Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

25 Mai 2026 à 04:16:34
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Sous l'averse

Auteur Sujet: Sous l'averse  (Lu 784 fois)

Hors ligne Héllébore

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Sous l'averse
« le: 08 Février 2026 à 12:14:24 »
   Je marche, la tête baissée, droit devant moi. La capuche rabattue sur mon visage ne me laisse voir que le goudron. L’odeur humide et douce des jours de pluie, m’envahit et surcharge mes sens. Tapie dans la lumière du soleil, attendant que le ciel se couvre et que le sol se mouille pour révéler sa beauté humide et douce à ceux qui savent l’apprécier.
J’entraperçois les chaussures pressées des passants. Certaines sont encore blanches, épargnées par la boue, d’autres bleues, avec les lacets défaits ou des talons hauts. Mais toutes marchent d’un pas rapide, comme si la pluie les poussait à allonger leur foulée, pressée par une force supérieure. Les talons claquent sur le sol mou, éclaboussant les alentours. Les gouttelettes virevoltent dans les airs avant de retomber.
Je me rends alors compte que mes pieds suivent la même directive. Pourquoi serais-je une personne parmi tant d’autres dans la foule ? Je m’efforce immédiatement de ralentir l’allure.

   Je croise de moins en moins de chaussures et le goudron devient irrégulier, laissant peu à peu place à un sentier de terre. Le vent se lève, soufflant dans les branches pour tenter de concurrencer le tambour de l’eau sur le sol. Une odeur de chêne flotte dans l’air, et des feuilles teintées d’or et de velours virevoltent devant mes yeux avant de s’écraser gentiment sur la terre trempée. Le chemin doit être bordé d’arbres, ou peut-être même entouré d’une forêt, mais avec ma capuche, je ne vois que mes pieds traîner sur le sol mouillé. Je continue d’avancer sur ce sentier boueux, la pluie s’écrase violemment sur le sol, éclaboussant le bas de mon pantalon, s’insinuant dans mes chaussures déjà trempées.
 Puis, au milieu de nulle part, je m’arrête.

   Je rabats ma capuche et regarde autour de moi. À quelques centimètres, sur l’une des dernières feuilles encore verte d’un très jeune chêne, une goutte avance lentement, avec légèreté. Les reflets lui donnent des airs d’argent liquide, scintillant sous les nuages. Sur son tapis d’émeraude, elle se pavane.
Je crois que j’aime bien la pluie.
De grosses gouttes tombent sur mon visage et mes cheveux mouillés plaqués contre ma peau. Je suis effectivement dans une forêt, pas très dense et bien trop régulière pour être naturelle, mais assez vaste pour que je m’y sente perdue, insignifiante. Ce rideau d’eau me sépare du monde ne laissant place qu’aux arbres orangés et au sentier qui se transforme peu à peu en ruisseau gargouillant.

   Je ferme les yeux. C’est agréable que de se sentir disparaître ainsi. Le bruit intarissable de la pluie se mêle aux chants des oiseaux et aux bruissements des feuilles. Je ne ressens plus que le vent et la pluie fouettant mon visage s’infiltrant jusque dans mes os. Dans ma tête, seule cette douce mélodie résonne. Je suis trempée, engluée dans des vêtements devenus trop lourd. Mais cela n’a pas d’importance. Seule compte la grande partition chantée par cette nature gorgée d’eau et de vie, dont les notes, transportées par le vent et la pluie, résonnent en moi.

   J’aime la pluie. Les couleurs vives des feuilles d’automne se mélanges aux mille et unes teintes de la pluie. Un oiseau passe par là, rajoutant sa voie fluette au concert de tambours et instruments à vent. Le concert enfle, je le sens vibrer sous ma peau. Cette sensation enivrante devient presque euphorique. Le bruit se fait plus intense, plus dérangeant aussi. Le bruissement des feuilles devient sec et rude. Le souffle du vent se transforme en gémissements. L’eau tambourine trop fort sur le sol et le tonnerre se met à retentir au loin. Une voix étouffée se mêle au tumulte. Mes pensées reviennent, affluent dans mon cerveau, entrecoupées par le rugissement de la pluie et du vent. Le bruit devient parasite pour mon esprit, au point de me donner mal à la tête. Je l’accroupie, le visage enfoui dans mes mains, ouvrant la bouche sans m’entendre crier dans la cacophonie grandissante.





