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02 Mai 2026 à 07:38:43
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Auteur Sujet: le voyage de Lucie  (Lu 429 fois)

Hors ligne Murex

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le voyage de Lucie
« le: 08 Février 2026 à 11:06:40 »
  Suite au texte sur les pingouins proposé par EmyMarty (texte court) j'ai eu envie de proposer un texte pour enfant, celui-ci était à l'origine destiné à être illustré. Bonne lecture;



     Quand on est une petite fille, il n’est pas bon de s’endormir la tête posée sur une citrouille, Lucie qui l’ignorait en fit un jour la cruelle expérience.
     ... Cet après-midi là, il faisait chaud, très chaud même, les herbes grillaient au soleil et les abeilles ivres de soleil volaient de fleurs en fleurs. Lucie s’étendit sous le grand figuier du jardin où était rangé le gros tas de citrouilles que son père avait cueillies tantôt. Comme il faisait frais sous son ombre et que de parfums montaient de la terre surchauffée ! Elle n’avait rien à faire sinon rêver, sinon dormir, et elle regardait le ciel à travers ses larges feuilles qui comme des mains s’agitaient dans le vent et qui semblaient lui dire : bon voyage Lucie, bon voyage...
     Lucie avait grand besoin, en effet, qu’on lui souhaitât bon voyage car elle se retrouva bientôt dans le ciel dangereusement perchée sur une citrouille, devant faire, comme une acrobate de cirque, des prodiges pour ne pas tomber.
     Un instant elle se sentit perdue, son corps bascula en arrière, elle fit un saut périlleux, puis deux, puis trois, et se retrouva assise sur une nouvelle citrouille, car des citrouilles il y en avait partout autour d’elle, tout le tas que son père avait amassé voguait aussi dans le ciel, et c’était si joli, que malgré sa peur, Lucie se mit à admirer le spectacle. Le soleil jouait avec elles, faisait étinceler celle-ci, assombrissait celle-là, rendait cette autre transparente comme une lanterne vénitienne.
     C’est alors qu’elle entendit une voix d’enfant, une voix plutôt désagréable qui lui disait :
     — Mais regardez donc cette sotte qui se tient en équilibre sur sa citrouille, en voilà une façon de voyager !
     Se retournant, elle vit une tête de petite fille qui sortait par la fenêtre d’une grosse citrouille, car, aussi surprenant que cela puisse paraître, il y avait bien une fenêtre dans le fruit, Lucie en distinguait même les volets verts et le petit rideau brodé.
     — Mais enfin... qui es-tu ? Que fais-tu là toi aussi...,bredouilla-t-elle désemparée.
     Un grand éclat de rire accueillit ses paroles.
     — Elle est encore plus sotte que je ne le pensais... Eh ! vous autres, venez voir la nouvelle.
      Et de toutes les citrouilles du voisinage s’ouvrirent des fenêtres auxquelles apparurent des têtes de petites filles curieuses.
     — Elle ne sait ni qui nous sommes, ni ce que nous faisons là, c’est vraiment trop drôle... Et toutes se mirent à éclater d’un rire moqueur qui la vexa cruellement.
     — Ce que nous faisons là, reprit l’une d’entre elles, cela me paraît évident, nous voyageons, nous voyageons...
     — Oui, poursuivit sa voisine, nous allons chacune dans un jardin de rêve, et Dieu sait qu’il y en a des jardins de rêve dans le ciel ! Moi, j’ai choisi cette fois-ci le jardin des écureuils . Oh ! ils sont charmants, charmants les écureuils, quoiqu’un peu trop bavards à dire vrai ; et ma voisine le jardin des dromadaires, une drôle d’idée ! il y fait trop chaud à mon goût, quoiqu’il est vrai, les dattes y sont aussi grosses que des ballons de rugby, et délicieuses, paraît-il, délicieuses...
     — Et moi, reprit une voix fluette, j’ai choisi le jardin des libellules , et cette fois-ci je n’aurai pas peur de planer sur leur dos au-dessus des ruisseaux et de passer au travers des roseaux, et de...
     Mais à cet instant, le pied gauche de Lucie glissa et elle manqua d’un rien de tomber dans le vide.
     — Mais entre donc dans ta citrouille, idiote, lui cria sa plus proche voisine, sinon d’un instant à l’autre tu vas dégringoler de là, et nous allons toutes perdre une très délicieuse camarade.
     Et ces paroles moqueuses engendrèrent à nouveau de grands éclats de rire. — Mais comment faire ? interrogea Lucie d’une voix suppliante.

