Je fus entouré durant ma prime jeunesse de nombreux amis. Des amis qui firent preuve à mon égard d’une très grande indulgence, des amis qui m’approuvaient du tout au tout, qui jamais ne se permirent la moindre critique, la moindre remarque déplaisante… Et pourtant n’eût-il pas été de leur devoir de me pousser, justement, à faire les miens de devoirs au lieu de perdre mon temps à rêvasser ? Non, non, ils approuvaient totalement mon laisser-aller, ma fainéantise.
De sacrés bons amis, vraiment… Comme ils savaient aussi me plaindre affectueusement, comme ils savaient soulager mes petits malheurs d’enfant, comme ils étaient d’accord quand je leur disais que rien n’était de ma faute, que je menais une vie sage et exemplaire !
Oh ! vous l’aurez bien compris, ses amis-là n’existaient que dans mon imagination et depuis lors ils patientent sans doute dans je ne sais quelle circonvolution de mon cerveau, espérant encore mon retour :
— Hé ! mes petits amis, que pensez-vous de ma vie ? Ai-je bien fait honneur à ce nom d’homme si difficile à porter, puis-je partir la tête haute ?
— Mais oui, mais oui, tu as tout bien fait, me répondraient ces incorrigibles flagorneurs. Tu peux partir en paix, mais vois-tu, rien ne presse, oh ! non rien ne presse.
Alors, en fin de compte, je crois que je vais rester encore un peu, juste pour leur faire plaisir.