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Auteur Sujet: Mouvements poétiques  (Lu 189 fois)

Hors ligne Dian

  • Tabellion
  • Messages: 56
Mouvements poétiques
« le: 06 Avril 2026 à 10:35:32 »

Je cite et commente quelques mouvements poétiques en vrac, sans volonté aucune de classification. Le terme “mouvement” signifie pour moi la catégorie d'un mode d'écriture (une esthétique), pas nécessairement rattaché à une période précise car les frontières sont floues, les prémisses d'un mouvement pouvant varier en fonction de la culture et de la civilisation.

Lyrisme : expression des sentiments (remonte à l'antiquité).
Epopisme : narration relatant des faits merveilleux, récit, mythe, conte.
Expressionnisme : expression des sentiments, des sensations, des intuitions. Tout ce qui est traduit de l'intérieur vers l'extérieur. Se distingue du mouvement pictural.
Impressionnisme : notation des impressions, tout ce qui est traduit de l'extérieur vers l'intérieur. Se distingue du mouvement pictural.
Cantisme : provient de "cantus" (chant). Forme de poésie populaire proche de la chanson, avec strophes de vers courts coupées par un refrain, mais pas toujours. Au premièr degré, on y trouve les chansons enfantines (comptines).
Sérialisme : c'est un dérivé brut du cantisme, consistant en la répétition d'une formule avec quelques variantes. Technique aussi ancienne que le cantisme, souvent associée à la musique.
Symbolisme : toute expression poétique se référant à un système de correspondances, soit sous forme d'énigme littéraire, soit sous forme d'un réseau d'initiales de mots renvoyant à une classification des lettres de l'alphabet selon un code arithmétique. On trouve du symbolisme dans l'ancienne poésie bardique (l'alphabet des arbres) et dans nombre d'écrits religieux.
Cubisme : tout procédé permettant de regrouper dans une même famille phonétique, de permuter ou de transformer les mots, les syntagmes ou les phrases. Se distingue du mouvement pictural, bien que le mode opératoire puisse y faire penser (construction-déconstruction). Le mouvement Oulipo prend place dans ce mouvement. Certains aspects de la "langue des oiseaux", par exemple considérer les mots contenus dans un mot, ou interpréter le même mot à plusieurs points de vue, ont à voir avec la démarche cubiste.
Surimpressionnisme : notation des impressions, mais déformées ou amplifiées par le sujet (le regardeur). L'univers est surdécrit plutôt que décrit, mais le point de départ est toujours une description.
Sur-objectivisme : mot barbare mais précis destiné à remplacer "surréalisme" étant donné qu'aucun poème ne peut être "réaliste" (tout poème est nécessairement surréaliste). Le sur-objectivisme est un dérivé du cubisme pictural se caractérisant par l'imbrication, la juxtaposition, la superposition, le collage, la fragmentation, l'intervention du hasard, ainsi que par la création de néologismes.
Fluctualisme : un texte devient "fluctuel" quand les contraintes liées à la ponctuation et à la syntaxe disparaissent au profit de la phonétique, du rythme et des images. Bien que dérivé du sur-objectivisme, le fluctualisme s'en différencie par l'absence de fragmentation (continuité et fluidité). Expressions connexes : le murmure, l'onomatopée.

Les textes

Le lyrisme et l'épopisme marquent la poésie depuis l'antiquité jusqu'au 19ème siècle. Ces deux mouvements culminent chez Hugo (la Légende des siècles). On les trouve aussi chez José Maria de Hérédia, mêlés d'impressionnisme et d'expressionnisme.
Le cantisme imprègne la poésie populaire, qui est sans âge. On en trouve chez Villon, Louise Labé, Charles d'Orléans. Plus proche de nous, chez Marceline Desborde-Valmore. On en trouve quelques traces dans les premières poésies de Rimbaud (l'éternité, chanson de la plus haute tour).
Le sérialisme appartient aussi à la poésie populaire. On le trouve dans la récitation de textes sacrés, dans la poésie du Moyen Age avec la systémisation du refrain, dans la poésie du 20ème siècle (Peguy, Eluard).
Le symbolisme est dejà présent dans la poésie de l'antiquité (Pythagore, différents textes sacrés) et du haut Moyen Age (poésie bardique). Un grand nombre de textes hermétiques étaient rédigés dans ce qu'on appelle "langue des oiseaux", un langage codifié où la phonétique jouait un rôle majeur. Citons "les Chimères" de Gérard de Nerval qui sous-entendent les liens unissant poésie et hermétisme (au sens où Robert Graves les définit dans son ouvrage "la Déesse Blanche"), et certains poèmes du premier Rimbaud dénotant une orientation nettement alchimique. Malgré ces incitations majeures, le symbolisme ne s'est pas vraiment développé à l'époque moderne, sans doute par oubli des traditions et par éloignement des textes religieux.
L'impressionnisme fait son apparition dans la poésie du 19ème siècle, avec la redécouverte de la nature (Jean-Jacques Rousseau, Lamartine, Hugo, Alfred de Musset, Baudelaire, Verlaine), puis dans la poésie du 20ème siècle et contemporaine. Toutefois il est présent dans les poèmes épiques de l'antiquité (description de l'île de Calypso, l'Odyssée).
L'expressionnisme est présent dès la fin du 19ème siècle, mais il apparait réellement chez Baudelaire (et aussi dejà chez Aloysius Bertrand). Il se poursuit dans la poésie moderne et contemporaine. Comme l'impressionnisme, il est présent dans les récits épiques, à travers les scènes de combat ou de liesse, les évocations funèbres, ou encore dans les grands poèmes tels que "la divine comédie" du Dante.
Le surimpressionnisme apparait avec Rimbaud (Illuminations), puis Mallarmé. On le trouve également, sous forme embryonnaire, dans la poésie chinoise classique (époque des T'ang). Il est devenu un des piliers de la poésie moderne et contemporaine.
Le sur-objectivisme est présent dès Apollinaire et influence toute la poésie moderne et contemporaine (lettrisme). La poésie chinoise classique, en associant les images de façon non discursive (par le biais des idéogrammes), peut évoquer cette démarche. On peut y associer les cris et les onomatopées du théâtre grec ou japonais.
Le cubisme apparait avec le mouvement Oulipo, mais on en trouve déjà des traces chez Apollinaire, avec les Calligrammes, ainsi que dans "jamais un coup de dés n'abolira le hasard" de Mallarmé. Les jeux de langage sont néanmoins très anciens et dépendent étroitement des possibilités structurelles de la langue.
Le fluctualisme apparait chez Apollinaire avec l'abandon de la ponctuation, mais il est possible qu'il soit présent dans certains textes de l'antiquité qui ne marquaient pas la ponctuation.

NB : ne pas confondre l'esthétique et le style. L'une est la marque d'un mouvement, donc d'une famille d'auteurs, l'autre est la marque d'un individu quelle que soit l'esthétique adoptée.
Derrière les nuages, le soleil. Derrière le soleil, d'autres soleils.

 


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