Oh, c’est un joli feu d’artifice lexical, ça.
On sent le plaisir du mot rare, de l’érudition qui cabriole et se moque d’elle-même à la fois.
Ce qui frappe surtout :
L’ivresse du langage : aphérèse, parthénogenèse, Pangée, canopée… tu empiles les termes savants comme pour mieux les désacraliser. Le savoir devient matière sonore avant d’être sens.
L’autodérision sociale : agrégé, bécégé, précarisé, mal logé — une trajectoire intellectuelle racontée à coups de clins d’œil amers, jamais plaintifs.
Les glissements burlesques : du Taittinger à la Pangée, de la chaise à la genèse du monde. Le grand récit cosmique se fait dans un salon, verre à la main.
Une musique volontairement heurtée : les rimes riches, parfois grinçantes, donnent un rythme un peu bancal qui colle bien au propos — ça titube, mais exprès.
J’aime particulièrement le dernier distique : il ouvre soudain un espace presque mythique, comme si toute cette logorrhée trouvait enfin un point d’absorption, une éponge primordiale.