Quelque chose comme un rêve
Le soleil de biais à dévoiler la poussière nous décourage.
Les livres sur l’étagère me disent ;
Et moi et moi quand vas-tu me lire ?
Au fond, suis-je certain d’assumer mes 75kgs d’humanité ?
La plainte du saxophone cherche ses mots.
Une allumette éteinte traîne sur la table.
De Chaplin jouant Le Dictateur je me souviens que de sa moustache.
Je ne peindrai plus de fleurs au risque de fâcher le créateur.
Le chat a bouffé tous les amuse-gueules dans la verrine,
et à quatre heures du matin j’ai une envie inextinguible de lire Claude Simon.
En Roumanie, sur la route E85, les accidents mortels sont si nombreux,
qu’on l’appelle la route des Croix.
Non la beauté n’est pas un fantasme mais une valse avec la réalité.
Deux personnes âgées discutent longuement en regardant les branches dénudées
d’un arbre.
Un jour peut-être je dessinerai une orchidée avant qu’elle se flétrisse.
Les amnésiques marchent sous la pluie ignorant que c’est la pluie,
et des chirurgiens recousent les cicatrices avec du fil de toile d’araignée.
C’était quelque chose comme un rêve.
Au Mali, les djihadistes exécutent publiquement une influenceuse.
Quand des êtres chers sont absents,
on nous enferme dans une pièce pour qu’on puisse jour et nuit
crier leurs noms.
La crainte d’un misanthrope c’est de devoir un jour appeler au secours.
Extraire une phrase de la vie, c’est mieux qu’un lingot d’or.
Je marcherai suffisamment longtemps pour voir mon ombre s’allonger sur le chemin.
Je suis un crapaud, j’entends le plouf qui me précipite dans la vase,
j’attends le talon charitable qui m’écrasera.
Les journalistes se sentent coupables de devoir filmer sans porter secours.
Nous sommes que le dépôt d’une éducation manqué.
Les visages des vieux sont rouges, violets, blancs.
Les vieilles femmes s’habillent comme des fillettes.
Le vent fait bouger les portes comme un étranger insistant.
Merci aux éclairages de rendre supportable la laideur.
Une nouvelles grue au-dessus des toits comme un index pointé vers le ciel.
Deux vendeuses de la superette font les folles sur le parking en fumant une clope.
Je me sens intimidé par la majesté du beau.
Il y aurait des gens qui sont dans le « comment »
et d’autres dans le « pourquoi ».
Ecrire une phrase, c’est comme fabriquer un fromage ;
égouttage, maturation, ensuite dégustation-lecture,
tandis que les pigeons attendent le dernier moment
pour s’envoler quand une voiture arrive.
En Italie, les monuments abandonnés s’écroulent.
La mémoire ne retient pas toujours ce qu’on lui demande.
Les jours fériés, les rares passants ressemblent à des rescapés
de on ne sait quelle terreur.
Vallotton a une touche si invisible, une ligne claire
et des couleurs d’opérette crépusculaire.
Dans les cours d’école on creuse parfois une tranchée
pour se rappeler La Grande Guerre.
On comprend que l’autre voit plus loin et que rien ne pourra
réduire l’écart.
Au bout du banc, une mère pensive est devant le landau de son enfant.
Les fougères rousses déjà se blottissent entre les arbres.
C’est formidable un livre qui dit ce qu’on veut entendre.
Les vieilles personnes ne peuvent pas toujours accélérer leurs pas
sous les trombes d’eau.
Par-dessus les nuages, l’azur, son aplat sublime.
Les murets mouillés resplendissant après la pluie.
Puis un président en prison qui ne sait pas faire un œuf sur le plat.
Je prends l’ascenseur, regarde la glace, hume le parfum des produits d’entretien,
resserre la ceinture de mon pantalon, écoute une voix de femme annoncer les étages,
tandis qu’au Brésil on peut exporter notre vin en échange de leur bétail contaminé.
Si soudain une envie de miction me vient je pointe la cuvette,
comme un tireur à l’arc vise sa cible.
Un abus d’adjectifs c’est l’apanage des insomnies.
C’était quelque chose comme un rêve.
Et le matin pour faire le lit on se penche sans se recoucher.
Les voitures dans le rayon de soleil envoient des flashs.
La route brille comme un étang.
Regardons la plaie sanglante.
Parler de la forêt comme d’une personne, se perdre en elle.
Une tomate-cerise rouge au milieu des avocats verts.
Parfois on existe sans jamais avoir été.
Faut-il sortir d’une tragédie pour vivre ?
Un balai vous attend posé contre le mur.
Les écoliers shootent dans les feuilles mortes.
Il est bon de lire ce qui n’est pas donné.
Des mains au repos,
rien de plus émouvant !