   La pluie s’écrase lourdement, avec irrégularité, sur les carreaux. Le vent essaie de s’introduire dans la pièce, en vain, et le professeur doit parler plus fort pour se faire entendre. Il répète un mot en me regardant fixement, comme s’il attendait une réponse de ma part. Puis je comprends, redresse la tête et me remets à travailler.
« Modifié: 16 Février 2026 à 16:05:21 par Héllébore »

Hors ligne Cendres

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Re : Sous l'averse
« Réponse #1 le: 09 Février 2026 à 20:37:31 »
Merci pour le partage de ton texte, qui est une ode sur la pluie.

Je pense que beaucoup de personnes aiment être bercé par le son de l'eau qui claque sur les parois, ça a un côté reposant.
Je pense que tu dois aimer la pluie, et c'est plaisant si on est bien couvert, sinon, ça devient une vraie calamité.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Anatole Ch

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Re : Sous l'averse
« Réponse #2 le: 13 Février 2026 à 23:39:55 »
Cette esquisse littéraire est plaisante à lire et à relire. La pluie peut être traitée comme un personnage. J'adore les descriptions tranquilles comme ça.

Hors ligne Auteur

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Re : Sous l'averse
« Réponse #3 le: 14 Février 2026 à 09:20:24 »
Bonjour Héllébore

Un très beau texte sur la pluie   :)
Moi je n'aime pas ça, y en a trop chez moi (je suis dans le top des villes les + pluvieuses de France)

Citer
Les gouttelettes retombent tels une myriade de petits obus.
la métaphore militaire me fait bizarre

Citer
Mes pensées reviennent, affluent dans mon cerveau, entrecoupées par le rugissement de la pluie et du vent. Le bruit devient parasite pour mon esprit, au point de me donner mal à la tête. Je l’accroupie, le visage enfoui dans mes mains, ouvrant la bouche sans m’entendre crier dans la cacophonie grandissante.
  Je m’accroupis. Là aussi je trouve dérangeant cette image violente à la fin d'un joli texte.

 :mafio:
Mes écrits de Fantasy (mais pas que) : voir mes textes

Hors ligne Héllébore

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Re : Sous l'averse
« Réponse #4 le: 16 Février 2026 à 10:21:22 »
Merciiii !  ;D
C'est toujours bien d'avoir des gens qui donnent leurs avis.
C'est vrai que la petite myriade d'obus est peu être un peu décalée par rapport au texte, je ferais mieux de l'enlever.
Par contre, j'aime bien le fait qu'elle s'emaccroupie pour crier. Justement, ça vient casser le texte, comme si tous n'était pas toujours parfait.
À part ça, c'est vrai que la pluie n'est agréable que lorsqu'on peut rentrer se mettre au chaud après !

Hors ligne LOF

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Re : Sous l'averse
« Réponse #5 le: 17 Février 2026 à 12:16:57 »
 C'est une belle méditation active sur l'élément. Sensorialité maximale.
 Pas besoin d'imagination, mais beaucoup d'attention au présent. Le tout
 est de ressentir juste  et de trouver le mot correspondant juste. Il y a toujours un petit écart
 entre le ressenti et le mot, dans cet écart de faufile un imaginaire.
 Ta dernière strophe est inattendue et mystérieuse. Finalement tout ton texte est un souvenir de pluie.   
 Merci de nous avoir fait partager cette expérience.
Lof

Hors ligne Héllébore

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Re : Sous l'averse
« Réponse #6 le: 08 Mars 2026 à 11:09:42 »
Merci Lof !  C'est vrai que c'est,c'est agréable de prendre le temps de decrir des petites émotions comme ça...

Hors ligne Choumi

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Re : Sous l'averse
« Réponse #7 le: 08 Mars 2026 à 12:11:50 »
Bonjour
Une ode à la pluie
Tu as bien fait d’enlever «  obus « ceux qui tombent un peu partout en ce moment n’ont rien d’angélique
Marcher sous une pluie d’été n’est pas désagréable
J’ai bien aimé ce texte original
Amicalement
Michel

Hors ligne Héllébore

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Re : Sous l'averse
« Réponse #8 le: 11 Mars 2026 à 18:48:56 »
Merci Choumi !!

Oui, l' "obus" n'avait effectivement pas sa place dans ce texte. Merci de ton avis en tous cas

 


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