La rame du métro était vide. Si ce n'est ce garçon, si ce n'est cette fille. Ils ne se regardaient pas. Si ce n'est au début. Le bruit monotone du métro les plongeait dans une léthargie prodonde. Ils avaient l'air tristes, aussi tristes que le gris des sièges, que la lumière jaune des néons semblant vivre ses derniers instants. Ils étaient deux inconnus qui connaissaient le goût du métro tard le soir, qui exerçait sur leurs âmes une amertude mélangée à la fatigue. Cette sensation se voulait agréablement désagréable. C'est lui qui leva les yeux le premier. Lui qui ne voyait rien d'autre que le béton de la ville, il crut voir une rose au milieu de ce paysage grisâtre. Une rose faible à la mine blafarde mais une rose tout de même, composée de deux pétales flamboyants, c'est ce que lui évoquait la couleur des yeux de la fille. Il ne voulait pas bouger, pas parler, il voulait juste regarder, discrètement, maladroitement, cette chose qui était d'ailleurs. Il sentit une sensation de bien-être gravir son corps, le long de son estomac, jusqu'à son coeur. Il profita du moment. Jusqu'à ce que le métro prit un tournant brusque à une vitesse sans doute trop élevée, il eut un bruit assourdissant et le garçon fit presqu'un bon sur son siège. Le métro continua sa route sans problème en modérant sa vitesse. Mais lorsque le garçon regarda en direction de la fille, celle-ci avait disparue. Il eut un sourire triste, puis tenta de se rendormir.