Tu regardes la télé —
parce que le silence a des dents.
Le canapé t’engloutit jusqu’aux genoux,
l’horloge mastique les secondes
comme un chien nerveux sous la table.
Alors l’écran s’allume :
un œil de néon crache des visages flottants,
ombres qui se débattent
dans des vies empruntées.
Les images tombent,
pluie d’aluminium froissé,
scintillante, crépitante dans le salon,
piquant tes yeux, agressant tes oreilles,
empêchant la pensée de pousser
comme herbe verte
entre les dalles sèches.
La lampe penche la tête,
comme si elle comprenait tout.
Tu regardes la télé —
parce que l’ennui est un animal invisible,
serpentant dans la pièce,
reniflant, froissant tes idées.
La télé, c’est juste une boîte lumineuse
où l’on jette des poignées de lumière
pour occuper la bête.
Mais parfois,
entre deux publicités,
un silence tombe de l’écran.
Et pendant une seconde,
le monde entier devient
une question oubliée,
une brûlure douce derrière les paupières,
un souffle où la pensée
peut enfin pousser.