     — Ne sois donc pas aussi sotte, reprit la même petite fille dont la voix s’était un peu radoucie, dévisse donc le haut.

     C’était très simple en effet, en un tour de main Lucie dévissa la queue séchée de sa citrouille, et par cet orifice pénétra à l’intérieur du fruit. À son grand étonnement, celui-ci était creux, il y avait là une table, deux ou trois chaises, un petit lit, des bibelots divers, quelques tableaux aux murs. Elle était chez elle en quelque sorte et ce n’était pas désagréable après toutes ces péripéties. Son fruit ayant comme les autres une fenêtre, Lucie curieuse de connaître sa destination, ne tarda pas à l’ouvrir pour interroger ses étranges voisines.
     À peine s’y fût-elle penchée qu’une citrouille la frôla puis s’éloigna si vite qu’elle n’eût que le temps d’entendre ces quelques mots : « Eh bien ! Voilà une citrouille dans laquelle je n’aimerais pas me trouver ». « Sûr, avec une queue aussi tordue et un si gros ventre, renchérit sa voisine, elle ne peut aller qu’au jardin des géants .»
     — Au jardin des géants ! répéta Lucie soudain inquiète. Mais ce sont de bons géants au moins, des géants qui aiment bien les petites filles ?
    — Ah ça ! pour les aimer, ils les aiment, ils en raffolent même, et de cent manières différentes, lui fut-il répondu,  mais de préférence sous forme de citrouilles fourrées à la petite fille, passées au four avec juste un filet d’huile, quelques    graines de coriandre et un soupçon de poivre. Une recette très simple en vérité.
      — Comment, comment ! ils... ils..., répéta Lucie la gorge nouée, ils dévorent les enfants !
      — Les petits et les grands, les maigres et les gros, les blonds et les bruns... Oh ! ils ne sont pas difficiles... des êtres un peu frustres assurément et qui ont des manières détestables, ils mangent avec leurs doigts, oui, avec leurs doigts, répéta-t-elle, je ne sais même pas si dans leur langue les mots de cuillers, de fourchettes, de pince à sucre, de rince-doigts ont un sens... une honte, une véritable honte.
     Lucie en avait assez entendu, paniquée, elle se boucha les oreilles et se mit à bredouiller pour elle-même : « Mon Dieu, mon Dieu, je t’implore, toi et tous les saints protecteurs des citrouilles et des petites filles ; Sainte Vierge des curcubitacées, Saint patron des potirons et des petite filles enfermées dans des citrouilles... »
     Mais bientôt, sortant de sa torpeur, elle aperçut à ses côtés un melon, un beau melon bien mûr, un peu trop mûr même et qui sentait une drôle d’odeur.
    — Tiens, ce doit être une erreur, se dit-elle à haute voix.

     — Une erreur ! Mon melon et moi-même n’avons rien d’une erreur, ma chère, par contre nous avons tendance à penser que vous en commîtes une lorsque vous montâtes tantôt, fort étourdiment, dans la première citrouille venue, n’est-il point vrai ?
     — Nous ne montâtes et nous ne commîtes rien du tout, répondit sèchement et incorrectement Lucie, que ces préciosités de langage avaient passablement agacée.
     — Allons, allons, ne le prenez pas ainsi, jeune fille... mais permettez-moi tout d’abord de nous présenter. Vous avez devant vous deux fossiles vivants, les derniers témoins du règne des melons, car il y eut le règne des melons avant celui des citrouilles, sachez le bien étrangère, et il fut grand et magnifique. Ah ! c’était un bien joli temps, croyez-moi. Quelle féerie de formes et de couleurs, que de divins parfums montaient alors dans le ciel... Et puis vinrent toutes ces petites garces avec leurs citrouilles, alors bien sûr, ils n’ont pas fait le poids les pauvres melons, pour tout dire, ils ont fini cuits, écrabouillés dans des pots de con...
     La vieille petite fille ne put achever sa phrase, car subitement son melon se mit à vaciller dangereusement, fit un demi-tour sur lui-même avant de retrouver un semblant d’équilibre. ...«...fiture, confiture » acheva la vieille petite fille.

