Chair de poule numérique
Je n’étais qu’un appareil photo,
Sans grand objectif,
Le diaphragme en contre-jour,
Seul sur mon piédestal,
Un dimanche à la campagne,
Perdu au milieu du salon.
Je composais sans retenue,
Au bord de la fenêtre.
La lumière caressait le jardin,
Leurs cheveux flamboyants,
Leurs peaux dorées.
Dans cette forêt de roses,
Mes pixels vibrants,
Loin de mes clichés aguerris,
Mes sentiments jaillissaient.
J’avais égaré mes sens numériques.
J’avais saisi une femme,
J’avais capturé une petite fille.
J’avais ressenti l’amour,
J’avais éternisé le bonheur.
Ce n’était pas une délivrance,
Juste un instant magique.
Je m’avançais vers elles,
Le pied léger,
Mon flash brûlait mes doigts.
Mes images nourrissaient ma joie.
Elles parlaient sans dire un mot,
Juste avec leurs yeux, leurs cils.
Elles me souriaient, éclatantes comme le soleil,
Prêtes à chanter en duo
Sur cette douce ambiance dominicale.
Mes lentilles capturaient l’invisible,
À travers la douceur de la toile,
Berçant l’amour innocent.
Ce silence partagé
Devenait un message de tendresse,
Un acte authentique.
Elles m’offraient leur vérité
Dans chaque geste délicat.
L’émotion me saisissait,
À partir de ce moment précis,
Je devenais leur reflet,
Je ne voyais d’autre issue
Pour m’échapper de mon état.
Mon boîtier se faisait chair
Pour les rejoindre
Dans la lumière sincère,
À l’intérieur de cette palette intemporelle
Que représente la vie de famille,
Un dimanche à la campagne.
jpx200113