
D'aucunes et d'aucuns cultiverons le syndrome du "je n’ai pas le choix, si je n’achète pas maintenant, je ne pourrai plus produire, il faut moderniser pour être compétitif, de toute façon, la banque me suit, donc c’est que mon choix est raisonnable", ou encore : "Je dois reprendre les terres du voisin qui part en retraite, sinon je suis foutu".
Ce sont des raisonnements compréhensibles, mais qui peuvent mener à des décisions inconscientes car généralement précipitées.
Maintenant, il faut le dire sans détour : les banques et les concessionnaires poussent parfois à l’investissement, car c’est leur modèle économique. Ils s'entendent sur des crédits faciles, parlent de promotions exceptionnelles, de leasing attractif. Ils ont l'argumentaire technique qui séduit. Un agriculteur isolé, fatigué, sous pression, et donc vulnérable peut se laisser convaincre… Mais un salarié peut très bien, lui aussi, se laisser tenter ! Alors que faire ?
Dans tous les cas, en l'absence d'une trésorerie de confort, quand les revenus ou/et l'état de santé fluctuent mais que les remboursements restent constants, le risque explose ! C'est souvent un des actes préjudiciables qui sont le plus souvent oubliés dans l’euphorie de la surconsommation. Il est absolument vital de conserver du capital disponible, ou au minimum une paye d'avance (deux c'est mieux pour faire face aux aléas !) et surtout de ne pas se faire piéger par les offres d'achats à créance reportée. Sans ce coussin, même une gestion techniquement saine peut s'avérer insuffisante !
Mais, à voir la gabegie française actuelle, ce n'est même pas de l’inconscience individuelle. C'est un engrenage sociétal aveugle qui entraîne la mécanique d'un système tant humain qu'économique si désordonné qu'il conduit le peuple à sombrer dans l’excès généralisé.
Le résultat peut être dramatique : des entreprises surendettées, des petits patrons piégés, des salariés désabusés et un cumul de vies brisées.