     — Excusez ces légères perturbations, mon melon est très âgé, reprit-elle d’un air désinvolte... mais si cela ne vous ennuie pas, je vais vous faire présentement un bref historique de notre règne prestigieux.
     — Mais cela m’ennuie ÉNORMÉMENT, s’écria Lucie au comble de l’exaspération. Je vais me faire bouffer sous peu par des géants, et vous voulez que j’écoute vos sornettes... Ah ! non, jamais.
      — Voilà donc ce qui vous préoccupe tant, s’exclama la vieille petite fille, mais ma chère, il est fort simple de leur échapper à ces monstres, il suffit pour cela de chanter faux et très fort, mais surtout très faux, n’importe quoi, tout ce qui vous passera par la tête...
     Et sur ces paroles, le melon s’éloigna, solitaire comme une lune dans le ciel. Chanter faux, se répéta Lucie, voilà qui est absurde... mais pas bien difficile... non, vraiment pas bien difficile... pas difficile du tout... bredouilla-t-elle avant de tomber de fatigue et de s’endormir.
     Ce fut un grand choc, ou plutôt une succession de chocs qui la réveilla, car, tel un ballon, sa citrouille rebondissait dans le jardin des géants. Et des géants, il en venait de toutes parts, et tous couraient furieusement après elle avec de gros yeux pleins de convoitise et en se pourléchant par avance les babines. C’est alors, qu‘au comble de la panique
Lucie se souvint du conseil qui lui avait été donné et, à tout hasard se mit à chanter « Il était un petit navire.... » et cela, d’une voix si fausse, si éraillée que les géants pour échapper à ce supplice durent impérativement se boucher les oreilles avec leur mains. Tant qu’elle chanterait de la sorte, il était évident qu’il leur serait impossible de l’attraper, et elle continua donc à chanter à tue-tête, de toute ses forces, avec tout son courage, avec toute la fausseté dont elle était capable. Les géants impuissants, incapables de la saisir avec leurs mains, pris d’une rage folle se mirent alors à shooter dans sa citrouille l’envoyant de plus en plus loin, de plus en plus haut, si bien qu’elle finit par s’échapper de ce jardin épouvantable.
     Mais quel chambardement dans la citrouille ! Table, chaises, lit, tableaux, étaient sens dessus dessous. « Il faut que j’arrange tout cela, se dit Lucie, ce n’est pas du tout convenable, non, pas du tout convenable, mais épuisée, elle ne tarda pas à s’assoupir. »
    Ce qui arriva ensuite fut très simple et assez bête en somme. Le ballon de son petit frère vint percuter violemment la citrouille où reposait sa tête « Mon Dieu, s’alarma-t-elle, voilà que je viens de retomber dans ce maudit jardin, et voyant courir son petit frère, un instant, elle crut voir un géant lancé à sa poursuite.
    Ah ! sûr qu’à partir de ce jour, elle ne voulut plus jamais entendre parler de citrouilles, Lucie, ni en manger d’ailleurs, que ce soit en gratin, en soupe, en tarte, ou sous quelque autre forme que ce soit.
« Modifié: 08 Février 2026 à 11:12:53 par Murex »

Hors ligne EmyMarty

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Re : le voyage de Lucie
« Réponse #1 le: 08 Février 2026 à 16:28:12 »
Bonjour Murex,

Contente que ma petite histoire sans prétention ait pu t'inspirer.

J'ai beaucoup aimé ton histoire qui m'a fait sourire plusieurs fois. Il est très facile de s'imaginer les scènes comme si c'était un petit dessin-animé, à l'exception de la vieille petite fille qui m'a laissée un peu perplexe. De plus, l'écriture est plaisante et fluide. Le vocabulaire est riche et bien choisi.

Juste une petite suggestion :

  Quand on est une petite fille, il n’est pas bon de s’endormir la tête posée sur une citrouille, Lucie qui l’ignorait en fit un jour la cruelle expérience. ( j'aurais mis un point après citrouille)

Bonne journée.


Hors ligne Murex

  • Prophète
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Re : le voyage de Lucie
« Réponse #2 le: 09 Février 2026 à 10:05:47 »

  Merci ZmyMarty pour ton retour. Heureux que tu es apprécié mon texte. De fait, il se trouvait "dans mes réserves" . Il était destiné à une amie illustratrice qui recherchait un sujet pour un livre d'enfant, la chose ne s'est pas faite. Mais c'est bien de t'avoir lu qui m'a donné envi de le proposer en lecture. Quant au problème de ponctuation que tu soulèves, tu as peut-être raison mais bon, mettre une virgule ne me choque pas.
  Les textes pour enfants ont à mon sens toute leur place sur ce site...  un peu de légèreté ne fait jamais de mal. Et comme il est d'usage de dire : "Ne sommes-nous pas tous de grands enfants" !

   Bien à toi

 


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